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Palestine - Publié dans l'Internationaliste n°52

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L'accord Bush-Sharon pour un Grand Israël
L'échec de Sharon, désavoué dimanche 2 mai par son parti sur la question du "plan de désengagement", apparaît comme un événement mineur, qui permet tout au plus à Sharon de se présenter comme l'homme de la paix et de la sécurité que rien n'arrêtera dans sa détermination D'ailleurs, tout en faisant de l'acceptation de ce projet une question personnelle et décisive ("ceux qui voteront contre mon plan voteront contre moi", avait-il déclaré), Sharon avait déjà mouillé le pétard d'une éventuelle défaite en laissant entendre qu'il ne démissionnerait pas et, surtout, qu'il n'abandonnerait pas son plan. Ce qui fut résumé par son dauphin Ehoud Olmert qui déclarait, au lendemain du vote, qu'il "fallait trouver un moyen de continuer dans cette voie".

Cette mascarade interne au Likoud ne doit pas cacher le fait politique véritablement significatif et décisif : le soutien ouvert de l'impérialisme américain à une politique de colonisation, d'apartheid, en vue d'un Grand Israël érigé sur la ruine de toutes les résolutions internationales et surtout sur l'oppression et l'élimination des Palestiniens. Les Etats Unis, via le soutien de Bush au Plan de Sharon lors de l'entrevue de Washington, ont remis en cause officiellement et en toute clarté ce qu'ils ne niaient qu'à demi-mots et à couvert jusqu'ici : à savoir, le retour aux frontières de 1949 (entérinées par l'ONU pour le partage en deux Etats) et le droit au retour pour les réfugiés (reconnu par l'ONU en 1948, au lendemain de l'expulsion de millions de Palestiniens).

L'accord Bush-Sharon reconnaît comme légitimes les annexions israéliennes de 1967, en ôtant aux 3,7 millions d'exilés tout espoir de retour sur le territoire actuel de l'Etat d'Israël, c'est-à-dire, pour la très grande majorité d'entre eux, chez eux ! Un pas de plus a donc été franchi dans la légitimation de l'agression israélienne contre le peuple palestinien. Pour ceux qui croyaient encore au droit international et à la logique des deux Etats, les masquent tombent. Si la clarté diplomatique du soutien américain peut paraître nouveau, ce soutien s'inscrit cependant dans la continuité, et il ne fait que révéler, de manière toujours plus limpide aux yeux du monde, l'intérêt stratégique que porte l'impérialisme US à Israël, tête de pont de ses intérêts dans la région.

En effet, dans les plans de Clinton et dans ceux de Beilin-Abou Mazen, il était déjà clair qu'Israël ne proposait pas de revenir précisément aux frontières de 1967, pas plus qu'il n'offrait la mise en œuvre pleine et entière du droit au retour. La remise en cause du droit au retour signifie la reconnaissance du caractère fondamentalement colonial d'Israël, et de sa politique d'expulsion, de nettoyage et de ghettoïsation des Palestiniens. L'objectif étant d'appliquer dans les faits, de réaliser le slogan idéologique fondateur du sionisme, qui voyait dans la Palestine "une terre sans peuple".

Le Plan de "désengagement" de Sharon, qui est loin d'être enterré, n'est pas autre chose qu'une feuille de route vers le Grand Israël. Il prévoyait certes une évacuation des quelques colonies de Gaza (au total 7 500 colons parmi 1,4 millions de Palestiniens). Mais cette évacuation aurait été on ne peut plus incertaine, vu l'enjeu stratégique de contrôle que représentent les colonies au cœur de Gaza. A Netzarim, par exemple, l'Etat israélien investit pour fortifier la colonie, alors même qu'il prétend préparer un démantèlement ! "Ceux qui le veulent peuvent croire que Sharon finira par démanteler Netzarim", écrit Tanya Reinhart (1). Mais, même en admettant l'évacuation effective des colonies, le plan ne fait que renforcer la ghettoïsation de la bande de Gaza, bouclée et livrée entièrement au contrôle israélien (surveillance de l'enveloppe externe du territoire ; maintien du contrôle exclusif de l'espace aérien de Gaza ; poursuite des activités militaires dans l'espace maritime de la bande de Gaza).

En ce qui concerne la Cisjordanie, le plan signifierait l'annexion de fait de la très grande majorité des blocs de colonies, réduisant du même coup à néant la possibilité même d'un Etat Palestinien, tout en accélérant les politiques d'expulsion des populations par force ou par intimidation.

Quel que soit le sort réel du projet Sharon, quelle que soit sa forme, c'est bien la destruction du peuple palestinien qui est programmée, comme l'exprime Ilan Pappé (2) : "De nos jours, Israël est comme un avion volant en pilotage automatique. Le trajet est planifié, le vitesse prédéterminée. La destination, c'est la création du Grand Israël qui inclura la moitié de la Cisjordanie et une petite partie de la bande de Gaza (à peu près 90% de la Palestine historique): ce sera un Grand Israël sans présence palestinienne, avec de hauts murs le séparant de la population autochtone de Palestine, qui sera entassée dans deux énormes camps de détention à Gaza et dans ce qui subsistera de la Cisjordanie. Les Palestiniens de l'intérieur d'Israël auront le choix entre quitter et rejoindre les millions de réfugiés qui dépérissent dans les camps, ou se soumettre à un système d'apartheid fait de discrimination et de mauvais traitements." (article de la London Review of Books, Vol. 26 No. 9 : 6 mai 2004, consultable sur le site http://www.solidarite-palestine.org).

Cette vision est en grande partie un constat de la réalité actuelle. Quant à sa réalisation complète, elle devra se heurter à la résistance du peuple palestinien, qui lutte au quotidien, avec ses moyens et ses armes, contre l'agression israélienne.


(1) Professeur à l'Université de Tel Aviv, Tanya Reinhart. est l'auteur de Détruire la Palestine - ou comment terminer la guerre de 1948 ( La Fabrique, 2002 ).

(2) Professeur de sciences politiques à l'Université de Haïfa, il fait partie des "nouveaux historiens" israéliens.

Vive la lutte du peuple palestinien !

Pour le droit au retour des réfugiés sur l'ensemble du territoire de la Palestine historique !

Pour une seule Palestine, laïque et socialiste !

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