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Palestine - Publié dans l'Internationaliste n°42
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L'Esplanade des mosquées.

ou

Pour comprendre pourquoi le "processus de paix" n'en finit pas de mourrir...

Qu'allait faire A. Sharon sur l'Esplanade des mosquées, à Jérusalem, ce 28 septembre 2000  ? Certainement pas une promenade de santé. Il savait que son geste aurait des portées symbolique et politique considérables, il savait que cela serait ressenti comme une provocation, car c'en était une.

A. Sharon allait tout simplement mettre fin au "processus de paix" qui avait amené Y. Arafat à considérer publiquement que l'élément essentiel de la charte de l'OLP, la destruction de l'Etat d'Israël, était "caduque". Il cherchait la voie qui lui permettrait d'imposer aux palestiniens l'alternative suivante  : renoncer, capituler, ou bien disparaître...

A. Sharon voulait clore une parenthèse ouverte au lendemain de la Guerre du Golfe alors que la Première intifadfa rendait la position intenable à l'Etat sioniste qui est typiquement une création, et une survivance, de l'ordre de Yalta et Potsdam érigé en 1944-45 de concert par les puissances impérialistes et la bureaucratie stalinienne.

Mais, en 1989-1991, lorsque le vieil ordre s'effondre et que la course au "nouvel ordre mondial" est lancée entre les différents impérialistes, la solution d'un accord israélo-palestinien est considérée par l'impérialisme US comme la meilleure solution possible à ce moment là.

Meilleure car, après la Guerre du Golfe, cette solution permettrait à la fois de "calmer le jeu" dans la région en faisant mine d'accorder quelques concessions à l'OLP ce qui permettraient de désamorcer l'Intifada. Cette solution transformerait Arafat en flic au compte d'Israël et conforterait l'existence de l'Etat hébreux dans ses frontières actuelles. L'impérialisme US, est conscient des perspectives que lui ouvre l'après 1989. Il est aussi conscient des dangers de la nouvelle situation.

L'accord initié à Oslo est basé sur la reconnaissance de l'Etat d'Israël par l'OLP et, en contrepartie, de l'OLP comme représentant légitime du peuple palestinien. "L'autorité palestinienne" est donc crée et il lui revient de s'exercer sur des territoires qui appartenait... à la Jordanie ou à l'Egypte jusqu'en 1967, date de leur occupation par l'armée israélienne qui en assure depuis la colonisation.

Voici donc Arafat à la tête d'un bantoustan morcelé, socialement et politiquement explosif, ainsi que la première Intifada l'a montré. Le piège est prêt à fonctionner. Mais... Mais, la signature par le travailliste I. Rabin d'un accord avec Y. Arafat, sous l'égide de toutes les puissances impérialistes qui se sont réparti le travail, a fait surgir au grand jour les lignes de clivages et les contradictions à l'oeuvre dans le camp palestinien, mais aussi, et surtout, dans le camp israélien.

La reconnaissance de l'Etat d'Israël sonne le glas de l'Etat palestinien à égalité de droit entre Juifs et Arabes, Etat que nous pouvons qualifier de "laïque", même si ce terme ne figure pas tel quel dans la charte de l'OLP. Cela va nourrir une radicalisation des masses palestiniennes, radicalisation qui mine actuellement le Fatah, l'organisation d'Arafat, pivot de l'OLP, radicalisation que tentent de capter les islamistes, en l'absence d'une alternative révolutionnaire de classe.

La reconnaissance de l'OLP par le gouvernement Rabin est perçue par la droite et l'extrême-droite israélienne et, tout simplement, sioniste comme l'abandon des grand projets rêvés voici plus de 100 ans par T. Herzl. Cette reconnaissance devrait aboutir en toute logique à l'arrêt de la colonisation, voir au démantèlement de certaines implantation, au moins pour une période.

Elle devrait aussi aboutir au règlement diplomatique des questions du Sud-Liban et du Golan dans lesquelles la Syrie est un "partenaire" incontournable. De tout cela, les ultras ne veulent pas. Leur stratégie est la déstabilisation de tous les états de la région pour poursuivre l'extension de l'Etat d'Israël. Insistons  : Likoud et travaillistes sont d'accord sur l'objectif, le Grand Israël de la rive droite du Nil à celle de l'Euphrate, mais ils s'affrontent sur la façon d'y parvenir et sur les délais. Or, dans ce contexte, c'est un point déterminant.

Une crise politique majeure menace Israël, sur fond de crise sociale provoquée par l'affux massif des Juifs de l'ex-URSS et des Falashas d'Ethiopie. Ceux-ci sont considérés comme des israéliens de second et de troisièmes ordre, régardés un peu comme, il y a cent ans, les anglo-saxons installés aux USA regardaient les polonais, lithuaniens, russes ou les italiens fraîchement débarqués.

En Israël, la vague russe etc. pourrait donc être envoyée coloniser la Cis-Jordanie, ce qui réglerait la question du chômage. La situation est explosive. I. Rabin est haineusement brocardé dans les manifestations de la droite  ; sur des pancartes et des affiches, il est assimilé à Hitler et finalement il est assassiné. Sa veuve dira plus tard qu'elle pourrait serrer la main d'Arafat, mais pas celle de Natanyahou. Edifiant.

Depuis, le Likoud et les autres partis extrémistes de droite n'on cessé de faire dégénérer la situation, bien aidés dans toute une période par le Jihad Islamique et le Hezbollah qui leur on fourni tous les prétextes et les arguments pour faire la démonstration suivante  : la sécurité d'Israël est menacée.

Comme une militante du mouvement "La Paix Maintenant" le disait dans documentaire télévisé  : "en Israël, quand le gouvernement parle de sécurité, tout le monde se met au garde-à-vous". Après la défaite de Barak, qui avait pourtant impulsé une politique de colonisation acharnée, les travaillistes rejoignent un gouvernement d'union nationale dirigé par A. Sharon, le boucher de Beyrouth.

Les exigences sionistes vont aller crescendo et Arafat va s'y plier bien que sa marge de manoeuvre fonde comme neige au soleil. Il n'y a qu'une issue à ce petit jeu  : la capitulation d'Arafat. Le gouvernement israélien mise ouvertement sur les secteurs les plus droitiers de l'OLP destinés à trouver un successeur à Arafat qui ait l'échine particulièrement souple.

Un épisode permet de saisir de quoi il retourne quand les impérialistes et sionistes parlent de justice, de droit international et de "lutte contre le terrorisme"  : il s'agit en fait d'affrontements disproportionnés dans lesquels impérialistes et sionistes considèrent avoir tous les droits, y compris celui de publier des listes d'objectifs d'assassinats politiques comme l'a fait Sharon à plusieurs reprises.

Aussi, au cours de la Deuxième intifada, le FDLP est revenu au premier plan de l'actualité avec, l'attaque d'un poste militaire israélien, à proximité d'une colonie dans la bande de Gaza, le 25 août 2001, par un commando armé. Un affrontement militaire en somme.

La riposte des sionistes a été comme d'habitude totalement disproportionnée (les membres du commando ayant déjà été tués lors de l'assaut). Elle s'est traduite par des attaques de chasseurs-bombardiers F16 et par l'assassinat terroriste du numéro 2 du FDLP par des roquettes tirées contre son bureau par des hélicoptères.

Le FDLP a donc répondu sur le même registre, et à un niveau comparable, en liquidant le ministre du tourisme israélien, ministre d'extrême-droite, de surcroît. Aujourd'hui l'exigence de Sharon est de se voir livrer les responsables de cet assassinat ! Bien sûr, Sharon ne livrera pas les responsables de l'assassinat du numéro 2 du FDLP : il est le premier d'entre eux.

Quelle légitimité ont ces actes qui se drappent dans la justice et dans le droit  ? Aucune  ! C'est le droit du plus fort qui s'applique, la loi de la jungle.

A combien de résolutions de l'ONU visant Israël, les USA et d'autres "membres permanents du conseil de sécurité" ont ils opposé leur véto  ? Combien de résolutions effectivement adoptées, les sionistes et les impérialismes ont-ils refusé d'appliquer  ? Beaucoup plus que ce qu'ils ont reproché à Milosevics et Saddam Hussein réunis. Pour prix de ces entorses au "droit international", les "alliés" ont bombardé Bagdad et Belgrade, il ont armé et surarmé Tel-Aviv.

Ils ont fournis à Israël toutes les armes qui lui permettent de semer la terreur dans la région y compris des armes de destruction massive, et surtout nucléaires, dont ils contestent la possession à d'autres états. Quelle est la raison de cette impunité  et de l'exception israélienne  ? Au risque de froiser la gauche et l'extrême-gauche "politiquement correcte", cette exception trouve sa source à la fois dans un mythe et dans une réalité.

Le mythe est celui du sionisme comme courant politique légataire des victimes de l'holocauste. Cet héritage procurerait au sionisme et à sa création, l'Etat d'Israël, une autorité morale illimité et incontestable et lui donnerait tout les droits... "pour que ce qu'on perpétré les nazis ne se produise plus", dit-on couramment. Il suffit donc aux sionistes d'assimiler leurs ennemis du moment aux nazis pour que cela fonctionne. Comme on l'a vu, I. Rabin en a fait les frais, comme S. Hussein avant lui et Y. Arafat aujourd'hui.

L'extrême-gauche "politiquement correcte" et les staliniens repentis, si chatouilleux quand on ose parler de "mythes fondateurs de l'Etat d'Israël", devraient réfléchir à cela avant de participer à l'entreprise d'amalgame et de camouflage en cours concernant les "liaisons dangereuses" d'un secteur minoritaire du sionisme, le groupe Stern et son dirigeant I. Shamir (celui qui fut ensuite Premier ministre d'Israël  !), pendant la Deuxième guerre mondiale...

Comme si Israël présentait, en définitive, cette singularité par rapport aux autres états de ne pas être fondé sur quelques mythes, "simplifications" et "oublis" historiques. Ou bien alors, il faudrait admettre comme un fait historique incontestable que les Gaulois soient les ancêtres des Français, y compris "d'outre-mer". Balivernes. Mais là, en ce qui concerne Israël, on touche à des évènements dont les protagonistes sont parfois encore vivants. D'où une certaine mémoire "sélective". Mais gageons que nous aurons l'occasion d'y revenir...

La réalité fondatrice de l'Etat d'Israël est donc bien plus prosaïque et même sordide que la version officielle le prétend, tout comme celle des autres états. Elle plonge ses racines dans un courant nationaliste bourgeois et petit-bourgeois minoritaire, devenu majoritaire au sortir de la Seconde guerre mondiale  : le sionisme. Ce courant a eu la particularité de jouer sur tous les tableaux en permanence, à travers ses diverses fractions  : L'Empire ottoman et l'Empire britanique à la fin du XIXème siècle, puis les puissances impérialistes vainqueurs de la Première guerre mondiale  : France, et surtout Grande-Bretagne et USA.

A chaque fois les dirigeants de ces puissances se voient demander leur aide à l'implantation massive de Juifs d'Europe, notamment, en Palestine. En contrepartie, les sionistes se positionnent toujours comme des garants de l'ordre dans tout le Proche et le Moyen-orient. Peu importaient alors les interlocuteurs des sionistes dans la mesure où ils étaient près à favoriser leur objectif et quelles que soient, au demeurant, les arrières pensées de ces interlocuteurs (expulser les juifs d'Europe, par exemple  !). Un mouvement nationaliste bourgeois est un mouvement nationaliste bourgeois.

Tous cela aboutit en 1917 à la déclaration Balfour, déclaration de l'empire britanique, parainée par les USA et, accessoirement la France. Cette déclaration se prononce pour l'instauration d'un "foyer national Juif" en Palestine. Mais les choses ne vont pas assez vite au goût des dirigeants sionistes qui vont passer en Palestine à un degré supérieur qui les aménera à l'affrontement armé, et parfois "terroriste" avec la puissance qui détient le mandat de la Société des Nations sur la Palestine et la "Transjordanie"  : le Royaume-uni.

Au sortir de la Seconde guerre mondiale, au lendemain des conférences de Yalta et Potsdam, les atrocités commises par les nazis sont connues du monde entier, attrocités qui relèvent, elles, de la vérité historique. Les sionistes réclament, et obtiennent, des USA, de l'URSS et du Royaume-uni la création de l'Etat d'Israël. Création qui aura lieu en 1948 sur la base d'un partage territorial jamais respecté par Israël, et jamais accepté par les Palestiniens. Création qui aura vu la présence britanique dans la région malmenée une fois de plus et les arabes expulsés ou massacrés avec l'appui des assassins du groupe Stern, encore une fois.

Les jeux d'alliances de l'après guerre et les intérêts bien compris des protagonistes feront d'Israël une sorte de base permanente, de porte-avions US, au Proche-Orient. Mais ce qui motive les sionistes, au dela des alliances avec telle ou telle puissance, c'est le but, le Grand Israël. C'est ce qui a valu à G. W. Bush de se voir assimilé à Chamberlain 1) au lendemain du 11 semptembre 2001, car il hésitait à affirmer haut et fort ce que Sharon attendait de lui  : "Arafat = Hitler = Ben Laden", et donc l'Etat d'Israël, comme l'impérialisme US, a tous les droits... même celui de dire "merde" à son puissant protecteur.

Mais il est un plan sur lequel Israël est un état comme un autre, il est traversé par les mêmes contradictions par les mêmes affrontements de classes. En Israël, comme en Palestine ! il y a des ouvriers des paysans et des bourgeois, il y a des classes dont les intérêts divergent.

Les intérêts de la bourgeoisie israélienne sont ceux de toute bourgeoisie nationale  : expansion du marché, augmentation du taux de profit. Concurrence et guerre.

Les intérêts de la classe ouvrière israélienne sont ceux de toute classe ouvrière  : plein emploi, salaires décents, protection sociale et médicale de haut niveau. Paix et fraternité.

Que ceux qui en doutent méditent la déclaration d'un insoumis de l'armée israélienne en prévision de son arrestation  !

J.-Louis


1) Le ministre britanique qui annonça au monde après une entrevue avec Hitler à Munich en 1938 que la paix était sauvée. Là comme avec Rabin, on voit que les sionistes font dans la dentelle.

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