Dès le
premier instant, il n'a fait aucun doute que
l'administration Bush chercherait à tirer
tous les avantages possibles de l'impact
politique résultant des attentats du 11
septembre 2001. Le temps passant, les choses
se sont précisées : la déclaration de G. W.
Bush, datée du 17 septembre 2002, à propos de
la "stratégie de sécurité nationale des USA",
fait la synthèse des vues de l'impérialisme
US sur l'ensemble de la planète et du cadre
qu'il ambitionne imposer à tous. Et de mettre
en place sa politique, avec la brutalité qui
l'a toujours caractérisé, sur le plan
intérieur comme sur le plan international.
Parallèlement, les alliés, et néanmoins
concurrents de "l'oncle Sam", s'emploient à
décliner la même politique à leur échelle,
chacun dans sa "sphère d'influence", quels
que soient les contradictions et les conflits
d'intérêts avérés ou prévisibles.
Si on aurait tort de considérer que
l'équipe décidant la politique US n'est
composée que des "néoconservateurs" et de
fascistes notoires, comme Buchanan par
exemple, il est vrai, toutefois, que la
tonalité générale de cette politique dénote
une prise en compte de thèses très, très à
droite. En effet, le but proclamé de la
"guerre sans fin contre le terrorisme" ne
trompe plus personne : au moment où, depuis
ce jeudi noir de 1929, le système capitaliste
connaît sa plus grave "crise de confiance"
(crise amorcée longtemps avant le 11
septembre 2001), il en va désormais de sa
survie même. C'est dans cette optique que se
place l'offensive de Bush, comme une
tentative de reprendre l'initiative face aux
masses qui, elles, cherchent à reprendre leur
marche en avant. Le gouvernement US tente
d'effacer l'onde de choc de Seattle, après
avoir atténué celle de la chute de
Saigon.
La déstabilisation de la finance et
les scandales à répétition autours de
faillites retentissantes aux USA et en
Europe, la situation politique en Argentine,
en Uruguay ou en Bolivie, même le "message"
du résultat des élections en France cette
année, tout, dans la situation économique
internationale, appelle une offensive urgente
du point de vue des intérêts de la haute
bourgeoisie.
"Certains s'inquiètent de ce que
ce soit d'une manière ou d'une autre peu
diplomatique ou impoli de parler le langage
du bien ou du mal. Je suis en désaccord. Des
circonstances différentes requièrent des
méthodes différentes, mais pas des moralités
différentes".
G. W. Bush, West Point,
1er juin 2002
La guerre programmée contre l'Irak
ne se limite donc pas au simple contrôle des
approvisionnements pétrolier et gazier de la
planète. Elle vise, de plus, à accroître la
subordination des autres puissances
impérialistes et à imposer un "droit
international". Ce droit serait défini à
Wall-Street et à Washington, mais il ne s'y
appliquerait pas. En effet, la moralité ne
changeant pas, les USA renforceraient leur
position "au-dessus des lois". Bush parle de
démocratie, de liberté pour masquer ce dont
il s'agit véritablement, c'est-à-dire,
d'ordre impérialiste et de respect de la
"libre entreprise". Aussi, veut-il "libérer"
les Kurdes de l'oppression de Saddam Hussein,
mais appuie-t-il la répression des mêmes
Kurdes par l'armée turque On nous a bien
avertis : la moralité ne change pas, mais
les circonstances différentes dictent des
méthodes différentes !
Pour Bush comme pour Chirac, ces
"défenseurs de la liberté", le maître mot est
"l'équité" en vertu de laquelle les riches
sont riches et les pauvres sont pauvres,
chacun ayant ce qu'il mérite, chacun recevant
ce qui lui revient. N'allez surtout pas
réclamer l'égalité... Quant à ceux qui
n'acceptent pas, ceux qui veulent lutter pour
la véritable liberté, pour un monde
débarrassé de l'oppression impérialiste et de
l'obscurantisme, l'accusation est toute
trouvée : ils seront taxés de terroristes,
quels que soient leurs moyens d'action, même
les plus pacifiques.
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De Bush à
Sarkozy
J. Ashcroft, Ministre US de la
justice, un des hommes politiques le plus
réactionnaire de ce pays, s'applique jour
après jour à imposer une législation
d'exception qui fait craindre, là-bas, une
nouvelle forme de maccarthysme.
A son niveau, N. Sarkosy,
super-Ministre de la sécurité du gouvernement
Chirac Raffarin, marchant quelque peu sur les
pieds de D. Perben, Ministre de la justice,
impulse une politique sécuritaire en
plusieurs étapes, de plus en plus dures,
radicales et attentatoires aux libertés
démocratiques. Les fuites organisées dans le
Monde du 26 septembre, suivies de la
publication du projet par le Figaro du 4
octobre, s'inscrivent dans la démarche voulue
par Sarkosy de faire passer le dispositif
petit à petit. Une telle méthode vise à
neutraliser la résistance à sa politique, à
désamorcer les éventuelles mobilisations en
supposant que la "gauche plurielle" veuille
mobiliser contre un sujet repris, en son
temps, comme thème de la campagne
présidentielle de Jospin. Mais au-delà, c'est
toute une machinerie qui a été mise en marche
à l'échelle européenne, en relation avec une
très discrète réunion d'Europol cet
été.
Un monde
cadenassé
Désormais, tous les gouvernements de
la planète s'attachent à désigner "leurs"
terroristes, à mettre en place des
législations restrictives et à donner une
apparence légale, constitutionnelle,
démocratique à une certaine forme de
dictature. Ainsi en Espagne, J.-M. Aznar,
hier cacique du franquisme, aujourd'hui
"démocrate", d'interdire un des principaux
partis basques Ainsi en Italie, Berlusconi,
de faire voter des lois le mettant
personnellement à l'abri de toute possibilité
de poursuite judiciaire et, en même temps,
d'exiger et d'obtenir l'extradition d'anciens
militants supposés des "brigades rouges",
pourtant réfugiés en France depuis parfois
plus de 20 ans...
Sharon, à la tête d'Israël, a montré
la voie en faisant l'amalgame entre Arafat et
Ben Laden. Alors que les sionistes et leurs
alliés appellent Israël "la seule démocratie
du proche et du moyen orient", l'état-major
de l'armée y constitue l'organe étatique le
plus stable sur la durée. Cet état-major, qui
fait la pluie et le beau temps, impose une
censure souple mais ferme et efficace, en
occupant une très large partie du contenu des
grands journaux du pays. Passé maître pour ce
qui est de donner un habillage légal à ce qui
ne l'est pas, Israël applique les résolutions
de l'ONU quand cela lui chante et constitue
une sorte de gigantesque base militaire US
dans la région (c'est bien le rôle que lui a
assigné l'administration Truman). C'est en
vérité le prototype d'une dictature
constitutionnelle : est-ce bien le modèle que
tous les pays devront suivre ? Selon Bush,
oui.
Mais la lutte des travailleurs et
des peuples opprimés n'a pas dit son dernier
mot.
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