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Argentine - Publié dans l'Internationaliste n°42
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Une insurrection triomphante qui a durement frappé le régime

Déclaration de Convergence Socialiste du 2 janvier 2002
Section sympathisante de la LIT en Argentine

L'insurrection qui a réglé ses comptes aux gouvernements de l'Alliance et de Rodriguez Saa a été de caractère ouvrier et populaire. Les travailleurs, protagonistes des dizaines de grèves à travers tout le pays, ont frappé de plein fouet De la Rua et le Plan d'Ajustement par la grève nationale du 13 décembre, grève que la bureaucratie a dû appeler pour essayer de "décompresser" la situation.

Les cheminots se sont arrêtés et ont coupé les voies, de même que les métallurgistes de EMFER qui ont bloqué la Général Paz ; les enseignants et les ouvriers des chantiers navals de Rio Santiago ont occupé le centre ville de La Plata en affrontant la police de Ruckauf ; les travailleurs céramistes de Zanon ont pris en charge la production et ont coordonné des actions avec d'autres travailleurs et chômeurs de Neuquén et Rio Negro.

Les salariés ont participé massivement, même si de façon diffuse et sans organisation indépendante, aux pillages ainsi qu'aux mobilisations des 18, 19, et 20 décembre.

Ce fut une insurrection populaire parce que les classes moyennes et appauvries, ainsi que les secteurs les plus marginaux de la société, dont particulièrement les chômeurs, ont pris la rue, pillé, manifesté au son de casseroles et participé activement aux affrontements avec les forces répressives.

L'insurrection a obligé le régime à s'appuyer, pour pouvoir survivre, sur une de ses colonnes la plus pourrie et discréditée, la "interna péronista" : sur Rodriguez Saa d'abord et sur Duhalde ensuite, et ce avec le soutien de tous les partis de la bourgeoisie et de la bureaucratie syndicale.

C'est là un symbole représentatif de la faiblesse et de l'épuisement institutionnel de l'Argentine capitaliste enchaînée au processus de récolonisation. C'est aussi ce qu'a rendu possible l'usurpation du triomphe populaire par une petite camarilla de la "interna péronista".

Le vide de pouvoir a été occupé par une des "bandes" du secteur le plus "lumpen" de la bourgeoisie parce que l'insurrection fut spontanée, sans organisation, sans dirigeants et sans programme défini et parce que la gauche n'a su agir politiquement de façon a présenter une alternative de pouvoir vis-à-vis d'un tel vide.

Pourtant, que la mobilisation populaire ait été capable de faire tomber un gouvernement en faisant face à la répression policière et à l'état de siège, implique un saut dans la conscience politique et la combativité des masses, saut qui ouvre une perspective nouvelle pour le développement révolutionnaire. Cette perspective a une plus grande portée sociale et territoriale puisqu'elle inclut, en plus, les couches moyennes de la société et d'innombrables villes et villages du pays.

Un pareil saut dans la conscience et la combativité représente un fait historique : pour la première fois, des secteurs importants des couches moyennes appauvries se sont unies aux luttes de rue et aux mouvements alternatifs des travailleurs actifs et chômeurs, des piqueteros et pour les droits de l'homme.

L'insurrection, qui est passée par dessus les dirigeants et sur le corps "organique" des bureaucraties de la CGT, CTA et CCC, a ouvert la possibilité historique d'avancer dans la construction d'organismes de "double pouvoir" que la situation révolutionnaire exige : les coordinations et les comités de quartier et d'entreprise qui permettront aux dirigeants les plus combatifs de se placer à la tête des luttes, pour les mener jusqu'au bout.

Ce n'est pas une coïncidence si, à peu de jours de la chute du gouvernement, les "appels spontanés" se multiplient, comme celui des travailleurs du Ministère de l'Education sortis se battre contre la liquidation du Ministère, ou celui des habitants de Floresta exigeant le jugement et le châtiment des responsables de l'assassinat de trois gosses de banlieue perpétré par un vigile.

Nous, socialistes, nous devons bien nous attacher aux bases et à l'activisme dans les usines, les bureaux, les entreprises, les écoles, les quartiers, les universités en encourageant, à la tête des luttes, la défense et la récupération de toutes les conquêtes. Mais pour le faire de façon conséquente, nous devons encourager, avec toutes nos énergies, la lutte anti-bureaucratique : aujourd'hui, plus que jamais, il est nécessaire de passer par dessus les traîtres bureaucrates lesquels, dans une telle crise, n'ont aucun rôle progressif à jouer.

Dans les jours et semaines qui viennent, il faut pousser audacieusement aux mobilisations, aux appels des commissions de lutte, des coordinations, des comités de quartier... Il faut impulser tous les organismes permettant aux masses de libérer leur potentialité révolutionnaire.

La gauche doit cesser de demander, inutilement, que les dirigeants CGT, CTA et CCC convoquent des "Assemblées piqueteras", ou des "Congrès de base"... Ces gens là n'ont l'intention de convoquer aucun type d'assemblée ou de congrès permettant l'expression et l'organisation des bases ouvrières. Ces gens là sont les représentants de la classe ennemie au sein du mouvement des masses et ils évitent comme la peste tout ce qui évoque la démocratie directe et qui remet en question leur contrôle (en voie de disparition) du mouvement des masses.

C'est pourquoi D'Elia, Alderete, Moyano et Daer, hier opposés à l'insurrection, sèment aujourd'hui des fausses illusions dans le nouveau gouvernement du patronat.

Beaucoup de dirigeants de la gauche sont à la tête d'une grande quantité de commissions internes, syndicats, organisations piqueteras, syndicats étudiants¼ Tout ce potentiel doit être mobilisé pour appeler une Plénière Nationale ou Assemblée de délégués, ouverte aux bases, comme un premier degré dans la perspective de construction du Centre Coordinateur des luttes qui passera par dessus les organes de la bureaucratie et dirigera la lutte jusqu'au but final.

Le gouvernement de Duhalde, comme son prédécesseur, est illégitime parce qu'il a usurpé le pouvoir aux masses qui, ayant fait tomber le gouvernement de l'Alliance, n'ont eu aucune possibilité de décider ni de voter. Ce gouvernement est également anti-ouvrier et anti-populaire parce qu'il se prépare à appliquer encore et encore des plans d'ajustement en essayant de résoudre la crise avec les mêmes politiques que ses prédécesseurs. L'attaque de la part des bandes duhaldistes contre la gauche, le jour où s'est tenue l'Assemblée Législative, est une prémisse de ce qu'elles feront contre tous ceux qui s'organiseront et lutteront contre les plans de famine, misère et exploitation.

Duhalde devra réprimer très durement le mouvement ouvrier et le peuple pour pouvoir faire passer la dévaluation, les nouvelles mesures de flexibilité et toutes les exigences de ses maîtres, les monopoles et les grands banquiers.

Tout ce que fera ce gouvernement illégitime sera au fait pour la continuité de l'oeuvre initiée par l'Alliance : ils défendent, tous deux, les mêmes intérêts. C'est pourquoi il faut lutter pour une nouvel Argentinazo et pour la Grève Générale, pour les mettre dehors et que, ainsi, ce soient les travailleurs et le peuple qui décident quel gouvernement et quel "modèle" il faut mettre en place.

Nous, socialistes, qui continuerons de lutter pour un gouvernement ouvrier et populaire, pour l'exercice de la démocratie directe et soviétique, nous proposons une issue démocratique concrète à la crise : la convocation d'une Assemblée Constituante, institution prévue même par la Constitution Nationale. Cette assemblée aura un caractère national, populaire et souverain, pourvu qu'elle soit imposée et prise en charge par les organisations de base des travailleurs et du peuple.

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