| Dans la vaste campagne
idéologique, de l'après-11 Septembre, visant
à substituer à la lutte des classes la notion
de "combat du bien contre le mal"
(selon la rhétorique chère à la Maison
Blanche), il n'y a évidemment aucune place
pour la lutte nationale du peuple palestinien.
Si ces derniers temps, l'élection
présidentielle française et ses conséquences
ont tendu à reléguer au second plan ce que
les journalistes bourgeois nomment prudemment
"le conflit israélo-palestinien", la
situation dans les "territoires
occupés" n'a cessé d'empirer pour le
peuple palestinien confronté à une offensive
militaire totale de la part de l'Etat
d'Israël.
C'est, bien entendu, au nom de la
"lutte contre le terrorisme" que
l'état sioniste et son premier ministre
Sharon (dit "le boucher") mènent leur
entreprise de répression, confortés non
seulement par le patronage bienveillant de
l'impérialisme américain, mais également par
la complicité plus "moralisante" des états
européens qui, au-delà de leurs "inquiétudes"
et appels de circonstance pour "la paix", se
contentent de prendre acte des massacres
perpétrés par L'armée israélienne.
Malgré l'absence de bilan officiel,
notamment en raison de la censure sans
précédent établie par l'armée israélienne
autour de ses "opérations", il ne
fait aucun doute que les objectifs des
dizaines de milliers de soldats, mobilisés
pour l'occasion, vont bien plus loin que la
simple volonté d'arrêter des combattants et
qu'il s'agit, avant tout, de terroriser
l'ensemble de la population des territoires
occupés afin de leur ôter toute velléité de
résistance.
Cela passe non seulement par l'occupation
militaire et par la destruction massive des
habitats, mais surtout par l'élimination
physique - "en passant", serions-nous tentés
de dire - du maximum de Palestiniens,
combattants avérés ou non.
De fait, le refus d'Israël de recevoir une
commission d'enquête internationale ne laisse
guère de doutes sur la réalité des
"combats" de Jénine, et il faudra
attendre longtemps avant de connaître le
nombre réel des victimes, entre les
Palestiniens morts des suites de blessures,
faute de soins (L'armée israélienne interdit
systématiquement à la Croix Rouge et aux ONG
d'intervenir sur le terrain) et ceux qui sont
ensevelis sous les décombres des habitations
(Israël bloque également l'envoi de matériel
lourd pour dégager les cadavres ainsi que
d'éventuels survivants).
Cependant, il est certain que les chiffres
vont bien au-delà des quelque 200 victimes
officiellement reconnues par la presse
israélienne. Et il en est de même pour
l'ensemble des territoires occupés, cette
politique attestant des objectifs criminels
du gouvernement Sharon.
Conscient que, dans leur résistance
héroïque à la guerre coloniale livrée par
Israël les Palestiniens ne peuvent compter
que sur l'appui de la mobilisation des
peuples et des travailleurs (mobilisation
souvent désignée sous le terme neutre
"d'opinion publique") pour modifier un
rapport de force qui leur est, sur le plan
militaire et politique, manifestement
défavorable, le travailliste Shimon Pérès
s'inquiétait, selon le quotidien Haaretz, des
"réactions internationales hostiles dès
que les dimensions de la bataille dans le
camp de réfugiés de Jénine, dans laquelle
plus de cent Palestiniens ont été tués,
seront connues. Lors des conversations à huis
clos, Pérès a qualifié l'opération de
"massacre" ".
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Mais si le nombre important, dans les pays
arabes, de manifestations en soutien aux
Palestiniens attestent d'une solidarité sans
faille (150 000 personnes en Jordanie, entre
500 000 et 3 millions au Maroc, en
Egypte...), elles expriment également les
limites d'une protestation politiquement
coincée entre l'intégrisme religieux et la
sujétion des gouvernements locaux aux
intérêts de l'impérialisme US.
Car s'il est une question d'importance
capitale pour le devenir du combat de
libération nationale palestinien, c'est bien
celle d'une perspective de lutte
indépendante, passant outre la subordination
aux politiques impérialistes et dénonçant, de
ce fait, le cadre vicié des diverses
"conférences internationales pour la
paix" dont l'objectif unique est
d'entériner les desiderata des gouvernements
sionistes. Maintenir la lutte palestinienne
dans un tel cadre "institutionnel" équivaut à
se lier les mains et conduit, inévitablement,
sur la pente de concessions coupables.
C'est dans ce cadre qu'il faut apprécier
le cas du Président de l'Autorité
Palestinienne, car la stratégie "de
conciliation" d'Arafat porte une
responsabilité particulière dans la situation
actuelle.
L'intervention de L'armée israélienne aura
non seulement définitivement brisé
l'illusion, le nuage de fumée d'un Etat
Palestinien indépendant sur les bases des
accords d'Oslo ou autres, mais elle aura
également montré l'incapacité de la direction
palestinienne à briser sa politique de
collaboration avec les pays impérialistes et
sa vocation à galvauder, par là même, la
lutte d'indépendance.
Force est ainsi de constater que, sorti
des quelques déclarations verbales de
circonstance, Yasser Arafat n'a jamais
réellement sollicité la mobilisation des
masses arabes et internationales en soutien à
la cause palestinienne, préférant sans doute
donner des gages aux gouvernements bourgeois
occidentaux, aux Etats-Unis en particulier,
en livrant des combattants, y compris des
combattants issus des ses propres rangs, le
Fatha !
Peut-on qualifier de victoire la
"libération" d'Arafat alors
qu'elle a signifié l'emprisonnement ou le
bannissement de dizaines de Palestiniens ?
Arafat semble, en effet, bien plus soucieux
de préserver sa "crédibilité" internationale
en se faisant le relais de "la lutte
contre le terrorisme" dans ses propres
rangs, préparant ainsi, inévitablement, les
conditions de défaites futures.
Aujourd'hui, la lutte du peuple
palestinien passe autant par l'appel à une
mobilisation de classe indépendante à
l'échelle internationale, que par l'émergence
d'une vraie direction révolutionnaire capable
de faire le pont entre les droits nationaux
des palestiniens et la lutte pour
l'émancipation sociale de tous les peuples de
la région.
Anton
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