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Palestine - Publié dans l'Internationaliste n°54

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"Arafat est parti, mais
les Palestiniens sont toujours là"  !

Autorité palestinienne

La mort de Yasser Arafat a été saluée quasi unanimement comme un espoir de paix au Proche-Orient. Un obstacle à la paix serait levé avec la disparition du vieux leader. L'Europe, par la voix de son diplomate Solana, y voit une opportunité qui obligerait Israël à "revenir dans le jeu", après avoir déclaré Arafat "hors-jeu". Comme si Arafat n'avait pas lui-même accepté ce jeu ! En effet, l'OLP avait fini par reconnaître l'Etat d'Israël, se soumettant du même coup à cette puissance militaire et coloniale soutenue à bout de bras par l'impérialisme américain pour défendre ses intérêts dans la région.

Depuis, Israël n'a cessé d'imposer au peuple palestinien une politique du fait accompli, au mépris du droit international fantoche, en poursuivant toujours plus la colonisation, appuyant toujours plus sa domination militaire. Faut-il rappeler que les accords d'Oslo, dits de "paix", acceptés par Arafat, n'ont jamais interrompu la colonisation des territoires occupés? Annexions de portions de territoires, contrôle des points d'eau, morcellement des territoires par la construction de routes sécurisées réservées aux colons tout cela n'a jamais cessé ; tout cela a toujours constitué la réalité des "accords de paix", ou du "jeu" auquel il faudrait aujourd'hui revenir.

Ce jeu, qui réduit de toute façon un éventuel Etat palestinien à un morcellement de bantoustans sous domination militaire et économique, Arafat l'avait bel et bien accepté. Sa mort va simplement permettre à l'impérialisme américain de placer à la tête de l'Autorité palestinienne une direction qui soit totalement sous son contrôle. On reparle donc, à Washington, de la perspective d’un "Etat viable" pour les Palestiniens. Mais cette fiction est quasiment avouée comme telle par Bush qui renvoie cette perspective aux calendes grecques en refusant de s'engager pour une date d'ici à la fin de son mandat, soit en 2009 ! De même, n'y a-t-il pas du cynisme à exhumer à nouveau la "feuille de route", alors qu'on nous disait à sa création que tout son intérêt résidait dans son calendrier précis calendrier aujourd'hui totalement périmé ! Non, décidément, même les miettes qu'on pourrait laisser au peuple palestinien lui sont refusées.

La France, quant à elle, a réservé à Arafat un protocole à peine inférieur à celui prévu pour la mort d’un chef d'Etat. Fidèle à une politique gaullienne soucieuse de son image, et donc de ses intérêts dans le monde arabe, la France s'est affichée en puissance protectrice et amie des Palestiniens, si bien qu’on a pu voir des drapeaux tricolores aux côtés des bannières palestiniennes aux funérailles d'Arafat. Mais qui ménage le choux ménage aussi la chèvre ! La France a donc veillé à ne pas dégrader ses relations avec Israël, et Barnier, quelques jours à peine avant la mort d'Arafat, lors d'une visite à Tel Aviv, appuyait fermement la politique de Sharon. Le ministre français saluait en effet la "démarche courageuse" de Sharon (il s'agit du projet de "retrait" de Gaza) et l'assurait de son plus total soutien. Cet équilibre bien ajusté entre amitié pour les palestiniens et soutien à Israël traduit la ferme intention de l'impérialisme français de jouer, via l'Europe ou en solo, un rôle au Proche-Orient. Stratégie avouée par un conseiller de Barnier  : "l'Europe [et donc la France] est l'avenir de toute la région  " peu importe de quel avenir il s'agit pour les palestiniens ! (Le Monde du 13 novembre 2004).

Or, justement, la mort d'Arafat ne change pas vraiment la donne pour le peuple palestinien. Israël continue ses basses oeuvres d'oppression, de ghettoïsation et de nettoyage. Depuis le début de l'Intifada, 3 500 Palestiniens sont morts des coups de la barbarie israélienne ; parmi eux plus du tiers sont des "civils". Jour après jour, des assassinats ciblés dont perpétrés, des plantations détruites, les maisons démolies, et la construction du mur en Cisjordanie se poursuit, coupant des villages en deux, annexant de fait des terres, ruinant la vie de milliers de Palestiniens. Y a-t-il là autre chose qu’une entreprise de nature coloniale et raciste ? N'allons pas chercher la preuve plus loin que dans l'armée Israélienne elle-même, dont un responsable déclare que : "20% des soldats israéliens viennent d'une culture qui ne considère pas la vie d'un Arabe équivalente à celle d’un Juif" (Le Monde du 9 décembre). Cette culture se confond avec les fondements même du sionisme qui réduit à rien l'existence d'un peuple entier, comme le traduit éloquemment sa formule fondatrice : un peuple sans terre ; une terre sans peuple. Que dire, dans ces conditions, du cynisme des remarques indignées en Israël sur la "moralité" douteuse de Tsahal ? Il y aurait une éthique du soldat, censé occuper, réprimer, humilier, assassiner. Et cela dans les limites de la bonne morale, sans dépasser certaines bornes, sans tomber dans la "bavure" ! Tout se passe comme si on recherchait à grand tapage le petit voleur pour justifier la rapine générale !

Parallèlement, le projet de "retrait" de la bande de Gaza suit son cours. Prévu par Sharon, il est présenté sur le mode bien connu des "concessions douloureuses". On se souvient de la mystification des "compromis douloureux" d'Ehoud Barak et de Bill Clinton à Camp David en 2000, alors même que c'est Arafat qui avalait des couleuvres ! En fait de concessions israéliennes, l'accord "historique" refusait le droit au retour des réfugiés, excluait un vrai partage de Jérusalem, échangeait des blocs entiers de colonie contre du désert et prévoyait au final la création d'un Etat palestinien morcelé, littéralement encerclé par des couloirs militarisés  ! Et il faudrait regretter, avec Bill Clinton des jours-ci, qu'"Arafat ait manqué l'occasion de faire naître cette nation" !

Arafat

Non, pas plus qu'à Camp David, le "retrait" de Gaza n'est une concession israélienne. Ce retrait est peut-être une nécessité pour Israël, étant donnée la difficulté de plus en plus grande qu'il y a à gérer et protéger les îlots de colons au milieu de la misère palestinienne. Quoi qu'il en soit, cette évacuation, si elle a lieu, équivaudrait à une ghettoïsation renforcée de Gaza. Ce que Bush et Blair cherchent à faire passer comme une "étape" et un "progrès" dans un processus de paix, signifie dans les faits le renforcement de l'occupation. Le contrôle d'Israël sur la bande de Gaza restera total, le but étant de jouer la carte du pourrissement économique, politique et social des Palestiniens.

Le renforcement de la domination d'Israël est mentionnée en toutes lettres par le plan  qui prévoit "Le renforcement de la domination d'Israël est mentionnée en toutes lettres par le plan  qui prévoit "Qu'Israël continuera à maintenir une présence militaire le long de la frontière entre la bande de Gaza et l'Egypte (route Philadelphie)... à certains endroits des considérations de sécurité peuvent nécessiter un élargissement de la zone dans laquelle l'activité militaire est menée". Comme l'analyse le Palestinian Center of Human Rights, "l'élargissement de la zone dans laquelle l'activité militaire est menée" peut être compris comme la démolition de propriétés civiles y compris de maisons, de terres agricoles, d'écoles, de terrains de jeux pour enfants, d'entreprises etc.".

Enfin, ce retrait de Gaza signifie aussi le renforcement de la colonisation en Cisjordanie, où elle atteint déjà 42% du territoire. Aussi ce retrait n'équivaut-il nullement, comme on voudrait nous le faire croire, à un renoncement du sionisme au Grand Israël. C'est pourtant ce que les colons radicaux et la droite du Likoud font mine de croire, quand ils crient à la trahison. Sharon, abandonné par la droite de son gouvernement, est obligé de chercher appui sur sa gauche, en formant, avec l'assentiment de la majorité du Likoud, un gouvernement d’union nationale avec les travaillistes. Ces derniers applaudissent des deux mains au projet de retrait de Gaza (qui figurait même au programme d'Abraham Mitzra lors des dernières élections !) tout comme ils avaient salué l'érection du mur au nom de la séparation nécessaire à la coexistence des deux peuples.

Reste que dans son projet de gestion du chaos de Gaza, Sharon a aussi besoin d'une autorité palestinienne acquise, qui accepte de museler les instruments de résistance du peuple palestinien contre l'apartheid dont il est victime.

Or, si la mort d'Arafat change quelque chose, c'est au sein du Fatah, qui voit sa crise s'accentuer. Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen), "réaliste", candidat de Washington, se présente comme le garant de l'unité et comme le vainqueur plus que probable. Pourtant, quand un de ses proches (Nabil Amr) assène qu'"il sera élu", cela ressemble plus à de la pression qu'à de la réelle confiance. C'est que Mahmoud Abbas ne représente pas, c'est le moins que l'on puisse dire, les aspirations de la rue palestinienne. Tournant le dos à la lutte du peuple palestinien contre l'oppression sauvage et l'occupation, il s'est toujours opposé à la militarisation de l'Intifada. C'est sans nul doute ce qui lui à valu fin novembre d'essuyer des tirs plus que d'intimidation de la part de militants du Fatah !

Face à ce candidat imposé, la contre-candidature de Marouan Barghouti, responsable du Fatah en Cisjordanie avant son arrestation, n'aura pas fait longtemps illusion. Cédant aux pressions, il a retiré sa candidature au nom de l'unité du Fatah. Ce leader très populaire s'est imposé comme un chef de l'Intifada, luttant pour la fin de l'occupation dans les frontières de 1967 et l'application des résolutions de L'ONU. Il doit aussi sa popularité à sa dénonciation de la corruption des dirigeants du Fatah. Son soutien à Mahmoud Abbas, après moult revirements, apparaît moins comme une pression sur ce dernier (même si Barghouti conditionne son soutien à la poursuite de la résistance armée) que comme une caution, censée rallier la rue au nouveau pouvoir palestinien voulu par Washington.

Ce "nouveau" pouvoir a été défini très clairement par Yasser Abed Rabbo : "on a encore du mal à imaginer un leader palestinien sans ceinture d'explosif autour de la taille ou menottes aux poignets" (Le Monde du 8 décembre). En mélangeant sciemment terrorisme kamikaze et résistance armée, cela signifie qu’il va falloir que le peuple apprenne à renoncer à avoir des leaders qui luttent contre son oppression en refusant l'allégeance à l'impérialisme ! C'est ériger la trahison envers la lutte du peuple palestinien en principe de gouvernement !

"Arafat est parti, mais les Palestiniens sont toujours là", titrait le quotidien Maariv le 13 novembre. Oui, le peuple palestinien est toujours là, et ni l'oppression barbare d'Israël, ni les manoeuvres de ses propres dirigeants pour l'érection d’un Etat-ghetto, ne parviendront à le retenir dans sa lutte contre l'occupation israélienne soutenue par l'impérialisme américain, dans sa lutte pour la reconnaissance de ses droits, pour le triomphe de l'égalité. Plus que jamais, les Palestiniens sont là !

Vive la lutte du peuple palestinien !

Vive l'Intifada !

Non à un Etat-bantoustan !

Pour le droit au retour de tous les réfugiés sur tout le territoire de la Palestine historique !

Pour une seule Palestine laïque et socialiste !

Le 4 janvier 2004

Dernière minute.
Moustapha BarghoutiMahmoud Abbas, candidat préféré de Washington, de Bruxelles et de Tel-Aviv a été élu avec environs 67%. De son côté, Mustafa Barghouti à recueilli autour de 20%. La participation a atteint 60%. Les chiffres précis du nombre de votant sont introuvables, les millions de réfugiés palestiniens dispersés dans le monde entier ont été purement et simplement exclus de cette élection. Les palestiniens de l'est du district de Jérusalem ont pu voter dans un vrai bureau de vote mais ceux qui résident dans la ville de Jérusalem annexée, elle, par Israël n'ont pu voter que par correspondance. Mahmoud AbbasDeux commentaires s'imposent : Le premier c'est que l'impérialisme reconnaît bien comme démocratiques les élections qui amènent leur "poulain" à la victoire quelque soient les fraudes et "irrégularités" avérées. Le second c'est que ce scrutin met fin dans les faits à la revendication du retour des réfugiés de la part de "l'Autorité palestinienne".

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