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Palestine - Publié dans l'Internationaliste n°44
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Arafat à l'heure de vérité !
Dans la vaste campagne idéologique, de l'après-11 Septembre, visant à substituer à la lutte des classes la notion de "combat du bien contre le mal" (selon la rhétorique chère à la Maison Blanche), il n'y a évidemment aucune place pour la lutte nationale du peuple palestinien.

Si ces derniers temps, l'élection présidentielle française et ses conséquences ont tendu à reléguer au second plan ce que les journalistes bourgeois nomment prudemment "le conflit israélo-palestinien", la situation dans les "territoires occupés" n'a cessé d'empirer pour le peuple palestinien confronté à une offensive militaire totale de la part de l'Etat d'Israël.

C'est, bien entendu, au nom de la "lutte contre le terrorisme" que l'état sioniste et son premier ministre Sharon (dit "le boucher") mènent leur entreprise de répression, confortés non seulement par le patronage bienveillant de l'impérialisme américain, mais également par la complicité plus "moralisante" des états européens qui, au-delà de leurs "inquiétudes" et appels de circonstance pour "la paix", se contentent de prendre acte des massacres perpétrés par L'armée israélienne.

Malgré l'absence de bilan officiel, notamment en raison de la censure sans précédent établie par l'armée israélienne autour de ses "opérations", il ne fait aucun doute que les objectifs des dizaines de milliers de soldats, mobilisés pour l'occasion, vont bien plus loin que la simple volonté d'arrêter des combattants et qu'il s'agit, avant tout, de terroriser l'ensemble de la population des territoires occupés afin de leur ôter toute velléité de résistance.

Cela passe non seulement par l'occupation militaire et par la destruction massive des habitats, mais surtout par l'élimination physique -  "en passant", serions-nous tentés de dire  - du maximum de Palestiniens, combattants avérés ou non.

De fait, le refus d'Israël de recevoir une commission d'enquête internationale ne laisse guère de doutes sur la réalité des "combats" de Jénine, et il faudra attendre longtemps avant de connaître le nombre réel des victimes, entre les Palestiniens morts des suites de blessures, faute de soins (L'armée israélienne interdit systématiquement à la Croix Rouge et aux ONG d'intervenir sur le terrain) et ceux qui sont ensevelis sous les décombres des habitations (Israël bloque également l'envoi de matériel lourd pour dégager les cadavres ainsi que d'éventuels survivants).

Cependant, il est certain que les chiffres vont bien au-delà des quelque 200 victimes officiellement reconnues par la presse israélienne. Et il en est de même pour l'ensemble des territoires occupés, cette politique attestant des objectifs criminels du gouvernement Sharon.

Conscient que, dans leur résistance héroïque à la guerre coloniale livrée par Israël les Palestiniens ne peuvent compter que sur l'appui de la mobilisation des peuples et des travailleurs (mobilisation souvent désignée sous le terme neutre "d'opinion publique") pour modifier un rapport de force qui leur est, sur le plan militaire et politique, manifestement défavorable, le travailliste Shimon Pérès s'inquiétait, selon le quotidien Haaretz, des "réactions internationales hostiles dès que les dimensions de la bataille dans le camp de réfugiés de Jénine, dans laquelle plus de cent Palestiniens ont été tués, seront connues. Lors des conversations à huis clos, Pérès a qualifié l'opération de "massacre"  ".

Mais si le nombre important, dans les pays arabes, de manifestations en soutien aux Palestiniens attestent d'une solidarité sans faille (150  000 personnes en Jordanie, entre 500  000 et 3 millions au Maroc, en Egypte...), elles expriment également les limites d'une protestation politiquement coincée entre l'intégrisme religieux et la sujétion des gouvernements locaux aux intérêts de l'impérialisme US.

Car s'il est une question d'importance capitale pour le devenir du combat de libération nationale palestinien, c'est bien celle d'une perspective de lutte indépendante, passant outre la subordination aux politiques impérialistes et dénonçant, de ce fait, le cadre vicié des diverses "conférences internationales pour la paix" dont l'objectif unique est d'entériner les desiderata des gouvernements sionistes. Maintenir la lutte palestinienne dans un tel cadre "institutionnel" équivaut à se lier les mains et conduit, inévitablement, sur la pente de concessions coupables.

C'est dans ce cadre qu'il faut apprécier le cas du Président de l'Autorité Palestinienne, car la stratégie "de conciliation" d'Arafat porte une responsabilité particulière dans la situation actuelle.

L'intervention de L'armée israélienne aura non seulement définitivement brisé l'illusion, le nuage de fumée d'un Etat Palestinien indépendant sur les bases des accords d'Oslo ou autres, mais elle aura également montré l'incapacité de la direction palestinienne à briser sa politique de collaboration avec les pays impérialistes et sa vocation à galvauder, par là même, la lutte d'indépendance.

Force est ainsi de constater que, sorti des quelques déclarations verbales de circonstance, Yasser Arafat n'a jamais réellement sollicité la mobilisation des masses arabes et internationales en soutien à la cause palestinienne, préférant sans doute donner des gages aux gouvernements bourgeois occidentaux, aux Etats-Unis en particulier, en livrant des combattants, y compris des combattants issus des ses propres rangs, le Fatha  !

Peut-on qualifier de victoire la  "libération"  d'Arafat alors qu'elle a signifié l'emprisonnement ou le bannissement de dizaines de Palestiniens  ? Arafat semble, en effet, bien plus soucieux de préserver sa "crédibilité" internationale en se faisant le relais de "la lutte contre le terrorisme" dans ses propres rangs, préparant ainsi, inévitablement, les conditions de défaites futures.

Aujourd'hui, la lutte du peuple palestinien passe autant par l'appel à une mobilisation de classe indépendante à l'échelle internationale, que par l'émergence d'une vraie direction révolutionnaire capable de faire le pont entre les droits nationaux des palestiniens et la lutte pour l'émancipation sociale de tous les peuples de la région.

Anton

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