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Palestine - Publié dans l'Internationaliste n°47
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Le Voyage en Palestine
Quatre de nos camarades espagnols de LI, en compagnie d'un groupe de Français, se sont rendus en Palestine du 3 au 15 août dernier, dans le cadre de la Campagne Civile Internationale de Protection du peuple Palestinien (CIPPP). Nous publions ci-après l'entretien que, à cette occasion, ils ont accordé à l'Internationaliste.
Dans les rues de Palestine, comment vit-on l'occupation israélienne?

Dans les territoires occupés, la présence militaire rend la vie quotidienne très difficile. Des actes aussi simples que faire les courses, aller à l'école ou à l'université, visiter la famille, se rendre à l'hôpital, faire un petit tour demandent un effort énorme et deviennent parfois impossibles. Pendant les négociations d'Oslo, deux nouvelles formes de colonisation ont été instaurées : les "checkpoints" (points de contrôle) et les "routes de contournement". Pour les premiers, il s'agit de contrôles militaires installés dans les rues et sur les routes, de véritables bases utilisées par l'armée israélienne pour tirer sur les gens, pour arrêter des militants et pour surveiller l'ensemble de la population. L'armée seule décide quand et comment ouvrir ou fermer des "checkpoints", qui peut les traverser et comment : tantôt laisse-t-on passer les femmes, les enfants, les vieillards, tantôt les ferme-t-on à tous. Lorsqu'un étudiant ou un travailleur sort de chez lui, il ne sait jamais s'il arrivera à destination, car il ignore s'il réussira à franchir tous les contrôles, ou s'il devra faire la queue pendant des heures, ou s'il sera arrêté.

Et à propos des routes ?

Les "routes de contournement" (en anglais, "by pass roads") constituent l'autre nouvelle forme d'occupation. Il s'agit de routes spéciales pour l'usage exclusif des colons et interdites aux Palestiniens. Ce sont des véritables autoroutes modernes qui relient toutes les implantations de Cisjordanie entre elles et avec Israël, en évitant tout contact avec la population arabe. Ces autoroutes sont construites selon la politique de "la terre brûlée" : tout ce qui se trouve à 600 mètres de chaque côté du tracé, est détruit. Ainsi, avons-nous connu, à Gaza, une famille réduite à vivre dans une tente de camping, sa maison ayant été démolie (et, avec elle, le village entier), pour faire passer l'autoroute. Ces autoroutes se dressent en fait comme des frontières internes et fragmentent les territoires occupés en zones isolées. Une de ces routes sépare Jérusalem de Béthléem, des villes à 10 Km de distance l'une de l'autre, mais pour les Palestiniens c'est comme si elles étaient à 1 000 Km : les familles ont été divisées, de part et d'autre, et sont sans pouvoir se voir depuis deux ans.

Ce sont là les résultats du dit processus de paix.

Il est ainsi. Oslo n'a servi à résoudre aucun des problèmes subis par le peuple palestinien. La colonisation, loin de diminuer, a été multipliée par quatre et "checkpoints" et "by pass roads" ont surgi. L'accès à l'eau n'a toujours pas été réglé et les prisonniers politiques n'ont pas été libérés (quand Israël s'est partiellement retiré des territoires, l'armée emmené avec elle 13 000 prisonniers de la première Intifada, dont la plupart sont encore en prison et ce, dans des conditions atroces, puisqu'en Israël la pratique de la torture est légale). Enfin, et bien entendu, Oslo n'a pas garanti le droit au retour des réfugiés. La deuxième Intifida constitue, précisément, la reprise de la lutte du peuple palestinien, face à l'échec criant d'une politique de négociation avec Israël.Le seul point des accords à avoir été concrétisé est celui de la création d'une Autorité Nationale Palestinienne, Israël ayant compris, après la première Intifada, qu'il était plus rentable de faire réprimer la résistance palestinienne par une fraction du même peuple palestinien. Arafat compte avec neuf corps parapoliciers et, paradoxalement, Gaza possède un des plus hauts indices de policiers par nombre d'habitants au monde. Aussi, les affrontements entre militants et policiers palestiniens ont-ils été permanents jusqu'à l'invasion de toute la Cisjordanie par Israël, en hiver (2001-2002, NdT). Aujourd'hui, Arafat ne peut plus continuer à mentir ni à faire des promesses jamais tenues et les gens ont repris la lutte. La gauche qui a soutenu les accords de paix et qui a vu en Arafat le libérateur du peuple palestinien ferait bien d'y réfléchir, dix ans de concessions et de négociations ayant démontré qu'avec le sionisme aucune discussion n'est possible et qu'il n'y aura pas de paix en Palestine sans le démantèlement de l'état d'Israël.

Comment agit l'armée israélienne ?

L'armée israélienne cherche le génocide, l'extermination du peuple palestinien. L'armée non seulement elle occupe les villes mais, de plus, elle pratique une politique systématique dont le but d'y rendre la vie impossible : les cultures sont détruites, l'eau est contrôlée et les gens sont obligés de creuser des puits de plus en plus profond et de stocker -  comme nous l'avons vu dans le camp de réfugiés de Deheishe à Béthléem  - les eux de pluie. La mince structure industrielle n'a pas été épargnée et lorsqu'on annonce le bombardement d'usines d'explosif, il s'agit en réalité de petits ateliers de manufacture, seule industrie autorisée par Israël dans les territoires occupés. L'occupation israélienne ne cherche pas à exploiter les Palestiniens en tant que peuple soumis, mais aspire au nettoyage ethnique.

Comment le peuple palestinien résiste-t-il à l'occupation ?

Le degré d'organisation est admirable et il explique pourquoi les Palestiniens ont pu survivre tout ce temps et jusqu'à maintenant  : il s'agit de tout un peuple qui lutte pour résister, chaque jour. Résistance et occupation sont devenus des éléments essentiels de l'identité du peuple palestinien ? Ceci est patent dans les camps de réfugiés, comme à Gaza et en Cisjordanie, où habitent ceux qui furent chassés de leurs maisons (dont prit possession Israël) en 1948 et où il est émouvant de constater comment une telle identité passe de père en fils. Ainsi, la première chose qu'apprend un enfant palestinien réfugié, c'est son nom et celui de sa ville d'origine, c'est-à-dire celle d'où furent expulsés ses grands-parents. Ils savent que leur foyer est là-bas et ils luttent pour pouvoir y retourner  ; c'est pourquoi ils refusent de quitter les camps et d'aller vivre plus confortablement dans des villes palestiniennes. La clef de la maison familiale va passer de père en fils, jusqu'au jour où l'un d'entre eux réussirait à rentrer.

Ayant reconnu à ces personnes leur statut de réfugiés (comme elle a reconnu le droit au retour, même si cela reste lettre morte), l'ONU elle-même devrait dûment s'occuper de l'aménagement sanitaire et de l'enseignement dans les camps  : pourtant, les services médicaux restent très insuffisants et un maître d'école ne peut vivre du salaire versé par l'ONU. Pour sa part, l'Autorité Nationale Palestinienne ne s'occupe pas plus que les autres des réfugiés. En réalité, ce sont les réfugiés eux-mêmes qui organisent écoles, garderies, dispensaires, centres de loisir, stockage et répartition de l'eau, distribution de nourriture et, bien entendu, défense militaire. Aussi, l'Intifada perdure dans beaucoup de camps, face à l'abandon de l'ONU et d'Arafat.

Et les femmes ?

Elles occupent une place fondamentale dans la société palestinienne : ici, les femmes ont beaucoup plus de prestige que dans d'autres pays arabes car elles constituent un des piliers de l'Intifada. Le peuple palestinien doit en effet mobiliser toutes ses forces pour pouvoir survivre et, dans cette lutte, personne n'est de trop. Ainsi, les femmes ont-elle montré leur force non seulement dans la lutte quotidienne pour faire subsister leur famille mais, également, dans le terrain politique et militaire.

Comment expliquer le phénomène des martyrs ?

Il existe beaucoup de peur des conséquences qui entraînerait une attaque impérialiste contre l'Irak. De la même façon que le 11 septembre servit à légitimer une nouvelle offensive brutale contre le peuple palestinien, une attaque sur l'Irak créerait un contexte international favorable à la répression exercée par Israël. En fait, des projets de déportation massive vers la Jordanie existent déjà, dans le dispositif de reconfiguration frontalière dicté par l'impérialisme. Cependant, même si une telle offensive risque d'être brutale, il ne faut pas mésestimer la capacité de lutte du peuple palestinien et l'impact consécutif sur l'ensemble du monde arabe. C'est pourquoi la solidarité internationale est fondamentale. De plus, dans la mesure où c'est l'un des rares endroits du monde, aujourd'hui, où l'on s'oppose frontalement aux projets de l'impérialisme, en Palestine se joue en réalité l'avenir de nous tous.

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