| Roi de Phrygie, Midas aurait reçu de
Dionysos le pouvoir de transformer en or tout
ce qu'il touchait. Monarque républicain sous
la Vème République, J. Chirac transforme en
merde toute les "causes" auxquelles il
s'attelle, pour les démolir, sous prétexte de
les défendre : il en a reçu le pouvoir de la
défunte gauche plurielle.
Ainsi, la lutte contre le cancer, est-elle
érigée en priorité nationale ? Le
remboursement à 100% pour les malades prend
du plomb dans l'aile ! Déclare-t-on
nécessaire de "sauver" les retraites par
répartition ? La loi Fillon leur donne le
coup de grâce ! Faut-il également "sauver"
la sécurité sociale et l'hôpital public ?
L'ultra libéral ministre de la santé, J.-F.
Mattéi, planifie leur éclatement et
privatisation ! L'année 2004 est-elle
déclarée "année de l'emploi"...? Aussitôt,
les chômeurs sont-ils désignés comme
coupables du chômage ! Et ainsi de suite, et
etc., etc.
Et voilà que maintenant, J. Chirac se
présente en ardent défenseur de la laïcité de
l'Etat et de l'éducation nationale! Mais qui
peut croire, un instant, que les forces
sociales et politiques, historiquement les
plus hostiles à la laïcité, vont défendre ce
qu'elles n'ont jamais cessé de combattre, ce
qu'elles ont toujours proclamé vouloir
détruire, ce qu'elles cherchent à liquider
depuis un siècle ? Entre-temps, beaucoup
préfèrent se concentrer sur "le voile",
louvoyer et gloser sur la "laïcité", la
"république", le "racisme" et
"l'islamophobie", participant par là (oui,
participant !) à la
diversion organisée par Chirac et compagnie,
acharnés à briser l'école publique pour mieux
la privatiser.
Voilà l'arrière-plan d'un débat dès le
départ truqué et biaisé, dans lequel
s'enferrent bien des militants "de gauche" ou
"d'extrême-gauche", ainsi que des "démocrates
sincères" souvent manipulés par d'autres
"démocrates", nettement moins sincères,
ceux-là, qui revendiquent la liberté pour
mieux y mettre fin... Dans un tel débat, les
arguments de raison sont vite balayés par
l'invective : intimidations, amalgames,
provocations deviennent des armes de choix
quand tous les repères historiques sont
oubliés ou, pire encore, sciemment ignorés.
Alors, des alliances contre nature
s'ébauchent : s'étant laissés enfermer dans
le "débat" pour ou contre le voile, pour ou
contre la "loi interdisant les signes
religieux ostensibles", bien des militants
ont ignoré le piège qui leur était tendu et y
sont tombés. A l'heure où l'Union Européenne
reconnaît implicitement se construire sous la
houlette du Vatican, pouvait-il en aller
autrement ?
"Quelle est la main qui se saisira de
cette loi ?" Le 15 janvier 1850, le
républicain bourgeois V. Hugo posait la
question à l'assemblée législative, à
l'occasion du débat sur la liberté
d'enseignement. Comment, en 2003, des
militants communistes révolutionnaires
pourraient-ils éviter de se la poser, cette
question, alors que la bourgeoisie a engagé
une remise en cause acharnée des acquis de la
classe ouvrière et de l'ensemble des
conquêtes démocratiques ? Le "parti clérical"
d'alors aurait-il disparu ? Ou, simplement,
s'est-il adapté à de nouveaux rapports de
forces et a-t-il pris, aujourd'hui, de
multiples visages ?
La question a pris une telle ampleur,
qu'il est fort probable que ce texte ne soit
que le premier d'une série destinée à
rétablir un peu de clarté, et de méthode,
dans ce débat. Débat très clairement lié à la
révision dont le marxisme est l'objet, de
façon systématique, y compris dans le domaine
des sciences de la nature.
Berlin, 9 novembre
1989
Ce jour-là, le Mur de Berlin s'effondre.
Encore 2 ans, et l'URSS éclate. La parenthèse
du stalinisme se referme, mais le mouvement
ouvrier dans son ensemble est désorienté, y
compris une fraction significative de
l'avant-garde révolutionnaire. Un vide
politique apparaît que de multiples forces,
liées pour la plupart au maintient de
l'ordre, vont tenter de combler.
La bourgeoisie s'est préparée à
l'affrontement ; elle a mis en marche un
rouleau compresseur idéologique ultra
libéral, sous tendu par la théorie de la "fin
de l'histoire" et de la "victoire" du
capitalisme régnant, désormais sans partage,
sur le monde. Comme Machiavel en son temps,
la bourgeoisie est convaincue que le peuple a
besoin de croyances et d'un dieu, bien
qu'elle estime, souvent, pouvoir s'en passer
elle-même.
Les années 70 ont vu se développer une
offensive convergente de l'ensemble des
organisations religieuses, notamment via
leurs courants intégristes. Chrétiens, juifs
ou musulmans (1), les sectes prolifèrent
qui trouvent souvent leur origine au coeur de
la citadelle impérialiste, les USA. Ces
courants ont en commun de se poser comme
réceptacle, voie de garage et d'enlisement, à
tous ceux qui renonceraient à chercher une
transformation de la société par des voies
peu ou prou révolutionnaires. Il s'agit en
effet d'un mouvement dialectique : la
conscience de classe des opprimés malmenée,
et les organisations ouvrières affaiblies par
l'onde de choc de l'effondrement du
stalinisme, les opprimés tendront à revenir
au rassurant opium du peuple, la bourgeoisie
se hâtant, bien sûr, de le leur fournir. Cela
participe du mouvement de
décomposition-recomposition qui saisit toute
la société en période de crise politique
majeure et durable.
Le retour du (au)
religieux
On connaît le mouvement des "born-again",
du "revival" autour du protestantisme, grâce
au cas célébrissime de G. W. Bush, lequel
prétend avoir personnellement vu dieu, en se
réveillant d'une cuite mémorable dans les
toilettes d'une boîte du Texas. Ces bruyants
mouvements, les "born-again", se produisent
régulièrement aux USA, généralement autour de
situations politiques et sociales difficiles
; un peu comme les "épidémies d'apparitions"
des catholiques en France (ou en Croatie), le
plus souvent en relation avec l'agitation des
milieux d'extrême-droite. Nous rattacherons à
ce mouvement, les sectes qui se targuent de
faire de la science une nouvelle religion
(avec ou sans extra-terrestres). Tout cela,
bien entendu, ne fait pas de ces chrétiens
des révolutionnaires. Arrêtons-nous là pour
les chrétiens et assimilés, sinon on va nous
traiter de "christianophobes" ou nous taxer
de "racisme anti-chrétien" (2).
Il y a aussi des "born-again jew", des juifs (3) minoritaires mais
bruyants, eux aussi, saisis par un brutal
désir de faire retour à la religion, souvent
sous sa forme la plus intégriste, repli
accompagné d'un communautarisme accentué,
d'une certaine forme d'auto-ghettoïsation .
Elie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en
France, en a fait le constat avec inquiétude
et sagacité, dans sa Lettre ouverte aux Juifs
de France (Stock-Fayard, 2002), texte qui
mérite une longue citation : "Cela peut
être enfin l'une des conséquences paradoxales
de l'effondrement des grandes idéologies
laïques. Il faut se souvenir de ce qu'ont été
le communisme pour la génération de nos
pères, puis différentes formes de gauchisme
pour la nôtre, celle qui avait vingt ans en
68. Beaucoup se sont convertis à un judaïsme
combatif et exclusif, soit centré sur la
synagogue, soit sur un sionisme d'autant plus
agressif qu'eux-mêmes le vilipendaient jadis.
D'anciens trotskistes ou maos qui
s'époumonaient en mai 68 contre Israël
(...) sont prêts aujourd'hui à vous
sauter à la gorge si vous émettez le moindre
doute sur la politique de gouvernement de
Jérusalem." (p.62-63). Tout cela, bien
entendu, ne fait pas de ces juifs des
révolutionnaires. Arrêtons-nous là pour les
juifs sinon on va nous traiter de
"judéophobes" ou nous taxer de
"d'antisémitisme"
Globalement, le retour à l'islam
correspond à l'occupation du vide laissé par
l'effondrement du nationalisme arabe, et ceci
en relation avec l'effondrement du
stalinisme. En Iran, la révolution islamique
n'a été islamique que parce que le Shah
s'acharna, suite au renversement du
gouvernement du stalinien Mossadegh, à
détruire toute trace de mouvement lié de près
ou de loin au marxisme. L'islam politique est
loin de pouvoir se rattacher partout au même
mouvement. Ainsi au Pakistan ou aux
Philippines, par exemple. A fortiori, en
Arabie Saoudite, où il est lié aux
soubresauts d'un régime, miné, dans le cadre
de la succession du roi Fahd. Ou tout
simplement en Algérie, où d'importants
secteurs du FLN, imitant le Boumedienne des
années 70, ont tout fait pour se créer une
opposition, à leur majesté, en promouvant
l'islamisation et l'arabisation de la société
(que cette opposition ait débordé le FLN, et
pourquoi, sont des questions qui sortent du
champ de cet article). Et tout cela, bien
entendu, ne suffit pas à faire de ces
musulmans des révolutionnaires. Bien ; pour
l'instant, nous ne pensons pas devoir être
traités "d'islamophobes" ou taxés de "racistes" (4).
Petites précisions
"lexicales"
La polémique qui fait rage et flèche de
tout bois, entraîne certains protagonistes
sur le terrain d'un à-peu-près lexical qui va
au-delà du simple choix de synonymes visant à
éviter des répétitions malséantes. Ainsi,
utilisent-ils indistinctement les termes de
"religion", "peuple", "culture" qui n'ont pas
les mêmes valeur et signification. A moins de
considérer qu'un peuple pratique
forcément telle même religion, qu'il
partage forcément tel même héritage
culturel ! De là à considérer qu'ils doivent
partager forcément tel même patrimoine
génétique, il n'y a qu'un pas...! Mais les
termes de "nation", "ethnie" ou "race" bannis
du langage bienséant, car "politiquement
incorrects" puisque connotés de droite ou
d'extrême-droite, on fait ce qu'on peut pour
ne pas révéler son véritable visage.
Précisons que pour nous, marxistes, le
concept de "race" ne s'applique pas à
l'humanité car c'est une aberration
scientifique. Feu Stephen Jay Gould,
biologiste et paléontologue américain,
expliquait avec raison que l'espèce homo
sapiens n'était pas assez ancienne pour
s'être subdivisée en races, même si cette
espèce a plus des quelque 6000 ans calculés à
partir de la Genèse. Critiquer ce texte-ci,
commun aux trois religions abrahamiques,
va-t-il nous valoir d'être taxés de
"judéo-christiano-islamophobes" ?
D'autres ont déjà apporté cette précision
; une "haine" et une "phobie" ce n'est pas la
même chose, et la critique n'implique
automatiquement ni l'une ni l'autre.
Critiquer le christianisme reviendrait-il à
dire du mal des Européens ? Mais tous les
Européens ne sont pas chrétiens, tous les
chrétiens ne sont pas européens, pas même
"occidentaux" ! Critiquer l'islam
reviendrait-il à dire du mal des Arabes ?
Mais tous les musulmans ne sont pas Arabes,
tous les Arabes ne sont pas musulmans ! Dans
le débat actuel, l'emploi des termes
"islamophobe" et "raciste" est à peu près
aussi honnête que l'emploi, par Sharon et ses
sbires, des termes "judéophobe" et
"antisémite" : ce ne sont pas des arguments,
ce sont des invectives. Ce qui est recherché,
dans un cas comme dans l'autre, est de faire
taire le contradicteur et le discréditer. Le
discréditer non pas parce que ses arguments
sont faux, ou mensongers ou excessifs, mais
parce il est un contradicteur ; il n'est pas
d'accord et il le dit : voilà son tort.
Pourtant, la libre confrontation des
arguments est la base du débat
démocratique, surtout entre militants
ouvriers, et c'est tout de même mieux que de
se taire alors qu'on n'est pas d'accord.
Comme quoi, et nous avons eu souvent
l'occasion de le constater, le stalinisme a
pollué le mouvement ouvrier dans son
ensemble, y compris ceux qui pensaient en
être à l'abri. Tous les "démocrates" style
Bush ou Chirac vous le diront aussi :
l'autocensure est bien plus efficace que la
censure. Et c'est ainsi qu'on en arrive à
considérer, comme par inadvertance, que telle
pratique jugée indigne (de nous,
européens-blancs-civilisés ?) peut être
acceptée chez d'autres, différents,
par la religion, la peau, la langue, la
"culture"..., des pratiques comme l'excision,
par exemple (qui n'a rien a voir avec
l'islam, précisons-le quand même). Mais,
n'est-ce pas, comme "ces gens-là" ne sont pas
comme nous, qu'ils sont différents,
il faut accepter leurs différences, leurs
traditions, leur culture. Les
petites filles et les femmes africaines
seraient-elles si différentes
qu'elles ne ressentiraient pas la douleur, la
souffrance ?
Les chantres du "vivons ensemble avec
nos différences", ces chrétiens de
gauche passés par chez Rocard-le-protestant
ou Delors-le-catholique, ou encore ces
militants du PCF passés par la JOC, tous si
semblables aux autres chrétiens, ceux de
droite, oublient tout simplement une chose :
au-delà de ce qui se voit et s'entend
(physionomie, couleur de peau ou de cheveux,
langue, habitudes vestimentaires, signes
religieux ostensibles ou non, ou
ostentatoires ou non), tous
les humains sont différents ! Même des
jumeaux monozygotes, élevés dans la même
famille, ne sont pas identiques, puisqu'ils
sont des individus. Nous sommes tous des
individus.
Le slogan de la gauche mitterrandienne ne
signifie-t-il pas, plutôt, vivons ensemble,
certes, mais que ceux qui se
ressemblent se regroupent entre eux, par
"communautés", comme au moyen-âge, chacun sur
son petit morceau de ville, à l'américaine ou
à l'anglaise, en quelque sorte... et gare à
qui se trompe de trottoir ?! Ne sont-ce pas
ces gens-là qui ont impulsé, la main dans la
main, surtout avec les représentants patentés
des "communautés" protestantes et catholique,
la notion de "laïcité ouverte" ? Ne sont-ce
pas eux qui, pendant vingt cinq ans, ont
organisé un certain relâchement sur le port
de croix et médaillons ? Malheureusement, ce
ne sont pas, là, les seules atteintes portées
à la laïcité de l'Ecole et de l'Etat.
Décentralisation,
communautarisme, privatisation
Jadis, les masses ouvrières et, plus
généralement, les opprimés se tournaient vers
les réseaux du PCF, et comme dans certaines
régions l'emprise de l'église catholique
n'était pas négligeable, il y avait un
certain partage des rôles entre les deux
partis. Le mécontentement trouvait une
expression et une "dignité" mais, du point de
vue de l'ordre républicain, il était
canalisé, endigué, enlisé. Aujourd'hui, les
réseaux du PCF ont le plus souvent purement
et simplement disparu, laissant un vide que
l'Etat voudrait combler par des "militants"
sous contrôle direct de la bourgeoisie.
Ainsi, lorsque J. Chirac prétend s'opposer
aux "dérives communautaires", ça sent le coup
fourré, ses déclarations s'accompagnant de la
mise en place des lois de décentralisation de
Raffarin, suite logique de celles de Maurroy
et Defferre en 1981. C'est-à-dire,
démantèlement de tous les acquis ouvriers et
démocratiques assis sur des textes nationaux
(Code du Travail, par exemple) ;
c'est-à-dire, mise en concurrence des
"collectivités locales" pour le plus grand
profit des multinationales. Faut-il être
aveugle, politiquement, pour ne pas voir ce
qui se passe ! Certes, les Corses et les
Antillais ont dit "non" au projet, mais
gageons que nos "démocrates laïcs" du
gouvernement sauront remettre le couvert le
moment venu. En attendant, Chirac a mis en
place, avec les ministres de l'intérieur des
gouvernements Jospin, Raffarin, Chevènement,
Vaillant et Sarkozy, un Conseil Français du
Culte Musulman. Conseil dont les musulmans,
au départ, ne voulaient pas. Officiellement,
il s'agit de mettre les musulmans sur un pied
d'égalité avec les autres communautés
religieuses, chrétienne et juive. Bref, il
s'agirait de "faire une place à l'islam dans
la république", et la commission Stasi émet
beaucoup de propositions dans ce sens... En
créant ce Conseil, l'Etat bourgeois français
dote les musulmans d'une représentation
nationale au même titre que les autres
"communautés", représentation déclinée au
plan régional et local.
Du point de vue de Chirac et Sarkozy, que
l'UOIF ait remporté les élections audit
conseil n'a aucune importance. En effet, dans
le domaine de l'intégrisme, il suffit de se
pencher sur les déclaration de l'Eglise de
Karol Wojtyla, dit Jean-Paul II, pour
comprendre que les barbus et les tonsurés
sont souvent sur la même longueur d'ondes,
même si en France, du fait de l'héritage du
combat contre l'Eglise et contre l'Inquisition (5) le langage des
dignitaires catholiques a atteint une telle
perfection, un tel aspect lisse, que nos
"chrétiens de gauche" s'y laissent facilement
prendre. Pour autant, l'Eglise catholique
serait-elle devenue une force de progrès dans
le monde ? Si c'était le cas, ça se saurait
! En fait, le discours de l'Eglise de France
vise toujours à amortir l'effet des propos du
Vatican, mais jamais à les condamner.
Comme les autres, les théologiens
musulmans ont compris le parti qu'ils
pouvaient tirer de ce double langage pour
circonvenir des militants méfiants envers
leur doctrine de "réforme" de l'islam,
c'est-à-dire, de retour à un islam
fondamentaliste (c'est, là, le seul contenu
que nous ayons trouvé jusqu'ici au terme de
"réforme" de l'islam). Insistons, toutefois,
qu'une telle "réforme" ne gène en rien
l'appareil d'Etat et sa police : aussi, ceux
qui croient l'Etat gêné, se trompent
lourdement et voient des adversaires là où il
y a des complices. Aujourd'hui que toutes les
grandes "communautés religieuses" sont dotées
d'une représentation nationale et de leurs
officines locales, l'Etat va pouvoir leur
transférer un certain nombre d'activités, de
maintien de l'ordre, diront les esprits
grincheux dont nous sommes. Maintien de
l'ordre dans le sens d'un barrage à toute
contestation radicale qui pourrait déboucher
sur un mouvement révolutionnaire. Car les
communautés servent surtout à cela : mettre
en place, dans la société, des corps
intermédiaires dont les chefs sont respectés
et craints par leurs sujets (dans une
communauté, il n'y a pas de citoyen).
Malheur, à qui est exclu de la "communauté"
ou condamné par elle : Galilée, Spinoza et
Rushdi en ont fait l'expérience !
Vient à l'esprit du rédacteur ce
reportage, déjà ancien, tourné en Angleterre
: on y voit un Sikh auxiliaire de la police,
affublé d'un chasuble fluorescent,
accompagnant des bobies dans leur patrouille
d'un quartier sikh, afin d'améliorer
les rapports entre la police "démocratique"
-non raciste, forcément- et la "communauté"
sikh issue de l'ancien empire. Ce reportage
était sensé vanter les mérites de la police
de proximité et d'un système "démocratique"
de délation, puisque communautaire, et visant
à transformer tout un chacun en auxiliaire de
police. Car, en effet, ce qui domine partout
dans la mondialisation capitaliste c'est la
tendance au repli systématique de l'Etat sur
ses fonctions régaliennes (armée, police,
justice, collecteurs d'impôt... et religion).
Chirac pourrait se définir, à l'égal de Bush,
comme un "conservateur compatissant", le côté
compatissant étant sensé atténuer les
souffrances provoquées par le côté
conservateur.
Aussi, tout a vocation à être privatisé, y
compris ce qui relève de la solidarité et
qui, dans ce pays, est assuré par des
services publics. Ailleurs (et en France de
plus en plus), le côté compatissant relève
des organisations caritatives contrôlées par
des organisations religieuses qui, le plus
souvent, sont massivement pourvues en fonds
publics, fonds qu'elles vont mettre au
service de l'ordre, au nom de
Jahvé/Dieu/Allah.
D'ailleurs, l'OCDE ayant proclamé "marchés
du XXIème siècle" la santé et l'éducation,
les gouvernements, en toute logique
capitaliste et en s'adaptant aux situations
locales, se sont-ils attelés à les
privatiser. Cela nécessite tout de même des
préalables : quand un service public
fonctionne, il faut d'abord le saboter, le
dégrader, pourrir ses conditions de
fonctionnement, diviser ses personnels,
tourner enfin la masse des "citoyens" contre
lui pour que la demande de privatisation
semble venir d'eux, pour "faire
démocratique". Les militants britanniques
doivent savoir de quoi il retourne, eux qui
l'ont vécu sous la botte de Thatcher.
Laïcité
Question : "après 1914", à l'époque de
l'impérialisme, peut-on s'en remettre à la
bourgeoisie pour défendre les acquis
démocratiques ? Non ! Mais à l'inverse (et
pour répondre à l'ultra-gauche), doit-on
jeter par dessus le bord tous les acquis
démocratiques de la révolution bourgeoise,
alors même que la bourgeoisie s'y emploie ?
Dans le même sens, doit-on rayer d'un trait
de plume des acquis ouvriers, au seul motif
que ces acquis furent cédés par la
bourgeoisie lors qu'elle était menacée de
tout perdre ?
Pour être clair : doit-on aider la
bourgeoisie à liquider la sécurité sociale au
prétexte que la sécurité sociale permet de
maintenir les travailleurs en condition
d'être exploités par la bourgeoisie ?! Mais
la sécurité sociale permet aussi aux
travailleurs de faire autre chose que de
travailler : militer par exemple, ou
fréquenter les cafés chébrans de l'est
parisien, au choix. La gratuité de la santé
reste notre objectif : c'est un fait ! Et la
liquidation de la sécurité sociale serait
tout, sauf une avancée dans ce sens-là !
Idem : doit-on aider Luc Ferry à
démanteler l'éducation nationale et à la
privatiser, au prétexte que l'autre Ferry,
Jules du XIXème siècle, était un colonialiste
? Ou aux prétextes que l'école permit jadis à
la bourgeoisie d'élever le niveau de la main
d'œoeuvre, et que l'école sert toujours à
inculquer la "religion de la France" aux
élèves qui lui sont confiés ? Mais
l'éducation nationale permet aussi, aux
travailleurs et à leurs enfants, d'acquérir
des connaissances et d'ouvrir leur
intelligence à d'autres domaines qu'à leur
boulot. Mais l'éducation nationale permet
encore, aux travailleurs et à leurs enfants,
de sanctionner leurs connaissances par des
diplômes se rapportant au Code du Travail et
aux conventions collectives Diplômes,
conventions collectives et Code du Travail
qui, tous, sont désormais attaqués... et en
même temps que l'école !
Oui, l'école publique pourrait et devrait
être intégralement gratuite, de la maternelle
à l'université, sans aumôniers, sans le
statut d'Alsace-Moselle, sans CAPES
d'histoire des religions, avec l'enseignement
des origines de l'homme selon les théories
évolutionnistes, et non selon la Genèse
(texte commun au judaïsme, au christianisme
et à l'islam). Avec, enfin, éducation
physique, piscine obligatoire et éducation
mixte, ce qui hérisse les tenants intégristes
des trois religions, et c'est très bien
ainsi.
Cette école publique impose le
démantèlement des lois, décrets et
circulaires anti-laïcs qui se sont multipliés
depuis 1905. Car, et on l'oublie trop
souvent, en 1905 la bourgeoisie est allée
plus loin qu'elle ne le souhaitait en
réalisant partiellement la revendication des
sociaux-démocrates. Le contexte d'alors (de
tensions avec le Vatican et, surtout,
d'affrontements violents autour de l'affaire
Dreyfus) a, en effet, contraint la
bourgeoisie à concéder cette loi ; un texte
où, toutefois, le maximum était prévu pour
permettre à l'Eglise de sauver ses meubles.
Dès cette loi votée, la bourgeoisie allait
s'y attaquer : ainsi, l'Alsace et la Moselle
(sous tutelle allemande en 1905) seront
écartées de son champ d'application et, ici,
les curés seront fonctionnaires de l'Etat !
Sous Pétain, surtout, dont le régime fut
accueilli comme "une divine surprise" par la
hiérarchie catholique en 1940, les atteintes
à la laïcité de l'Etat et de l'école seront
la règle.
On pourrait citer tous les gouvernements
sous la Vème République, de droite comme "de
gauche" : chacun y est allé de son petit
texte pour une laïcité "ouverte", "apaisée",
et etc. etc. Jusqu'à aujourd'hui où, se
basant sur le financement public des
établissements privés, confessionnels pour la
plupart, Chirac et Raffarin préparent
l'éclatement total du système, dans son
ensemble. Et ceux qui osent s'opposer à un
tel retour en arrière, sont illico
apostrophés, traités de "laïcards",
"d'intégristes laïcs", voire "d'ayatollahs de
la laïcité", rien de moins !!!
Car Chirac le sait, la laïcité de l'Etat
est un principe politique : il
existe ou il n'existe pas, il ne peut être
nuancé. Et ceux qui glosent sur la nécessité
"r-r-révolutionnaire" (comme dirait Lénine)
de liquider cette exception française car
"antidémocratique !" n'émettent, entre-temps,
aucune sorte de critique envers les sept
monarchies accueillies au sein de l'Union
Européenne des 15, ni la moindre petite
réserve sur l'existence, dans certains des
états membres, de religions officielles,
d'impôts ecclésiastiques, voire de délits de
blasphème, délit pourtant disparu en
France.
Oui, la laïcité, cet acquis, mérite d'être
défendue, mais sa défense doit être
subordonnée à la lutte pour le
socialisme, et non pas à
celle pour "une autre mondialisation". Les
militants qui se réclament (certes, de plus
en plus timidement, pour certains) du
marxisme ne peuvent abandonner, dans la
société, comme dans leurs propres rangs, la
lutte contre la religion. C'est la raison
pour laquelle nous avons choisi de faire
figurer quelques textes de Marx,
Engels, Lénine et Trotsky en annexe. Car
au-delà de la souplesse tactique nécessaire,
ces textes reviennent sur les principes du
matérialisme historique.
Marxisme
On entend beaucoup l'argument selon
lequel, si l'on ne fait pas de concessions
sur les "signes religieux" (quid des autres
"revendications" à caractère religieux ?
Silence radio !), les enfants iront à l'école
privée : il faudrait donc accepter les
signes! Et, pourquoi pas, les cours à contenu
variable ou facultatifs, les cantines halal
ou cashères, séparées, la fin des classes
mixtes, bref : toutes ces "revendications"
recoupant, souvent, les desiderata des
intégristes des trois religions (6) ? Entre-temps, les
mêmes qui considèrent l'école comme un lieu
d'endoctrinement "républicain et
nationaliste" ne manquent pas de considérer
qu'il ne faut pas en exclure des élèves, car
ils (elles) perdraient un moyen de s'épanouir
et de se construire comme citoyens...
Comprenne qui pourra !
Le terrain ayant ainsi été miné pendant 25
ans (par la prolifération tant desdits
signes, que des marques et du sponsoring
commerciaux des activités scolaires et
parascolaires), avec sa loi Chirac vous met
désormais devant le dilemme suivant :
accepter les signes religieux, ou bien
exclure les élèves. Dans le premier cas, les
intégristes de toutes les religions auront
gagné car ils peuvent déployer l'ensemble de
leurs "revendication", une fois l'école
privatisée de l'intérieur. Dans l'autre cas,
les mêmes intégristes auront encore gagné car
ils accueilleront ces élèves dans des écoles
privées, financées par l'impôt public.
Quand Madelin, bon indicateur des attentes
de la bourgeoisie ultra-libérale, se prononce
contre la loi Chirac, ça ne fait pas de cette
loi une bonne loi a contrario, mais ça nous
permet d'aborder une question cruciale, celle
du financement. Aussi, Madelin craint-il que
ces élèves exclus du système scolaire ne se
retrouvent sous la coupe d'écoles
confessionnelles, financées par l'Arabie
Saoudite et compagnie. S'interrogerait-il,
également, sur le financement des écoles
cathos ou juives ? Non, bien sûr ! Mais
c'est tout de même une bonne question à
poser.
En effet, ce sont bien les
partisans de la privatisation de
l'enseignement, sous contrôle confessionnel,
qui se saisiront ce cette loi : ceux du
"parti clérical", pour reprendre la
dénomination de V. Hugo (et de Lénine, 60 ans
plus tard).
Dans sa critique du programme d'Erfurt
(cf. annexes), F. Engels nous dit, au point 5
: "Séparation complète de l'Eglise et de
l'Etat. Toutes les communautés religieuses,
sans exception, seront traitées par l'Etat
comme des sociétés privées. Elles perdent
toute subvention provenant des deniers
publics et toute influence sur les écoles
publiques. (On ne peut tout de même pas leur
défendre de fonder, par leurs propres moyens,
des écoles, qui leur appartiennent en propre,
et d'y enseigner leurs bêtises !)"
La question centrale de ce débat (mais que
peu de militants abordent) est bien la
suivante : "fonds publics à l'école publique,
fonds privés à l'école privée", cette vieille
revendication "laïcarde". La responsabilité
de l'Etat est de construire des écoles
publiques partout, y compris en Bretagne et
en Vendée (où l'enseignement catholique,
majoritaire, engloutit des masses
considérables d'argent public). Le rôle de
l'Etat n'est pas de financer des écoles
privées mais pourtant il le fait : c'est que
la laïcité n'est plus sa tasse de thé, elle
est devenue son problème.
Mais vivant "après 1914", nous savons que
la préservation des conquêtes démocratiques
et leur extension passe par une lutte résolue
pour en finir avec le système capitaliste, la
bourgeoisie et son appareil d'Etat. Cette
lutte ne consiste pas à "défendre la
république", mais à en finir avec la
république bourgeoise et la remplacer par une
république socialiste : les Etats-Unis
Socialistes d'Europe. Alors, et seulement
alors, s'en sera fini de la République
Française laïque, comme du Royaume-Uni
anglican.
Encore faut-il vouloir combattre pour la
révolution socialiste et construire un parti
dans ce but. C'est une question pratique, et
objectivement posée depuis longtemps. Le
stalinisme a été un obstacle majeur sur cette
voie, et ses survivants, alliés à la
social-démocratie, feront tout pour continuer
leur œuvre contre-révolutionnaire Y compris,
s'acoquiner avec des théologiens de tous
poils et religions, du moment qu'ils
présentent bien, aient un look moderne et ne
s'embarrassent pas trop de considérations
r-r-révolutionnaires, n'est-ce pas ?
(1) Nous pourrions faire le
même constat pour ce qui est de l'hindouisme,
du boudisme, etc.; l'ensemble des
organisations religieuses sont concernées.
(2) En effet, le délit de
blasphème n'existant plus en France,
certaines organisations chrétiennes
intégristes, dans la mouvance de
l'extrême-droite, se sont fait une spécialité
de ce genre de plaintes devant les
tribunaux.
(3) Nous orthographions le mot
avec une minuscule pour les tenants de la
religion, et une majuscule pour le peuple.
(4) Sur la convergence des
intégrismes, "Tirs croisés - la laïcité à
l'épreuve des intégrismes juif, chrétien et
musulman - Caroline Fourest et Fiammetta
Venner - Calmann-Lévy - Paris - 2003. On est
d'accord ou pas sur les conclusions des
auteures, mais le travail documentaire et sa
présentation méritent la lecture, à moins
d'avoir un préjugé très favorable au
religieux sous toutes ses formes...
(5) Pour mémoire :
l'Inquisition n'a pas disparu qui s'appelle
de nos jours "Congrégation pour la doctrine
de la foi".
(6) Les combattants
républicains de la Révolution espagnole ont
encore le souvenir de ces combattants
musulmans marocains enrôlés par Franco sous
la bannière du Christ-Roi.
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