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Texte paru dans l'Internationalisme n°51
Pseudo puce Retour au dossier En défense du marxisme
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A propos de la "loi interdisant les signes religieux ostensibles" :
"Quelle est la main qui se saisira de cette loi  ?"

Roi de Phrygie, Midas aurait reçu de Dionysos le pouvoir de transformer en or tout ce qu'il touchait. Monarque républicain sous la Vème République, J. Chirac transforme en merde toute les "causes" auxquelles il s'attelle, pour les démolir, sous prétexte de les défendre : il en a reçu le pouvoir de la défunte gauche plurielle.

Ainsi, la lutte contre le cancer, est-elle érigée en priorité nationale  ? Le remboursement à 100% pour les malades prend du plomb dans l'aile ! Déclare-t-on nécessaire de "sauver" les retraites par répartition  ? La loi Fillon leur donne le coup de grâce ! Faut-il également "sauver"  la sécurité sociale et l'hôpital public ? L'ultra libéral ministre de la santé, J.-F. Mattéi, planifie leur éclatement et privatisation ! L'année 2004 est-elle déclarée "année de l'emploi"...? Aussitôt, les chômeurs sont-ils désignés comme coupables du chômage ! Et ainsi de suite, et etc., etc.

Et voilà que maintenant, J. Chirac se présente en ardent défenseur de la laïcité de l'Etat et de l'éducation nationale! Mais qui peut croire, un instant, que les forces sociales et politiques, historiquement les plus hostiles à la laïcité, vont défendre ce qu'elles n'ont jamais cessé de combattre, ce qu'elles ont toujours proclamé vouloir détruire, ce qu'elles cherchent à liquider depuis un siècle ? Entre-temps, beaucoup préfèrent se concentrer sur "le voile", louvoyer et gloser sur la "laïcité", la "république", le "racisme" et "l'islamophobie", participant par là (oui, participant !) à la diversion organisée par Chirac et compagnie, acharnés à briser l'école publique pour mieux la privatiser.

Voilà l'arrière-plan d'un débat dès le départ truqué et biaisé, dans lequel s'enferrent bien des militants "de gauche" ou "d'extrême-gauche", ainsi que des "démocrates sincères" souvent manipulés par d'autres "démocrates", nettement moins sincères, ceux-là, qui revendiquent la liberté pour mieux y mettre fin... Dans un tel débat, les arguments de raison sont vite balayés par l'invective : intimidations, amalgames, provocations deviennent des armes de choix quand tous les repères historiques sont oubliés ou, pire encore, sciemment ignorés. Alors, des alliances contre nature s'ébauchent : s'étant laissés enfermer dans le "débat" pour ou contre le voile, pour ou contre la "loi interdisant les signes religieux ostensibles", bien des militants ont ignoré le piège qui leur était tendu et y sont tombés. A l'heure où l'Union Européenne reconnaît implicitement se construire sous la houlette du Vatican, pouvait-il en aller autrement  ?

"Quelle est la main qui se saisira de cette loi  ?" Le 15 janvier 1850, le républicain bourgeois V. Hugo posait la question à l'assemblée législative, à l'occasion du débat sur la liberté d'enseignement. Comment, en 2003, des militants communistes révolutionnaires pourraient-ils éviter de se la poser, cette question, alors que la bourgeoisie a engagé une remise en cause acharnée des acquis de la classe ouvrière et de l'ensemble des conquêtes démocratiques ? Le "parti clérical" d'alors aurait-il disparu  ? Ou, simplement, s'est-il adapté à de nouveaux rapports de forces et a-t-il pris, aujourd'hui, de multiples visages ?

La question a pris une telle ampleur, qu'il est fort probable que ce texte ne soit que le premier d'une série destinée à rétablir un peu de clarté, et de méthode, dans ce débat. Débat très clairement lié à la révision dont le marxisme est l'objet, de façon systématique, y compris dans le domaine des sciences de la nature.

Berlin, 9 novembre 1989

Ce jour-là, le Mur de Berlin s'effondre. Encore 2 ans, et l'URSS éclate. La parenthèse du stalinisme se referme, mais le mouvement ouvrier dans son ensemble est désorienté, y compris une fraction significative de l'avant-garde révolutionnaire. Un vide politique apparaît que de multiples forces, liées pour la plupart au maintient de l'ordre, vont tenter de combler.

La bourgeoisie s'est préparée à l'affrontement ; elle a mis en marche un rouleau compresseur idéologique ultra libéral, sous tendu par la théorie de la "fin de l'histoire" et de la "victoire" du capitalisme régnant, désormais sans partage, sur le monde. Comme Machiavel en son temps, la bourgeoisie est convaincue que le peuple a besoin de croyances et d'un dieu, bien qu'elle estime, souvent, pouvoir s'en passer elle-même.

Les années 70 ont vu se développer une offensive convergente de l'ensemble des organisations religieuses, notamment via leurs courants intégristes. Chrétiens, juifs ou musulmans (1), les sectes prolifèrent qui trouvent souvent leur origine au coeur de la citadelle impérialiste, les USA. Ces courants ont en commun de se poser comme réceptacle, voie de garage et d'enlisement, à tous ceux qui renonceraient à chercher une transformation de la société par des voies peu ou prou révolutionnaires. Il s'agit en effet d'un mouvement dialectique : la conscience de classe des opprimés malmenée, et les organisations ouvrières affaiblies par l'onde de choc de l'effondrement du stalinisme, les opprimés tendront à revenir au rassurant opium du peuple, la bourgeoisie se hâtant, bien sûr, de le leur fournir. Cela participe du mouvement de décomposition-recomposition qui saisit toute la société en période de crise politique majeure et durable.

Le retour du (au) religieux

On connaît le mouvement des "born-again", du "revival" autour du protestantisme, grâce au cas célébrissime de G. W. Bush, lequel prétend avoir personnellement vu dieu, en se réveillant d'une cuite mémorable dans les toilettes d'une boîte du Texas. Ces bruyants mouvements, les "born-again", se produisent régulièrement aux USA, généralement autour de situations politiques et sociales difficiles ; un peu comme les "épidémies d'apparitions" des catholiques en France (ou en Croatie), le plus souvent en relation avec l'agitation des milieux d'extrême-droite. Nous rattacherons à ce mouvement, les sectes qui se targuent de faire de la science une nouvelle religion (avec ou sans extra-terrestres). Tout cela, bien entendu, ne fait pas de ces chrétiens des révolutionnaires. Arrêtons-nous là pour les chrétiens et assimilés, sinon on va nous traiter de "christianophobes" ou nous taxer de "racisme anti-chrétien" (2).

Il y a aussi des "born-again jew", des juifs (3) minoritaires mais bruyants, eux aussi, saisis par un brutal désir de faire retour à la religion, souvent sous sa forme la plus intégriste, repli accompagné d'un communautarisme accentué, d'une certaine forme d'auto-ghettoïsation . Elie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en France, en a fait le constat avec inquiétude et sagacité, dans sa Lettre ouverte aux Juifs de France (Stock-Fayard, 2002), texte qui mérite une longue citation  : "Cela peut être enfin l'une des conséquences paradoxales de l'effondrement des grandes idéologies laïques. Il faut se souvenir de ce qu'ont été le communisme pour la génération de nos pères, puis différentes formes de gauchisme pour la nôtre, celle qui avait vingt ans en 68. Beaucoup se sont convertis à un judaïsme combatif et exclusif, soit centré sur la synagogue, soit sur un sionisme d'autant plus agressif qu'eux-mêmes le vilipendaient jadis. D'anciens trotskistes ou maos qui s'époumonaient en mai 68 contre Israël (...) sont prêts aujourd'hui à vous sauter à la gorge si vous émettez le moindre doute sur la politique de gouvernement de Jérusalem." (p.62-63). Tout cela, bien entendu, ne fait pas de ces juifs des révolutionnaires. Arrêtons-nous là pour les juifs sinon on va nous traiter de "judéophobes" ou nous taxer de "d'antisémitisme"

Globalement, le retour à l'islam correspond à l'occupation du vide laissé par l'effondrement du nationalisme arabe, et ceci en relation avec l'effondrement du stalinisme. En Iran, la révolution islamique n'a été islamique que parce que le Shah s'acharna, suite au renversement du gouvernement du stalinien Mossadegh, à détruire toute trace de mouvement lié de près ou de loin au marxisme. L'islam politique est loin de pouvoir se rattacher partout au même mouvement. Ainsi au Pakistan ou aux Philippines, par exemple. A fortiori, en Arabie Saoudite, où il est lié aux soubresauts d'un régime, miné, dans le cadre de la succession du roi Fahd. Ou tout simplement en Algérie, où d'importants secteurs du FLN, imitant le Boumedienne des années 70, ont tout fait pour se créer une opposition, à leur majesté, en promouvant l'islamisation et l'arabisation de la société (que cette opposition ait débordé le FLN, et pourquoi, sont des questions qui sortent du champ de cet article). Et tout cela, bien entendu, ne suffit pas à faire de ces musulmans des révolutionnaires. Bien ; pour l'instant, nous ne pensons pas devoir être traités "d'islamophobes" ou taxés de "racistes" (4).

Petites précisions "lexicales"

La polémique qui fait rage et flèche de tout bois, entraîne certains protagonistes sur le terrain d'un à-peu-près lexical qui va au-delà du simple choix de synonymes visant à éviter des répétitions malséantes. Ainsi, utilisent-ils indistinctement les termes de "religion", "peuple", "culture" qui n'ont pas les mêmes valeur et signification. A moins de considérer qu'un peuple pratique forcément telle même religion, qu'il partage forcément tel même héritage culturel ! De là à considérer qu'ils doivent partager forcément tel même patrimoine génétique, il n'y a qu'un pas...! Mais les termes de "nation", "ethnie" ou "race" bannis du langage bienséant, car "politiquement incorrects" puisque connotés de droite ou d'extrême-droite, on fait ce qu'on peut pour ne pas révéler son véritable visage.

Précisons que pour nous, marxistes, le concept de "race" ne s'applique pas à l'humanité car c'est une aberration scientifique. Feu Stephen Jay Gould, biologiste et paléontologue américain, expliquait avec raison que l'espèce homo sapiens n'était pas assez ancienne pour s'être subdivisée en races, même si cette espèce a plus des quelque 6000 ans calculés à partir de la Genèse. Critiquer ce texte-ci, commun aux trois religions abrahamiques, va-t-il nous valoir d'être taxés de "judéo-christiano-islamophobes"  ?

D'autres ont déjà apporté cette précision ; une "haine" et une "phobie" ce n'est pas la même chose, et la critique n'implique automatiquement ni l'une ni l'autre. Critiquer le christianisme reviendrait-il à dire du mal des Européens  ? Mais tous les Européens ne sont pas chrétiens, tous les chrétiens ne sont pas européens, pas même "occidentaux" ! Critiquer l'islam reviendrait-il à dire du mal des Arabes  ? Mais tous les musulmans ne sont pas Arabes, tous les Arabes ne sont pas musulmans ! Dans le débat actuel, l'emploi des termes "islamophobe" et "raciste" est à peu près aussi honnête que l'emploi, par Sharon et ses sbires, des termes "judéophobe" et "antisémite" : ce ne sont pas des arguments, ce sont des invectives. Ce qui est recherché, dans un cas comme dans l'autre, est de faire taire le contradicteur et le discréditer. Le discréditer non pas parce que ses arguments sont faux, ou mensongers ou excessifs, mais parce il est un contradicteur ; il n'est pas d'accord et il le dit : voilà son tort.

Pourtant, la libre confrontation des arguments est la base du débat démocratique, surtout entre militants ouvriers, et c'est tout de même mieux que de se taire alors qu'on n'est pas d'accord. Comme quoi, et nous avons eu souvent l'occasion de le constater, le stalinisme a pollué le mouvement ouvrier dans son ensemble, y compris ceux qui pensaient en être à l'abri. Tous les "démocrates" style Bush ou Chirac vous le diront aussi  : l'autocensure est bien plus efficace que la censure. Et c'est ainsi qu'on en arrive à considérer, comme par inadvertance, que telle pratique jugée indigne (de nous, européens-blancs-civilisés  ?) peut être acceptée chez d'autres, différents, par la religion, la peau, la langue, la "culture"..., des pratiques comme l'excision, par exemple (qui n'a rien a voir avec l'islam, précisons-le quand même). Mais, n'est-ce pas, comme "ces gens-là" ne sont pas comme nous, qu'ils sont différents, il faut accepter leurs différences, leurs traditions, leur culture. Les petites filles et les femmes africaines seraient-elles si différentes qu'elles ne ressentiraient pas la douleur, la souffrance  ?

Les chantres du "vivons ensemble avec nos différences", ces chrétiens de gauche passés par chez Rocard-le-protestant ou Delors-le-catholique, ou encore ces militants du PCF passés par la JOC, tous si semblables aux autres chrétiens, ceux de droite, oublient tout simplement une chose  : au-delà de ce qui se voit et s'entend (physionomie, couleur de peau ou de cheveux, langue, habitudes vestimentaires, signes religieux ostensibles ou non, ou ostentatoires ou non), tous les humains sont différents  ! Même des jumeaux monozygotes, élevés dans la même famille, ne sont pas identiques, puisqu'ils sont des individus. Nous sommes tous des individus.

Le slogan de la gauche mitterrandienne ne signifie-t-il pas, plutôt, vivons ensemble, certes, mais que ceux qui se ressemblent se regroupent entre eux, par "communautés", comme au moyen-âge, chacun sur son petit morceau de ville, à l'américaine ou à l'anglaise, en quelque sorte... et gare à qui se trompe de trottoir ?! Ne sont-ce pas ces gens-là qui ont impulsé, la main dans la main, surtout avec les représentants patentés des "communautés" protestantes et catholique, la notion de "laïcité ouverte" ? Ne sont-ce pas eux qui, pendant vingt cinq ans, ont organisé un certain relâchement sur le port de croix et médaillons ? Malheureusement, ce ne sont pas, là, les seules atteintes portées à la laïcité de l'Ecole et de l'Etat.

Décentralisation, communautarisme, privatisation

Jadis, les masses ouvrières et, plus généralement, les opprimés se tournaient vers les réseaux du PCF, et comme dans certaines régions l'emprise de l'église catholique n'était pas négligeable, il y avait un certain partage des rôles entre les deux partis. Le mécontentement trouvait une expression et une "dignité" mais, du point de vue de l'ordre républicain, il était canalisé, endigué, enlisé. Aujourd'hui, les réseaux du PCF ont le plus souvent purement et simplement disparu, laissant un vide que l'Etat voudrait combler par des "militants" sous contrôle direct de la bourgeoisie.

Ainsi, lorsque J. Chirac prétend s'opposer aux "dérives communautaires", ça sent le coup fourré, ses déclarations s'accompagnant de la mise en place des lois de décentralisation de Raffarin, suite logique de celles de Maurroy et Defferre en 1981. C'est-à-dire, démantèlement de tous les acquis ouvriers et démocratiques assis sur des textes nationaux (Code du Travail, par exemple) ; c'est-à-dire, mise en concurrence des "collectivités locales" pour le plus grand profit des multinationales. Faut-il être aveugle, politiquement, pour ne pas voir ce qui se passe ! Certes, les Corses et les Antillais ont dit "non" au projet, mais gageons que nos "démocrates laïcs" du gouvernement sauront remettre le couvert le moment venu. En attendant, Chirac a mis en place, avec les ministres de l'intérieur des gouvernements Jospin, Raffarin, Chevènement, Vaillant et Sarkozy, un Conseil Français du Culte Musulman. Conseil dont les musulmans, au départ, ne voulaient pas. Officiellement, il s'agit de mettre les musulmans sur un pied d'égalité avec les autres communautés religieuses, chrétienne et juive. Bref, il s'agirait de "faire une place à l'islam dans la république", et la commission Stasi émet beaucoup de propositions dans ce sens... En créant ce Conseil, l'Etat bourgeois français dote les musulmans d'une représentation nationale au même titre que les autres "communautés", représentation déclinée au plan régional et local.

Du point de vue de Chirac et Sarkozy, que l'UOIF ait remporté les élections audit conseil n'a aucune importance. En effet, dans le domaine de l'intégrisme, il suffit de se pencher sur les déclaration de l'Eglise de Karol Wojtyla, dit Jean-Paul II, pour comprendre que les barbus et les tonsurés sont souvent sur la même longueur d'ondes, même si en France, du fait de l'héritage du combat contre l'Eglise et contre l'Inquisition (5) le langage des dignitaires catholiques a atteint une telle perfection, un tel aspect lisse, que nos "chrétiens de gauche" s'y laissent facilement prendre. Pour autant, l'Eglise catholique serait-elle devenue une force de progrès dans le monde  ? Si c'était le cas, ça se saurait ! En fait, le discours de l'Eglise de France vise toujours à amortir l'effet des propos du Vatican, mais jamais à les condamner.

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