Depuis que la "Convention
Européenne" présidée par Valéry Giscard
d'Estaing a laborieusement accouché de son
projet de "constitution", ce texte a fait
couler beaucoup d'encre et de salive. La
fameuse "mise en demeure" de Laurent Fabius à
Jacques Chirac en faveur d'une "Europe de
l'emploi" prêterait même à rire s'il ne
s'agissait d'une énième tentative de noyer le
poisson quant à la réalité des traités à la
base de l'UE.
Si nous suivons bien les "adversaires" de
la Constitution Européenne, il suffirait
d'infléchir celle-ci dans le sens de plus de
social, de plus d'emplois, de solidarité et,
bien entendu de "démocratie". Voilà pour les
opposants de "gauche". Selon ceux de droite,
il faudrait plus de souveraineté pour les
états membres en assaisonnant le tout de plus
de police et d'armée, tout en adressant
quelques coups de menton volontaires en
direction de l'Oncle Sam. Ceux-là ne nous
intéressent pas, une frontière de classe
infranchissable nous sépare. Attardons-nous
sur le cas des premiers.
Ainsi donc, on trouve dans le PS tout
l'éventail des adversaires de la Constitution
Européenne. Cela va de Laurent Fabius qui
s'est aperçu un beau matin (en se rasant ?)
que le projet faisait l'impasse sur les
"valeurs" de la "gauche", jusqu'à ceux qui
"avec audace" mette en cause certains aspects
de la décentralisation et des traités
européens. Le mécontentement social qui
s'exprime, difficilement vue la remarquable
discrétion des directions syndicales, les
aura très probablement aidé dans ce sens, le
résultat des derniers scrutins aussi.
La colère monte car les délocalisations se
multiplient, le chantage à l'emploi et aux
salaires s'amplifie, les attaques contre les
acquis sociaux redoublent, à chaque fois, le
cadre qui sert de prétexte ou de
"justification" s'appelle l'Europe. Celle de
Maastricht, cela va sans dire.
Aussi, quand on se penche sur le projet
de Constitution on est pris d'une sorte
de vertige devant ces 352 articles, 8
protocoles et déclarations additionnels. On
est bien devant ce que Y.
Salesse1)
appelle une "constitution-loi-règlement". Une
Europe néolibérale, basée sur des
négociations opaques et secrètes entre états
membres (qui détiennent la réalité du pouvoir
au sein des institutions européennes à
travers le Conseil des Ministres et les
Conférences Inter-Gouvernementales) ; une
Europe qui assure réellement la promotion
d'un seul principe "l'économie de marché
ouverte dans laquelle la concurrence est
libre et non faussée".
L'ouvrage cité démonte assez bien à la
fois la dangereuse mécanique de l'UE telle
qu'elle est et de l'UE telle qu'elle serait
après l'adoption de cette "Constitution". On
est loin effectivement du "gouvernement du
peuple par le peuple pour le peuple" à la
base de la démocratie bourgeoise "classique",
parlementaire
2). C'est
pourquoi le gouvernement et certains médias
inquiets de la tournure du débat font profil
bas et cherchent à "amortir" le caractère
anti-démocratique d'une telle "constitution"
en la rebaptisant "traité constitutionnel",
comme s'il ne s'agissait "que" d'un traité
européen de plus...
Pourtant, contrairement à ce que nous
expliquent les partisans du "non" au PS, le
PCF ou les Verts, il ne suffit pas
d'instiller du social et de la démocratie
dans la "constitution" pour la rendre
acceptable. Ajouter une cuillerée de miel
dans un tonneau de goudron ne change rien à
la nature du goudron, n'est-ce pas ? On
mesure ici toute la rouerie dont sont
capables les valets du capital.
Il faut en effet rappeler que la
"Convention Giscard" a surtout travaillé à
réaliser une compilation des traités
existant... Aussi, que pense L. Fabius de ces
traités, lui qui a signé "personnellement"
l'adhésion de l'Espagne et du Portugal à l'UE
comme Premier ministre, ainsi qu'il l'a
rappelé sur France 2 ce jeudi 9 septembre ?
Que faut-il faire de ces traités qui
instituent tout ce qu'il "dénonce"... et tout
ce qu'il approuve aussi ? Le Traité de
Maastricht-Corfou-Amsterdam-Nice, la
Convention de Schengen, le Pacte de Dublin
dit de "stabilité" , etc. Comme marxistes,
nous pensons qu'ils doivent être abrogés,
tout simplement !
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Pour autant, il ne suffit pas de dire
"non" au projet de Constitution de l'UE ! Ce
serait rester au milieu du gué car
l'essentiel des éléments que contient la
"Constitution européenne" sont déjà en
vigueur.
Ainsi, la politique de "régulation des
flux migratoires", le démantèlement et la
privatisation des services publics, cette
"concurrence" qui renforce les monopoles
privés et pousse les travailleurs toujours
plus loin dans la course à la misère, la
privatisation des systèmes de protection
sociale (santé et retraite...), la
privatisation de la santé et de l'éducation,
la prolifération des polices privées et des
sociétés de mercenaires sous prétexte de leur
"encadrement" législatif, bref la
socialisation des pertes et la privatisation
des profits et, au nom du "moins d'Etat" le
renforcement et la multiplication de
l'appareil répressif, la criminalisation de
l'action syndicale, tout cela c'est déjà
le cadre et la politique de l'UE.
La décentralisation, mise en oeuvre
par P. Maurroy, Premier ministre de
Mitterrand, en 1981 est systématiquement
approfondie et étendue par tous les
gouvernements. Elle est l'arme idéale de
la privatisation des services publics et de
leur démantèlement. Elle sert à encadrer
la remise en cause du Code du travail, des
conventions collectives et du Statut de la
fonction publique d'Etat. Les lois
constitutionnelles de Raffarin ont donné une
impulsion décisive dans ce sens.
En relation avec le Comité des régions de
l'UE, les fonds structurels européens sont là
surtout pour accompagner et financer cette
politique de privatisation "progressive", par
secteurs et par zones géographiques. Ce
dispositif est conçu de façon à éviter une
riposte ouvrière d'ensemble, de manière à
permettre une meilleure adaptations aux
attentes patronales locales, en faisant jouer
à plein les possibilités de...
délocalisations par le biais d'une véritable
mise en concurrence des collectivités
locales.
La "Constitution" donnerait à cette
politique un caractère irréversible et "au
dessus" des lois, puisque de nature...
constitutionnelle. Ne resterait alors qu'a
élire "démocratiquement" des femmes et des
hommes pour appliquer une politique
intangible, la "seule politique possible"
selon les ultra libéraux...
Le livre de Salesse rappelle aussi une
réalité qui échappe souvent à la sagacité des
commentateurs et des militants : la
bourgeoisie européenne n'existe pas et le
capital conserve une base nationale, avec
comme conséquence qu'il n'existe pas d'Etat
européen au sens de l'Etat fédéral aux
USA.
Notre but n'est pas substituer un Etat
bourgeois européen aux états bourgeois
d'Europe. C'est bien là où nous cessons
de suivre Salesse qui appelle de ses voeux un
tel Etat... capitaliste forcément ! Car
l'union de toute l'Europe, la vraie, les
Etats-Unis Socialistes d'Europe, ne peut être
construite que contre l'UE et
contre les états qui en sont membres,
dans le cadre d'une mobilisation
révolutionnaire.
Dans une période marquée par la crise
structurelle du système capitaliste, par
l'aggravation des affrontements
inter-impérialistes et l'aiguisement de la
lutte des classes, la seule force sociale et
politique qui puisse dépasser le cadre des
frontières nationales est le prolétariat.
C'est la seule classe qui soit
historiquement porteuse d'un véritable
internationalisme et qui, se débarrassant de
la propriété privée des moyens de production
et de la concurrence, puisse poser les bases
d'une authentique Europe unie, les Etats-Unis
Socialistes d'Europe, dans le cadre d'une
Fédération Socialiste Mondiale.
C'est pourquoi le seul "non"
anticapitaliste que puisse donner la classe
ouvrière, dans toute l'Europe et dans chaque
pays d'Europe c'est :
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