Mariucha
Fontana de la rédaction d'Opinião Socialista
(Journal du PSTU, section brésilienne de la
LIT-QI) n°140,
quinzaine du 7 au 20/11/02
Le 31 octobre dernier, à Quito en
Equateur, eut lieu une grande manifestation
des mouvements sociaux de toutes les
Amériques, contre la ZLEA. C'était la voix de
la rue, des exploités et des opprimés
s'exprimant contre les ministres de
l'économie et du commerce de 34 pays réunis,
une fois de plus, autour d'une table de
négociations pour la construction de cet
accord néocolonial, la ZLEA.
Alors qu'ils exigeaient la suspension de
telles négociations, les manifestants ont été
victimes d'une forte répression. De l'autre
côté de la barricade, fait nouveau et peu
relayé au Brésil, le député PT-MG, Paulo
Delgado, accompagnait l'équipe de Fernando
Henrique Cardoso (alors président du Brésil.
NDLR).
Fait inhabituel, à partir de janvier le
Brésil co-présidera la ZLEA avec les
Etats-Unis. Avec le gouvernement Bush, le
gouvernement Lula présidera les négociations
et appliquera le calendrier prévoyant
l'installation définitive de la ZLEA à partir
de 2005.
Dans le cadre de la campagne contre la
ZLEA au Brésil, un ''Plébiscito''
(consultation populaire ; NDLR) eut lieu en
octobre. Y ont participé dix millions de
personnes dont le 90% a refusé la ZLEA et
s'est prononcé pour la rupture immédiate des
négociations. Le PT, pour sa part, a refusé
le ''plébiscito'' et désavoué ses
résultats.
Il se trouve que, par rapport à la ZLEA,
la direction du PT défend la même politique
que l'ex président Cardoso et autres secteurs
de la classe dominante brésilienne. Le PT
prétend qu'une négociation souveraine est
possible. Aussi, certains secteurs de la
gauche du PT pensent que le mouvement
populaire doit appuyer les négociations du
gouvernement Lula et faire pression pour que
la ZLEA puisse être bloquée de l'intérieur :
ces secteurs nourrissent l'illusion que le
gouvernement Lula est pour la non-application
de la ZLEA et qu'il a, tout simplement, une
''tactique '' différente pour y arriver.
Mais seules les mobilisations des masses,
organisées par le mouvement ouvrier et
populaire, arriveront à bloquer la ZLEA car,
au contraire, la bourgeoisie brésilienne la
soutient. D'ailleurs, les secteurs
''productifs '', dont Lula affirme être
l'allié, défendent intégralement le
dispositif de la ZLEA. Ainsi par exemple,
Horacio Piva, président de la Fiesp, a
déclaré que ''le processus de la ZLEA est
inévitable'' (cf. Folha on Line, 28/10/02).
Et l'actuel vice-président, José Alencar, de
confirmer : ''Parfois les gens se prononcent
contre la ZLEA sans savoir ce que c'est. Pour
être exact, le libre-échange signifie la fin
des frontières économiques. Cela signifie que
les pays vivront dans une économie réellement
ouverte. Est-ce positif pour le Brésil ? Je
pense que oui.'' (Folha de Sao-Paulo,
26/10/02)
LA BOURGEOISIE NE VEUT PAS
DE SOUVERAINTE
Si les gouvernements d'alliance avec la
bourgeoisie gouvernent toujours contre les
travailleurs (car la conciliation entre
''capital et travail'' produit, en fait, une
augmentation de l'exploitation), aujourd'hui
l'alliance avec la bourgeoisie implique
également la soumission totale à
l'impérialisme.
(...) Les gouvernements et la bourgeoisie
du continent, y compris brésilienne, n'ont
montré aucune résistance face à la
progression du processus de recolonisation.
En effet, le Brésil s'est profondément
"dénationalisé" et sa bourgeoisie a changé de
profil. Elle était déjà une associée peu
importante de l'impérialisme, mais
aujourd'hui son importance s'est encore
amoindrie : une partie de cette bourgeoisie
est devenue rentière, une deuxième partie
constitue la figure de proue des groupes
étrangers, et la troisième est le gérant
colonial d'entreprises jadis nationales,
passées aujourd'hui sous contrôle de
l'impérialiste.
Ainsi, au cours des cinq dernières années
- et jusqu'à 2001 - outre les
privatisations, les entreprises ont subi des
processus de fusion ou d'absorption, 70%
d'entre elles étant passées aux mains de
groupes étrangers. Au-delà des secteurs
traditionnellement sous contrôle des
multinationales (comme l'automobile, à 95%,
et l'industrie pharmaceutique, à 79%), ont
été également engloutis des secteurs
traditionnellement nationaux : les aliments
(57%), les produits d'entretien (87%).
L'industrie de pièces détachées pour
l'automobile, l'électroménager, les
supermarchés et surtout le système financier
ont été profondément ''dénationalisés''. Même
l'agriculture est aujourd'hui commercialisée
à plus de 50% par des groupes multinationaux.
Aussi, l'exigence du lobby des entreprises de
communication (Globo en tête), pour
l'ouverture des médias au capital
impérialiste, est-elle emblématique de cette
la politique de totale soumission. Le
défenseur des exportateurs, Delfin Neto (qui
a soutenu le PT), et certains membres du PT
(Mercadante et d'autres encore), ne
désignent-ils pas le Mexique de l'ALENA en
tant que modèle pour le Brésil ?
Pour sa part, ex-ministre
d'Itamar Franco, aujourd'hui membre de
l'UNCTAD (Conférence des Nations Unies sur le
Commerce et le Développement) et désigné par
la presse comme une des personnalités hors PT
pouvant intégrer le nouveau gouvernement,
Rubens Recupero a déclare que les
négociations de la ZLEA sont avantageuses
car, selon lui, le Brésil pourrait par ce
biais arriver à renverser ou à faire diminuer
le protectionnisme américain dans les
domaines ''intéressants'' : l'agriculture,
l'acier, l'industrie de la chaussure ainsi
que quelques autres produits. Mais il se
trouve que même si, comme le veut la
bourgeoisie, dans ces secteurs il est
possible d'exporter davantage (en Equateur,
par exemple, la bourgeoisie colonisée a passé
un accord bilatéral avec les Etats-Unis, dans
ce sens), la ZLEA n'en sera pas moins un
pacte colonial : en échange de jus d'orange,
la bourgeoisie acceptera de livrer à
l'impérialisme ce qui reste des services
publics, et de mettre le pays sous contrôle
d'un tribunal international dirigé par les
Etats-Unis.
Il faut le dire haut et fort : aucun
secteur bourgeois latino-américain, encore
moins la bourgeoisie brésilienne, n'empêchera
la mise en place de la ZLEA. Car la
bourgeoisie ne veut pas de souveraineté, elle
veut la ZLEA. Et le gouvernement Lula,
profondément allié à cette bourgeoisie,
coordonnera, au côté de Bush, les
négociations qui mèneront à la mise en place
de la ZLEA.
LA DEFENSE DE LA
SOUVERAINETE DANS LES MAINS DU
PROLETARIAT
Les exploités des villes et des campagnes,
au moyen d'une forte mobilisation, sont les
seuls qui puissent empêcher la mise en
œoeuvre de la ZLEA. Aussi, à Quito, les
mouvements sociaux ont-ils exigé la
suspension des négociations ainsi que la
tenue d'une consultation populaire
(''plébiscito'') dans chaque pays
concerné.
Au Brésil, la campagne contre la ZLEA
exige la rupture immédiate des négociations,
car outre qu'aucune négociation souveraine
n'y est possible, chaque nouvelle rencontre
produit, en fait, une avancée dans
l'application de l'accord. Comme l'a déclaré
João Pedro Stédile, leader du MST (Mouvement
des Sans Terre), à l'occasion de la dernière
réunion de coordination de la ZLEA, on peut
comparer ces négociations à une grossesse non
désirée : si l'on n'avorte pas suffisamment
tôt, au bout de neuf mois un enfant sera né.
D'où l'énorme importance de la continuité de
la campagne brésilienne et continentale
contre la ZLEA.
Il faut être clair : si Lula continue de
s'allier à la bourgeoisie et de participer
aux négociations, le mouvement d'opposition
se trouvera d'un côté de la barricade et Lula
de l'autre, comme à Quito.
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