Roi de Phrygie, Midas aurait
reçu de Dionysos le pouvoir de transformer en
or tout ce qu'il touchait. Monarque
républicain sous la Vème République, J.
Chirac transforme en merde toute les "causes"
auxquelles il s'attelle, pour les démolir,
sous prétexte de les défendre : il en a reçu
le pouvoir de la défunte gauche plurielle.
Ainsi, la lutte contre le cancer, est-elle
érigée en priorité nationale ? Le
remboursement à 100% pour les malades prend
du plomb dans l'aile ! Déclare-t-on
nécessaire de "sauver" les retraites par
répartition ? La loi Fillon leur donne le
coup de grâce ! Faut-il également "sauver"
la sécurité sociale et l'hôpital public ?
L'ultra libéral ministre de la santé, J.-F.
Mattéi, planifie leur éclatement et
privatisation ! L'année 2004 est-elle
déclarée "année de l'emploi"...? Aussitôt,
les chômeurs sont-ils désignés comme
coupables du chômage ! Et ainsi de suite, et
etc., etc.
Et voilà que maintenant, J. Chirac se
présente en ardent défenseur de la laïcité de
l'Etat et de l'éducation nationale! Mais qui
peut croire, un instant, que les forces
sociales et politiques, historiquement les
plus hostiles à la laïcité, vont défendre ce
qu'elles n'ont jamais cessé de combattre, ce
qu'elles ont toujours proclamé vouloir
détruire, ce qu'elles cherchent à liquider
depuis un siècle ? Entre-temps, beaucoup
préfèrent se concentrer sur "le voile",
louvoyer et gloser sur la "laïcité", la
"république", le "racisme" et
"l'islamophobie", participant par là (oui,
participant !) à la
diversion organisée par Chirac et compagnie,
acharnés à briser l'école publique pour mieux
la privatiser.
Voilà l'arrière-plan d'un débat dès le
départ truqué et biaisé, dans lequel
s'enferrent bien des militants "de gauche" ou
"d'extrême-gauche", ainsi que des "démocrates
sincères" souvent manipulés par d'autres
"démocrates", nettement moins sincères,
ceux-là, qui revendiquent la liberté pour
mieux y mettre fin... Dans un tel débat, les
arguments de raison sont vite balayés par
l'invective : intimidations, amalgames,
provocations deviennent des armes de choix
quand tous les repères historiques sont
oubliés ou, pire encore, sciemment ignorés.
Alors, des alliances contre nature
s'ébauchent : s'étant laissés enfermer dans
le "débat" pour ou contre le voile, pour ou
contre la "loi interdisant les signes
religieux ostensibles", bien des militants
ont ignoré le piège qui leur était tendu et y
sont tombés. A l'heure où l'Union Européenne
reconnaît implicitement se construire sous la
houlette du Vatican, pouvait-il en aller
autrement ?
"Quelle est la main qui se saisira de
cette loi ?" Le 15 janvier 1850, le
républicain bourgeois V. Hugo posait la
question à l'assemblée législative, à
l'occasion du débat sur la liberté
d'enseignement. Comment, en 2003, des
militants communistes révolutionnaires
pourraient-ils éviter de se la poser, cette
question, alors que la bourgeoisie a engagé
une remise en cause acharnée des acquis de la
classe ouvrière et de l'ensemble des
conquêtes démocratiques ? Le "parti clérical"
d'alors aurait-il disparu ? Ou, simplement,
s'est-il adapté à de nouveaux rapports de
forces et a-t-il pris, aujourd'hui, de
multiples visages ?
La question a pris une telle ampleur,
qu'il est fort probable que ce texte ne soit
que le premier d'une série destinée à
rétablir un peu de clarté, et de méthode,
dans ce débat. Débat très clairement lié à la
révision dont le marxisme est l'objet, de
façon systématique, y compris dans le domaine
des sciences de la nature.
Berlin, 9 novembre
1989
Ce jour-là, le Mur de Berlin s'effondre.
Encore 2 ans, et l'URSS éclate. La parenthèse
du stalinisme se referme, mais le mouvement
ouvrier dans son ensemble est désorienté, y
compris une fraction significative de
l'avant-garde révolutionnaire. Un vide
politique apparaît que de multiples forces,
liées pour la plupart au maintient de
l'ordre, vont tenter de combler.
La bourgeoisie s'est préparée à
l'affrontement ; elle a mis en marche un
rouleau compresseur idéologique ultra
libéral, sous tendu par la théorie de la "fin
de l'histoire" et de la "victoire" du
capitalisme régnant, désormais sans partage,
sur le monde. Comme Machiavel en son temps,
la bourgeoisie est convaincue que le peuple a
besoin de croyances et d'un dieu, bien
qu'elle estime, souvent, pouvoir s'en passer
elle-même.
Les années 70 ont vu se développer une
offensive convergente de l'ensemble des
organisations religieuses, notamment via
leurs courants intégristes. Chrétiens, juifs
ou musulmans (1),
les sectes prolifèrent qui trouvent souvent
leur origine au coeur de la citadelle
impérialiste, les USA. Ces courants ont en
commun de se poser comme réceptacle, voie de
garage et d'enlisement, à tous ceux qui
renonceraient à chercher une transformation
de la société par des voies peu ou prou
révolutionnaires. Il s'agit en effet d'un
mouvement dialectique : la conscience de
classe des opprimés malmenée, et les
organisations ouvrières affaiblies par l'onde
de choc de l'effondrement du stalinisme, les
opprimés tendront à revenir au rassurant
opium du peuple, la bourgeoisie se hâtant,
bien sûr, de le leur fournir. Cela participe
du mouvement de décomposition-recomposition
qui saisit toute la société en période de
crise politique majeure et durable.
Le retour du (au)
religieux
On connaît le mouvement des "born-again",
du "revival" autour du protestantisme, grâce
au cas célébrissime de G. W. Bush, lequel
prétend avoir personnellement vu dieu, en se
réveillant d'une cuite mémorable dans les
toilettes d'une boîte du Texas. Ces bruyants
mouvements, les "born-again", se produisent
régulièrement aux USA, généralement autour de
situations politiques et sociales difficiles
; un peu comme les "épidémies d'apparitions"
des catholiques en France (ou en Croatie), le
plus souvent en relation avec l'agitation des
milieux d'extrême-droite. Nous rattacherons à
ce mouvement, les sectes qui se targuent de
faire de la science une nouvelle religion
(avec ou sans extra-terrestres). Tout cela,
bien entendu, ne fait pas de ces chrétiens
des révolutionnaires. Arrêtons-nous là pour
les chrétiens et assimilés, sinon on va nous
traiter de "christianophobes" ou nous taxer
de "racisme anti-chrétien" (2).
Il y a aussi des "born-again jew", des juifs (3)
minoritaires mais bruyants, eux aussi, saisis
par un brutal désir de faire retour à la
religion, souvent sous sa forme la plus
intégriste, repli accompagné d'un
communautarisme accentué, d'une certaine
forme d'auto-ghettoïsation . Elie Barnavi,
ancien ambassadeur d'Israël en France, en a
fait le constat avec inquiétude et sagacité,
dans sa Lettre ouverte aux Juifs de France
(Stock-Fayard, 2002), texte qui mérite une
longue citation : "Cela peut être enfin
l'une des conséquences paradoxales de
l'effondrement des grandes idéologies
laïques. Il faut se souvenir de ce qu'ont été
le communisme pour la génération de nos
pères, puis différentes formes de gauchisme
pour la nôtre, celle qui avait vingt ans en
68. Beaucoup se sont convertis à un judaïsme
combatif et exclusif, soit centré sur la
synagogue, soit sur un sionisme d'autant plus
agressif qu'eux-mêmes le vilipendaient jadis.
D'anciens trotskistes ou maos qui
s'époumonaient en mai 68 contre Israël
(...) sont prêts aujourd'hui à vous
sauter à la gorge si vous émettez le moindre
doute sur la politique de gouvernement de
Jérusalem." (p.62-63). Tout cela, bien
entendu, ne fait pas de ces juifs des
révolutionnaires. Arrêtons-nous là pour les
juifs sinon on va nous traiter de
"judéophobes" ou nous taxer de
"d'antisémitisme"
Globalement, le retour à l'islam
correspond à l'occupation du vide laissé par
l'effondrement du nationalisme arabe, et ceci
en relation avec l'effondrement du
stalinisme. En Iran, la révolution islamique
n'a été islamique que parce que le Shah
s'acharna, suite au renversement du
gouvernement du stalinien Mossadegh, à
détruire toute trace de mouvement lié de près
ou de loin au marxisme. L'islam politique est
loin de pouvoir se rattacher partout au même
mouvement. Ainsi au Pakistan ou aux
Philippines, par exemple. A fortiori, en
Arabie Saoudite, où il est lié aux
soubresauts d'un régime, miné, dans le cadre
de la succession du roi Fahd. Ou tout
simplement en Algérie, où d'importants
secteurs du FLN, imitant le Boumedienne des
années 70, ont tout fait pour se créer une
opposition, à leur majesté, en promouvant
l'islamisation et l'arabisation de la société
(que cette opposition ait débordé le FLN, et
pourquoi, sont des questions qui sortent du
champ de cet article). Et tout cela, bien
entendu, ne suffit pas à faire de ces
musulmans des révolutionnaires. Bien ; pour
l'instant, nous ne pensons pas devoir être
traités "d'islamophobes" ou taxés de "racistes" (4).
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Petites précisions
"lexicales"
La polémique qui fait rage et flèche de
tout bois, entraîne certains protagonistes
sur le terrain d'un à-peu-près lexical qui va
au-delà du simple choix de synonymes visant à
éviter des répétitions malséantes. Ainsi,
utilisent-ils indistinctement les termes de
"religion", "peuple", "culture" qui n'ont pas
les mêmes valeur et signification. A moins de
considérer qu'un peuple pratique
forcément telle même religion, qu'il
partage forcément tel même héritage
culturel ! De là à considérer qu'ils doivent
partager forcément tel même patrimoine
génétique, il n'y a qu'un pas...! Mais les
termes de "nation", "ethnie" ou "race" bannis
du langage bienséant, car "politiquement
incorrects" puisque connotés de droite ou
d'extrême-droite, on fait ce qu'on peut pour
ne pas révéler son véritable visage.
Précisons que pour nous, marxistes, le
concept de "race" ne s'applique pas à
l'humanité car c'est une aberration
scientifique. Feu Stephen Jay Gould,
biologiste et paléontologue américain,
expliquait avec raison que l'espèce homo
sapiens n'était pas assez ancienne pour
s'être subdivisée en races, même si cette
espèce a plus des quelque 6000 ans calculés à
partir de la Genèse. Critiquer ce texte-ci,
commun aux trois religions abrahamiques,
va-t-il nous valoir d'être taxés de
"judéo-christiano-islamophobes" ?
D'autres ont déjà apporté cette précision
; une "haine" et une "phobie" ce n'est pas la
même chose, et la critique n'implique
automatiquement ni l'une ni l'autre.
Critiquer le christianisme reviendrait-il à
dire du mal des Européens ? Mais tous les
Européens ne sont pas chrétiens, tous les
chrétiens ne sont pas européens, pas même
"occidentaux" ! Critiquer l'islam
reviendrait-il à dire du mal des Arabes ?
Mais tous les musulmans ne sont pas Arabes,
tous les Arabes ne sont pas musulmans ! Dans
le débat actuel, l'emploi des termes
"islamophobe" et "raciste" est à peu près
aussi honnête que l'emploi, par Sharon et ses
sbires, des termes "judéophobe" et
"antisémite" : ce ne sont pas des arguments,
ce sont des invectives. Ce qui est recherché,
dans un cas comme dans l'autre, est de faire
taire le contradicteur et le discréditer. Le
discréditer non pas parce que ses arguments
sont faux, ou mensongers ou excessifs, mais
parce il est un contradicteur ; il n'est pas
d'accord et il le dit : voilà son tort.
Pourtant, la libre confrontation des
arguments est la base du débat
démocratique, surtout entre militants
ouvriers, et c'est tout de même mieux que de
se taire alors qu'on n'est pas d'accord.
Comme quoi, et nous avons eu souvent
l'occasion de le constater, le stalinisme a
pollué le mouvement ouvrier dans son
ensemble, y compris ceux qui pensaient en
être à l'abri. Tous les "démocrates" style
Bush ou Chirac vous le diront aussi :
l'autocensure est bien plus efficace que la
censure. Et c'est ainsi qu'on en arrive à
considérer, comme par inadvertance, que telle
pratique jugée indigne (de nous,
européens-blancs-civilisés ?) peut être
acceptée chez d'autres, différents,
par la religion, la peau, la langue, la
"culture"..., des pratiques comme l'excision,
par exemple (qui n'a rien a voir avec
l'islam, précisons-le quand même). Mais,
n'est-ce pas, comme "ces gens-là" ne sont pas
comme nous, qu'ils sont différents,
il faut accepter leurs différences, leurs
traditions, leur culture. Les
petites filles et les femmes africaines
seraient-elles si différentes
qu'elles ne ressentiraient pas la douleur, la
souffrance ?
Les chantres du "vivons ensemble avec
nos différences", ces chrétiens de
gauche passés par chez Rocard-le-protestant
ou Delors-le-catholique, ou encore ces
militants du PCF passés par la JOC, tous si
semblables aux autres chrétiens, ceux de
droite, oublient tout simplement une chose :
au-delà de ce qui se voit et s'entend
(physionomie, couleur de peau ou de cheveux,
langue, habitudes vestimentaires, signes
religieux ostensibles ou non, ou
ostentatoires ou non), tous
les humains sont différents ! Même des
jumeaux monozygotes, élevés dans la même
famille, ne sont pas identiques, puisqu'ils
sont des individus. Nous sommes tous des
individus.
Le slogan de la gauche mitterrandienne ne
signifie-t-il pas, plutôt, vivons ensemble,
certes, mais que ceux qui se
ressemblent se regroupent entre eux, par
"communautés", comme au moyen-âge, chacun sur
son petit morceau de ville, à l'américaine ou
à l'anglaise, en quelque sorte... et gare à
qui se trompe de trottoir ?! Ne sont-ce pas
ces gens-là qui ont impulsé, la main dans la
main, surtout avec les représentants patentés
des "communautés" protestantes et catholique,
la notion de "laïcité ouverte" ? Ne sont-ce
pas eux qui, pendant vingt cinq ans, ont
organisé un certain relâchement sur le port
de croix et médaillons ? Malheureusement, ce
ne sont pas, là, les seules atteintes portées
à la laïcité de l'Ecole et de l'Etat.
Décentralisation,
communautarisme, privatisation
Jadis, les masses ouvrières et, plus
généralement, les opprimés se tournaient vers
les réseaux du PCF, et comme dans certaines
régions l'emprise de l'église catholique
n'était pas négligeable, il y avait un
certain partage des rôles entre les deux
partis. Le mécontentement trouvait une
expression et une "dignité" mais, du point de
vue de l'ordre républicain, il était
canalisé, endigué, enlisé. Aujourd'hui, les
réseaux du PCF ont le plus souvent purement
et simplement disparu, laissant un vide que
l'Etat voudrait combler par des "militants"
sous contrôle direct de la bourgeoisie.
Ainsi, lorsque J. Chirac prétend s'opposer
aux "dérives communautaires", ça sent le coup
fourré, ses déclarations s'accompagnant de la
mise en place des lois de décentralisation de
Raffarin, suite logique de celles de Maurroy
et Defferre en 1981. C'est-à-dire,
démantèlement de tous les acquis ouvriers et
démocratiques assis sur des textes nationaux
(Code du Travail, par exemple) ;
c'est-à-dire, mise en concurrence des
"collectivités locales" pour le plus grand
profit des multinationales. Faut-il être
aveugle, politiquement, pour ne pas voir ce
qui se passe ! Certes, les Corses et les
Antillais ont dit "non" au projet, mais
gageons que nos "démocrates laïcs" du
gouvernement sauront remettre le couvert le
moment venu. En attendant, Chirac a mis en
place, avec les ministres de l'intérieur des
gouvernements Jospin, Raffarin, Chevènement,
Vaillant et Sarkozy, un Conseil Français du
Culte Musulman. Conseil dont les musulmans,
au départ, ne voulaient pas. Officiellement,
il s'agit de mettre les musulmans sur un pied
d'égalité avec les autres communautés
religieuses, chrétienne et juive. Bref, il
s'agirait de "faire une place à l'islam dans
la république", et la commission Stasi émet
beaucoup de propositions dans ce sens... En
créant ce Conseil, l'Etat bourgeois français
dote les musulmans d'une représentation
nationale au même titre que les autres
"communautés", représentation déclinée au
plan régional et local.
Du point de vue de Chirac et Sarkozy, que
l'UOIF ait remporté les élections audit
conseil n'a aucune importance. En effet, dans
le domaine de l'intégrisme, il suffit de se
pencher sur les déclaration de l'Eglise de
Karol Wojtyla, dit Jean-Paul II, pour
comprendre que les barbus et les tonsurés
sont souvent sur la même longueur d'ondes,
même si en France, du fait de l'héritage du
combat contre l'Eglise et contre l'Inquisition (5) le
langage des dignitaires catholiques a atteint
une telle perfection, un tel aspect lisse,
que nos "chrétiens de gauche" s'y laissent
facilement prendre. Pour autant, l'Eglise
catholique serait-elle devenue une force de
progrès dans le monde ? Si c'était le cas,
ça se saurait ! En fait, le discours de
l'Eglise de France vise toujours à amortir
l'effet des propos du Vatican, mais jamais à
les condamner.
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