| L'insurrection qui a réglé ses
comptes aux gouvernements de l'Alliance et de
Rodriguez Saa a été de caractère ouvrier et
populaire. Les travailleurs, protagonistes
des dizaines de grèves à travers tout le
pays, ont frappé de plein fouet De la Rua et
le Plan d'Ajustement par la grève nationale
du 13 décembre, grève que la bureaucratie a
dû appeler pour essayer de "décompresser" la
situation.
Les cheminots se sont arrêtés et ont coupé
les voies, de même que les métallurgistes de
EMFER qui ont bloqué la Général Paz
; les enseignants et les ouvriers des
chantiers navals de Rio Santiago ont occupé
le centre ville de La Plata en affrontant la
police de Ruckauf ; les travailleurs
céramistes de Zanon ont pris en charge la
production et ont coordonné des actions avec
d'autres travailleurs et chômeurs de Neuquén
et Rio Negro.
Les salariés ont participé massivement,
même si de façon diffuse et sans organisation
indépendante, aux pillages ainsi qu'aux
mobilisations des 18, 19, et 20 décembre.
Ce fut une insurrection populaire parce
que les classes moyennes et appauvries, ainsi
que les secteurs les plus marginaux de la
société, dont particulièrement les chômeurs,
ont pris la rue, pillé, manifesté au son de
casseroles et participé activement aux
affrontements avec les forces répressives.
L'insurrection a obligé le régime à
s'appuyer, pour pouvoir survivre, sur une de
ses colonnes la plus pourrie et discréditée,
la "interna péronista" : sur Rodriguez Saa
d'abord et sur Duhalde ensuite, et ce avec le
soutien de tous les partis de la bourgeoisie
et de la bureaucratie syndicale.
C'est là un symbole représentatif de la
faiblesse et de l'épuisement institutionnel
de l'Argentine capitaliste enchaînée au
processus de récolonisation. C'est aussi ce
qu'a rendu possible l'usurpation du triomphe
populaire par une petite camarilla de la
"interna péronista".
Le vide de pouvoir a été occupé par une
des "bandes" du secteur le plus "lumpen" de
la bourgeoisie parce que l'insurrection fut
spontanée, sans organisation, sans dirigeants
et sans programme défini et parce que la
gauche n'a su agir politiquement de façon a
présenter une alternative de pouvoir
vis-à-vis d'un tel vide.
Pourtant, que la mobilisation populaire
ait été capable de faire tomber un
gouvernement en faisant face à la répression
policière et à l'état de siège, implique un
saut dans la conscience politique et la
combativité des masses, saut qui ouvre une
perspective nouvelle pour le développement
révolutionnaire. Cette perspective a une plus
grande portée sociale et territoriale
puisqu'elle inclut, en plus, les couches
moyennes de la société et d'innombrables
villes et villages du pays.
Un pareil saut dans la conscience et la
combativité représente un fait historique :
pour la première fois, des secteurs
importants des couches moyennes appauvries se
sont unies aux luttes de rue et aux
mouvements alternatifs des travailleurs
actifs et chômeurs, des piqueteros et pour
les droits de l'homme.
L'insurrection, qui est passée par dessus
les dirigeants et sur le corps "organique"
des bureaucraties de la CGT, CTA et CCC, a
ouvert la possibilité historique d'avancer
dans la construction d'organismes de "double
pouvoir" que la situation révolutionnaire
exige : les coordinations et les comités de
quartier et d'entreprise qui permettront aux
dirigeants les plus combatifs de se placer à
la tête des luttes, pour les mener jusqu'au
bout.
Ce n'est pas une coïncidence si, à peu de
jours de la chute du gouvernement, les
"appels spontanés" se multiplient, comme
celui des travailleurs du Ministère de
l'Education sortis se battre contre la
liquidation du Ministère, ou celui des
habitants de Floresta exigeant le jugement et
le châtiment des responsables de l'assassinat
de trois gosses de banlieue perpétré par un
vigile.
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Nous, socialistes, nous devons bien nous
attacher aux bases et à l'activisme dans les
usines, les bureaux, les entreprises, les
écoles, les quartiers, les universités en
encourageant, à la tête des luttes, la
défense et la récupération de toutes les
conquêtes. Mais pour le faire de façon
conséquente, nous devons encourager, avec
toutes nos énergies, la lutte
anti-bureaucratique : aujourd'hui, plus que
jamais, il est nécessaire de passer par
dessus les traîtres bureaucrates lesquels,
dans une telle crise, n'ont aucun rôle
progressif à jouer.
Dans les jours et semaines qui viennent,
il faut pousser audacieusement aux
mobilisations, aux appels des commissions de
lutte, des coordinations, des comités de
quartier... Il faut impulser tous les
organismes permettant aux masses de libérer
leur potentialité révolutionnaire.
La gauche doit cesser de demander,
inutilement, que les dirigeants CGT, CTA et
CCC convoquent des "Assemblées
piqueteras", ou des "Congrès de base"...
Ces gens là n'ont l'intention de convoquer
aucun type d'assemblée ou de congrès
permettant l'expression et l'organisation des
bases ouvrières. Ces gens là sont les
représentants de la classe ennemie au sein du
mouvement des masses et ils évitent comme la
peste tout ce qui évoque la démocratie
directe et qui remet en question leur
contrôle (en voie de disparition) du
mouvement des masses.
C'est pourquoi D'Elia, Alderete, Moyano et
Daer, hier opposés à l'insurrection, sèment
aujourd'hui des fausses illusions dans le
nouveau gouvernement du patronat.
Beaucoup de dirigeants de la gauche sont à
la tête d'une grande quantité de commissions
internes, syndicats, organisations
piqueteras, syndicats étudiants¼
Tout ce potentiel doit être mobilisé pour
appeler une Plénière Nationale ou Assemblée
de délégués, ouverte aux bases, comme un
premier degré dans la perspective de
construction du Centre Coordinateur des
luttes qui passera par dessus les organes de
la bureaucratie et dirigera la lutte jusqu'au
but final.
Le gouvernement de Duhalde, comme son
prédécesseur, est illégitime parce qu'il a
usurpé le pouvoir aux masses qui, ayant fait
tomber le gouvernement de l'Alliance, n'ont
eu aucune possibilité de décider ni de voter.
Ce gouvernement est également anti-ouvrier et
anti-populaire parce qu'il se prépare à
appliquer encore et encore des plans
d'ajustement en essayant de résoudre la crise
avec les mêmes politiques que ses
prédécesseurs. L'attaque de la part des
bandes duhaldistes contre la gauche, le jour
où s'est tenue l'Assemblée Législative, est
une prémisse de ce qu'elles feront contre
tous ceux qui s'organiseront et lutteront
contre les plans de famine, misère et
exploitation.
Duhalde devra réprimer très durement le
mouvement ouvrier et le peuple pour pouvoir
faire passer la dévaluation, les nouvelles
mesures de flexibilité et toutes les
exigences de ses maîtres, les monopoles et
les grands banquiers.
Tout ce que fera ce gouvernement
illégitime sera au fait pour la continuité de
l'oeuvre initiée par l'Alliance : ils
défendent, tous deux, les mêmes intérêts.
C'est pourquoi il faut lutter pour une nouvel
Argentinazo et pour la Grève
Générale, pour les mettre dehors et que,
ainsi, ce soient les travailleurs et le
peuple qui décident quel gouvernement et quel
"modèle" il faut mettre en place.
Nous, socialistes, qui continuerons de
lutter pour un gouvernement ouvrier et
populaire, pour l'exercice de la démocratie
directe et soviétique, nous proposons une
issue démocratique concrète à la crise : la
convocation d'une Assemblée Constituante,
institution prévue même par la Constitution
Nationale. Cette assemblée aura un caractère
national, populaire et souverain, pourvu
qu'elle soit imposée et prise en charge par
les organisations de base des travailleurs et
du peuple.
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