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Texte publié dans l'Internationaliste n°55

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CGT : après le "non" du CCN
Le 3 février, contre l'avis du Secrétaire général B. Thibault, le Comité Confédéral National (CCN) de la de la CGT s'est prononcé contre la constitution européenne. Rassemblant les membres de la Commission Exécutive Confédérale et les secrétaires généraux des fédérations et des unions départementales, le CCN constitue une sorte de parlement au sein de la CGT. Aussi, il aura suffit qu'il adopte un court amendement, pour faire basculer la position de la Confédération.

Cependant, on aurait tort de croire que tout est réglé et il serait erroné de penser que ce vote infléchira de façon décisive la trajectoire suivie depuis l'éclatement de la FSM, trajectoire qui entraîne la CGT sur la voie d'un syndicalisme "d'accompagnement critique", pour reprendre une formulation que nous avons utilisée récemment.

Alors que la base de la CGT ressent le vote du CCN comme une véritable victoire, du MEDEF au PS les critiques fusent nombreuses : ce vote n'aurait pas été démocratique, les adhérents de la CGT n'auraient pas été consultés…! Pourtant, et avant le CCN du 3 février, messieurs les démocrates officiels ne se sont point alarmés quand la direction de la CGT organisait une sorte de non débat, un débat sans fin sur la nécessité d'ouvrir ou de ne pas ouvrir le débat...

Car alors, pour ces "démocrates avancés", l'issue ne faisait pas de doute : lancée à pleine vitesse sur la voie de la rénovation, la CGT conduite par B. Thibault ne pouvait que se prononcer pour la constitution européenne ou, au mieux, jouer la neutralité syndicale. Dans une telle optique, le vote des adhérents n'avait pas sa place puisque, et comme on l'aura compris, le vote n'est "démocratique" que quand il va dans le sens voulu par les "décideurs éclairés"...

Or, il se trouve que nombre de structures, de la section syndicale d'entreprise jusqu'à certaines fédérations ou unions départementales, à l'image de celle de Paris, se sont bruyamment exprimées : difficilement, mais réellement, la voix de la base, de la multitude des syndiqués, s'est faite entendre. Un fait suffisamment rare pour être souligné.

Allons plus loin. C'est la première fois dans l'histoire de la CGT, que la direction confédérale est désavouée : on assiste donc à une véritable crise au sein de la principale centrale syndicale du pays. Qui plus est, cette prise de position a eu immédiatement des échos dans d'autres centrales en Europe, comme la FGTB de Belgique, le DGB d'Allemagne ou le TUC de Grande Bretagne ! On comprend dès lors toute l'importance et toute la portée de l'événement.

Le 3 février nous avons assisté, en effet, à un de ces rares moments où la volonté démocratique parvient à s'imposer dans une organisation éminemment bureaucratique. A cela, une raison bien simple : l'aiguisement de la lutte des classes. Car ce vote s'insère dans une phase de montée de la contestation ouvrière et jeune.

Ainsi le 5 février, un samedi, convoquées pour la défense des 35 heures, sans appel à la grève, les manifestations rassemblent plusieurs centaines de milliers de travailleurs et les vraies questions viennent au devant de la scène : salaires, emploi, rejet de la politique du gouvernement Chirac-Raffarin, rejet de la constitution européenne.

Ainsi le 10 mars, les directions bureaucratiques ayant répondu par une nouvelle "journée d'actions", sont-elles obligées de prendre acte de la détermination des travailleurs qui, par centaines de milliers, sont à nouveau dans la rue et dans la grève. De plus, la jonction des travailleurs du public et du privé s'amorce, malgré la campagne de division acharnée orchestrée par le MEDEF et le gouvernement.

Même la visite de Paris par le Comité international olympique (CIO) sera utilisée pour briser la grève : les travailleurs doivent participer, les patrons doivent gagner. D'un baron à l'autre, l'air est connu. Mais l'exigence du MEDEF, pour que les revendications soient mises sous l'étouffoir jusqu'au 6 juillet (date de la décision du CIO), sera balayée par les masses. Mieux, les travailleurs et les jeunes font jonction, et c'est ensemble qu'ils feront face à la provocation et à la violence organisée contre les cortèges lycéens. Violence, soit dit en passant, qui a fait de ses auteurs (volontairement ou involontairement), les meilleurs auxiliaires de la police et les plus fermes soutiens du gouvernement CRS.

Nous l'avons écrit à plusieurs reprises : les élections, et à plus forte raison ce référendum, sont encadrées par la lutte des classes qui en est le facteur déterminant. Ainsi, c'est la mobilisation des travailleurs et des jeunes qui vient d'infliger un coup au gouvernement et aux directions bureaucratiques des syndicats.

Mais déjà le gouvernement repart à l'attaque qui ressort la "participation au bénéfices" dans le privé, en opposition à la hausse des salaires et la "réforme" de la Fonction publique et en échange d'une aumône de 1,8% de hausse du point d'indice.

Les bureaucrates syndicaux ne désarment pas eux non plus : tirant les conséquences du vote du CCN du 3, la CE confédérale du 8 février a annoncé que, dès sa prochaine réunion, elle lancera le processus du 48ème congrès de la CGT. Lequel congrès, prévu statutairement en 2006, devra intégrer à son ordre du jour, entre autres, "Une évolution des structures, des modes de fonctionnement et du financement des organisations". De toute évidence, la direction Thibault prépare une grande reprise en main.

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