| Favorable à l'orientation
impulsée par B. Thibault, ladirection de la
CGT à EdF-GdF avait été désavouée, début
2003, par les employés des deux
entreprisespubliques à l'occasion du vote sur
la "réforme" de leurs systèmes de retraite
particuliers. "Réforme" qui était, en
réalité, un préalable à la transformation
d'EdF et de GdF en sociétés anonymes.
On sait ce qu'il est advenu des retraites
en général, de celles d'EdF-GdF en
particulier, et du statut d'EdF-GdF,
entreprises qui avaient été nationalisées à
la fin de laseconde Guerre mondiale. La loi
Fillon a profondément bouleversé les
retraites, ouvrant la voie aux fonds de
pension "à la française", tandis que la loi
Sarkozy a ouvert largement le capital d'EdF
et GdF aux intérêts capitalistes.
Or, dans les deux cas, la direction de la
CGT a été l'artisan principal d'une politique
de collaboration de classe, que l'on pourrait
qualifier "d'accompagnement
critique", vis-à-vis des projets
gouvernementaux.
Dans l'Internationaliste n°50 (décembre
2003), devant la crise de la CFDT et l'afflux
parfois de structures entières de cette
organisation vers la CGT, nous analysions la
situation de cette dernière de la façon
suivante "(...) comme toutes les autres
organisations syndicales (y compris le
G10-Solidaires), la CGT est traversée par les
mêmes contradictions et tensions entre les
tenants d'un syndicat d'accompagnement, "avec
les formes" ou "sans les formes", et les
partisans un syndicat de lutte desclasses,
indépendant et de masse."
Aujourd'hui, les choses ont sensiblement
évolué dans le mauvais sens avec une
accélération. Aussi, le G10 Solidaires est
touché de manière incidente qui, s'étant
toujours déterminé par rapport à l'appareil
de la CGT, se trouve désormais comme "aspiré"
par le gouffre.
Un accord contre le droit
de grève
Il y a quelques mois, en tant que
confédération, la CGT a signé un accord sur
la formation professionnelle épousant la
notion "d'employabilité" que Chirac développe
depuis plusieurs années…
Fin octobre, la fédération des cheminots
CGT a signé un accord dont le moins qu'on
puisse dire c'est qu'il est dangereux pour
l'indépendance syndicale (ce quereconnaissent
par ailleurs de nombreux militants, sous
lemanteau). Cet accord peut mettre à mal la
participation des employés des chemins de fer
dans un mouvement interprofessionnel et
porte, dans les faits, le préavis degrève à
21 jours (c'est d'ailleurs sur ces deux
points que FO a refusé de signer ce
texte).
Certes, la fédération des cheminots et la
confédération CGT ont tenu à recadrer les
raisons de cette signature, la présentant
comme une manœuvre pour contrer ceux
qui, à l'UMP comme à l'UDF, veulent imposer
le "service minimum" dans les services
publics… Dans cette optique, l'accord
signé serait caduque si le gouvernement
persistait. Mais, dans les jours qui ont
suivi cette signature, Raffarin s'est
empressé de rétorquer que la voie était
désormais ouverte aux négociations pour
étendre le dispositif à l'ensemble des
services publics. Bref, si ce n'est pas le
cas, il y aura bien une loi.
Quoi qu'il en soit, la signature de
l'accord SNCF est un coup flagrant porté au
droit de grève. Et ce, dans un contexte où la
multiplication des grèves tournantes et des
"journées d'actions" a laissé le champ libre
à l'action du MEDEF et du gouvernement et à
leur propagande pour opposer les usagers et
les cheminots.
Au contraire, une tactique syndicale
cherchant à riposter par la grève générale,
dans l'unité d'action la plus large, aurait
permis d'arrêter le gouvernement. D'autant
que lestravailleurs, eux, sont prêts à une
telle riposte, la grève de 2003 et d'autres
mouvements l'ont amplement démontré, alors
que la voie choisie par les bureaucraties
syndicales, au premier rang desquelles la
direction de la CGT, mène à une
démoralisation susceptible d'ouvrir un large
boulevard aux ambitions du MEDEF.
Quelle recomposition
syndicale, maintenant ?
D'emblée, il faut rappeler que la
fédération des cheminots, celle qui a signé
l'accord portant atteinte audroit de grève,
est la fédération d'origine de B. Thibault,
actuelsecrétaire général de la CGT.
Ensuite, on peut s'interroger sur les
reclassements syndicaux intervenus ces deux
dernières années. Ainsi,lors de la crise de
2003, plusieurs milliers de "contestataires"
avaient quitté la CFDT pour rejoindre
lafédération CGT : ces transfuges,
pousseraient-ils vers lerapprochement avec la
CFDT, sur la base de la recherche d'un moyen
terme entre les positions de chaque
organisation ? On peut se poser la question
quand on sait que les grandes manœuvres
ont déjà étélancées pour fusionner les deux
fédérations des employés de banques, sur la
base d'un départ de la CFDT à la
CGT…
Un tel accord confirme le
mouvement que la CGT a engagé avec son
renoncement à la "suppression du salariat par
la socialisation des moyens de production",
et poursuivi avec son adhésion à la CES et
(pour ses fédérations professionnelles) à
l'UNI. Il s'agit d'une sérieuse inflexion, à
droite, vers un syndicalisme intégré et
rallié à la "refondation sociale" voulue par
le MEDEF, sur la base du taux de
syndicalisation le plus basd'Europe, puisque
8% seulement des travailleurs de ce pays sont
syndiqués !
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Quant au G10 Solidaire (qui
vient de tenir congrès, franchissant ainsi un
pas vers sa transformation enconfédération),
trois exemples nous prouvent qu'il est
"aspiré" par la manœuvre : d'abord à la
SNCF, Sud Rail a fini par ne pas signer
l'accord, mais seulement à la suite de
longues tergiversations et après que CGT,
CFDT, CFTC, FGAAC et CGC aient ratifié leur
propre signature. Ensuite à la Poste, dans la
branche "courrier", CGT, FO, CFDT, UNSA et
CFTC ont signé un "accord cadre" qui entérine
dans les faits la division de la Poste en
différentes branches... CGC et Sud n'ont pas
signé mais ont déclaré "ne pas s'opposer à
l'application de l'accord". Enfin, au journal
le Monde, un "plan social" prévoit des
"départs volontaires" : là aussi le SNJ
(membre du G10 Solidaires) "n'a pas souhaité
s'associer à l'accord", comme le précise le
communiqué CGT, CFDT, CGC, SNJ du Comité
d'Entreprise du quotidien (numéro daté du 20
novembre 2004).
Par son origine ouvrière, son histoire et
son nombre d'adhérents, la CGT est
l'organisation déterminante et ses
positionnements ont des conséquences dans
l'ensemble du mouvement ouvrier de ce pays.
L'affaiblissement de l'appareil du PCF et de
son emprise sur celui de la CGT, le
rééquilibrage au profit de militants du PS,
très visible dans l'encadrement et, surtout,
depuis l'apparition de B. Thibault au Congrès
de Dijon.
Tous les éléments énumérés
ici prouvent, en effet, que le mouvement à
droite tend à s'accélérer.
Par son départ, la CGT avait fait éclater
le FSM en 1991. Depuis, elle n'est plus
adhérente d'une internationale syndicale,
mais elle y pense. Il suffit de chercher un
peu sur la partie internationale de son site
web (voir :
http://www.cgt.fr/ei/html/lire/?id_doc=1988)
pour apprendre que, commentant la tenue du
18ème congrès de la CISL du 5 au 10 décembre
2004 : "La CGT portera d'autant plus
d'attention à ce congrès que sollicitée pour
apporter son concours, nous avons décidé de
nous associer au processus de réflexion
engagé par la CISL et la CMT sur la création
de cette nouvelle internationale. Nous
pensons en effet qu'il est temps de dépasser
les clivages de la guerre froide dans le
syndicalisme international et de donner à
celui ci les objectifs, valeurs et capacité
de mobilisation susceptible d'imposer aux
groupes multinationaux le respect des droits
sociauxfondamentaux et aux Etats la prise en
compte de normes sociales fortes dans les
politiques économiques
etcommerciales.".
S'exprimant sur le même sujet, la CFDT,
quant à elle "(...) milite pour
l'extension de la démocratie, la paix, le
multilatéralisme, le développement durable,
la régulation sociale... Un effort de
rassemblement et des convergences d'actions
ont été réalisés ces dernières années. En
particulier avec les Fédérations
internationales de Global Unions qui permet à
la CISL, au Tuac et aux FSI de conduire des
actions communes. Les coopérations avec la
CES (Confédération européenne des syndicats)
sont étroites dans de nombreux
domaines."
(http://www.cfdt.fr/actualite/inter/actualite/monde/2004/
monde_2004_018.htm).
On ne saurait être plus clair. Pour
couronner le tout, le long et lent processus
engagé par la CGT pour consulter ses
structures et adhérents, en vue de définir sa
position sur le référendum à propos de la
Constitution européenne, vire à la
caricature. C'est un peu comme si B. Thibault
disait : "camarades, la direction sait que
vous êtes nombreux contre la constitution,
mais êtes-vous sûrs de faire là un bon choix
? Voyez nos partenaires de la CES… !"
Un pas décisif vient d'être franchi.
CES : Confédération
Européenne des Syndicats. Fondée en 1947
pourrassembler les organisations de la CISL
en Europe, elle s'ouvre en 1973 aux syndicats
chrétiens avant de devenir la représentation
syndicale officielle auprès de l'Union
Européenne en élargissement ses rangs à la
quasi totalité des syndicats confédérés du
continent.
CISL : Confédération
Internationale des Syndicats Libres. Fondée
en 1947 par la social-démocratie pour contrer
la FSM dominée par unedirection stalinienne,
la CISL est aujourd'hui la première
organisation syndicale d'ampleur mondiale
CMT : Confédération
mondiale du Travail. Elle est
l'internationale syndicale chrétienne.
Tuac : Trade Union
Advisory Committee to the OECD / Comité
consultatif syndicale auprès de l'OCDE.
OCDE : Organisation pour
la Coopération et le Développement
Economique. Organisation intergouvernementale
qui regroupe les pays les plus riches de la
planète plus quelques invités.
FSI : Fédérations
Syndicales Internationales. Ce sont les
organisations internationales de branches
industrielles ou professionnelles.
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