La guerre est la
continuation de la politique par d'autres
moyens. L'affrontement entre les classes a
pris ces derniers temps, au Proche et au
Moyen-Orient, une tournure sans précédent. Le
21ème siècle sous le règne du capitalisme
sera synonyme de destruction des forces
productives à un niveau jamais atteint jusque
là avait dit Trotsky. Le capitalisme
n'a qu'une seule stratégie à échelle
internationale : celle du profit,
même si celle-ci doit se traduire par le
"viol" de sa propre "légalité
internationale". Autrement dit, le non
respect des résolutions de l'ONU par l'Etat
d'Israël, le non respect par les USA des
conventions de Genève en Irak et en
Afghanistan ne sont pas un accident de
parcours. D'ailleurs, la multiplication de la
publication des photos montrant des scènes de
tortures et de sévices n'a qu'un objectif :
sous couvert de "transparence" et de
"démocratie", via les grands moyens de
communication, on rend acceptable
l'inacceptable. La réaction
démocratique ne se donne même plus
la peine d'avancer masquée.
La privatisation de la
guerre.
Comme nous l'avons déjà mentionné dans l'éditorial
de l'Internationaliste n°45
d'octobre 2002 : "la guerre programmée
contre l'Irak ne se limite donc pas au simple
contrôle des approvisionnements pétrolier et
gazier de la planète. Elle vise, de plus, à
accroître la subordination des autres
puissances impérialistes et à imposer "un
droit international". Ce droit serait défini
à Wall-Street et à Washington, mais il ne s'y
appliquerait pas. En effet, la moralité ne
changeant pas, les USA renforceraient leur
position "au- dessus des lois".
Bush parle de démocratie, de
liberté pour masquer ce dont il s'agit
véritablement, c'est à dire, d'ordre
impérialiste et de respect de la "libre
entreprise".
A ce propos, on peut lire dans l'article
du Monde du jeudi 27 Mai 2004
intitulé : "les nouveaux
mercenaires", relatif aux PMF (Private
Military Firms), et sous titré "employés
par des sociétés privées sous contrat avec le
pentagone, ils sont entre 15000 et 20000 sur
le sol irakien. leur travail est crucial pour
la mission américaine. La guerre se
privatise, mais ses règles sont
floues"... pour tout ceux qui se posent
le problème en terme démocratique bourgeois.
Ainsi, on y apprend que "les
sociétés militaires privées et leurs clients
opèrent dans plus de 50 zones de conflit dans
le monde, mais leur premier
client est le contribuable américain. En
effet, Washington a signé
plus de 3000 contrats avec des
PMF au cours de la dernière
décennie. Après la fin de la guerre froide,
le secteur privé s'est épanoui dans un
contexte de réduction des moyens militaires
(l'armée américaine n'est
plus que les deux tiers de ce qu'elle était
pendant la première guerre du Golfe, en
1991), d'exigences
croissantes de nouveaux déploiements et de
technicisation de la guerre moderne"
(ndlr : souligné par nous). Et Duncan
Bullivant, chef de la société britannique
Henderson Risk, d'ajouter, accrochez-vous
bien : "L'Irak est une mine d'or. La
marge bénéficiaire est incroyablement plus
élevée que le risque" (ndlr : souligné
par nous). Vu sous cet angle, on comprend
mieux le projet "démocratique" pour un
"nouveau Moyen-Orient" défendu par
l'administration Bush. Sous couvert
de démocratie et de lutte contre le
terrorisme c'est la guerre sans fin contre
les peuples, au service de la stratégie du
profit, qui s'annonce.
Oui, un ensemble de
dictatures constitutionnelles.
Dans sa phase de décomposition
impérialiste, le capitalisme porte en lui la
guerre et le fascisme comme la nuée porte
l'orage. Voilà ce que nous disions déjà, dans
l'éditorial
de l'Internationaliste n°45
d'octobre 2002 intitulé un monde
démocratique selon G.W.Bush : un ensemble de
dictatures constitutionnelles. Dans le
paragraphe intitulé "un monde
cadenassé" on pouvait
lire : Désormais, tous les gouvernements
de la planète s'attachent à désigner "leurs"
terroristes, à mettre en place des
législations restrictives et à donner une
apparence légale, constitutionnelle,
démocratique à une certaine forme de
dictature. Ainsi en Espagne, J.-M. Aznar,
hier cacique du franquisme, aujourd'hui
"démocrate", d'interdire un des principaux
partis basques Ainsi en Italie, Berlusconi,
de faire voter des lois le mettant
personnellement à l'abri de toute possibilité
de poursuite judiciaire et, en même temps,
d'exiger et d'obtenir l'extradition d'anciens
militants supposés des "brigades rouges",
pourtant réfugiés en France depuis parfois
plus de 20 ans...
Sharon, à la tête d'Israël, a montré
la voie en faisant l'amalgame entre Arafat et
Ben Laden. Alors que les sionistes et leurs
alliés appellent Israël "la seule démocratie
du proche et du moyen orient", l'état-major
de l'armée y constitue l'organe étatique le
plus stable sur la durée. Cet état-major, qui
fait la pluie et le beau temps, impose une
censure souple mais ferme et efficace, en
occupant une très large partie du contenu des
grands journaux du pays. Passé maître pour ce
qui est de donner un habillage légal à ce qui
ne l'est pas, Israël applique les résolutions
de l'ONU quand cela lui chante et constitue
une sorte de gigantesque base militaire US
dans la région (c'est bien le rôle que lui a
assigné l'administration Truman). C'est en
vérité le prototype d'une dictature
constitutionnelle : est-ce bien le modèle que
tous les pays devront suivre ? Selon Bush,
oui.
Constitution européenne
et
lutte contre le terrorisme.
Nous citions aussi dans l'éditorial
de l'Internationaliste n°45 la
politique sécuritaire, aujourd'hui traduite
en loi, de Sarkosy-Perben. Et, qui fait dire
à un magistrat à propos de la procédure de
comparution immédiate : "On est aux
antipodes des procédures financières, avec
leurs instructions qui s'étirent sur des
années et leur armada d'avocats épuisant tous
les recours" ; et d'ajouter "c'est pire
qu'une justice à deux vitesses, c'est une
justice à toute vitesse, mais il faut bien
juger ce tout venant de la délinquance"
(Le monde du samedi 8 mai 2004)...
bon sens petit bourgeois oblige ! La remise
en cause du droit d'asile et la chasse aux
immigrés sans papier peut donc se poursuivre.
Cette politique sécuritaire s'inscrit
dans la ligne droite de la politique
sécuritaire de l'Europe capitaliste impulsée,
via Europol, par les accords de Shengen.
Celle-ci a sa traduction la plus politique
dans le mandat d'arrêt européen au nom duquel
on demande l'extradition de militants basques
ou de réfugiés de longue date comme l'italien
C. Batisti.
|
D'ailleurs, dans Le Monde du
samedi 8 mai 2004, on peut aussi lire que
"47 députés de la majorité souhaitent
rétablir la peine de mort pour les
terroristes, une proposition de loi a été
déposée en ce sens". Et les signataires
de déclarer : "en temps de guerre, la
défense des Etats et des peuples doit primer
sur toute autre considération". Le repli
sur les fonctions régaliennes de l'Etat
(armée, police, justice et police des
consciences... via les religions) est un
processus qui se mène à échelle
internationale. La bourgeoisie
européenne a une inquiétude majeure : comment
empêcher l'émancipation des travailleurs par
les travailleurs eux mêmes ? C'est là
qu'interviennent les religions - nous disons
bien toutes les religions. Elles seront les
camisoles de force de la conscience des
travailleurs et des peuples
opprimés.
Comme disait Lénine :
""La religion est l'opium du
peuple.". Cette sentence de Marx
constitue la pierre angulaire de toute
conception marxiste en matière de religion.
Le marxisme considère toujours la religion et
les églises, les organisations religieuses de
toutes sortes existants actuellement comme
des organes de la réaction bourgeoise,
servant à intoxiquer la classe ouvrière.
Et, cependant, Engels a condamné maintes fois
les tentatives de ceux qui, désireux de se
montrer "plus à gauche" ou "plus
révolutionnaires" que les sociaux-démocrates,
voulaient introduire dans le programme du
parti ouvrier la franche reconnaissance de
l'athéisme en lui donnant le sens d'une
déclaration de guerre à la religion." (V. I.
Lénine De l'attitude du parti ouvrier à
l'égard de la religion. 13 (26) mai 1909. In
Lénine, Ouvres complètes, Tome 15, Editions
sociales Paris, Editions du Progrès Moscou,
1977, p.433).
Ainsi, la Pologne, le Portugal, l'Italie
et l'Irlande, entre autres, veulent que la
future constitution européenne fasse
explicitement référence au christianisme. De
son côté, sous couvert de lutte contre le
racisme et "l'islamophobie", l'Etat français
se prépare à reconnaître officiellement
l'Islam dans la république. De plus, il parle
même de lui donner les moyens de former ses
imams dans une université islamique privée,
bien entendu Par ce biais, nous assistons à
la généralisation de facto du statut
concordataire d'Alsace-Moselle.
Contre le processus réactionnaire de
confessionnalisation des Etats, sous couvert
de démocratie et de tolérance, ce que disait
Engels est plus que jamais d'actualité
: "5. Séparation complète de
l'Eglise et de l'Etat. Toutes les communautés
religieuses sans exception seront traitées
par l'Etat comme des sociétés privées. Elles
perdent toute subvention provenant des
deniers publics et toute influence sur les
écoles publiques. (On ne peut tout de même
pas leur défendre de fonder, par leurs
propres moyens, des écoles, qui leur
appartienne en propre, et d'y enseigner leurs
bêtises !) 6. "Laïcité de l'école" tombe
alors, sa place est dans le paragraphe
précédent." (F. Engels, 21 juin 1891,
Critique du Programme d'Erfurt, Editions
sociales, Paris 1972, p.106).
Le 21 avril 2002:
la réaction démocratique à la
française.
Lors du second tour de l'élection
présidentielle, le "sursaut républicain" du
21 avril 2002 orchestré par l'ex gauche
plurielle (PS, PC, Verts) contre le "danger
fasciste" à permit de sauver le régime
antidémocratique de la 5°république. De la
droite à l'extrême gauche (LCR) tous se sont
empressé de sauver les meubles des
institutions bourgeoise pour le plus grand
profit du MEDEF. Les partis de l'ex gauche
plurielle et la LCR n'ont pas hésité à faire
croire aux travailleurs qu'ils avaient
intérêt, comme les patrons (représentés par
les partis de la bourgeoisie), à défendre ce
régime. Ensemble ils ont organisé la
confusion idéologique et remis en cause un
des principes fondateur du marxisme
révolutionnaire : l'indépendance de
classe. Depuis il y a eu les
élections régionales (voire notre
déclaration).
L'échec aux régionales des listes LO-LCR
ne pourra servir de leçon pour les
européennes que si ces deux organisations se
décident enfin à modifier radicalement leur
approche. Elle doivent abandonner les
formules creuses comme la "démocratie
participative", la "réforme démocratique et
solidaire de l'Europe". Concrètement ces mots
d'ordres, comme celui "d'Europe sociale"
avancé par la LCR, le PS et le PC enferment
les travailleurs dans une voie sans issue,
celle d'une supposée réforme démocratique du
système. LO-LCR doivent organiser
leur combat autour du mot d'ordre des Etats
Unis Socialistes d'Europe (et pas seulement
en parler). Elles doivent le
combiner avec la lutte pour
l'abrogation des lois sur la
décentralisation, et celle pour la
construction d'un parti révolutionnaire pour
le socialisme international.
La réaction démocratique à la
française à fait - et fera encore - des
dégâts dans les rangs de la "gauche
révolutionnaire française". Car
aujourd'hui, nombreux sont ceux qui nient le
caractère féroce, violent et barbare que
prend l'affrontement entre les classes.
Nombreux sont ceux qui nient les rapports de
forces entre les classes en se cachant
derrière des formules politiquement creuses
comme la "république une et indivisible", la
"république sociale", la "démocratie jusqu'au
bout", la "démocratie participative" ou
"l'Europe sociale"... Nombreux sont
ceux qui ne veulent plus de partis léninistes
pour la prise du pouvoir par l'action direct
des travailleurs. Aujourd'hui la question est
posée : s'agit-il "d'approfondir" la
"démocratie bourgeoise" ou de renverser
l'Etat bourgeois et se battre pour une
société socialiste. Oui, pour nous
l'alternative reste le socialisme ou la
barbarie.
La mise en place d'un ensemble de
dictatures constitutionnelles et le processus
de réaction démocratique au niveau
international sont deux traits fondamentaux
du capitalisme impérialiste. Le
replis des Etats Bourgeois sur des fonctions
régaliennes ne fait que traduire ce
processus, fruit d'un profond aiguisement de
la lutte des classes. Car, comme nous
le montre la Bolivie (voire Le
Marxisme Vivant n°8),
l'impérialisme n'est pas seulement
l'ère des guerres, il est aussi l'ère des
révolutions socialistes !
|