Dès 1936, L. Trotsky avait
envisagé l'avenir de l'URSS par l'alternative
suivante : ou bien la classe ouvrière serait
capable de renverser la bureaucratie
stalinienne, de mener la révolution politique
à la victoire en se ré appropriant les
soviets et l'ensemble du contrôle de l'URSS,
ou bien la bureaucratie stalinienne serait le
principal agent de la restauration
capitaliste.
En 1989, le mouvement de la classe met à
bas l'appareil stalinien, mais faute d'une
internationale révolutionnaire, faute d'un
parti bolchevik, la bureaucratie stalinienne,
alliée à la bourgeoisie, a pu marcher
ouvertement vers la restauration
capitaliste.
En raison du poids du stalinisme dans le
mouvement ouvrier jusqu'alors, la chute du
mur de Berlin, l'effondrement du stalinisme,
ont créé une réelle désorientation chez bien
des travailleurs. Désorientation que la
classe, par son mouvement pratique, commence
aujourd'hui à surmonter, elle qui saisit de
façon plus claire que jamais que les enjeux
sont internationaux et que son avenir se joue
à cette échelle-là.
Ce qui est beaucoup plus grave, c'est que
la fin du stalinisme a amené nombre de
militants à considérer que le marxisme était
à remiser au rayon des accessoires obsolètes
de l'histoire. Ils ont jeté le bébé (les
acquis du marxisme et de plus de 150 ans de
luttes du mouvement ouvrier) avec l'eau sale
du bain (le stalinisme). Dès lors il est
"naturel" que les vieux problèmes que l'on
croyait réglés refassent surface. Il est
"naturel" aussi que, la IVème Internationale
restant à reconstruire, le mouvement
communiste fasse en quelque sorte une rechute
de sa maladie infantile.
De ce point de vue, le terrain a été
préparé de longue date par les "théories" du
"capitalisme d'Etat" ou de la "double nature"
de la bureaucratie stalinienne. Théories qui,
dans la pratique, se sont traduit par des
tentatives aussi multiples que désespérées
pour trouver des raccourcis et des substituts
à la construction du parti révolutionnaire.
D'où cette recherche fébrile de "nouvelles"
avant-gardes, larges de surcroît, ou de
"nouvelles" formes d'organisation permettant
de dépasser les "vieux" syndicats et les
"vieux" partis.
C'est à l'occasion de ces recherches
"novatrices" qu'a été remis "au goût du jour"
une vieille tendance de ce qu'il faut bien
appeler par son nom : le centrisme
petit-bourgeois, une variété de centrisme qui
évolue, le plus souvent, vers la réaction.
Désormais, faut-il organiser des
mobilisations "radicales", éventuellement
anticapitalistes, sûrement altermondialistes
Mais pour le socialisme ? Surtout pas !
Cette Internationale I 1/2, entre
anarchisme et réformisme, entend transformer
le monde, mais sans avoir à prendre le
pouvoir. D'après elle, il ne faut surtout pas
renverser la bourgeoisie car, telle une
malédiction divine, le stalinisme ferait
inévitablement son retour. D'ailleurs,
"Lénine ne serait-il pas le père politique du
stalinisme ?", se demande-t-elle, en
concluant aussitôt que oui...
A ces conditions sine qua non, ne pas
s'organiser en parti et ne pas conquérir le
pouvoir, tout peut être bon : démolir la
sécurité sociale ou l'école ? Il suffit de
ressortir les vieilles élucubrations
libertaires sur ces questions ! Et qu'importe
si ces élucubrations correspondent aux
objectifs libéraux et ultralibéraux. Bref, on
peut faire la révolution, à condition de ne
pas la faire réellement.
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Spontanéistes et "anti-orgas" sont donc
de retour. Chantres de l'interdiction
d'interdire et de la liberté d'être, au
choix, libre ou asservi, c'est selon. Ils
font table rase du passé... celui de la
classe ouvrière, de ses combats, de ses
acquis théoriques, de ses conquêtes
pratiques. La liberté d'expression doit être
totale à condition que leurs propres
contradicteurs soient condamnés au silence,
quitte à recourir à l'intimidation.
Le vigoureux gauchisme d'outre-Atlantique
est appelé à la rescousse. Celui qui
s'appuyant sur l'empirisme et le pragmatisme
a, pour son malheur, produit des gens comme
N. Podhoretz ou I. Kristol (le père de W.
Kristol). Ces militants ont apporté dans les
années 60 et 70 leur caution "de gauche" au
mouvement néo-conservateur US, marchant sur
les traces d'un J. Burnham. Lequel Burnham,
faut-il le rappeler, parti en 1940 de
l'opposition petite-bourgeoise au sein du SWP
des Etats-Unis, finira décoré de la médaille
du Président des Etats-Unis, en 1982, de la
main même de Ronald Reagan !
Enfin, "fin du fin", Lénine et Trotsky
sont appelés à la barre pour témoigner contre
Lénine et Trotsky. Rien que cela ! Cette
révision du marxisme tend à envahir tous les
terrains et se mue "naturellement" en une
volonté de démanteler tout l'acquis du
matérialisme dans les sciences humaines et de
la nature.
Cette révision est une nouvelle
illustration de ce que l'alternative
"socialisme ou barbarie" posée par le
Programme de transition, ne souffre pas de
troisième voie. Ou bien la révolution
socialiste avance, ou alors le monde,
l'humanité dans son ensemble, recule. La
révolte peut produire la révolution, si un
parti révolutionnaire lui permet de vaincre.
Sinon, la révolte débouche sur la
contre-révolution.
Venant s'ajouter au questionnement de la
classe ouvrière suite à la grève de mai-juin
2003, la question de la laïcité de l'école et
de l'Etat revient au premier plan du débat
dans ce pays, sur la base d'une provocation
organisée par la bourgeoisie.
Sur ces deux plans, le positionnement de
militants se réclamant - de plus en plus
discrètement - du mouvement ouvrier révèle,
du même coup, l'ampleur du "désarmement"
théorique qui s'est opéré depuis 1989. La
"gauche" dans son ensemble et
"l'extrême-gauche" se seraient-elles ralliées
aux thèses de "l'horizon indépassable du
capitalisme", de la démocratie bourgeoise
désormais "définitivement établie" ?
Seraient-elles incapables de voir s'avancer
la réaction qui, pour mieux se faufiler,
prend pour nom "démocratie" ou "liberté"
?
L'article qui suit, intitulé "Loi interdisant les
signes religieux ostensibles : Quelle est la
main qui se saisira de cette loi ?" est
le premier d'une série qui prétendent
apporter une modeste contribution au débat
nécessaire pour redonner au mouvement ouvrier
sa boussole, la méthode de Marx, Engels,
Lénine et Trotsky, en lieu et place d'un
catalogue de leurs citations dépourvu, le
plus souvent, de tout contexte historique.
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