| Le 3 février, contre l'avis du
Secrétaire général B. Thibault, le Comité
Confédéral National (CCN) de la de la CGT
s'est prononcé contre la constitution
européenne. Rassemblant les membres de la
Commission Exécutive Confédérale et les
secrétaires généraux des fédérations et des
unions départementales, le CCN constitue une
sorte de parlement au sein de la CGT. Aussi,
il aura suffit qu'il adopte un court
amendement, pour faire basculer la position
de la Confédération.
Cependant, on aurait tort de croire que
tout est réglé et il serait erroné de penser
que ce vote infléchira de façon décisive la
trajectoire suivie depuis l'éclatement de la
FSM, trajectoire qui entraîne la CGT sur la
voie d'un syndicalisme "d'accompagnement
critique", pour reprendre une formulation que
nous avons utilisée récemment.
Alors que la base de la CGT ressent le
vote du CCN comme une véritable victoire, du
MEDEF au PS les critiques fusent nombreuses :
ce vote n'aurait pas été démocratique, les
adhérents de la CGT n'auraient pas été
consultés…! Pourtant, et avant le CCN
du 3 février, messieurs les démocrates
officiels ne se sont point alarmés quand la
direction de la CGT organisait une sorte de
non débat, un débat sans fin sur la nécessité
d'ouvrir ou de ne pas ouvrir le débat...
Car alors, pour ces "démocrates avancés",
l'issue ne faisait pas de doute : lancée à
pleine vitesse sur la voie de la rénovation,
la CGT conduite par B. Thibault ne pouvait
que se prononcer pour la constitution
européenne ou, au mieux, jouer la neutralité
syndicale. Dans une telle optique, le vote
des adhérents n'avait pas sa place puisque,
et comme on l'aura compris, le vote n'est
"démocratique" que quand il va dans le sens
voulu par les "décideurs éclairés"...
Or, il se trouve que nombre de structures,
de la section syndicale d'entreprise jusqu'à
certaines fédérations ou unions
départementales, à l'image de celle de Paris,
se sont bruyamment exprimées : difficilement,
mais réellement, la voix de la base, de la
multitude des syndiqués, s'est faite
entendre. Un fait suffisamment rare pour être
souligné.
Allons plus loin. C'est la première fois
dans l'histoire de la CGT, que la direction
confédérale est désavouée : on assiste donc à
une véritable crise au sein de la principale
centrale syndicale du pays. Qui plus est,
cette prise de position a eu immédiatement
des échos dans d'autres centrales en Europe,
comme la FGTB de Belgique, le DGB d'Allemagne
ou le TUC de Grande Bretagne ! On comprend
dès lors toute l'importance et toute la
portée de l'événement.
Le 3 février nous avons assisté, en effet,
à un de ces rares moments où la volonté
démocratique parvient à s'imposer dans une
organisation éminemment bureaucratique. A
cela, une raison bien simple : l'aiguisement
de la lutte des classes. Car ce vote s'insère
dans une phase de montée de la contestation
ouvrière et jeune.
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Ainsi le 5 février, un samedi,
convoquées pour la défense des 35 heures,
sans appel à la grève, les manifestations
rassemblent plusieurs centaines de milliers
de travailleurs et les vraies questions
viennent au devant de la scène : salaires,
emploi, rejet de la politique du gouvernement
Chirac-Raffarin, rejet de la constitution
européenne.
Ainsi le 10 mars, les directions
bureaucratiques ayant répondu par une
nouvelle "journée d'actions", sont-elles
obligées de prendre acte de la détermination
des travailleurs qui, par centaines de
milliers, sont à nouveau dans la rue et dans
la grève. De plus, la jonction des
travailleurs du public et du privé s'amorce,
malgré la campagne de division acharnée
orchestrée par le MEDEF et le
gouvernement.
Même la visite de Paris par le Comité
international olympique (CIO) sera utilisée
pour briser la grève : les travailleurs
doivent participer, les patrons doivent
gagner. D'un baron à l'autre, l'air est
connu. Mais l'exigence du MEDEF, pour que les
revendications soient mises sous l'étouffoir
jusqu'au 6 juillet (date de la décision du
CIO), sera balayée par les masses. Mieux, les
travailleurs et les jeunes font jonction, et
c'est ensemble qu'ils feront face à la
provocation et à la violence organisée contre
les cortèges lycéens. Violence, soit dit en
passant, qui a fait de ses auteurs
(volontairement ou involontairement), les
meilleurs auxiliaires de la police et les
plus fermes soutiens du gouvernement CRS.
Nous l'avons écrit à plusieurs reprises :
les élections, et à plus forte raison ce
référendum, sont encadrées par la lutte des
classes qui en est le facteur déterminant.
Ainsi, c'est la mobilisation des travailleurs
et des jeunes qui vient d'infliger un coup au
gouvernement et aux directions
bureaucratiques des syndicats.
Mais déjà le gouvernement repart à
l'attaque qui ressort la "participation au
bénéfices" dans le privé, en opposition à la
hausse des salaires et la "réforme" de la
Fonction publique et en échange d'une aumône
de 1,8% de hausse du point d'indice.
Les bureaucrates syndicaux ne désarment
pas eux non plus : tirant les conséquences du
vote du CCN du 3, la CE confédérale du 8
février a annoncé que, dès sa prochaine
réunion, elle lancera le processus du 48ème
congrès de la CGT. Lequel congrès, prévu
statutairement en 2006, devra intégrer à son
ordre du jour, entre autres, "Une évolution
des structures, des modes de fonctionnement
et du financement des organisations". De
toute évidence, la direction Thibault prépare
une grande reprise en main.
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