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Brésil - Publié dans l'Internationaliste n°47
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La gauche socialiste et le gouvernement Lula.

Mariucha Fontana de la rédaction d'Opinião Socialista (Journal du PSTU, section brésilienne de la LIT-QI) n°140, quinzaine du 7 au 20/11/02.

Dans cette nouvelle étape, le défi que la gauche brésilienne doit relever, est celui de la construction d'un parti révolutionnaire de masse alternatif au PT, en se positionnant contre le gouvernement Lula. Il est donc urgent de débattre de la politique que les socialistes doivent mener face au nouveau gouvernement.

EST-CE QUE, AVEC LA FIESP ET LE FMI, LE GOUVERNEMENT LULA PEUT ETRE ''PROGRESSISTE''  ?

Avant d'arriver au gouvernement central, le PT était déjà un obstacle à la rupture d'avec l'impérialisme et le capitalisme. Aujourd'hui, en gouvernant, ce parti effectue un saut qualitatif  : le PT est devenu un agent direct de l'application du projet bourgeois et impérialiste dans le pays.

A gauche, il y a grosso modo deux types d'illusions sur ce gouvernement. Il y a ceux qui croient qu'en faisant pression sur lui, et même sans rompre avec l'impérialisme et le capital, Lula pourra avancer de quelques pas vers la souveraineté.

Et il y a les camarades qui, sachant la rupture nécessaire, pensent pourtant que grâce à la mobilisation il serait possible de pousser le gouvernement vers la gauche et vers la rupture. Pour ces derniers, le gouvernement Lula serait un hybride sans caractère de classe, une sorte de gouvernement en discussion où, d'un côté, il y aurait le FMI et le gros de la bourgeoisie et, de l'autre côté, le mouvement de contestation  : Lula se situant exactement au milieu, il pourrait donc être poussé vers la gauche.

De notre point de vue, il n'est pas est possible d'atteindre la souveraineté tout en participant au processus de recolonisation, dans le cadre d'un ''partenariat conflictuel'' avec le FMI et en négociant l'application de la ZLEA.

Pas plus qu'il n'est possible de pousser le gouvernement Lula vers la rupture, car ayant fait un choix de classe  : celui de gouverner avec la bourgeoisie dans le cadre du FMI et de la ZLEA. Ce gouvernement est une entité cohérente : c'est un gouvernement bourgeois.

CONSEILS OU EXIGENCES ?

Lénine affirmait que face à des gouvernements de ce type, la politique révolutionnaire devait comporter deux aspects : un premier, négatif, qui consistait à expliquer patiemment aux masses que le gouvernement était son ennemi et qu'il fallait s'y opposer totalement dès le premier jour. Un second, positif, devait expliquer quel gouvernement défendaient les révolutionnaires, en l'occurrence, une forme adéquate de gouvernement, adaptée aux circonstances et à la conscience des masses. En Russie, cette forme est passée par différents mots d'ordre : Aucune confiance dans le gouvernement provisoire ! Dehors les ministres bourgeois ! Tout le pouvoir aux soviets !

Au contraire, nous constatons que les premières manifestations des courants de gauche du PT, se contentent d'adresser des ''conseils'' à Lula. C'est le cas d'une interview donnée par la députée Luciana Genro, qui a affirmé  : ''(...) Je trouve que continuer à suivre les politiques du FMI n'est pas le chemin par lequel nous pourrons satisfaire les revendications historiques des travailleurs (...) Je trouve que Lula devrait dénoncer cet accord. Que signifie cela  ? Que demain il doit rompre et dire qu'il ne veut plus rien savoir ? Non ! Cela signifie qu'il faut construire cet état d'esprit dans le pays, pour montrer l'incompatibilité qu'il y a entre l'amélioration des conditions de vie et la soumission au FMI. Lula doit s'asseoir à la table des négociations, convaincu par une population qui a conscience que le FMI est notre ennemi (...)'' (Folha de Sao Paulo - 4/11/02).

Pour Luciana, ce n'est pas un problème que Lula négocie avec le FMI, mais elle suggère que Lula choisisse de dénoncer le FMI, pour ''négocier convaincu par la population consciente que le FMI est un ennemi''. Comme si l'obstacle était une supposée illusion des masses dans le FMI  ! C'est justement l'inverse  : les masses ont des illusions, mais en Lula. Or, celui-ci a déjà choisi son camp : gouverner avec la bourgeoisie en accord avec le FMI.

En évitant de combattre les illusions des masses en Lula, Luciana en arrive à ne plus défendre la rupture avec le FMI.

OPPOSITION OU APPUI CRITIQUE ?

De notre côté, nous menons campagne contre la ZLEA avec les camarades du MST, de la Consultation Populaire Ce sont des camarades qui donnent la priorité aux luttes et qui impulsent la rupture avec l'impérialisme. Ils forment aujourd'hui, avec tous les secteurs combatifs, un pôle très important pour la mobilisation et le combat contre l'impérialisme. Nous pensons qu'ici, aussi, il y a des divergences d'analyse sur la nature du gouvernement Lula, sur la stratégie et sur les tactiques que la gauche doit adopter. Ce sont des discussions que nous devons poser fraternellement, patiemment, sans sectarisme, mais clairement -  avec l'objectif d'éclaircir les accords et les désaccords, dans la perspective de chercher à avancer dans les accords et de surmonter les désaccords, dans la mesure du possible.

Cependant, il y a déjà deux points sur lesquels nous sommes d'accord  : premièrement, il faut faire échec et rompre avec la ZLEA et le FMI  ; deuxièmement, la réalisation de ces tâches passe par la mobilisation des masses.

OU PENSONS-NOUS QU'IL Y A DESACCORD  ?

Premièrement, il y a des camarades qui pensent qu'avec la mobilisation, il est possible de pousser le gouvernement Lula à l'affrontement avec l'impérialisme.

Deuxièmement, ce jugement correspond à une politique d'appui critique au gouvernement.

De notre point de vue, ce jugement et cette politique sont erronés car, même en gardant une indépendance pour diriger des actions et des conflits, en maintenant un appui critique, ils finiront par être perçus, par les masses, comme faisant partie du bloc gouvernemental. Ces camarades apparaîtront ainsi comme l'aile gauche, critique, du gouvernement, mais jamais ils ne représenteront une alternative de gauche, indépendante.

Ceux qui restent sur une position de ce type, d'appui critique ou d'aile gauche, seront obligés de jouer le rôle de défenseurs du gouvernement, face aux inévitables critiques qui viendront encore de gauche et les confrontations qui surgiront. Ces "appuis critiques" reproduiront ainsi, à leur tour, les pressions exercées par le gouvernement contre les positions de gauche (...).

Historiquement, ce type de positions est connu sous l'appellation de Front Populaire de Combat. Et l'expérience historique nous montre, de plus, que les Fronts Populaires de Combat périssent, en se consommant des deux côtés, au milieu des affrontements entre les masses et les gouvernements bourgeois de collaboration de classes. Ces Fronts ne construisant pas une alternative de gauche révolutionnaire, ils se sont terminés la plupart du temps par une défaite du mouvement.

CONSTRUIRE UN NOUVEAU PARTI REVOLUTIONNAIRE

Nous continuons à nous adresser aux camarades de la gauche socialiste et, surtout, aux camarades qui mènent campagne contre la ZLEA, avec l'appel suivant  : établissons un programme et construisons ensemble un parti révolutionnaire alternatif au PT.

FIESP  : Fédération des industries de l'Etat de São Paulo

FMI  : Fonds Monétaire International

ZLEA  : Zone de Libre Echange des Amériques, connue aussi comme ALCA MST  : Mouvement des Sans-Terre

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