| Dans les
rues de Palestine, comment vit-on
l'occupation israélienne?
Dans les territoires occupés, la présence
militaire rend la vie quotidienne très
difficile. Des actes aussi simples que faire
les courses, aller à l'école ou à
l'université, visiter la famille, se rendre à
l'hôpital, faire un petit tour demandent un
effort énorme et deviennent parfois
impossibles. Pendant les négociations d'Oslo,
deux nouvelles formes de colonisation ont été
instaurées : les "checkpoints" (points de
contrôle) et les "routes de contournement".
Pour les premiers, il s'agit de contrôles
militaires installés dans les rues et sur les
routes, de véritables bases utilisées par
l'armée israélienne pour tirer sur les gens,
pour arrêter des militants et pour surveiller
l'ensemble de la population. L'armée seule
décide quand et comment ouvrir ou fermer des
"checkpoints", qui peut les traverser et
comment : tantôt laisse-t-on passer les
femmes, les enfants, les vieillards, tantôt
les ferme-t-on à tous. Lorsqu'un étudiant ou
un travailleur sort de chez lui, il ne sait
jamais s'il arrivera à destination, car il
ignore s'il réussira à franchir tous les
contrôles, ou s'il devra faire la queue
pendant des heures, ou s'il sera arrêté.
Et à propos des routes
?
Les "routes de contournement" (en anglais,
"by pass roads") constituent l'autre nouvelle
forme d'occupation. Il s'agit de routes
spéciales pour l'usage exclusif des colons et
interdites aux Palestiniens. Ce sont des
véritables autoroutes modernes qui relient
toutes les implantations de Cisjordanie entre
elles et avec Israël, en évitant tout contact
avec la population arabe. Ces autoroutes sont
construites selon la politique de "la terre
brûlée" : tout ce qui se trouve à 600 mètres
de chaque côté du tracé, est détruit. Ainsi,
avons-nous connu, à Gaza, une famille réduite
à vivre dans une tente de camping, sa maison
ayant été démolie (et, avec elle, le village
entier), pour faire passer l'autoroute. Ces
autoroutes se dressent en fait comme des
frontières internes et fragmentent les
territoires occupés en zones isolées. Une de
ces routes sépare Jérusalem de Béthléem, des
villes à 10 Km de distance l'une de l'autre,
mais pour les Palestiniens c'est comme si
elles étaient à 1 000 Km : les familles ont
été divisées, de part et d'autre, et sont
sans pouvoir se voir depuis deux ans.
Ce sont là les
résultats du dit processus de paix.
Il est ainsi. Oslo n'a servi à résoudre
aucun des problèmes subis par le peuple
palestinien. La colonisation, loin de
diminuer, a été multipliée par quatre et
"checkpoints" et "by pass roads" ont surgi.
L'accès à l'eau n'a toujours pas été réglé et
les prisonniers politiques n'ont pas été
libérés (quand Israël s'est partiellement
retiré des territoires, l'armée emmené avec
elle 13 000 prisonniers de la première
Intifada, dont la plupart sont encore en
prison et ce, dans des conditions atroces,
puisqu'en Israël la pratique de la torture
est légale). Enfin, et bien entendu, Oslo n'a
pas garanti le droit au retour des réfugiés.
La deuxième Intifida constitue, précisément,
la reprise de la lutte du peuple palestinien,
face à l'échec criant d'une politique de
négociation avec Israël.Le seul point des
accords à avoir été concrétisé est celui de
la création d'une Autorité Nationale
Palestinienne, Israël ayant compris, après la
première Intifada, qu'il était plus rentable
de faire réprimer la résistance palestinienne
par une fraction du même peuple palestinien.
Arafat compte avec neuf corps parapoliciers
et, paradoxalement, Gaza possède un des plus
hauts indices de policiers par nombre
d'habitants au monde. Aussi, les
affrontements entre militants et policiers
palestiniens ont-ils été permanents jusqu'à
l'invasion de toute la Cisjordanie par
Israël, en hiver (2001-2002, NdT).
Aujourd'hui, Arafat ne peut plus continuer à
mentir ni à faire des promesses jamais tenues
et les gens ont repris la lutte. La gauche
qui a soutenu les accords de paix et qui a vu
en Arafat le libérateur du peuple palestinien
ferait bien d'y réfléchir, dix ans de
concessions et de négociations ayant démontré
qu'avec le sionisme aucune discussion n'est
possible et qu'il n'y aura pas de paix en
Palestine sans le démantèlement de l'état
d'Israël.
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Comment agit l'armée
israélienne ?
L'armée israélienne cherche le génocide,
l'extermination du peuple palestinien.
L'armée non seulement elle occupe les villes
mais, de plus, elle pratique une politique
systématique dont le but d'y rendre la vie
impossible : les cultures sont détruites,
l'eau est contrôlée et les gens sont obligés
de creuser des puits de plus en plus profond
et de stocker - comme nous l'avons vu dans
le camp de réfugiés de Deheishe à Béthléem -
les eux de pluie. La mince structure
industrielle n'a pas été épargnée et
lorsqu'on annonce le bombardement d'usines
d'explosif, il s'agit en réalité de petits
ateliers de manufacture, seule industrie
autorisée par Israël dans les territoires
occupés. L'occupation israélienne ne cherche
pas à exploiter les Palestiniens en tant que
peuple soumis, mais aspire au nettoyage
ethnique.
Comment le peuple
palestinien résiste-t-il à l'occupation
?
Le degré d'organisation est admirable et
il explique pourquoi les Palestiniens ont pu
survivre tout ce temps et jusqu'à maintenant
: il s'agit de tout un peuple qui lutte pour
résister, chaque jour. Résistance et
occupation sont devenus des éléments
essentiels de l'identité du peuple
palestinien ? Ceci est patent dans les camps
de réfugiés, comme à Gaza et en Cisjordanie,
où habitent ceux qui furent chassés de leurs
maisons (dont prit possession Israël) en 1948
et où il est émouvant de constater comment
une telle identité passe de père en fils.
Ainsi, la première chose qu'apprend un enfant
palestinien réfugié, c'est son nom et celui
de sa ville d'origine, c'est-à-dire celle
d'où furent expulsés ses grands-parents. Ils
savent que leur foyer est là-bas et ils
luttent pour pouvoir y retourner ; c'est
pourquoi ils refusent de quitter les camps et
d'aller vivre plus confortablement dans des
villes palestiniennes. La clef de la maison
familiale va passer de père en fils, jusqu'au
jour où l'un d'entre eux réussirait à
rentrer.
Ayant reconnu à ces personnes leur statut
de réfugiés (comme elle a reconnu le droit au
retour, même si cela reste lettre morte),
l'ONU elle-même devrait dûment s'occuper de
l'aménagement sanitaire et de l'enseignement
dans les camps : pourtant, les services
médicaux restent très insuffisants et un
maître d'école ne peut vivre du salaire versé
par l'ONU. Pour sa part, l'Autorité Nationale
Palestinienne ne s'occupe pas plus que les
autres des réfugiés. En réalité, ce sont les
réfugiés eux-mêmes qui organisent écoles,
garderies, dispensaires, centres de loisir,
stockage et répartition de l'eau,
distribution de nourriture et, bien entendu,
défense militaire. Aussi, l'Intifada perdure
dans beaucoup de camps, face à l'abandon de
l'ONU et d'Arafat.
Et les femmes
?
Elles occupent une place fondamentale dans
la société palestinienne : ici, les femmes
ont beaucoup plus de prestige que dans
d'autres pays arabes car elles constituent un
des piliers de l'Intifada. Le peuple
palestinien doit en effet mobiliser toutes
ses forces pour pouvoir survivre et, dans
cette lutte, personne n'est de trop. Ainsi,
les femmes ont-elle montré leur force non
seulement dans la lutte quotidienne pour
faire subsister leur famille mais, également,
dans le terrain politique et militaire.
Comment expliquer le
phénomène des martyrs ?
Il existe beaucoup de peur des
conséquences qui entraînerait une attaque
impérialiste contre l'Irak. De la même façon
que le 11 septembre servit à légitimer une
nouvelle offensive brutale contre le peuple
palestinien, une attaque sur l'Irak créerait
un contexte international favorable à la
répression exercée par Israël. En fait, des
projets de déportation massive vers la
Jordanie existent déjà, dans le dispositif de
reconfiguration frontalière dicté par
l'impérialisme. Cependant, même si une telle
offensive risque d'être brutale, il ne faut
pas mésestimer la capacité de lutte du peuple
palestinien et l'impact consécutif sur
l'ensemble du monde arabe. C'est pourquoi la
solidarité internationale est fondamentale.
De plus, dans la mesure où c'est l'un des
rares endroits du monde, aujourd'hui, où l'on
s'oppose frontalement aux projets de
l'impérialisme, en Palestine se joue en
réalité l'avenir de nous tous.
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