| Qu'allait faire A. Sharon sur
l'Esplanade des mosquées, à Jérusalem, ce 28
septembre 2000 ? Certainement pas une
promenade de santé. Il savait que son geste
aurait des portées symbolique et politique
considérables, il savait que cela serait
ressenti comme une provocation, car c'en
était une.
A. Sharon allait tout simplement mettre
fin au "processus de paix" qui avait amené Y.
Arafat à considérer publiquement que
l'élément essentiel de la charte de l'OLP, la
destruction de l'Etat d'Israël, était
"caduque". Il cherchait la voie qui lui
permettrait d'imposer aux palestiniens
l'alternative suivante : renoncer,
capituler, ou bien disparaître...
A. Sharon voulait clore une parenthèse
ouverte au lendemain de la Guerre du Golfe
alors que la Première intifadfa rendait la
position intenable à l'Etat sioniste qui est
typiquement une création, et une survivance,
de l'ordre de Yalta et Potsdam érigé en
1944-45 de concert par les puissances
impérialistes et la bureaucratie
stalinienne.
Mais, en 1989-1991, lorsque le vieil ordre
s'effondre et que la course au "nouvel ordre
mondial" est lancée entre les différents
impérialistes, la solution d'un accord
israélo-palestinien est considérée par
l'impérialisme US comme la meilleure solution
possible à ce moment là.
Meilleure car, après la Guerre du Golfe,
cette solution permettrait à la fois de
"calmer le jeu" dans la région en faisant
mine d'accorder quelques concessions à l'OLP
ce qui permettraient de désamorcer
l'Intifada. Cette solution transformerait
Arafat en flic au compte d'Israël et
conforterait l'existence de l'Etat hébreux
dans ses frontières actuelles. L'impérialisme
US, est conscient des perspectives que lui
ouvre l'après 1989. Il est aussi conscient
des dangers de la nouvelle situation.
L'accord initié à Oslo est basé sur la
reconnaissance de l'Etat d'Israël par l'OLP
et, en contrepartie, de l'OLP comme
représentant légitime du peuple palestinien.
"L'autorité palestinienne" est donc crée et
il lui revient de s'exercer sur des
territoires qui appartenait... à la Jordanie
ou à l'Egypte jusqu'en 1967, date de leur
occupation par l'armée israélienne qui en
assure depuis la colonisation.
Voici donc Arafat à la tête d'un
bantoustan morcelé, socialement et
politiquement explosif, ainsi que la première
Intifada l'a montré. Le piège est prêt à
fonctionner. Mais... Mais, la signature par
le travailliste I. Rabin d'un accord avec Y.
Arafat, sous l'égide de toutes les puissances
impérialistes qui se sont réparti le travail,
a fait surgir au grand jour les lignes de
clivages et les contradictions à l'oeuvre
dans le camp palestinien, mais aussi, et
surtout, dans le camp israélien.
La reconnaissance de l'Etat d'Israël sonne
le glas de l'Etat palestinien à égalité de
droit entre Juifs et Arabes, Etat que nous
pouvons qualifier de "laïque", même si ce
terme ne figure pas tel quel dans la charte
de l'OLP. Cela va nourrir une radicalisation
des masses palestiniennes, radicalisation qui
mine actuellement le Fatah, l'organisation
d'Arafat, pivot de l'OLP, radicalisation que
tentent de capter les islamistes, en l'absence d'une alternative
révolutionnaire de classe.
La reconnaissance de l'OLP par le
gouvernement Rabin est perçue par la droite
et l'extrême-droite israélienne et, tout
simplement, sioniste comme l'abandon des
grand projets rêvés voici plus de 100 ans par
T. Herzl. Cette reconnaissance devrait
aboutir en toute logique à l'arrêt de la
colonisation, voir au démantèlement de
certaines implantation, au moins pour une
période.
Elle devrait aussi aboutir au règlement
diplomatique des questions du Sud-Liban et du
Golan dans lesquelles la Syrie est un
"partenaire" incontournable. De tout cela,
les ultras ne veulent pas. Leur stratégie est
la déstabilisation de tous les états de la
région pour poursuivre l'extension de l'Etat
d'Israël. Insistons : Likoud et
travaillistes sont d'accord sur l'objectif,
le Grand Israël de la rive droite du Nil à
celle de l'Euphrate, mais ils s'affrontent
sur la façon d'y parvenir et sur les délais.
Or, dans ce contexte, c'est un point
déterminant.
Une crise politique majeure menace Israël,
sur fond de crise sociale provoquée par
l'affux massif des Juifs de l'ex-URSS et des
Falashas d'Ethiopie. Ceux-ci sont considérés
comme des israéliens de second et de
troisièmes ordre, régardés un peu comme, il y
a cent ans, les anglo-saxons installés aux
USA regardaient les polonais, lithuaniens,
russes ou les italiens fraîchement
débarqués.
En Israël, la vague russe etc. pourrait
donc être envoyée coloniser la Cis-Jordanie,
ce qui réglerait la question du chômage. La
situation est explosive. I. Rabin est
haineusement brocardé dans les manifestations
de la droite ; sur des pancartes et des
affiches, il est assimilé à Hitler et
finalement il est assassiné. Sa veuve dira
plus tard qu'elle pourrait serrer la main
d'Arafat, mais pas celle de Natanyahou.
Edifiant.
Depuis, le Likoud et les autres partis
extrémistes de droite n'on cessé de faire
dégénérer la situation, bien aidés dans toute
une période par le Jihad Islamique et le
Hezbollah qui leur on fourni tous les
prétextes et les arguments pour faire la
démonstration suivante : la sécurité
d'Israël est menacée.
Comme une militante du mouvement "La Paix
Maintenant" le disait dans documentaire
télévisé : "en Israël, quand le
gouvernement parle de sécurité, tout le monde
se met au garde-à-vous". Après la
défaite de Barak, qui avait pourtant impulsé
une politique de colonisation acharnée, les
travaillistes rejoignent un gouvernement
d'union nationale dirigé par A. Sharon, le
boucher de Beyrouth.
Les exigences sionistes vont aller
crescendo et Arafat va s'y plier bien que sa
marge de manoeuvre fonde comme neige au
soleil. Il n'y a qu'une issue à ce petit jeu
: la capitulation d'Arafat. Le gouvernement
israélien mise ouvertement sur les secteurs
les plus droitiers de l'OLP destinés à
trouver un successeur à Arafat qui ait
l'échine particulièrement souple.
Un épisode permet de saisir de quoi il
retourne quand les impérialistes et sionistes
parlent de justice, de droit international et
de "lutte contre le terrorisme" : il s'agit
en fait d'affrontements disproportionnés dans
lesquels impérialistes et sionistes
considèrent avoir tous les droits, y compris
celui de publier des listes d'objectifs
d'assassinats politiques comme l'a fait
Sharon à plusieurs reprises.
Aussi, au cours de la Deuxième intifada,
le FDLP est revenu au premier plan de
l'actualité avec, l'attaque d'un poste
militaire israélien, à proximité d'une
colonie dans la bande de Gaza, le 25 août
2001, par un commando armé. Un affrontement
militaire en somme.
La riposte des sionistes a été comme
d'habitude totalement disproportionnée (les
membres du commando ayant déjà été tués lors
de l'assaut). Elle s'est traduite par des
attaques de chasseurs-bombardiers F16 et par
l'assassinat terroriste du numéro 2 du FDLP
par des roquettes tirées contre son bureau
par des hélicoptères.
Le FDLP a donc répondu sur le même
registre, et à un niveau comparable, en
liquidant le ministre du tourisme israélien,
ministre d'extrême-droite, de surcroît.
Aujourd'hui l'exigence de Sharon est de se
voir livrer les responsables de cet
assassinat ! Bien sûr, Sharon ne livrera pas
les responsables de l'assassinat du numéro 2
du FDLP : il est le premier d'entre eux.
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Quelle légitimité ont ces actes qui se
drappent dans la justice et dans le droit ?
Aucune ! C'est le droit du plus fort qui
s'applique, la loi de la jungle.
A combien de résolutions de l'ONU visant
Israël, les USA et d'autres "membres
permanents du conseil de sécurité" ont ils
opposé leur véto ? Combien de résolutions
effectivement adoptées, les sionistes et les
impérialismes ont-ils refusé d'appliquer ?
Beaucoup plus que ce qu'ils ont reproché à
Milosevics et Saddam Hussein réunis. Pour
prix de ces entorses au "droit
international", les "alliés" ont bombardé
Bagdad et Belgrade, il ont armé et surarmé
Tel-Aviv.
Ils ont fournis à Israël toutes les armes
qui lui permettent de semer la terreur dans
la région y compris des armes de destruction
massive, et surtout nucléaires, dont ils
contestent la possession à d'autres états.
Quelle est la raison de cette impunité et de
l'exception israélienne ? Au risque de
froiser la gauche et l'extrême-gauche
"politiquement correcte", cette exception
trouve sa source à la fois dans un mythe et
dans une réalité.
Le mythe est celui du sionisme comme
courant politique légataire des victimes de
l'holocauste. Cet héritage procurerait au
sionisme et à sa création, l'Etat d'Israël,
une autorité morale illimité et incontestable
et lui donnerait tout les droits... "pour que
ce qu'on perpétré les nazis ne se produise
plus", dit-on couramment. Il suffit donc aux
sionistes d'assimiler leurs ennemis du moment
aux nazis pour que cela fonctionne. Comme on
l'a vu, I. Rabin en a fait les frais, comme
S. Hussein avant lui et Y. Arafat
aujourd'hui.
L'extrême-gauche "politiquement correcte"
et les staliniens repentis, si chatouilleux
quand on ose parler de "mythes fondateurs de
l'Etat d'Israël", devraient réfléchir à cela
avant de participer à l'entreprise d'amalgame
et de camouflage en cours concernant les
"liaisons dangereuses" d'un secteur
minoritaire du sionisme, le groupe Stern et
son dirigeant I. Shamir (celui qui fut
ensuite Premier ministre d'Israël !),
pendant la Deuxième guerre mondiale...
Comme si Israël présentait, en définitive,
cette singularité par rapport aux autres
états de ne pas être fondé sur quelques
mythes, "simplifications" et "oublis"
historiques. Ou bien alors, il faudrait
admettre comme un fait historique
incontestable que les Gaulois soient les
ancêtres des Français, y compris
"d'outre-mer". Balivernes. Mais là, en ce qui
concerne Israël, on touche à des évènements
dont les protagonistes sont parfois encore
vivants. D'où une certaine mémoire
"sélective". Mais gageons que nous aurons
l'occasion d'y revenir...
La réalité fondatrice de l'Etat d'Israël
est donc bien plus prosaïque et même sordide
que la version officielle le prétend, tout
comme celle des autres états. Elle plonge ses
racines dans un courant nationaliste
bourgeois et petit-bourgeois minoritaire,
devenu majoritaire au sortir de la Seconde
guerre mondiale : le sionisme. Ce courant a
eu la particularité de jouer sur tous les
tableaux en permanence, à travers ses
diverses fractions : L'Empire ottoman et
l'Empire britanique à la fin du XIXème
siècle, puis les puissances impérialistes
vainqueurs de la Première guerre mondiale :
France, et surtout Grande-Bretagne et USA.
A chaque fois les dirigeants de ces
puissances se voient demander leur aide à
l'implantation massive de Juifs d'Europe,
notamment, en Palestine. En contrepartie, les
sionistes se positionnent toujours comme des
garants de l'ordre dans tout le Proche et le
Moyen-orient. Peu importaient alors les
interlocuteurs des sionistes dans la mesure
où ils étaient près à favoriser leur objectif
et quelles que soient, au demeurant, les
arrières pensées de ces interlocuteurs
(expulser les juifs d'Europe, par exemple
!). Un mouvement nationaliste bourgeois est
un mouvement nationaliste bourgeois.
Tous cela aboutit en 1917 à la déclaration
Balfour, déclaration de l'empire britanique,
parainée par les USA et, accessoirement la
France. Cette déclaration se prononce pour
l'instauration d'un "foyer national Juif" en
Palestine. Mais les choses ne vont pas assez
vite au goût des dirigeants sionistes qui
vont passer en Palestine à un degré supérieur
qui les aménera à l'affrontement armé, et
parfois "terroriste" avec la puissance qui
détient le mandat de la Société des Nations
sur la Palestine et la "Transjordanie" : le
Royaume-uni.
Au sortir de la Seconde guerre mondiale,
au lendemain des conférences de Yalta et
Potsdam, les atrocités commises par les nazis
sont connues du monde entier, attrocités qui
relèvent, elles, de la vérité historique. Les
sionistes réclament, et obtiennent, des USA,
de l'URSS et du Royaume-uni la création de
l'Etat d'Israël. Création qui aura lieu en
1948 sur la base d'un partage territorial
jamais respecté par Israël, et jamais accepté
par les Palestiniens. Création qui aura vu la
présence britanique dans la région malmenée
une fois de plus et les arabes expulsés ou
massacrés avec l'appui des assassins du
groupe Stern, encore une fois.
Les jeux d'alliances de l'après guerre et
les intérêts bien compris des protagonistes
feront d'Israël une sorte de base permanente,
de porte-avions US, au Proche-Orient. Mais ce
qui motive les sionistes, au dela des
alliances avec telle ou telle puissance,
c'est le but, le Grand Israël. C'est ce qui a
valu à G. W. Bush de se voir assimilé à
Chamberlain 1) au lendemain du 11 semptembre
2001, car il hésitait à affirmer haut et fort
ce que Sharon attendait de lui : "Arafat =
Hitler = Ben Laden", et donc l'Etat d'Israël,
comme l'impérialisme US, a tous les droits...
même celui de dire "merde" à son puissant
protecteur.
Mais il est un plan sur lequel Israël est
un état comme un autre, il est traversé par
les mêmes contradictions par les mêmes
affrontements de classes. En Israël, comme en
Palestine ! il y a des ouvriers des paysans
et des bourgeois, il y a des classes dont les
intérêts divergent.
Les intérêts de la bourgeoisie israélienne
sont ceux de toute bourgeoisie nationale :
expansion du marché, augmentation du taux de
profit. Concurrence et guerre.
Les intérêts de la classe ouvrière
israélienne sont ceux de toute classe
ouvrière : plein emploi, salaires décents,
protection sociale et médicale de haut
niveau. Paix et fraternité.
Que ceux qui en doutent méditent la
déclaration d'un insoumis de l'armée
israélienne en prévision de son arrestation
!
J.-Louis
1) Le ministre
britanique qui annonça au monde après une
entrevue avec Hitler à Munich en 1938 que la
paix était sauvée. Là comme avec Rabin, on
voit que les sionistes font dans la
dentelle.
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