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Texte publié dans l'Internationaliste n°51

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Il faut un mouvement unitaire pour un Nouveau Parti

Zé Maria, président national du PSTU

Le PSTU a été la première organisation à proposer depuis déjà un certain temps — la formation d'un Mouvement pour un Nouveau Parti, qui regroupe toute la gauche socialiste et tous les militants des mouvements sociaux, pour que ensemble, nous puissions construire une alternative au PT. Un instrument politique pour organiser les luttes des travailleurs, avec l'objectif d'une réelle transformation sociale du pays. C'est pourquoi nous saluons l'initiative des "parlementaires radicaux" pour construire un Nouveau Parti.

En revanche, nous sommes extrêmement inquiets de ce qui s'est passé le 19 janvier, lorsque les députés "radicaux", la sénatrice Heloísa Helena, l'ex-député Milton Temer et l'intellectuel Carlos Nelson Coutinho ont réalisé une réunion avec d'autres secteurs politiques, de laquelle le PSTU et d'autres groupes de gauche ont été exclus.

Nous sommes encore plus inquiets depuis la réunion réalisée juste après cet événement, entre la sénatrice Heloísa et l'ex-député Milton Temer et les membres de la direction du PSTU. Nous avons alors été informés que la réunion de l'après-midi avait déjà défini le fonctionnement du Nouveau Parti, et que, comme le PT, il fonctionnerait avec des tendances permanentes et que ce principe — selon les mots de la sénatrice et de l'ex-député — était une préalable indiscutable. Par conséquent ce principe de fonctionnement n'est pas sujet à discussion et n'est pas susceptible d'être modifié, même dans par l'avenir.

Les erreurs concernant le projet de
Nouveau Parti.

Selon nous, les camarades ont commis deux graves erreurs, qui ne touchent pas seulement le PSTU ou les secteurs politiques exclus. Elles concernent et affaiblissent fondamentalement les efforts de milliers de militants socialistes qui, face à la trahison du PT, ont besoin d’un Nouveau Parti et veulent le construire.

Le premier point est qu'avec toutes les forces des différents secteurs de la gauche socialiste additionnés, nous sommes peu nombreux pour construire un parti à la hauteur des exigences immédiates et historiques de notre classe. Exclure des secteurs de la gauche révolutionnaire qui veulent participer au processus est donc injustifiable. D'autant plus que les secteurs exclus n'imposent pas, et n'ont jamais imposé, de conditions préalables pour faire partie de la construction de cette alternative.

La seconde erreur est de décider dans une réunion de 30 personnes du fonctionnement du parti et de poser cette décision comme un préalable indiscutable : les dites tendances permanentes, semblables au fonctionnement du PT. Les camarades revendiquent le "PT des origines" des années 80, mais semblent oublier qu'à cette époque même le PT n'a pas exclu des secteurs politiques qui voulaient y participer.

Nous pensons que le Nouveau Parti ne doit pas être un nouveau PT et nous ne sommes pas d'accord avec la position des camarades sur le fonctionnement du parti. L'argument selon lequel ce fonctionnement garantit le liberté et la démocratie n'est pas raisonnable. En effet, ce n'est pas ce que l'expérience du PT a montré. Le PT fonctionne sur la base de tendances permanentes. Quelle démocratie y a-t-il au sein du PT? La seule liberté qui existe est celle des dirigeants, des parlementaires et des figures publiques qui font ce qu'ils veulent, alors que la base est sollicitée pour faire campagne électorale tous les deux ans.

Un parti orienté vers les luttes a besoin d’une centralisation politique.

Mais la position des camarades est légitime et doit être débattue. Le PSTU ne propose pas non plus une centralisation politique dans l’immédiat. Au contraire, le Mouvement doit fonctionner sans centralisation politique, justement car cette centralisation ne sera possible que comme étant le fruit du débat entre toutes les opinions, pour construire un programme commun à partir d'une intervention commune dans les luttes.

Le plus grave dans ce cas, est que 30 personnes jugent avoir le droit de décider comment va fonctionner un Nouveau Parti, qui n'existera que si des milliers de militants à travers tout le pays sont disposés à travailler et à lutter pour sa construction. Comment cela est-il possible? D'un côté, une trentaine décide et de l'autre côté des milliers de militants exécutent? Sans même qu'ils ne puissent donner leur opinion? Or, le fonctionnement n'est pas une question sans importance. Il définit, par exemple, comment les décisions seront prises. Est-ce ainsi que cela va se passer? La direction va décider et la base va exécuter?

Quel parti voulons-nous, pour quelle stratégie?

C'est la réelle question de fond et la plus importante à débattre, car construire un parti est une chose sérieuse. Nous devons définir clairement quel est l'objectif de ce parti et quelle stratégie nous devrons adopter pour atteindre ce but. C'est en partant de là que nous devons discuter du fonctionnement.

Nous considérons que face à la barbarie capitaliste et la trahison du PT, le Nouveau Parti doit établir clairement dans son programme, l'objectif de réaliser une transformation socialiste dans notre pays et de construire une nouvelle société à partir de la destruction du système capitaliste. Nous considérons que la défense du socialisme ne peut pas être réduite aux discours prononcés les jours de fêtes. Le parti doit montrer clairement qu'il ne sera possible d'atteindre cet objectif que par une rupture avec le régime de domination de la bourgeoisie, et donc avec les institutions de l'Etat qui existent.

Evidemment cela ne se passera pas par la voie électorale, en respectant les règles du régime "démocratique-bourgeois", grâce auquelles la bourgeoisie exerce son pouvoir; cela ne passera pas non plus en accumulant des responsabilités dans l'Etat, pour essayer de le réformer. Une stratégie de ce type — électorale et dans le cadre des institutions en vigueur, pour réaliser des réformes du système capitaliste — a été adoptée par le PT. On a vu le résultat.

Pour arriver au pouvoir et réaliser les transformations qui ouvrent le voie à la construction du socialisme, le Nouveau Parti doit adopter une stratégie de mobilisation des masses, d'insurrection des travailleurs et des plus pauvres et de révolution socialiste.

Cela ne signifie pas que devions mépriser la lutte politique dans d'autres domaines ou que nous devions abandonner le participation aux élections. Mais cela signifie que ce n'est pas notre combat prioritaire et que ce n'est pas non plus notre stratégie.

Ce débat n'est pas lié à la conjoncture. Nous pouvons avoir des lectures différentes de l'évolution de la situation politique du pays. Ce processus de rupture insurrectionnelle peut se passer dans trois, dix ou vingt ans, peu importe. Mais si nous comprenons que c'est l'unique manière de réaliser la transformation socialiste dans notre pays, le parti doit définir cette stratégie comme la sienne et y travailler pour la préparer dès maintenant. Pour y arriver, il doit avoir des politiques adaptées à la conjoncture, mais avec un objectif clair pour son action.

En voyant le document présenté par les camarades, on remarque qu'ils ne se réfèrent même pas à cette question. Le document fait allusion au socialisme, mais n'avance pas au-delà de l'anti-libéralisme. Pire : il ne fait même pas référence à la nécessité d'une totale indépendance de classe des travailleurs par rapport à la bourgeoise, alors que ce principe était présent même dans la première charte du PT, celui des origines.

Le fait de ne pas aborder cette question pose un problème important. Un parti qui ne se définit pas comme un instrument révolutionnaire, pour la lutte, pour la destruction du régime et de l'Etat bourgeois, finit par restreindre l'horizon de son action aux limites de la société capitaliste et de ses institutions "démocratique-bourgeoises". Dans ce cadre, la seule "sortie" possible sont les élections.

Quand nous parlons du danger électoraliste, certains camarades qui ne comprennent pas l'importance du problème, montrent de l'énervement, comme s'il s'agissait d'une attaque personnelle envers les parlementaires qui ont décider d'affronter la direction du PT. En réalité, le danger que nous soulignons, c'est le danger de définir une stratégie électoraliste pour le parti (ou, par manque de clarté, d'emmener le parti dans cette direction), en effet cela emmènera forcément le parti dans la même direction que le PT.

Le PT a été efficace pour disputer les élections. C'est indéniable. En ce sens, il n'est pas possible de comprendre l'attachement, de la part des camarades, à la défense des tendances permanentes comme forme de fonctionnement du parti. C'est un fonctionnement approprié pour un parti qui a une stratégie électoraliste. Mais il est inutile pour un parti qui veut faire une révolution.

Ni veto, ni préalables. Unité!

Ce sont nos opinions. Nous savons qu'il en existe d'autres qui sont divergentes. La seule manière mure et démocratique de dépasser ces différences et de construire une base politique commune, supérieure à chacune des opinions isolées, c'est de réaliser un débat de fond, large et démocratique, avec la participation de tous. Cela vaut pour le programme, pour la conception, pour la stratégie, pour le fonctionnement du parti etc. C'est le défi, la tâche et la responsabilité de tous les secteurs de la gauche socialiste en ce moment.

Il n’y a pas de monopole de construction d'un Nouveau Parti. Tous peuvent et doivent y participer. C'est pourquoi nous avons trouvé que les préalables établis par les camarades qui se sont réunis à Rio le 19 janvier n'étaient pas raisonnables. Nous ne trouvons pas non plus raisonnable d'exclure quelque secteur de la gauche socialiste que ce soit, qui veut participer à ce processus.

La construction de cette unité est une obligation pour tous les secteurs de gauche et nous y participerons. Nous voulons participer aux discussions, visant à la construction du nouveau parti, et nous défendons le fait que ces discussions soient ouvertes à tous les militants, de même que nous considérons que les décisions qui doivent être prises dans ce processus doivent l'être avec la participation effective de la base.

Opinião Socialista N° 165

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