"J'insiste doublement dans ma
préface - c'est-à-dire dans les Leçons
d'Octobre - sur le fait que la
bourgeoisie, lorsqu'elle prit le pouvoir,
bénéficia de tout une série d'avantages en
tant que classe, alors que le prolétariat ne
peut compenser l'absence de ces avantages
qu'en possédant un parti révolutionnaire
(...) de même, les conditions
révolutionnaires les plus favorables ne
peuvent amener le prolétariat à la victoire
s'il n'est pas dirigé par un authentique
parti révolutionnaire capable d'assurer la
victoire (...) le prolétariat ne peut
même pas utiliser la situation
révolutionnaire la plus favorable si dans la
période antérieure, préparatoire,
l'avant-garde révolutionnaire du prolétariat
ne s'est pas structurée au sein d'un parti
authentiquement révolutionnaire ,
c'est-à-dire un parti bolchevique. Ceci est
la leçon centrale d'Octobre. Toutes les
autres lui sont subordonnées."
[Souligné par nous]. Citation de Trotski
tirée de La dictature révolutionnaire du
prolétariat de Darioush Karim (N.Moreno),
Bogota, 1979. Citation originale de Trotski,
dans Our differences. The challenge of
the left opposition.
Les élections ne sont donc, pour nous,
qu'un des nombreux moyens tactiques pour
arriver à la construction d'un parti ouvrier
internationaliste pour le socialisme. Les
élections doivent être utilisées comme une
tribune pour propagandiser notre programme.
En l'occurrence, nous pensons que LO/LCR
doivent avancer le socialisme comme
perspective, et comme alternative au
capitalisme. Ils doivent donc agiter en
permanence le mot d'ordre d'Etats Unis
Socialistes d'Europe, tout en appuyant la
mobilisation permanente des travailleurs
-autour de mots d'ordre transitoires concrets
et saisissables par tous- contre les attaques
dont ces derniers sont victimes.
Pour donner un contenu concret à
leur Plan d'urgence, pour donner un
contenu réellement anticapitaliste à leur
Plan d'urgence, LO/LCR doivent
exiger l'abrogation des lois
constitutionnelles sur la décentralisation,
car ces lois sont l'axe par où passent toutes
les attaques contre les droits des
travailleurs. Notamment, le
démantèlement du Code du Travail et des
conventions collectives. Ce dispositif est
le bon prétexte qui justifie le démantèlement
de la fonction publique (hospitalière et
d'état), de la sécurité sociale, de
l'éducation nationale. Les lois sur la
décentralisation concentrent toute la
politique réactionnaire de l'Europe du
capital : elles justifient la mise en place
des fonds de pensions, la privatisation des
services publics... Les lois
constitutionnelles sur la décentralisation
justifient toutes les attaques contre les
travailleurs, toutes les privatisations au
nom d'une soi-disant "Europe fédérale et
démocratique" .
Or, que pouvons nous lire dans le Plan
d'urgence sociale et démocratique
proposé par la LCR, au paragraphe
intitulé des lois Defferre ni
démocratiques, ni solidaires (p.7) :
"les lois Defferre n'ont pas répondu à
cette attente : elles ne sont pas
accompagnées d'une redistribution solidaire
et démocratique." Pour la LCR, qui
propose donc une réforme "démocratique et
solidaire" de l'Europe, l'alternative ne
serait plus celle de socialisme ou
barbarie...? Mais comment, donc,
pourrions-nous "décider et contrôler
ensemble" (Plan d'urgence sociale et
démocratique, p15) et "enlever au
patronat et aux financiers le pouvoir absolu
qu'ils exercent sur l'économie" ?
(Protocole d'accord LO/LCR) .
Comment, donc, pourrions-nous instaurer
"la suppression des secrets bancaire et
commercial, la transparence sur les comptes
des entreprises, publiques comme privées,
afin que chacun puisse y accéder et vérifier
d'où vient l'argent et où il va" ?
(Protocole d'accord LO/LCR). La LCR nous
propose non pas le contrôle ouvrier sur la
production mais d'instaurer : "...un
budget participatif élaboré, décidé et
contrôlé par des assemblées régulières de
quartiers" (Plan d'urgence sociale et
démocratique, p.15). Ce projet est celui qui
à été défendu bec et ongles, au Brésil, par
Démocratie Socialiste (courant de la LCR dans
le PT brésilien) ; ce projet s'accorde
totalement au programme pro-capitaliste de
Lula.
Ici, comme au Brésil, le budget
participatif signifie la gestion de la
misère, ou la cogestion du système
capitaliste. Au Brésil, ce projet est
synonyme de mort... par exemple, pour les 40
paysans sans terre du MST (Mouvement des Sans
Terre) (1). Merci, Mr Rosetto, membre de
Démocratie Socialiste et ministre de la
"réforme agraire" du gouvernement de
collaboration de classes de Lula ! Merci, de
vos bons conseils à voscamarades du bureau
politique de la LCR ! Pour la LCR,
l'impérialisme ne serait-il donc plus le
stade suprême du capitalisme ?! La
mondialisation capitaliste serait-elle
réformable ?! Le Secrétariat Unifié aurait
donc trouvé sa
troisième voie... à échelle
internationale.
Alors que dans le Protocole d'accord
LO/LCR pour les élection régionales et
européennes il est dit : "Contre les
souverainistes de droite et de gauche, nous
affirmons que nous sommes partisans d'une
Europe unifiée d'un bout à l'autre du
continent, des Etats-Unis Socialistes
d'Europe...", à quoi sert donc cet
accordélectoral ? Est-ce qu'un tel accord
sera un levier pour les luttes des
travailleurs ? Est-ce qu'un tel accord
ouvrira une alternative de rupture, non pas
radicale, mais révolutionnaire ? Pour
nous, il est clair que sans la perspective du
socialisme, ce soi-disant anticapitalisme se
réduit à une ligne de supposée démocratie
jusqu'au bout : à un antilibéralisme
stérile.
Vous avez l'espoir de changer les choses
de façon "radicale", vous voulez condamner la
politique du gouvernement
Chirac-Raffarin-Sarkozy ? Votez LO/LCR !
Mais surtout, comme le répète à
l'envie Arlette, ne vous faites aucune
illusion sur votre vote : "Un
vote même massif en faveur de ces listes ne
suffira pas en lui-même pour changer le
rapport de force entre les travailleurs et le
patronat. Mais il permettra aux électeurs des
classes populaires de se prononcer sur une
politique qui soit à l'opposé de celle qui
est menée depuis 25 ans." (meeting du 19
février 2004 à Amiens). Exact : nous sommes,
sur ce point, tout à fait d'accord ! Mais
alors, que faire ? Attendre... ou construire,
dès maintenant, un parti ouvrier
internationaliste pour le socialisme ?
Par ailleurs, dans un communiqué de LO du
30/01/04 à propos du deuxième tour des
régionales (et oui, d'un point de vue
électoral tout est déjà prévu entre LO et la
LCR...!), Arlette déclare : "
Contrairement à ce qui a été publié dans
certains organes de presse, l'accord entre
Lutte Ouvrière et la Ligue Communiste
Révolutionnaire ne prévoit aucune consigne de
vote dans le cas où leurs listes
n'obtiendraient pas les 10% de suffrages
nécessaires pour se présenter au deuxième
tour.
Si leurs listes obtiennent 10% ou
plus, le protocole signé entre les deux
organisations prévoit le maintien de leurs
listes au deuxième tour, quel que soit le cas
de figure, sauf si l'examen attentif des
scrutins du premier tour montre que le Front
National risque de prendre la direction de la
Région contre une liste de gauche. Dans ce
cas, les deux organisations discuteraient et
décideraient en commun, au niveau national,
de l'éventualité d'appeler à voter pour une
liste de gauche, ce qui serait aussi la même
attitude si, dans le même cas, les listes
LO-LCR n'obtenaient pas 10%.".
Voter LO/LCR serait donc, pour les
travailleurs, une façon de "se prononcer
sur une politique qui soit à l'opposé de
celle qui est menée depuis 25 ans", par
la droite ainsi que par la gauche plurielle
et ses acolytes, si l'on comprend bien. Mais,
alors, pourquoi éventuellement appeler à
voter pour la momie gauche plurielle dans le
cas où "le Front National risque de
prendre la direction de la région contre une
liste de gauche" ?
Le vote LO/LCR, un vote utile pour
s'opposer à la politique réactionnaire de la
droite ? Non : puisqu'il "ne
suffira pas en lui-même pour changer le
rapport de force entre les travailleurs et le
patronat" ! Le vote LO/LCR, un vote qui
nous permettra de nous organiser pour lutter
efficacement contre la politique
d'extrême-droite menée par le gouvernement
UMP/UDF ? Le vote LO/LCR, un vote qui nous
permettra de nous organiser contre le régime
bourgeois de dictature constitutionnelle ? Le
vote LO/LCR, un vote qui nous permettra de
nous organiser pour combattre réellement
l'extrême-droite ? Pas si sûr !
Le vote LO/LCR, sans perspective
d'organisation sur la base de l'indépendance
de classe, serait-il une réelle alternative
politique pour les travailleurs :
permettez-nous d'en douter sérieusement
!!!
D'ailleurs, depuis quand la
social-démocratie libérale et ses alliés
post-staliniens seraient-ils un rempart
contre le fascisme ? Depuis la
guerre d'Espagne ? Depuis le coup d'état
militaire de Pinochet au Chili ? Sûrement pas
!!! En tous les cas, ne comptez pas sur nous
pour cautionner cette éventuelle mascarade
qui ne ferait que nourrir de futures
désillusions pour les travailleurs.
De plus, que ferait la "gauche
plurielle" si elle revient aux affaires
? A n'en pas douter, la même
politique que G. Schröeder en Allemagne, la
même politique que T. Blair en Angleterre, la
même politique que Lula au Brésil Le triomphe
électoral de Chirac, obtenu grâce aux appels
de la gauche plurielle et de la LCR à voter
"contre" l'extrême-droite, n'a fait que
nourrir les illusions de certains secteurs
"d'extrême-gauche", envers la démocratie de
marché et l'état bourgeois.
Leurs attentes et espoirs
vis-à-vis de LO/LCR pourraient amener les
travailleurs à s'organiser pour mieux se
mobiliser. Mais leurs désillusions, leurs
espoirs frustrés, combinés aux illusions de
secteurs "d'extrême-gauche" envers la gauche
plurielle et/ou les institutions bourgeoises,
pourraient mener les travailleurs à la
paralysie, à la désorganisation et à la
défaite.
Nous pensons que le rôle des
révolutionnaires est de s'appuyer sur les
attentes et les espoirs des travailleurs,
pour impulser l'organisation et la
mobilisation des travailleurs. C'est donc
sans aucune illusion, que nous accompagnerons
les travailleurs dans leur vote pour les
listes LO/LCR.
En effet, parce que nous voulons
donner une réalisation concrète à leurs
attentes et espoirs, nous croyons
devoir nous appuyer sur la mobilisation des
travailleurs et nous saisir de toutes les
opportunités -ces élections, en l'occurrence,
et le pôle d'attraction LO/LCR- pour impulser
l'organisation indépendante des travailleurs.
Ainsi, nous ne pouvons négliger le fait que
lors du premier tour des dernières élections
présidentielles, environ 3 millions de
travailleurs ont porté leur confiance sur les
listes "d'extrême-gauche", en particulier sur
les listes LO/LCR.
Oui, l'alternative à la barbarie
capitaliste est la révolution
socialiste et non pas une supposée
"démocratie jusqu'au bout". Et ce
changement ne passera ni par les urnes, ni
par les institutions bourgeoises, mais par la
lutte des classes. C'est pourquoi, pour
construire le parti ouvrier internationaliste
pour le socialisme, nous nous adressons aussi
à tous les travailleurs, y compris à ceux -
très nombreux- qui choisiront de ne pas
voter. Car lors de ces élections, le
"parti" majoritaire dans la classe ouvrière
risque d'être celui des abstentionnistes.
L'abstention ouvrière et populaire
active (car ceux qui s'abstiennent
se mobilisent de plus en plus et ce, malgré
les manoeuvres des bureaucraties syndicale ;
voir, pour preuve, le nombre de conflits en
cours...), risque, à nouveau, de perturber le
"jeu institutionnel". Nous ne nous en
plaindrons pas ! Nous ne
participerons pas, ici, à l'entreprise
médiatique de culpabilisation de tous ceux
qui choisiront de s'abstenir. Ils ont leurs
raisons, de bonnes raisons, de ne pas faire
confiance à la démocratie bourgeoise.
Par contre, il est urgent d'offrir
aussi, en termes d'organisation et d'avenir,
à tous ceux qui s'abstiennent, une réelle
alternative politique qui réponde à leurs
intérêts de classe.
Encore une fois, et comme nous le disions
dans l'Internationaliste n° 50 :
"L'élaboration d'un programme
anticapitaliste et anti-impérialiste,
programme posant clairement la lutte pour un
gouvernement des travailleurs, appelant la
mobilisation des travailleurs et des jeunes à
l'échelle européenne contre l'Europe de
Maastricht, voilà un des aspects de la
politique des révolutionnaires dans une
échéance électorale. Par ailleurs,
sans une politique volontariste de
construction du parti révolutionnaire, un
programme, aussi correct soit-il, mènerait
inéluctablement à une impasse le combat pour
l'émancipation des travailleurs...
Et, plus tôt ou
plus tard, les révolutionnaires tomberaient
dans les rets câlins du parlementarisme
bourgeois".
(1) Plus de paysans sans terre
ont été assussinés depuis l'arrivée au
pouvoir de Lula que pendant la présidence de
Cardoso
|