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Texte publié dans l'Internationalisme n°54

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La lente dérive de la CGT
Favorable à l'orientation impulsée par B. Thibault, ladirection de la CGT à EdF-GdF avait été désavouée, début 2003, par les employés des deux entreprisespubliques à l'occasion du vote sur la "réforme" de leurs systèmes de retraite particuliers. "Réforme" qui était, en réalité, un préalable à la transformation d'EdF et de GdF en sociétés anonymes.

On sait ce qu'il est advenu des retraites en général, de celles d'EdF-GdF en particulier, et du statut d'EdF-GdF, entreprises qui avaient été nationalisées à la fin de laseconde Guerre mondiale. La loi Fillon a profondément bouleversé les retraites, ouvrant la voie aux fonds de pension "à la française", tandis que la loi Sarkozy a ouvert largement le capital d'EdF et GdF aux intérêts capitalistes.

Or, dans les deux cas, la direction de la CGT a été l'artisan principal d'une politique de collaboration de classe, que l'on pourrait qualifier "d'accompagnement critique", vis-à-vis des projets gouvernementaux.

Dans l'Internationaliste n°50 (décembre 2003), devant la crise de la CFDT et l'afflux parfois de structures entières de cette organisation vers la CGT, nous analysions la situation de cette dernière de la façon suivante "(...) comme toutes les autres organisations syndicales (y compris le G10-Solidaires), la CGT est traversée par les mêmes contradictions et tensions entre les tenants d'un syndicat d'accompagnement, "avec les formes" ou "sans les formes", et les partisans un syndicat de lutte desclasses, indépendant et de masse."

Aujourd'hui, les choses ont sensiblement évolué dans le mauvais sens avec une accélération. Aussi, le G10 Solidaires est touché de manière incidente qui, s'étant toujours déterminé par rapport à l'appareil de la CGT, se trouve désormais comme "aspiré" par le gouffre.

Un accord contre le droit de grève

Il y a quelques mois, en tant que confédération, la CGT a signé un accord sur la formation professionnelle épousant la notion "d'employabilité" que Chirac développe depuis plusieurs années…

Fin octobre, la fédération des cheminots CGT a signé un accord dont le moins qu'on puisse dire c'est qu'il est dangereux pour l'indépendance syndicale (ce quereconnaissent par ailleurs de nombreux militants, sous lemanteau). Cet accord peut mettre à mal la participation des employés des chemins de fer dans un mouvement interprofessionnel et porte, dans les faits, le préavis degrève à 21 jours (c'est d'ailleurs sur ces deux points que FO a refusé de signer ce texte).

Certes, la fédération des cheminots et la confédération CGT ont tenu à recadrer les raisons de cette signature, la présentant comme une manœuvre pour contrer ceux qui, à l'UMP comme à l'UDF, veulent imposer le "service minimum" dans les services publics… Dans cette optique, l'accord signé serait caduque si le gouvernement persistait. Mais, dans les jours qui ont suivi cette signature, Raffarin s'est empressé de rétorquer que la voie était désormais ouverte aux négociations pour étendre le dispositif à l'ensemble des services publics. Bref, si ce n'est pas le cas, il y aura bien une loi.

Quoi qu'il en soit, la signature de l'accord SNCF est un coup flagrant porté au droit de grève. Et ce, dans un contexte où la multiplication des grèves tournantes et des "journées d'actions" a laissé le champ libre à l'action du MEDEF et du gouvernement et à leur propagande pour opposer les usagers et les cheminots.

Au contraire, une tactique syndicale cherchant à riposter par la grève générale, dans l'unité d'action la plus large, aurait permis d'arrêter le gouvernement. D'autant que lestravailleurs, eux, sont prêts à une telle riposte, la grève de 2003 et d'autres mouvements l'ont amplement démontré, alors que la voie choisie par les bureaucraties syndicales, au premier rang desquelles la direction de la CGT, mène à une démoralisation susceptible d'ouvrir un large boulevard aux ambitions du MEDEF.

Quelle recomposition syndicale, maintenant ?

D'emblée, il faut rappeler que la fédération des cheminots, celle qui a signé l'accord portant atteinte audroit de grève, est la fédération d'origine de B. Thibault, actuelsecrétaire général de la CGT.

Ensuite, on peut s'interroger sur les reclassements syndicaux intervenus ces deux dernières années. Ainsi,lors de la crise de 2003, plusieurs milliers de "contestataires" avaient quitté la CFDT pour rejoindre lafédération CGT : ces transfuges, pousseraient-ils vers lerapprochement avec la CFDT, sur la base de la recherche d'un moyen terme entre les positions de chaque organisation ? On peut se poser la question quand on sait que les grandes manœuvres ont déjà étélancées pour fusionner les deux fédérations des employés de banques, sur la base d'un départ de la CFDT à la CGT…

Un tel accord confirme le mouvement que la CGT a engagé avec son renoncement à la "suppression du salariat par la socialisation des moyens de production", et poursuivi avec son adhésion à la CES et (pour ses fédérations professionnelles) à l'UNI. Il s'agit d'une sérieuse inflexion, à droite, vers un syndicalisme intégré et rallié à la "refondation sociale" voulue par le MEDEF, sur la base du taux de syndicalisation le plus basd'Europe, puisque 8% seulement des travailleurs de ce pays sont syndiqués !

Quant au G10 Solidaire (qui vient de tenir congrès, franchissant ainsi un pas vers sa transformation enconfédération), trois exemples nous prouvent qu'il est "aspiré" par la manœuvre : d'abord à la SNCF, Sud Rail a fini par ne pas signer l'accord, mais seulement à la suite de longues tergiversations et après que CGT, CFDT, CFTC, FGAAC et CGC aient ratifié leur propre signature. Ensuite à la Poste, dans la branche "courrier", CGT, FO, CFDT, UNSA et CFTC ont signé un "accord cadre" qui entérine dans les faits la division de la Poste en différentes branches... CGC et Sud n'ont pas signé mais ont déclaré "ne pas s'opposer à l'application de l'accord". Enfin, au journal le Monde, un "plan social" prévoit des "départs volontaires" : là aussi le SNJ (membre du G10 Solidaires) "n'a pas souhaité s'associer à l'accord", comme le précise le communiqué CGT, CFDT, CGC, SNJ du Comité d'Entreprise du quotidien (numéro daté du 20 novembre 2004).

Par son origine ouvrière, son histoire et son nombre d'adhérents, la CGT est l'organisation déterminante et ses positionnements ont des conséquences dans l'ensemble du mouvement ouvrier de ce pays. L'affaiblissement de l'appareil du PCF et de son emprise sur celui de la CGT, le rééquilibrage au profit de militants du PS, très visible dans l'encadrement et, surtout, depuis l'apparition de B. Thibault au Congrès de Dijon.

Tous les éléments énumérés ici prouvent, en effet, que le mouvement à droite tend à s'accélérer.

Par son départ, la CGT avait fait éclater le FSM en 1991. Depuis, elle n'est plus adhérente d'une internationale syndicale, mais elle y pense. Il suffit de chercher un peu sur la partie internationale de son site web (voir : http://www.cgt.fr/ei/html/lire/?id_doc=1988) pour apprendre que, commentant la tenue du 18ème congrès de la CISL du 5 au 10 décembre 2004 : "La CGT portera d'autant plus d'attention à ce congrès que sollicitée pour apporter son concours, nous avons décidé de nous associer au processus de réflexion engagé par la CISL et la CMT sur la création de cette nouvelle internationale. Nous pensons en effet qu'il est temps de dépasser les clivages de la guerre froide dans le syndicalisme international et de donner à celui ci les objectifs, valeurs et capacité de mobilisation susceptible d'imposer aux groupes multinationaux le respect des droits sociauxfondamentaux et aux Etats la prise en compte de normes sociales fortes dans les politiques économiques etcommerciales.".

S'exprimant sur le même sujet, la CFDT, quant à elle "(...) milite pour l'extension de la démocratie, la paix, le multilatéralisme, le développement durable, la régulation sociale... Un effort de rassemblement et des convergences d'actions ont été réalisés ces dernières années. En particulier avec les Fédérations internationales de Global Unions qui permet à la CISL, au Tuac et aux FSI de conduire des actions communes. Les coopérations avec la CES (Confédération européenne des syndicats) sont étroites dans de nombreux domaines." (http://www.cfdt.fr/actualite/inter/actualite/monde/2004/
monde_2004_018.htm).

On ne saurait être plus clair. Pour couronner le tout, le long et lent processus engagé par la CGT pour consulter ses structures et adhérents, en vue de définir sa position sur le référendum à propos de la Constitution européenne, vire à la caricature. C'est un peu comme si B. Thibault disait : "camarades, la direction sait que vous êtes nombreux contre la constitution, mais êtes-vous sûrs de faire là un bon choix ? Voyez nos partenaires de la CES… !" Un pas décisif vient d'être franchi.


CES : Confédération Européenne des Syndicats. Fondée en 1947 pourrassembler les organisations de la CISL en Europe, elle s'ouvre en 1973 aux syndicats chrétiens avant de devenir la représentation syndicale officielle auprès de l'Union Européenne en élargissement ses rangs à la quasi totalité des syndicats confédérés du continent.

CISL : Confédération Internationale des Syndicats Libres. Fondée en 1947 par la social-démocratie pour contrer la FSM dominée par unedirection stalinienne, la CISL est aujourd'hui la première organisation syndicale d'ampleur mondiale

CMT : Confédération mondiale du Travail. Elle est l'internationale syndicale chrétienne.

Tuac : Trade Union Advisory Committee to the OECD / Comité consultatif syndicale auprès de l'OCDE.

OCDE : Organisation pour la Coopération et le Développement Economique. Organisation intergouvernementale qui regroupe les pays les plus riches de la planète plus quelques invités.

FSI : Fédérations Syndicales Internationales. Ce sont les organisations internationales de branches industrielles ou professionnelles.

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