Le 1er mai 2003, filmé sur
un porte-avions dans le plus pur style
hollywoodien, G. W. Bush annonçait la fin de
sa guerre contre l'Irak. Depuis, au 30
novembre, 186 soldats US ont été tués en
Irak.
Si, en nombre, les attaques de la
résistance irakienne ont diminué pendant le
mois de novembre, elles ont été, par contre,
beaucoup plus ciblées et destructrices : 68
Américains, 19 Italiens, 7 Espagnols, 2
Japonais, 2 Coréens, un Polonais, un
Colombien et un Britannique ont été tués
(chiffres du Monde du 30 novembre
2003). Cela montre, pour des groupes à
l'origine dispersés, une tendance à se
coordonner, au-delà des désaccords politiques
qui peuvent les traverser ou les opposer.
Les attaques visaient au départ quasi
exclusivement des troupes US et les
dignitaires irakiens collaborant avec elles.
Puis, vint le tour des organisations
internationales et enfin, celui les alliés
des USA dans la coalition. Pas un pays ayant
des soldats sur le terrain, ou envisageant
d'en envoyer, n'a été épargné par les
attaques de ce que même la presse
"officielle" appelle la résistance irakienne.
Le choix des objectifs montre à la fois un
accroissement numérique des combattants, une
détermination accrue, une tendance à
l'unification du commandement, de véritables
capacités de renseignement et, même, des
talents de "relations publiques" avec la
presse internationale.
G. W. Bush peut bien chercher à
discréditer cette résistance en qualifiant
ses membres de "bande de voyous et
d'assassins", comme il l'a fait pendant
sa visite éclair de Thanksgiving, préparée
dans le plus grand secret. En réalité, le
caractère même de cette visite, à usage de
politique intérieure et électorale, permet
aux groupes de résistance d'affirmer que,
s'il était si sûr de lui, s'il avait eu moins
peur, Bush serait venu officiellement et au
grand jour...
L'autre tentative de Bush pour discréditer
la résistance est de l'assimiler
systématiquement à S. Hussein ou, ce qui est
contradictoire, à Ben Laden. Bien entendu,
les professionnels de la propagande du
Pentagone, les Rhumsfeld et Perle, ont tout
prévu. Ainsi, Bush déclarait-il à ses troupes
à Bagdad : "Vous êtes en train de vaincre
les terroristes ici en Irak, pour que nous
n'ayons pas à nous confronter à eux dans
notre propre pays" (le Monde 27-28
novembre 2003).
A en croire Bush si après l'Afghanistan,
c'est l'Irak qui a été choisi pour être
attaqué - et non pas le Yémen, l'Arabie
Saoudite ou le Soudan - ce serait, en
définitive, pour... créer un afflux de
combattants islamistes, une concentration, un
"woodstock" des barbus, en somme, sur un
point unique de façon à les affronter tous et
une fois pour toutes ! Comme par hasard,
c'est de Syrie et d'Iran que ces "islamistes"
sont sensés venir, et non pas d'Arabie
Saoudite, qui possède pourtant une frontière
de plus de 700 kilomètres avec l'Irak, ni de
Jordanie ou de Turquie...
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Mais voilà, l'enlisement qui se
manifeste désormais commence à produire les
mêmes effets que le Viet Nam, plus rapidement
encore. La guerre contre l'Irak coûte déjà 87
milliards de dollars en impôts aux
travailleurs américains et rapporte autant
aux multinationales US. Des cérémonies de
retour des corps ont été célébrées dans tous
les états des USA, ou peu s'en faut. Le
Texas, la Californie et la Pensylvanie paient
le plus lourd tribut, mais Porto-Rico et le
Samoa Américain ne sont pas "oubliés" ! Le
nombre de militaires US engagés sur le
terrain devrait baisser de 20% d'ici mai
2004, mais le nombre des réservistes va, lui,
augmenter de 39% alors que, dans le pays,
l'opposition à la politique internationale de
Bush progresse tous les jours et que les
manifestations recommencent.
Maintenant, l'objectif de l'impérialisme
US est de mettre en application l'accord
signé le 15 novembre entre l'administrateur
civil P. Bremer et le Conseil intérimaire de
gouvernement (CIG) irakien. Cet accord
prévoit un transfert du pouvoir aux Irakiens
fin juin 2004. Fin 2005, selon le calendrier
établi, l'Irak devrait s'être doté d'une
constitution, d'une assemblée élue et d'un
gouvernement. Dès lors, le présence US en
Irak pourrait devenir permanente et "légale",
sous la forme d'une coopération militaire et
de bases ad hoc. Mais il y a loin de la coupe
aux lèvres : des oppositions se feraient déjà
jour même parmi les représentants chiites
et... kurdes, siégeant au CIG...
Par ailleurs, tout le monde sait
maintenant que cette guerre était programmée
depuis longtemps, bien avant le 11 septembre
qui a fourni un prétexte "en or" aux durs de
Washington. En effet, un document dénommé
"Clean break :
A New Strategy for Securing the
Realm", rédigé sous la direction de
R. Perle et remis à B. Netanyahu en 1996,
recommandait le renversement de S. Hussein et
la recomposition de l'Irak sous la direction
des souverains hachémites de Jordanie ! Le
même document recommandait un sabotage
systématique... de l'Autorité
palestinienne.
De même, les néoconservateurs US
avaient-ils défini, dès 1997, ce qui est la
politique de G. W. Bush dans la déclaration
de principe du Project for a New American
Century. L'impérialisme US présente cette
guerre contre l'Irak comme une bataille dans
la longue guerre sans fin contre "le
terrorisme" et "contre les états qui le
soutiennent". C'est sur ce registre que se
conclut le livre de W. Kristol et Lawrence F.
Kaplan, ouvrage de propagande destiné au
peuple américain et intitulé, dans sa
traduction française, "Notre route
commence à Bagdad" (éd. Saint-Simon,
2003). Pourtant, la lutte du peuple irakien
comme la résistance acharnée du peuple
palestinien laissent entrevoir une autre
issue : pour les impérialistes et leurs
complices : et si leur route s'arrêtait à
Bagdad ?
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