
La mort de Yasser Arafat a été saluée
quasi unanimement comme un espoir de paix au
Proche-Orient. Un obstacle à la paix serait
levé avec la disparition du vieux leader.
L'Europe, par la voix de son diplomate
Solana, y voit une opportunité qui obligerait
Israël à "revenir dans le jeu", après avoir
déclaré Arafat "hors-jeu". Comme si Arafat
n'avait pas lui-même accepté ce jeu ! En
effet, l'OLP avait fini par reconnaître
l'Etat d'Israël, se soumettant du même coup à
cette puissance militaire et coloniale
soutenue à bout de bras par l'impérialisme
américain pour défendre ses intérêts dans la
région.
Depuis, Israël n'a cessé d'imposer au
peuple palestinien une politique du fait
accompli, au mépris du droit international
fantoche, en poursuivant toujours plus la
colonisation, appuyant toujours plus sa
domination militaire. Faut-il rappeler que
les accords d'Oslo, dits de "paix", acceptés
par Arafat, n'ont jamais interrompu la
colonisation des territoires occupés?
Annexions de portions de territoires,
contrôle des points d'eau, morcellement des
territoires par la construction de routes
sécurisées réservées aux colons tout cela n'a
jamais cessé ; tout cela a toujours constitué
la réalité des "accords de paix", ou du "jeu"
auquel il faudrait aujourd'hui revenir.
Ce jeu, qui réduit de toute façon un
éventuel Etat palestinien à un morcellement
de bantoustans sous domination militaire et
économique, Arafat l'avait bel et bien
accepté. Sa mort va simplement permettre à
l'impérialisme américain de placer à la tête
de l'Autorité palestinienne une direction qui
soit totalement sous son contrôle. On reparle
donc, à Washington, de la perspective d’un
"Etat viable" pour les Palestiniens. Mais
cette fiction est quasiment avouée comme
telle par Bush qui renvoie cette perspective
aux calendes grecques en refusant de
s'engager pour une date d'ici à la fin de son
mandat, soit en 2009 ! De même, n'y a-t-il
pas du cynisme à exhumer à nouveau la
"feuille de route", alors qu'on nous disait à
sa création que tout son intérêt résidait
dans son calendrier précis calendrier
aujourd'hui totalement périmé ! Non,
décidément, même les miettes qu'on pourrait
laisser au peuple palestinien lui sont
refusées.
La France, quant à elle, a réservé à
Arafat un protocole à peine inférieur à celui
prévu pour la mort d’un chef d'Etat. Fidèle à
une politique gaullienne soucieuse de son
image, et donc de ses intérêts dans le monde
arabe, la France s'est affichée en puissance
protectrice et amie des Palestiniens, si bien
qu’on a pu voir des drapeaux tricolores aux
côtés des bannières palestiniennes aux
funérailles d'Arafat. Mais qui ménage le
choux ménage aussi la chèvre ! La France a
donc veillé à ne pas dégrader ses relations
avec Israël, et Barnier, quelques jours à
peine avant la mort d'Arafat, lors d'une
visite à Tel Aviv, appuyait fermement la
politique de Sharon. Le ministre français
saluait en effet la "démarche courageuse" de
Sharon (il s'agit du projet de "retrait" de
Gaza) et l'assurait de son plus total
soutien. Cet équilibre bien ajusté entre
amitié pour les palestiniens et soutien à
Israël traduit la ferme intention de
l'impérialisme français de jouer, via
l'Europe ou en solo, un rôle au
Proche-Orient. Stratégie avouée par un
conseiller de Barnier : "l'Europe [et donc
la France] est l'avenir de toute la région "
peu importe de quel avenir il s'agit pour les
palestiniens ! (Le Monde du 13
novembre 2004).
Or, justement, la mort d'Arafat ne change
pas vraiment la donne pour le peuple
palestinien. Israël continue ses basses
oeuvres d'oppression, de ghettoïsation et de
nettoyage. Depuis le début de l'Intifada, 3
500 Palestiniens sont morts des coups de la
barbarie israélienne ; parmi eux plus du
tiers sont des "civils". Jour après jour, des
assassinats ciblés dont perpétrés, des
plantations détruites, les maisons démolies,
et la construction du mur en Cisjordanie se
poursuit, coupant des villages en deux,
annexant de fait des terres, ruinant la vie
de milliers de Palestiniens. Y a-t-il là
autre chose qu’une entreprise de nature
coloniale et raciste ? N'allons pas chercher
la preuve plus loin que dans l'armée
Israélienne elle-même, dont un responsable
déclare que : "20% des soldats israéliens
viennent d'une culture qui ne considère pas
la vie d'un Arabe équivalente à celle d’un
Juif" (Le Monde du 9 décembre).
Cette culture se confond avec les fondements
même du sionisme qui réduit à rien
l'existence d'un peuple entier, comme le
traduit éloquemment sa formule fondatrice :
un peuple sans terre ; une terre sans
peuple. Que dire, dans ces conditions,
du cynisme des remarques indignées en Israël
sur la "moralité" douteuse de Tsahal ? Il y
aurait une éthique du soldat, censé occuper,
réprimer, humilier, assassiner. Et cela dans
les limites de la bonne morale, sans dépasser
certaines bornes, sans tomber dans la
"bavure" ! Tout se passe comme si on
recherchait à grand tapage le petit voleur
pour justifier la rapine générale !
Parallèlement, le projet de "retrait" de
la bande de Gaza suit son cours. Prévu par
Sharon, il est présenté sur le mode bien
connu des "concessions douloureuses". On se
souvient de la mystification des "compromis
douloureux" d'Ehoud Barak et de Bill Clinton
à Camp David en 2000, alors même que c'est
Arafat qui avalait des couleuvres ! En fait
de concessions israéliennes, l'accord
"historique" refusait le droit au retour des
réfugiés, excluait un vrai partage de
Jérusalem, échangeait des blocs entiers de
colonie contre du désert et prévoyait au
final la création d'un Etat palestinien
morcelé, littéralement encerclé par des
couloirs militarisés ! Et il faudrait
regretter, avec Bill Clinton des jours-ci,
qu'"Arafat ait manqué l'occasion de faire
naître cette nation" !
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Non, pas plus
qu'à Camp David, le "retrait" de Gaza n'est
une concession israélienne. Ce retrait est
peut-être une nécessité pour Israël, étant
donnée la difficulté de plus en plus grande
qu'il y a à gérer et protéger les îlots de
colons au milieu de la misère palestinienne.
Quoi qu'il en soit, cette évacuation, si elle
a lieu, équivaudrait à une ghettoïsation
renforcée de Gaza. Ce que Bush et Blair
cherchent à faire passer comme une "étape" et
un "progrès" dans un processus de paix,
signifie dans les faits le renforcement de
l'occupation. Le contrôle d'Israël sur la
bande de Gaza restera total, le but étant de
jouer la carte du pourrissement économique,
politique et social des Palestiniens.
Le
renforcement de la domination d'Israël est
mentionnée en toutes lettres par le plan qui
prévoit "Le renforcement de la domination
d'Israël est mentionnée en toutes lettres par
le plan qui prévoit "Qu'Israël
continuera à maintenir une présence militaire
le long de la frontière entre la bande de
Gaza et l'Egypte (route
Philadelphie)... à certains endroits des
considérations de sécurité peuvent nécessiter
un élargissement de la zone dans laquelle
l'activité militaire est menée". Comme
l'analyse le Palestinian Center of Human
Rights, "l'élargissement de la zone dans
laquelle l'activité militaire est menée" peut
être compris comme la démolition de
propriétés civiles y compris de maisons, de
terres agricoles, d'écoles, de terrains de
jeux pour enfants, d'entreprises etc.".
Enfin, ce retrait de Gaza signifie aussi
le renforcement de la colonisation en
Cisjordanie, où elle atteint déjà 42% du
territoire. Aussi ce retrait n'équivaut-il
nullement, comme on voudrait nous le faire
croire, à un renoncement du sionisme au Grand
Israël. C'est pourtant ce que les colons
radicaux et la droite du Likoud font mine de
croire, quand ils crient à la trahison.
Sharon, abandonné par la droite de son
gouvernement, est obligé de chercher appui
sur sa gauche, en formant, avec l'assentiment
de la majorité du Likoud, un gouvernement
d’union nationale avec les travaillistes. Ces
derniers applaudissent des deux mains au
projet de retrait de Gaza (qui figurait même
au programme d'Abraham Mitzra lors des
dernières élections !) tout comme ils avaient
salué l'érection du mur au nom de la
séparation nécessaire à la coexistence des
deux peuples.
Reste que dans son projet de gestion du
chaos de Gaza, Sharon a aussi besoin d'une
autorité palestinienne acquise, qui accepte
de museler les instruments de résistance du
peuple palestinien contre l'apartheid dont il
est victime.
Or, si la mort d'Arafat change quelque
chose, c'est au sein du Fatah, qui voit sa
crise s'accentuer. Mahmoud Abbas (alias Abou
Mazen), "réaliste", candidat de Washington,
se présente comme le garant de l'unité et
comme le vainqueur plus que probable.
Pourtant, quand un de ses proches (Nabil Amr)
assène qu'"il sera élu", cela ressemble plus
à de la pression qu'à de la réelle confiance.
C'est que Mahmoud Abbas ne représente pas,
c'est le moins que l'on puisse dire, les
aspirations de la rue palestinienne. Tournant
le dos à la lutte du peuple palestinien
contre l'oppression sauvage et l'occupation,
il s'est toujours opposé à la militarisation
de l'Intifada. C'est sans nul doute ce qui
lui à valu fin novembre d'essuyer des tirs
plus que d'intimidation de la part de
militants du Fatah !
Face à ce candidat imposé, la
contre-candidature de Marouan Barghouti,
responsable du Fatah en Cisjordanie avant son
arrestation, n'aura pas fait longtemps
illusion. Cédant aux pressions, il a retiré
sa candidature au nom de l'unité du Fatah. Ce
leader très populaire s'est imposé comme un
chef de l'Intifada, luttant pour la fin de
l'occupation dans les frontières de 1967 et
l'application des résolutions de L'ONU. Il
doit aussi sa popularité à sa dénonciation de
la corruption des dirigeants du Fatah. Son
soutien à Mahmoud Abbas, après moult
revirements, apparaît moins comme une
pression sur ce dernier (même si Barghouti
conditionne son soutien à la poursuite de la
résistance armée) que comme une caution,
censée rallier la rue au nouveau pouvoir
palestinien voulu par Washington.
Ce "nouveau" pouvoir a été défini très
clairement par Yasser Abed Rabbo : "on a
encore du mal à imaginer un leader
palestinien sans ceinture d'explosif autour
de la taille ou menottes aux poignets"
(Le Monde du 8 décembre). En
mélangeant sciemment terrorisme kamikaze et
résistance armée, cela signifie qu’il va
falloir que le peuple apprenne à renoncer à
avoir des leaders qui luttent contre son
oppression en refusant l'allégeance à
l'impérialisme ! C'est ériger la trahison
envers la lutte du peuple palestinien en
principe de gouvernement !
"Arafat est parti, mais les Palestiniens
sont toujours là", titrait le quotidien
Maariv le 13 novembre. Oui, le peuple
palestinien est toujours là, et ni
l'oppression barbare d'Israël, ni les
manoeuvres de ses propres dirigeants pour
l'érection d’un Etat-ghetto, ne parviendront
à le retenir dans sa lutte contre
l'occupation israélienne soutenue par
l'impérialisme américain, dans sa lutte pour
la reconnaissance de ses droits, pour le
triomphe de l'égalité. Plus que jamais, les
Palestiniens sont là !
Vive la lutte du peuple
palestinien !
Vive l'Intifada !
Non à un
Etat-bantoustan !
Pour le droit au retour de
tous les réfugiés sur tout le territoire de
la Palestine historique !
Pour une seule Palestine
laïque et socialiste !
Le 4 janvier
2004
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