Dans plusieurs états du
Brésil, avec la participation de beaucoup de
groupes politiques et de militants des
mouvements sociaux, on discute de la
nécessité de construire un nouveau parti
socialiste. Plus que la volonté de dirigeants
de groupes déjà constitués, ce sont la
déception et la révolte de milliers de
militants envers la politique que le PT mène
au gouvernement, qui lancent ce processus.
Ce document défend la nécessité de la
création d'un mouvement pour la construction
d'un nouveau parti. Il ne prétend pas clore
les discussions à propos de ce nouveau parti,
de son programme, de ses conceptions
politiques et de son fonctionnement. Il
prétend alimenter une discussion urgente et
nécessaire.
Un chemin sans
retour
En plus de la réforme du système des
retraites que le gouvernement a fait
approuver par la chambre des députés, des
taux d'intérêts extrêmement élevés,
l'augmentation du déficit budgétaire, le
paiement de la dette et les négociations de
la ZLEA (Zone de Libre-Echange des
Amériques), etc. démontrent que le
gouvernement Lula a pris l'option de défendre
`` l'ordre '' capitaliste/impérialiste établi
dans notre pays et dans le reste du monde. La
LDO ( loi d'orientation budgétaire) envoyée
par le gouvernement au congrès, et le
document `` Politique Economique et Réformes
Structurelles '', du ministère de l'économie,
établissent la continuité, jusqu'en 2006, de
cette politique (est-ce le plan `` B '', plan
défendu par l'aile gauche officielle du PT ?
), qui suit presque à la lettre les
directives du FMI et du `` Consensus de
Washington II ''. C'est le prix, la
conséquence de l'alliance que Lula et le
direction du PT ont faite avec des chefs
d'entreprises et des banquiers pour gagner
les élections et pour gouverner.
Dans ce contexte, des programmes comme ``
Faim Zéro '' et `` Analphabétisme Zéro '', ne
sont que des politiques sociales
compensatoires et limitées (dirigées aux plus
misérables parmi les misérables) dans le
cadre des critères de la Banque Mondiale.
Plutôt que d'en finir avec la pauvreté et la
misère, ces mesures, si elles sont appliquées
(jusqu'à maintenant elles sont restée sur le
papier), visent simplement à éviter
l'explosion sociale. Un gouvernement qui fait
tout ceci, sait ce qu'il fait. Il a décidé de
gouverner avec et pour les banquiers et les
grands patrons, contre les travailleurs.
La lutte du peuple va
s'amplifier et se radicaliser : elle a besoin
d'une Direction Politique
En ce qui concerne les travailleurs, le
bilan est toujours le même : le chômage a
augmenté; la valeur réelle des salaires est
tombée de plus de 10 % en un an ; il n'y a
pas de fonds pour effectuer la réforme
agraire, ni pour le logement, ni pour la
santé, ni pour le réajustement des salaires
des fonctionnaires etc. La dégradation des
conditions de vie des travailleurs s'accentue
avec toutes les conséquences que cela peut
avoir, en particulier l'augmentation de la
violence. Et cette situation a tendance à
s'aggraver, car la crise économique qui
s'aggrave tant sur le plan interne
qu'externe, pousse les grandes entreprises
internationales à exploiter encore plus les
travailleurs et à augmenter le pillage des
richesses des pays en développement (c'est
pour cette raison que ces entreprises veulent
la ZLEA).
Cette situation a tendance à transformer
les attentes et l'espoir que la majorité de
la population fait encore reposer sur ce
gouvernement, en révolte, comme celle qui
atteint aujourd'hui les fonctionnaires, et
qui peut concentrer et radicaliser les luttes
sociales dans notre pays. Nous savons que la
mobilisation sociale, bien que fondamentale,
n'assure pas à elle seule une issue positive
de la crise, c'est-à-dire une solution de
gauche. Cela va dépendre du développement de
la lutte des classes, de la confrontation
avec la droite et tout type de réformisme,
qui joueront également un rôle dans ce
processus. Mais pour qu'il y ait les
conditions effectives de lutter pour une
solution socialiste, il faut que notre classe
dispose d'un instrument politique, un parti
qui soit le pôle conscient de cette lutte.
Le PT, parti qui dirige le gouvernement
Lula, est le principal responsable de la
politique menée et de des méthodes
appliquées. Il pourchasse ses parlementaires
qui maintiennent encore leur position de
défense des intérêts des travailleurs et il
soutient l'agression, par la police fédérale,
de travailleurs en grève et de Heloísa
Helena, membre du Sénat. Malgré les milliers
de militants et de dirigeants des luttes
sociales qui sont membres du PT, ce parti ne
pourra pas diriger les luttes futures. C'est
le parti qui dirige aujourd'hui l'application
des directives du FMI dans notre pays, et,
étant au gouvernement, il le fait sans état
d'âme. Le PCdoB (parti maoïste `` rénové ''),
mené par sa direction, soutient le
gouvernement Lula et accompagne la direction
du PT, et finit par connaître les mêmes
problèmes que ce parti.
Le défi de la gauche socialiste dans ce
contexte, est donc de construire une nouvelle
direction politique capable de préparer
consciemment ce processus de mobilisation et
de diriger ces luttes sociales avec
l'objectif d'une transformation socialiste
dans notre pays.
Un Parti Socialiste contre
`` l'ordre '' du FMI et du capital.
La classe dominante réclame `` l'ordre ''
et la répression des mouvements sociaux. Le
gouvernement et le PT s'empressent de
répondre qu'ils ne toléreront pas les
attaques contre `` l'Etat Démocratique de
Droit ''. Mais, l'actuel `` Etat de Droit ''
(qui n'a rien de démocratique) c'est ``
l'ordre '' des latifundio*, de la propriété
capitaliste, des `` contrats '' avec le FMI
et l'impérialisme. C'est `` l'ordre '' qui
décrète la prison pour José Rainha (dirigeant
du MST, Mouvement des Sans Terre), qui tolère
les milices des latifundio, qui autorise le
vol et l'envoi de 30 Milliards de $ à
l'étranger par le biais de Banestado. C'est
`` l'ordre '' dans lequel les gouvernants
s'élisent en promettant le changement pour
gouverner dans la continuité. Cet `` ordre ''
garantit depuis 500 ans la spoliation de la
majorité au profit de l' enrichissement de 1%
de la population. Sans rupture avec cet ``
ordre '', il n'y aura pas de changement pour
les travailleurs.
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Les libertés démocratiques et les droits
sociaux sont des conquêtes de la classe
ouvrière arrachées au capitalisme au terme de
grandes luttes et de sacrifices. Et c'est
d'une lutte acharnée que nous avons besoin
pour maintenir et améliorer ces droits. Mais
la `` démocratie libérale '', comprise comme
un simple accès au vote et à un système
électoral transformé en spectacle par le
pouvoir économique du marketing politique,
est un obstacle, et non un voie en direction
du véritable gouvernement des travailleurs.
La conception de `` citoyenneté '' limitée à
des droits et des devoirs ou à la réduction
du citoyen/travailleur au statut de
consommateur de marchandises ou du ``
spectacle '' de la politique, est bien loin
de rapprocher et de mettre les mécanismes de
décision sous le contrôle de la majorité qui
vit de son propre travail. Eloignée de tout
contrôle sur la propriété et la production -
origine du pouvoir dans une société
capitaliste - la classe ouvrière n'arrivera
pas à trouver le chemin du changement à
travers la voie électorale et le fait
d'occuper des fonctions dans l'appareil
d'Etat.
Il n'y aura de transformation sociale que
si nous rompons avec cette `` démocratie ''
du capital, afin d'instituer un ordre
réellement démocratique, de la classe
ouvrière, c'est-à-dire de tous ceux qui
dépendent uniquement de leur travail pour
survivre, ce qui inclut aujourd'hui
l'ensemble des salariés, et aussi les
millions de précaires et de chômeurs.
Le nouveau Parti que nous voulons
construire doit privilégier la lutte et
l'action directe des travailleurs et non les
élections, bien qu'il ne doive mépriser les
confrontations politiques dans aucun domaine.
Il doit se protéger contre les erreurs qui
ont provoqué la dégénérescence du PT, en
rejetant les alliances avec la classe
dominante pour avoir comme stratégie un
gouvernement des travailleurs, sans
latifundiaires, sans grands patrons et sans
banquiers. D'un autre côté, il doit
s'efforcer d'établir une vraie démocratie
interne, constituée d'organismes et
d'instances dans lesquelles la base militante
puisse débattre la politique du parti et
avoir le contrôle sur la direction et les
dirigeants publics.
Unifier la gauche
socialiste pour construire ce nouveau
Parti
Un phénomène de rupture avec le PT est en
train de se produire. Des milliers de
militants n'acceptent pas les changements
vécus par ce parti. Il faut donner une sortie
positive à ces ruptures en évitant que la
droite capitalise ce processus et que la
déception ne démoralise et ne pousse des
milliers de militants à abandonner la lutte.
Il est donc urgent de leur proposer une
alternative socialiste, pour occuper le vide
politique, et ainsi unifier et maintenir ces
milliers de militants dans le cadre de la
lutte pour le socialisme.
L'expulsion annoncée des `` radicaux '' du
PT est une facette de cette situation, qui a
objectivement ouvert un processus de
recomposition politique. Ce processus va se
prolonger dans le temps, car il y a des
secteurs qui ne rompront pas tout de suite
avec le gouvernement, mais qui pourraient le
faire dans le futur, car le PT et le
gouvernement vont être de plus en plus
ouvertement démasqués. Le PSTU, qui regroupe
une autre partie de la gauche socialiste
brésilienne, défend la nécessité de
construire un nouveau parti qui unifie toute
la gauche brésilienne. Dans d'autres partis
de gauche et dans divers mouvements sociaux
l'inquiétude grandit par rapport à ce qui se
passe dans le PT et chez ses alliés qui sont
au gouvernement, soulignant ainsi la
nécessité d'un nouvel instrument
politique.
C'est donc une chance historique que nous
avons; il faut faire en sorte que la
recomposition en cours débouche sur l'unité
de la gauche socialiste, en construisant une
alternative politique supérieure à toutes
celles qui existent aujourd'hui. Il ne s'agit
pas de la volonté de tel ou tel secteur
politique. Il s'agit de faire face aux défis
de la lutte des classes à venir dans le pays.
Aucun des secteurs de la gauche socialiste
brésilienne n'est aujourd'hui en mesure de
relever seul ces défis. La dispersion des
socialistes dans ce contexte, aurait des
conséquences tragiques. L'unité s'impose
comme nécessité de notre classe et relève de
notre responsabilité à tous.
Nous devons rassembler nos forces pour
lancer, dans un laps de temps qui soit le
plus court possible, un Mouvement pour la
Construction d'un Nouveau Parti. Celui-ci
doit se constituer comme une alternative pour
regrouper toutes les forces militantes de
gauche. Nous devons créer un espace pour
unifier nos luttes et impulser les
discussions qui nous permettrons de définir
démocratiquement quels sont les conceptions
politiques, le programme et le fonctionnement
du parti que nous voulons construire. Ceux
qui signent ce manifeste prennent cette
initiative au côté de tous les secteurs
politiques qui ont décidés de relever ce
défi, sans revendiquer la paternité de l'idée
ou le monopole de l'initiative.
José Domingues Godoy
Filho (professeur de géologie à
l'Université Fédérale du Mato Grosso,
vice-président de L'ANDES, représentant de
L'ANDES à la Coordination Nationale des
Entités des Services Fédéraux).
Marcelo Badar,
professeur d'histoire à l'Université Fédérale
Fluminense.
Cristina Miranda
Silva, troisième secrétaire de
l'ANDES.
José Maria de
Almeida, secrétaire général de la
Fédération Nationale des Métallurgistes de la
CUT (Centrale Unique des Travailleurs),
membre de la direction nationale du PSTU
(Parti Socialiste des Travailleurs
Unifié).
James Petras,
sociologue de gauche américain.
Antônio Luiz de
Andrade `Tato`, directeur de
l'ANDES-SN.
Roberto Leher,
ex-président de l'ANDES-SN.
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