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Edito. - L'Internationaliste n°45 Version imprimable Imprimer
Un monde démocratique selon G. W. Bush  :
un ensemble de dictatures constitutionnelles.

Dès le premier instant, il n'a fait aucun doute que l'administration Bush chercherait à tirer tous les avantages possibles de l'impact politique résultant des attentats du 11 septembre 2001. Le temps passant, les choses se sont précisées : la déclaration de G. W. Bush, datée du 17 septembre 2002, à propos de la "stratégie de sécurité nationale des USA", fait la synthèse des vues de l'impérialisme US sur l'ensemble de la planète et du cadre qu'il ambitionne imposer à tous. Et de mettre en place sa politique, avec la brutalité qui l'a toujours caractérisé, sur le plan intérieur comme sur le plan international. Parallèlement, les alliés, et néanmoins concurrents de "l'oncle Sam", s'emploient à décliner la même politique à leur échelle, chacun dans sa "sphère d'influence", quels que soient les contradictions et les conflits d'intérêts avérés ou prévisibles.

Si on aurait tort de considérer que l'équipe décidant la politique US n'est composée que des "néoconservateurs" et de fascistes notoires, comme Buchanan par exemple, il est vrai, toutefois, que la tonalité générale de cette politique dénote une prise en compte de thèses très, très à droite. En effet, le but proclamé de la "guerre sans fin contre le terrorisme" ne trompe plus personne  : au moment où, depuis ce jeudi noir de 1929, le système capitaliste connaît sa plus grave "crise de confiance" (crise amorcée longtemps avant le 11 septembre 2001), il en va désormais de sa survie même. C'est dans cette optique que se place l'offensive de Bush, comme une tentative de reprendre l'initiative face aux masses qui, elles, cherchent à reprendre leur marche en avant. Le gouvernement US tente d'effacer l'onde de choc de Seattle, après avoir atténué celle de la chute de Saigon.

La déstabilisation de la finance et les scandales à répétition autours de faillites retentissantes aux USA et en Europe, la situation politique en Argentine, en Uruguay ou en Bolivie, même le "message" du résultat des élections en France cette année, tout, dans la situation économique internationale, appelle une offensive urgente du point de vue des intérêts de la haute bourgeoisie.

"Certains s'inquiètent de ce que ce soit d'une manière ou d'une autre peu diplomatique ou impoli de parler le langage du bien ou du mal. Je suis en désaccord. Des circonstances différentes requièrent des méthodes différentes, mais pas des moralités différentes".
G. W. Bush, West Point, 1er juin 2002

La guerre programmée contre l'Irak ne se limite donc pas au simple contrôle des approvisionnements pétrolier et gazier de la planète. Elle vise, de plus, à accroître la subordination des autres puissances impérialistes et à imposer un "droit international". Ce droit serait défini à Wall-Street et à Washington, mais il ne s'y appliquerait pas. En effet, la moralité ne changeant pas, les USA renforceraient leur position "au-dessus des lois". Bush parle de démocratie, de liberté pour masquer ce dont il s'agit véritablement, c'est-à-dire, d'ordre impérialiste et de respect de la "libre entreprise". Aussi, veut-il "libérer" les Kurdes de l'oppression de Saddam Hussein, mais appuie-t-il la répression des mêmes Kurdes par l'armée turque On nous a bien avertis  : la moralité ne change pas, mais les circonstances différentes dictent des méthodes différentes  !

Pour Bush comme pour Chirac, ces "défenseurs de la liberté", le maître mot est "l'équité" en vertu de laquelle les riches sont riches et les pauvres sont pauvres, chacun ayant ce qu'il mérite, chacun recevant ce qui lui revient. N'allez surtout pas réclamer l'égalité... Quant à ceux qui n'acceptent pas, ceux qui veulent lutter pour la véritable liberté, pour un monde débarrassé de l'oppression impérialiste et de l'obscurantisme, l'accusation est toute trouvée  : ils seront taxés de terroristes, quels que soient leurs moyens d'action, même les plus pacifiques.

De Bush à Sarkozy

J. Ashcroft, Ministre US de la justice, un des hommes politiques le plus réactionnaire de ce pays, s'applique jour après jour à imposer une législation d'exception qui fait craindre, là-bas, une nouvelle forme de maccarthysme.

A son niveau, N. Sarkosy, super-Ministre de la sécurité du gouvernement Chirac Raffarin, marchant quelque peu sur les pieds de D. Perben, Ministre de la justice, impulse une politique sécuritaire en plusieurs étapes, de plus en plus dures, radicales et attentatoires aux libertés démocratiques. Les fuites organisées dans le Monde du 26 septembre, suivies de la publication du projet par le Figaro du 4 octobre, s'inscrivent dans la démarche voulue par Sarkosy de faire passer le dispositif petit à petit. Une telle méthode vise à neutraliser la résistance à sa politique, à désamorcer les éventuelles mobilisations en supposant que la "gauche plurielle" veuille mobiliser contre un sujet repris, en son temps, comme thème de la campagne présidentielle de Jospin. Mais au-delà, c'est toute une machinerie qui a été mise en marche à l'échelle européenne, en relation avec une très discrète réunion d'Europol cet été.

Un monde cadenassé

Désormais, tous les gouvernements de la planète s'attachent à désigner "leurs" terroristes, à mettre en place des législations restrictives et à donner une apparence légale, constitutionnelle, démocratique à une certaine forme de dictature. Ainsi en Espagne, J.-M. Aznar, hier cacique du franquisme, aujourd'hui "démocrate", d'interdire un des principaux partis basques Ainsi en Italie, Berlusconi, de faire voter des lois le mettant personnellement à l'abri de toute possibilité de poursuite judiciaire et, en même temps, d'exiger et d'obtenir l'extradition d'anciens militants supposés des "brigades rouges", pourtant réfugiés en France depuis parfois plus de 20 ans...

Sharon, à la tête d'Israël, a montré la voie en faisant l'amalgame entre Arafat et Ben Laden. Alors que les sionistes et leurs alliés appellent Israël "la seule démocratie du proche et du moyen orient", l'état-major de l'armée y constitue l'organe étatique le plus stable sur la durée. Cet état-major, qui fait la pluie et le beau temps, impose une censure souple mais ferme et efficace, en occupant une très large partie du contenu des grands journaux du pays. Passé maître pour ce qui est de donner un habillage légal à ce qui ne l'est pas, Israël applique les résolutions de l'ONU quand cela lui chante et constitue une sorte de gigantesque base militaire US dans la région (c'est bien le rôle que lui a assigné l'administration Truman). C'est en vérité le prototype d'une dictature constitutionnelle : est-ce bien le modèle que tous les pays devront suivre  ? Selon Bush, oui.

Mais la lutte des travailleurs et des peuples opprimés n'a pas dit son dernier mot.

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