Mariucha
Fontana de la rédaction d'Opinião Socialista
(Journal du PSTU, section brésilienne de la
LIT-QI) n°140, quinzaine du 7 au 20/11/02.
Dans cette nouvelle étape, le défi que la
gauche brésilienne doit relever, est celui de
la construction d'un parti révolutionnaire de
masse alternatif au PT, en se positionnant
contre le gouvernement Lula. Il est donc
urgent de débattre de la politique que les
socialistes doivent mener face au nouveau
gouvernement.
EST-CE QUE, AVEC LA FIESP
ET LE FMI, LE GOUVERNEMENT LULA PEUT ETRE
''PROGRESSISTE'' ?
Avant d'arriver au gouvernement central,
le PT était déjà un obstacle à la rupture
d'avec l'impérialisme et le capitalisme.
Aujourd'hui, en gouvernant, ce parti effectue
un saut qualitatif : le PT est devenu un
agent direct de l'application du projet
bourgeois et impérialiste dans le pays.
A gauche, il y a grosso modo deux types
d'illusions sur ce gouvernement. Il y a ceux
qui croient qu'en faisant pression sur lui,
et même sans rompre avec l'impérialisme et le
capital, Lula pourra avancer de quelques pas
vers la souveraineté.
Et il y a les camarades qui, sachant la
rupture nécessaire, pensent pourtant que
grâce à la mobilisation il serait possible de
pousser le gouvernement vers la gauche et
vers la rupture. Pour ces derniers, le
gouvernement Lula serait un hybride sans
caractère de classe, une sorte de
gouvernement en discussion où, d'un côté, il
y aurait le FMI et le gros de la bourgeoisie
et, de l'autre côté, le mouvement de
contestation : Lula se situant exactement
au milieu, il pourrait donc être poussé vers
la gauche.
De notre point de vue, il n'est pas est
possible d'atteindre la souveraineté tout en
participant au processus de recolonisation,
dans le cadre d'un ''partenariat
conflictuel'' avec le FMI et en négociant
l'application de la ZLEA.
Pas plus qu'il n'est possible de pousser
le gouvernement Lula vers la rupture, car
ayant fait un choix de classe : celui de
gouverner avec la bourgeoisie dans le cadre
du FMI et de la ZLEA. Ce gouvernement est une
entité cohérente : c'est un gouvernement
bourgeois.
CONSEILS OU EXIGENCES
?
Lénine affirmait que face à des
gouvernements de ce type, la politique
révolutionnaire devait comporter deux aspects
: un premier, négatif, qui consistait à
expliquer patiemment aux masses que le
gouvernement était son ennemi et qu'il
fallait s'y opposer totalement dès le premier
jour. Un second, positif, devait expliquer
quel gouvernement défendaient les
révolutionnaires, en l'occurrence, une forme
adéquate de gouvernement, adaptée aux
circonstances et à la conscience des masses.
En Russie, cette forme est passée par
différents mots d'ordre : Aucune confiance dans le
gouvernement provisoire ! Dehors les
ministres bourgeois ! Tout le pouvoir aux
soviets !
Au contraire, nous constatons que les
premières manifestations des courants de
gauche du PT, se contentent d'adresser des
''conseils'' à Lula. C'est le cas d'une
interview donnée par la députée Luciana
Genro, qui a affirmé : ''(...) Je
trouve que continuer à suivre les politiques
du FMI n'est pas le chemin par lequel nous
pourrons satisfaire les revendications
historiques des travailleurs (...)
Je trouve que Lula devrait dénoncer cet
accord. Que signifie cela ? Que demain il
doit rompre et dire qu'il ne veut plus rien
savoir ? Non ! Cela signifie qu'il faut
construire cet état d'esprit dans le pays,
pour montrer l'incompatibilité qu'il y a
entre l'amélioration des conditions de vie et
la soumission au FMI. Lula doit s'asseoir à
la table des négociations, convaincu par une
population qui a conscience que le FMI est
notre ennemi (...)'' (Folha de Sao Paulo
- 4/11/02).
Pour Luciana, ce n'est pas un problème que
Lula négocie avec le FMI, mais elle suggère
que Lula choisisse de dénoncer le FMI, pour
''négocier convaincu par la population
consciente que le FMI est un ennemi''. Comme
si l'obstacle était une supposée illusion des
masses dans le FMI ! C'est justement
l'inverse : les masses ont des illusions,
mais en Lula. Or, celui-ci a déjà choisi son
camp : gouverner avec la bourgeoisie en
accord avec le FMI.
En évitant de combattre les illusions des
masses en Lula, Luciana en arrive à ne plus
défendre la rupture avec le FMI.
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OPPOSITION OU APPUI
CRITIQUE ?
De notre côté, nous menons campagne contre
la ZLEA avec les camarades du MST, de la
Consultation Populaire Ce sont des camarades
qui donnent la priorité aux luttes et qui
impulsent la rupture avec l'impérialisme. Ils
forment aujourd'hui, avec tous les secteurs
combatifs, un pôle très important pour la
mobilisation et le combat contre
l'impérialisme. Nous pensons qu'ici, aussi,
il y a des divergences d'analyse sur la
nature du gouvernement Lula, sur la stratégie
et sur les tactiques que la gauche doit
adopter. Ce sont des discussions que nous
devons poser fraternellement, patiemment,
sans sectarisme, mais clairement - avec
l'objectif d'éclaircir les accords et les
désaccords, dans la perspective de chercher à
avancer dans les accords et de surmonter les
désaccords, dans la mesure du possible.
Cependant, il y a déjà deux points sur
lesquels nous sommes d'accord :
premièrement, il faut faire échec et rompre
avec la ZLEA et le FMI ; deuxièmement, la
réalisation de ces tâches passe par la
mobilisation des masses.
OU PENSONS-NOUS QU'IL Y A
DESACCORD ?
Premièrement, il y a des camarades qui
pensent qu'avec la mobilisation, il est
possible de pousser le gouvernement Lula à
l'affrontement avec l'impérialisme.
Deuxièmement, ce jugement correspond à une
politique d'appui critique au
gouvernement.
De notre point de vue, ce jugement et
cette politique sont erronés car, même en
gardant une indépendance pour diriger des
actions et des conflits, en maintenant un
appui critique, ils finiront par être perçus,
par les masses, comme faisant partie du bloc
gouvernemental. Ces camarades apparaîtront
ainsi comme l'aile gauche, critique, du
gouvernement, mais jamais ils ne
représenteront une alternative de gauche,
indépendante.
Ceux qui restent sur une position de ce
type, d'appui critique ou d'aile gauche,
seront obligés de jouer le rôle de défenseurs
du gouvernement, face aux inévitables
critiques qui viendront encore de gauche et
les confrontations qui surgiront. Ces "appuis
critiques" reproduiront ainsi, à leur tour,
les pressions exercées par le gouvernement
contre les positions de gauche (...).
Historiquement, ce type de positions est
connu sous l'appellation de Front Populaire
de Combat. Et l'expérience historique nous
montre, de plus, que les Fronts Populaires de
Combat périssent, en se consommant des deux
côtés, au milieu des affrontements entre les
masses et les gouvernements bourgeois de
collaboration de classes. Ces Fronts ne
construisant pas une alternative de gauche
révolutionnaire, ils se sont terminés la
plupart du temps par une défaite du
mouvement.
CONSTRUIRE UN NOUVEAU
PARTI REVOLUTIONNAIRE
Nous continuons à nous adresser aux
camarades de la gauche socialiste et,
surtout, aux camarades qui mènent campagne
contre la ZLEA, avec l'appel suivant :
établissons un programme et construisons
ensemble un parti révolutionnaire alternatif
au PT.
FIESP :
Fédération des industries de l'Etat de São
Paulo
FMI : Fonds
Monétaire International
ZLEA : Zone
de Libre Echange des Amériques, connue aussi
comme ALCA MST :
Mouvement des Sans-Terre
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