En effet, depuis le début du
gouvernement Lula les banques et le système
financier ne sont pas non plus dans le même
situation que sous le gouvernement précédent.
Cette année, la rentabilité moyenne des
banques dans notre pays a augmenté de 45 %,
par rapport à l'année dernière. La banque
[nom inaudible sur la cassette] qui
était présidée jusqu'à l'année dernière par
le nouveau président de la banque centrale,
nommé par Lula, a augmenté cette année, sa
rentabilité de 460 % par rapport à l'année
dernière. Les grands secteurs industriels
fondamentalement liés aux secteurs de
l'exportation ont évidemment augmenter de
manière importante leur productivité,
notamment en matière d'exportation.
C'est à dire que nous sommes dans la
situation suivante : ceux qui étaient
massacrés par l'ancien gouvernement le sont
toujours, par l'augmentation du chômage, par
la diminution des salaires, par la
précarisation de leurs conditions de vie. Et
ceux qui étaient privilégiés avant le sont
toujours, par l'augmentation des profits des
banques et des grands patrons, qui, et ce
n'est pas un hasard, font partie de la
composition du gouvernement. Les dernières
mesures prises par le gouvernement vont
toutes dans le même sens. Le gouvernement
vient d'autoriser la plantation de soja
transgénique, oubliant et ignorant ainsi tous
les appels des mouvements sociaux de notre
pays, afin de satisfaire le secteur des
grands exportateurs. Car ce secteur veut
augmenter ses exportations de soja et sa
productivité, indépendamment des conséquences
que cela peut avoir sur le milieu naturel et
sur la population de notre pays.
En ce moment, il y a également un conflit
avec les organisations liées à la question
indigène au Brésil. Depuis le mois de
janvier, 200 indiens ont été assassinés dans
notre pays, dans des conflits avec des
exploitants de bois ou des propriétaires
terriens qui se trouvaient sur leurs terres.
Cela représente autant de morts que sous les
anciens gouvernements. Le gouvernement Lula a
pris une mesure par rapport à cette question.
Il est d'ailleurs allé plus loin que le
gouvernement FHC et il a réduit la taille des
réserves indigènes par rapport à ce qui a été
établit dans la constitution de 1988, comme
c'est le cas d'une réserve dans le sud du
Pará. Jusqu'à maintenant la lutte des
organisations indigènes de notre pays,
revendiquait une démarcation effective des
réserves pour qu'elles soient effectivement
sous le contrôle des indiens. Désormais, ils
sont obligés de revendiquer et de lutter pour
le maintien de la taille de la réserve fixée
par la dernière constitution, car une fois de
plus, le gouvernement a servi les intérêts
des exploitants de bois et des grands
propriétaires terriens, qui veulent agrandir
la taille de leurs exploitations, en initiant
une politique de réduction de la taille des
réserves.
Bien, camarades, comme vous le voyez, ce
ne sont pas des changements importants, tout
au moins ce ne sont pas les changements pour
lesquels nous luttons dans notre pays,
auxquels nous sommes en train d'assister.
Nous sommes en train d'assister à la
continuité du même modèle économique, qui a
amené notre pays à vivre dans la situation
dans laquelle nous vivons aujourd'hui : avec
près de 14 millions de travailleurs au
chômage, avec près d'un tiers de la
population qui vit sous le seuil de pauvreté
et avec un accroissement scandaleux, obscène
des profits des grands groupes économiques
internationaux installés dans notre pays.
C'est fondamentalement la conséquence de deux
facteurs : premièrement c'est l'option faite
par le gouvernement, élément qu'il a déjà mis
en avant dans sa campagne électorale, en ce
qui concerne sa composition. Car le
gouvernement que dirige Lula n'est pas
uniquement constitué par le Parti des
Travailleurs. Il englobe également des
secteurs fondamentaux de la bourgeoisie
brésilienne, de la bourgeoisie industrielle,
exportatrice, des villes et de la haute
finance, ainsi que des secteurs, qui n'ont ni
plus ni moins, que le contrôle de la
présidence de la banque centrale, qui est
l'autorité qui administre la politique
monétaire de notre pays. Ce n'est pas par
hasard si les banques accueillent aussi bien
le gouvernement Lula. L'autre facteur
fondamental, est l'option faire par le
gouvernement de maintenir, en s'appuyant sur
ces alliances, le même programme économique
que l'ancien gouvernement.
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Il y a une position qui existe au
Brésil, que j'ai également entendu ici en
France, de la part de secteurs de la gauche
qui n'a aucun sens. Cette position dit que
la direction de ce gouvernement doit être
disputée, que ce gouvernement a besoin de la
gauche, car s'il échoue ça sera un échec de
la gauche et que c'est de notre devoir qu'il
réussisse. Camarades, je vous dirais que si
le gouvernement Lula va jusqu’au bout de son
mandat, en appliquant ce programme, nous
aurons dans quatre ans, plus de 4 millions de
chômeurs supplémentaires dans notre pays,
nous aurons la faim et la misère à un seuil
beaucoup plus bas que celui que nous
connaissons aujourd'hui.
Pour nous, il n'y a pas plus de place
pour une autre discussion récurrente, qui dit
que le problème est le contexte international
et l'héritage du gouvernement précédent et
que le soi-disant héritage du gouvernement
précédent rend impossible tout changement,
car il n'y a pas le rapport de force pour
cela.
Camarades, je pense que la question que
nous devons nous poser n'est pas si les
conditions pour faire face aux conséquences
de l'impérialisme au Brésil ou dans n'importe
quel pays d'Amérique Latine sont réunies. La
première question que nous devons nous poser
est s'il y a un moyen de libérer notre peuple
de l'esclavage moderne dans lequel nous
vivons sans une rupture. Or, nous devons
signaler qu'il n’est pas possible de libérer
notre peuple sans effectuer de rupture.
Ce n'est donc pas en cherchant à gouverner
notre pays, soit en arrivant au pouvoir par
les élections, soit en arrivant au pouvoir
par des insurrections comme il y a eu en
Argentine ou en Bolivie, mais en rompant avec
la société et le système capitaliste. La
question qui est posée en Amérique Latine en
ce moment c'est la lutte pour le pouvoir,
c'est la construction d'une nouvelle société,
d'une société socialiste qui puisse
effectivement distribuer les richesses de ces
pays afin d'améliorer les conditions de vie
des populations, des conditions de vie dignes
pour nos peuples.
Ce n'est pas le choix fait par le
gouvernement Lula. En effet il a choisi de
gouverner dans le système capitaliste et il
va donc intensifier les attaques contre les
travailleurs pour favoriser les seigneurs de
notre société, qui sont les banquiers et les
grands patrons. L'option que nous, de la
gauche socialiste et des mouvements sociaux,
devons faire, est différente. Nous devons
donner une continuité et intensifier nos
luttes pour défendre les transformations que
nous devons accomplir dans nos pays pour que
la population ait une vie digne. Ces
transformations ne viendront pas des
politiques décidées par ce gouvernement. Ces
transformations viendront de notre lutte
contre les politiques et contre les
programmes appliqués par ce gouvernement.
Notre défi est de donner une continuité à
notre lutte pour construire une société
socialiste. Il ne s'agit donc pas soutenir un
gouvernement qui gouverne en appliquant le
programme du FMI. Il s'agit de poursuivre
notre lutte, de la renforcer dans le but
d'une révolution socialiste qui puisse
réaliser les transformations que nous avons
effectivement besoin de réaliser dans notre
société afin que le peuple ait une vie
digne.
(1) Fonds Monétaire International
(2) Fernando Henrique Cardoso, président
de la république du Brésil avant Lula
(3) Zone de Libre Echange des Amériques
(4) Democracia Socialista est la section
brésilienne du Secrétarait Unifié, dont la
section française est la LCR (N. du T.)
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