| Camarades,
Dans cette brève intervention, je voudrais
vous donner une opinion, une vision sur la
situation de notre pays, vision qui diffère
substantiellement de celle que le camarade
vient de nous donner.
Nous vivons en Amérique Latine, en
Amérique du Sud plus exactement, une
situation de radicalisation des luttes
sociales et de polarisation du processus
politique dû au fait que les populations
n'arrivent plus à vivre dans les conditions
qui lui sont imposées. C'est la conséquence
de l'application de la politique
néo-libérale, c'est-à-dire du programme
économique du FMI (1). C'est ce qui explique
l'insurrection qu'il y a eu en Equateur en
2000, l'insurrection Argentine en 2001, les
doutes et la révolution vénézuélienne et
enfin la dernière insurrection à laquelle
nous venons d’assister, en Bolivie.
Les voix que le Parti des Travailleurs de
Lula a recueillies aux dernières élections
dans notre pays, ont été, dans un sens,
l'expression d'un mécontentement et d'une
insatisfaction du peuple brésilien face à
cette situation qui affecte également les
conditions de vie de la population de notre
pays. Ceci, après huit ans, de gouvernement
FHC (2), qui a construit un pouvoir
économique fondamentalement orienté vers la
rentabilité des intérêts du capital financier
international. Il est donc évident que
l'élection de Lula correspond à une victoire
du peuple brésilien. Une victoire de cette
nature nourrit des attentes et des espoirs
qui existent encore aujourd'hui dans une
partie très importante de la population de
notre pays. Néanmoins, je vais essayer, dans
cette brève intervention, de vous donner
notre opinion sur la situation politique de
notre pays.
Voyons les chiffres. Le gouvernement qui
est entré en fonction le premier janvier
dernier, avec l'arrivée de Lula, n'a pas
rompu les négociations de la ZLEA (3). La
ZLEA, dont Lula en personne a dit, lorsqu'il
était candidat, qu'elle signifierait
l'annexion du Brésil par les intérêts des
grandes entreprises économiques américaines.
Le gouvernement continue les négociations et
c'est même le point central de sa politique
internationale en ce moment. Prochainement,
le sommet de Miami va se tenir du 19 au 21
novembre. De manière lamentable, la
délégation brésilienne va se rendre à ce
sommet pour y défendre une politique qu'elle
qualifie de ZLEA "light".
Le gouvernement a opéré quelques
changements dans les politiques économiques
pratiquées auparavant, notamment en ce qui
concerne les objectifs économiques. On parle
d'un héritage maudit de l'ancien
gouvernement. Néanmoins FHC a, au plus,
pratiqué à la fin de son second mandat, un
superávit primaire, c'est-à-dire
l'économie effectuée sur les budgets publics
pour payer la dette, de 3,75 % du PIB. Cette
somme est destinée à payer les intérêts de la
dette. Lula a non seulement maintenu ce taux,
mais il l'a même augmenté à 4,25 % du PIB.
Jusqu'au mois dernier, il a pratiqué un taux
de 5,08 %, ce qui représente une économie
d'environ 70 à 80 milliards de réals, qui
sont retirés de l'économie de notre pays et
des politiques publiques pour payer les
intérêts de la dette. J'ai ici une étude du
plan pluriannuel, du gouvernement pour
2003-2004. Il ne s’agit donc pas d'un rapport
hérité de l'ancien gouvernement. Il s'agit
d’une proposition du gouvernement Lula qui
vise à maintenir le taux de
superávit primaire à 4,25 % du PIB
jusqu'en 2007. Il opère ainsi dans les
grandes lignes, en approfondissant quelques
points, à peu près la même politique
d'ajustement fiscal appliqué dans notre pays
ces dernières années et qui s'est traduite
par une véritable dévastation de l'économie
de notre pays. Cela s'est traduit par un
chômage qui atteint aujourd'hui 13 à 14
millions de personnes, et une situation de
misère qui touche, pour l'instant, un tiers
de la population brésilienne, c'est-à-dire,
53 à 54 millions de personnes qui vivent en
dessous du seuil de pauvreté. Cette
situation est provoquée par la politique
d'ajustement fiscal que le gouvernement
propose de maintenir, attention, pas
seulement jusqu'à l'année prochaine, mais
jusqu'en 2007. Il y a des camarades qui
disent que ce sont des mesures prises au
début du gouvernement, qu'ensuite, il y aura
un virage, un plan B. Or, dans ce plan B la
politique d'ajustement fiscal est encore plus
accentuée.
Au début de son mandat, le gouvernement a
effectué une réforme, la réforme des
retraites, qui est en ce moment soumise au
vote du congrès. Elle a les mêmes marques,
les mêmes caractéristiques que les réformes
réalisées par les gouvernements de droite ou
sociaux-démocrates d'Europe. C'est une
réforme des retraites, qui, contrairement à
ce que disent le président de la république
et certains membres du gouvernement, n'a pas
été réalisée pour promouvoir la justice
sociale. Il n'y a ni dans le projet présenté
par le gouvernement, ni dans le projet voté
par le congrès national brésilien une seule
ligne concernant les dits exclus du système
de retraites ou les couches les plus pauvres
de la population. En revanche, il y a une
couche de la population qui bénéficie de
cette réforme, c'est le secteur des
financiers. Car, non seulement la réforme
supprime des droits, qui sont des droits
historiques des travailleurs du service
public, mais en plus elle prépare la
privatisation du système de retraites à
travers les fonds de retraites
réglementaires. Ce sont les fameux fonds de
pension administrés par les banques et qui
sont une manne importante de rentabilité pour
ces institutions.
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Pour finir, démontrant à nouveau que cette
histoire d'héritage de l'ancien gouvernement
est un mensonge, le gouvernement vient de
signer un nouveau traité, un nouvel accord
avec le FMI. Il ne s'agit donc plus de savoir
si le gouvernement va rompre les accords
signés auparavant, qui ont justement été
signés pour conditionner les politiques
économiques appliquées dans notre pays dans
le sens de limiter des budgets publics afin
de payer des dettes, interne et externe. Il
s'agit d’un nouvel accord, signé par le
nouveau gouvernement au moment même où ce
gouvernement disait qu'il n'y avait pas de
nécessité de réaliser un nouvel accord vues
les conditions macro-économiques du pays. Et
ce nouvel accord se situe dans la continuité
et maintient les mêmes conditions établies
par les accords antérieurs.
[passage inaudible sur la
cassette]
La réforme du système des retraites est
une réforme qui vise à casser les droits de
la classe ouvrière afin d'augmenter la
rentabilité des grandes entreprises, en
diminuant ses coûts.
La dette interne, qui est peut-être pour
les pays d'Amérique Latine un des instruments
les plus importants de pillage et de
domination utilisés jusqu'à maintenant par
l'impérialisme, est un aspect
particulièrement grave de la situation que
nous vivons. Je ne sais pas si vous le savez,
mais l'année dernière, sous le gouvernement
néo-libéral, notre pays a payé 114 milliards
d'intérêts, seulement d'intérêts, pour la
dette publique. Le gouvernement Lula,
lorsqu'il est arrivé au pouvoir s'est engagé
à payer d'’ici à la fin de l'année, 154
milliards de réals d'intérêts de la dette,
c'est-à-dire presque 50 % de plus que ce qui
a été payé l'année précédente par le
gouvernement précédent.
Camarades, cela a des conséquences dans la
vie de la population et dans l'économie du
pays. Quelles sont ces conséquences ? Le
chômage a augmenter sous le gouvernement
Lula. Pendant les six premier du
gouvernement, selon les recherches faites par
l'institut officiel de l'Etat, le nombre de
chômeurs a augmenté de 585000, depuis le mois
de décembre de l'année dernière. Les droits
des travailleurs continuent à être attaqués,
soit par des réformes comme celle des
retraites, soit par de la destruction des
services publics et la baisse des dépenses
publiques, ceci afin de constituer un fond
pour payer la dette. Au Brésil, les salaires
ont chuté de 14 % de leur valeur réelle cette
année par rapport à l'année dernière. La
réforme agraire avance à un rythme plus lent
que sous le gouvernement précédent.
Dernièrement, les conflits agraires dans le
pays se sont multipliés, soit par des
occupations de terres, soit par des tensions
de plus en plus fortes dans les campagnes. Il
y a déjà eu plus de travailleurs assassinés
pendant ces dix premiers mois de gouvernement
Lula que pendant toute l'année dernière.
C'est évidemment le fruit de l'application
des coupes budgétaires.
Le ministre de la réforme agraire, qui
appartient d'ailleurs à un des principaux
courants de la gauche du PT, Democracia
Socialista (4), dit qu'il ne peut pas
effectuer plus vite la réforme agraire, parce
qu'il n’y a pas de moyens, il n'y a pas
d'argent. Le gouvernement qui s'y était
engagé, est en train de réaliser un transfert
de 154 milliards de reais pour les conflits
internationaux juste pour cette année, et dit
qu'il n’y a pas de moyens, qu'il n'y a pas
d'argent pour faire la réforme agraire. Ainsi
camarades, il faut établir clairement quelle
est la véritable priorité du gouvernement. Ce
ne sont pas les politiques sociales et ce
n'est pas l'amélioration des conditions de
vie de la population. Des programmes, que
nous connaissons déjà, comme "faim zéro" ou
des politiques sociales compensatoires, ne
sont pas destinés à en finir avec la pauvreté
et la faim. Ils servent à éviter les
explosions sociales. Mais ce n'est là qu'un
aspect de la réalité de notre pays.
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