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Palestine - Publié dans l'Internationaliste n°55

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Palestine : contre la "paix" de l'occupant

Un simulacre d'élections libres

L'élection de Mahmoud Abbas à la présidence de l'Autorité palestinienne, le 9 janvier dernier aurait constitué, selon les médias unanimes, une " journée historique ". Le peuple palestinien aurait enfin pris son destin en main, au moyen des urnes, lors d'un scrutin " libre et démocratique " comme il n'en n'aurait jamais connu. On croirait même, à la lecture des journaux, qu'Arafat lui-même n'avait jamais été élu ! Rien de moins libres et de moins " démocratiques " que ce simulacre d'élections, dont étaient de fait exclus non seulement les milliers de prisonniers politiques palestiniens, mais surtout les millions de réfugiés (au Liban, en Jordanie, en Egypte ou en Syrie). Cette exclusion, qui équivaut à une négation de leur identité et citoyenneté palestiniennes, est aussi déjà une négation de leur droit au retour. Ce point essentiel des négociations de " paix ", sans cesse repoussé pour être mieux nié, est donc déjà tranché par le mode de scrutin. Rien de moins " libres " que ces élections sous occupation, vouant les électeurs et les candidats à la merci des contrôles, des barrages et des patrouilles. Scrutin fantoche, donc, boycotté par le Hamas, et par la population, puisque les chiffres officiels eux-mêmes mentionnent 47% de participation ! Comme le rappelle Amira Hass dans un article du quotidien Haaretz, les palestiniens ont bien compris ce que valaient les urnes pour un peuple occupé : " Cette faible participation prouve que les Palestiniens ne se font pas d'illusions sur ce qui contrôle vraiment leur vie. Ce n'est ni Abou Mazen, ni le Fatah, mais le gouvernement israélien et son représentant, l'armée. Il n'y a pas eu un seul lieu, durant cette journée électorale, où il était possible de l'oublier."

Le mensonge des " espoirs de paix "

Les urnes ayant parlé " démocratiquement ", même au milieu des chars, même rejetées par plus de la moitié de la population, il faut maintenant faire taire les armes. C'est à quoi s'est immédiatement employé Mahmoud Abbas, soutenu en cela par l'impérialisme américain, en appelant à la fin de l'intifada, à la fin de la résistance armée du peuple palestinien pour sa survie et sa liberté contre l'occupation militaire. Il s'agit pour l'impérialisme, USA en tête avec leur projet de " nouveau Moyen Orient ", de chercher, grâce au relais d'une Autorité palestinienne soumise, à étouffer la lutte du peuple, pour le livrer pieds et poings liés à l'oppresseur. Et pour faire accepter son sort à une population opprimée, on tente d'abord de la convaincre qu'elle est " fatiguée ", " lassée " par les années de guerre et les violences.. en clair vidée de toute révolte. Ce que désirerait les palestiniens aujourd'hui, c'est avant tout la " paix ", à quelque prix que ce soit, y compris la paix des camps ou des cimetières  ! Car de toute façon, ce que réservent au peuple palestinien les promesses d'espoir de paix, " négociée " par leur gouvernement, ce n'est rien d'autre que le renforcement de l'emprise israélienne. A Charm-El-Cheick, les négociations se sont concentrées sur des questions de " sécurité ", renvoyant aux calendes grecques tous les points fondamentaux : le statut de Jérusalem, le tracé final des frontières, la fin de la colonisation et le retour des réfugiés. De quelle " négociation " parle-t-on, quand les droits les plus fondamentaux du peuple palestinien sont réduits en poussière par l'impératif israélien préalable énoncé par Sharon: que les palestiniens renoncent à leurs " rêves " ? De quelle " solution ", de quelle " paix " parle-t-on quand il s'agit simplement pour Israël, sous couvert de " sécurité ", de réprimer la lutte des palestiniens avec le bras complice du gouvernement Abbas-Qoreï, transformé, selon le mot d'un candidat malheureux à la présidence de l'Autorité, en " sous-traitance de l'occupation, [en] police d'Etat contre son peuple " ?

Quant au sommet de Londres, organisé par un Tony Blair soucieux de ne pas perdre la main face aux Etats-Unis, le cynisme des " négociations " a culminé : Israël n'y a pas participé, soulignant bien par là qu'il ne s'agissait que d'une mise en condition de l'Autorité palestinienne à laquelle l'impérialisme expliquait ce qu'elle attendait d'elle.

La colonisation comme définition de l'Etat d'Israël

Pendant ce temps, sous le manteau mensonger de la " trêve ", l'armée israélienne continue son travail d'oppression et d'usurpation du peuple palestinien au quotidien. Les incursions dans les villes et villages, les assassinats " ciblés ", avec leur cortège de morts " collatéraux " (6 morts début mars) se poursuivent. Le mur continue de s'édifier. Ce n'est ni une aberration morale, ni un simple " défi au droit international ", mais un nouvel outil pour Israël dans sa stratégie d'annexion progressive poursuivie depuis sa création en 1947. Dans la logique des barrages et des Cheick-points, le mur permet de renforcer l'emprise militaire d'Israël sur les palestiniens. Les moindres activités, les moindres faits et gestes des frontaliers du murs sont sous contrôle israélien, à la merci d'une autorisation ou d'une interdiction. " Il faut maintenant un permis pour tout ", témoigne un habitant de Cisjordanie. La construction du mur permet surtout l'annexion directe de terres.

Trois "villes nouvelles" se construisent entre la ligne verte de 1967 et le mur, véritables blocs d'habitât continu. 8% du territoire de la Cisjordanie, soit l'équivalent du Texas pour les USA, sont désormais annexés à Israël. Choisies méthodiquement, ces zones brisent la continuité territoriale de la Cisjordanie. Ces usurpations s'accompagnent de déracinements d'arbres, de saccages de cultures, de démolitions de puits, d'incendies de serres, de destructions de maisons (152 rien qu'à Jérusalem en 2004) : autant d'actions méthodiques qui poussent au désespoir et parfois au départ, libérant de nouveaux espaces pour l'occupant. " Le tracé de la barrière --- avec ou sans l'aval casher de la Haute Cour --- promeut clairement l'intention d'annexer le territoire palestinien. Cette intention ne s'est pas arrêtée en 1994, avec les Accords d'Oslo, mais s'est accélérée " (Haarez 14 mars 2005, Amira Haas).

La colonisation n'a donc pas attendu le mur pour s'étendre. Elle n'a jamais cessé. Les colonies ont même doublé pendant la période où les accords d'Oslo étaient en vigueur. Ce processus de colonisation est un mouvement intrinsèque à la nature de l'Etat israélien, qui est la réalisation, avec l'aide successive des impérialismes britanniques puis américains, du mot d'ordre du sionisme : un peuple sans terre, une terre sans peuple. Les kibboutz, qui représentaient l'idéal sioniste honteusement drapé de " socialisme ", furent construits sur les ruines de villages palestiniens rayés de la carte.

Et pour maintenir une majorité juive de plus en plus menacée par la démographie arabe (selon un rapport du Département d'Etat Américain, la population arabe est maintenant majoritaire, avec 5,3 millions d'habitants contre 5,2 millions de citoyens juifs), Israël doit accélérer la colonisation et le contrôle des territoires. C'est cette réalité politique du sionisme qui explique les récents appels à l'exode de Sharon, sur fond de chantage à " l'antisémitisme " de la France.

Dans ce contexte, il n'y a donc aucun sens à distinguer la colonisation sous ses formes " légales " (celles qui sont soutenues, planifiées et financées par le gouvernement israélien), et la colonisation illégale ou " sauvage ", qui irait " plus loin " que ne le souhaiterait l'Etat d'Israël. Un rapport récent vient d'ailleurs de montrer la complicité des pouvoirs publics israéliens dans l'implantation d' " avant-postes " illégaux de colonisation. La situation géographique de ces points de colonisation est là encore stratégique : elle permet de rompre la continuité territoriale de la Cisjordanie. Interdites en façade, ces colonies sont en réalité soutenues et encouragées par l'Etat israélien, qui progresse dans sa gigantesque entreprise de spoliation. Cette entreprise d'oppression ne s'embarrasse pas du droit  ! Les colonies " sauvages ", ne sont donc qu'un vain mot qui ne sert qu'à préparer l'acceptation des colonies " officielles ".

Le plan pour le retrait de Gaza, annoncé solennellement comme une " concession douloureuse " et comme un premier pas vers la paix, n'est, lui aussi, qu'un nouvel instrument pour renforcer la domination israélienne. Il s'agit, en créant un véritable bantoustan, de laisser les mains libres et propres au bourreau. Coûte que coûte, le désengagement programmé par Ariel Sharon doit être appliqué, même sous le feu de l'ennemi. Parce que, à partir de ce moment, Israël aura enfin toute légitimité, intérieure et internationale, pour frapper Gaza s'il s'avère que l'Autorité palestinienne ne peut par remplir ses engagements sécuritaires (Quotidien Maariv, cité par le Courrier International).

On comprend, dans ces conditions, quel " état viable " l'impérialisme réserverait aux Palestiniens. Un Etat-Apartheid, ghetto de la misère (le niveau de vie des Palestiniens a chuté d'un tiers en quatre ans ; le chômage touche un tiers de la population ; la moitié de la population vit avec moins de deux dollars par jour). Un Etat-camisole qui donnerait les armes à un gouvernement fantoche, pour écraser son propre peuple au nom de la " lutte contre le terrorisme ". Un Etat-bantoustan, composé d'enclaves isolées, sous total contrôle israélien. Et que Georges Bush ait précisé récemment qu'un " Etat dispersé ne marchera pas " ne signifie en rien qu'une solution existe pour un Etat " viable " et continu sur 23% du territoire de la Palestine historique. Cela signifie au contraire qu'un Etat palestinien ne peut exister sans le respect des droits fondamentaux du peuple palestinien, c'est-à-dire sans la remise en cause de la nature coloniale d'Israël, soutenue à bout de bras par l'impérialisme américain. Plus que jamais, l'avenir de la région passe par la lutte du peuple palestinien contre l'oppression de l'impérialisme et de son relais israélien, contre son propre gouvernement, contre les miettes qu'on prétend lui laisser. Les chantres de l'impérialisme ne s'y trompent bien sûr pas, comme Alexandre Adler, qui a au moins la lucidité de croire qu'un peuple ne se laisse pas écraser sans révolte, et pressent ni plus ni moins une guerre civile en appelant l'Autorité palestinienne à " maîtriser les extrémistes " (Le Figaro du 9 février 2005).

Vive la lutte du peuple palestinien !

Vive l'intifada !

Non à un Etat Bantoustan !

Pour le droit inconditionnel au retour des réfugiés dans leur pays !

Pour une seule Palestine, laïque et socialiste sur tout le territoire de la Palestine historique !

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