Dans l'éditorial du précédent
numéro de l'Internationaliste, intitulé «
Le 4 Octobre... et après », nous écrivions :
« " (...) Depuis la victoire du non au
référendum force est de constater que les
bureaucraties syndicales et politiques
empêchent tout mouvement d'ensemble de la
classe ouvrière vers la grève générale seule
à même de défaire les attaques sans précédent
de Chirac-Sarkozy-Villepin contre les
travailleurs et la jeunesse. Les premier en
multipliant les « journées d'actions », les
seconds en subordonnant tout débat et toute
perspective politique à l'élection
présidentielle de 2007(...) ». « (...)
Si, lors de la journée du 4 octobre,
s'imposent les mots d'ordres d'abrogation des
ordonnances Villepin, du CNE, la défense du
code du travail ainsi que la défense
inconditionnelle des services publics, alors
nous aurons fait un premier pas dans ce
sens (...) ».
Avons-nous fait un premier
pas dans ce sens-là ?
Avec une participation comparable a celle
du 10 mars (intervenue juste avant le
référendum sur la constitution européenne),
la manifestation du 4 octobre a mobilisé plus
d’un million de travailleurs et connu
une participation accrue des salariés du
secteur privé. Tous, du privé comme du
public, ils se sont saisis de cet appel à la
grève pour exprimer leur ras-le-bol général
face aux attaques contre les salaires,
l'emploi, la santé, l'école, etc. Même si,
des mots d'ordre, certes justes, mais trop
nombreux et hétéroclites, ont limité la
portée qu'une manifestation de cette ampleur
aurait dû avoir.
La gauche et
l'extrême gauche se félicitent unanimement du
succès de cette manifestation et en
soulignent la variété des mots d'ordre
exprimés. Mais, sauf erreur, nous ne les
avons entendu nulle part, l'une ou l'autre,
tirer les leçons qui s'imposaient après une
telle mobilisation, ni se demander si cette
manifestation constituait un premier pas vers
l'unification et l’extension des
luttes ou bien, tout simplement, une journée
d'action comme une autre.
Ainsi donc, chaque secteur a pu exprimer
ses doléances dans la rue. Cela peut
apparaître comme l'expression d'une très
grande démocratie... mais c'est surtout une
expression très peu efficace face à la
l'ampleur de l'attaque lancée par le
gouvernement. Alors même que les ordonnances
de Villepin étaient promulguées donnant le
signal pour détruire définitivement le code
du travail, alors même que les marins de la
SNCM paralysaient le port de Marseille et la
Corse dans une grève dure, très dure, les
deux mots d'ordre qui auraient pu synthétiser
la gravité des attaques, « Abrogations
des ordonnances Villepin » et «
Défense inconditionnelle des services
publics », étaient presque absents, ou
noyés par une foule d'autres mots
d’ordres.
Avec un appel pour « le développement
de l’emploi, contre la précarité que
vient de renforcer le contrat nouvelles
embauches, l’amélioration du pouvoir
d’achat des salaires, les droits
collectifs et individuels des salariés
», les confédérations syndicales, CGT en tête
(la plus importante d'entre elles) ont tout
fait pour laisser chacun livré à lui même ou,
plutôt, elles n'ont rien fait pour
transformer cette manifestation en point de
départ du « tous ensemble pour la grève
générale jusqu'à satisfaction ».
Les confédérations syndicales auraient pu
mettre cette journée de manifestations sous
le signe de la solidarité avec les marins de
la SNCM, comme symbole de la résistance à la
privatisation/destruction des services
publics. Probablement, ont-elles considéré
cela trop dangereux car risquant d'allumer
une mèche qui aurait servi de détonateur à
l'ensemble des secteurs du service public,
seulement quatre mois après le rejet de la
constitution européenne... Là aussi, à
l'exception de Marseille ou de la Corse, on a
laissé les marins se débrouiller seuls.
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On peut mieux définir, maintenant, les
motivations des confédérations (à commencer
par la CGT) et de la « gauche » comme étant
une contribution pour aider le gouvernement à
casser la grève des marins. De même qu'on
peut mieux comprendre le silence étourdissant
ou les contorsions pour la forme, face aux
ordonnances Villepin et le Contrat nouvelle
embauche. Ces silences, ces contorsions ont
fait du 4 octobre une journée d'action de
plus !
En effet, toutes ces directions sont pour
la constitution européenne ou, au mieux, pour
son toilettage. Les Emmanuelli, Fabius,
Mélenchon, « nouvelle gauche », Buffet du PCF
et tutti quanti sont des partisans farouches
de « l'humanisation » de l'Europe capitaliste
mais, dès lors, ils sont surtout contre
l'abrogation des traités et directives
européennes.
Quelle issue ?
En descendant massivement dans la rue ce 4
octobre, les travailleurs du public et du
privé ont, une fois de plus, envoyé un signal
fort et sans équivoque : ils sont prêts à en
découdre, contre cette politique meurtrière
appliquée par le gouvernement
Chirac-Villepin-Zarkozy, sous l'impulsion des
directives européennes. Oui, les travailleurs
sont prêts, mais ils sont également orphelins
de directions politiques et syndicales
capables de répondre à leurs aspirations.
Nous le répétons et le répéterons tant que
nécessaire : nous devons aider de toutes nos
forces les travailleurs et la jeunesse à
organiser la résistance face à l'offensive
barbare du capitalisme européen, ses
directives et traités. Les travailleurs ne
peuvent compter que sur leurs propres forces
: aidons-les à créer les conditions pour
construire le « tous ensemble » et à mettre
ainsi un terme définitif à ces attaques.
Mais nous disons aussi que, dans cette
bataille, on ne doit pas se limiter à dire «
tous ensemble », car cela ne suffit pas :
tous ensemble pour quelques heures, une
journée ou quelques jours ne suffira pas pour
arrêter l'offensive du capitalisme barbare
mondialisé. Le seul moyen d'y arriver, c'est
la mobilisation permanente et unie des
travailleurs jusqu'au bout, c'est-à-dire, le
:
TOUS ENSEMBLE POUR LA
GRÈVE GÉNÉRALE JUSQU'À RENVERSER CETTE
SITUATION.
Dans les syndicats, avec d'autres,
construisons des tendances de lutte de
classes pour mettre à bas les bureaucraties
syndicales, collaborationnistes du patronat
et des gouvernements à sa botte.
Construisons, dans l'unité d'action,
l'alternative politique ouvrière indépendante
qui fait défaut. Pour une autre politique,
pour un autre gouvernement, un gouvernement
par et pour les travailleurs.
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