Un simulacre d'élections
libres
L'élection de Mahmoud Abbas à la
présidence de l'Autorité palestinienne, le 9
janvier dernier aurait constitué, selon les
médias unanimes, une " journée historique ".
Le peuple palestinien aurait enfin pris son
destin en main, au moyen des urnes, lors d'un
scrutin " libre et démocratique " comme il
n'en n'aurait jamais connu. On croirait même,
à la lecture des journaux, qu'Arafat lui-même
n'avait jamais été élu ! Rien de moins libres
et de moins " démocratiques " que ce
simulacre d'élections, dont étaient de fait
exclus non seulement les milliers de
prisonniers politiques palestiniens, mais
surtout les millions de réfugiés (au Liban,
en Jordanie, en Egypte ou en Syrie). Cette
exclusion, qui équivaut à une négation de
leur identité et citoyenneté palestiniennes,
est aussi déjà une négation de leur droit au
retour. Ce point essentiel des négociations
de " paix ", sans cesse repoussé pour être
mieux nié, est donc déjà tranché par le mode
de scrutin. Rien de moins " libres " que ces
élections sous occupation, vouant les
électeurs et les candidats à la merci des
contrôles, des barrages et des patrouilles.
Scrutin fantoche, donc, boycotté par le
Hamas, et par la population, puisque les
chiffres officiels eux-mêmes mentionnent 47%
de participation ! Comme le rappelle Amira
Hass dans un article du quotidien Haaretz,
les palestiniens ont bien compris ce que
valaient les urnes pour un peuple occupé : "
Cette faible participation prouve que les
Palestiniens ne se font pas d'illusions sur
ce qui contrôle vraiment leur vie. Ce n'est
ni Abou Mazen, ni le Fatah, mais le
gouvernement israélien et son représentant,
l'armée. Il n'y a pas eu un seul lieu, durant
cette journée électorale, où il était
possible de l'oublier."
Le mensonge des " espoirs
de paix "
Les urnes ayant parlé " démocratiquement
", même au milieu des chars, même rejetées
par plus de la moitié de la population, il
faut maintenant faire taire les armes. C'est
à quoi s'est immédiatement employé Mahmoud
Abbas, soutenu en cela par l'impérialisme
américain, en appelant à la fin de
l'intifada, à la fin de la résistance armée
du peuple palestinien pour sa survie et sa
liberté contre l'occupation militaire. Il
s'agit pour l'impérialisme, USA en tête avec
leur projet de " nouveau Moyen Orient ", de
chercher, grâce au relais d'une Autorité
palestinienne soumise, à étouffer la lutte du
peuple, pour le livrer pieds et poings liés à
l'oppresseur. Et pour faire accepter son sort
à une population opprimée, on tente d'abord
de la convaincre qu'elle est " fatiguée ", "
lassée " par les années de guerre et les
violences.. en clair vidée de toute révolte.
Ce que désirerait les palestiniens
aujourd'hui, c'est avant tout la " paix ", à
quelque prix que ce soit, y compris la paix
des camps ou des cimetières ! Car de toute
façon, ce que réservent au peuple palestinien
les promesses d'espoir de paix, " négociée "
par leur gouvernement, ce n'est rien d'autre
que le renforcement de l'emprise israélienne.
A Charm-El-Cheick, les négociations se sont
concentrées sur des questions de " sécurité
", renvoyant aux calendes grecques tous les
points fondamentaux : le statut de Jérusalem,
le tracé final des frontières, la fin de la
colonisation et le retour des réfugiés. De
quelle " négociation " parle-t-on, quand les
droits les plus fondamentaux du peuple
palestinien sont réduits en poussière par
l'impératif israélien préalable énoncé par
Sharon: que les palestiniens renoncent à
leurs " rêves " ? De quelle " solution ", de
quelle " paix " parle-t-on quand il s'agit
simplement pour Israël, sous couvert de "
sécurité ", de réprimer la lutte des
palestiniens avec le bras complice du
gouvernement Abbas-Qoreï, transformé, selon
le mot d'un candidat malheureux à la
présidence de l'Autorité, en " sous-traitance
de l'occupation, [en] police d'Etat contre
son peuple " ?
Quant au sommet de Londres, organisé par
un Tony Blair soucieux de ne pas perdre la
main face aux Etats-Unis, le cynisme des "
négociations " a culminé : Israël n'y a pas
participé, soulignant bien par là qu'il ne
s'agissait que d'une mise en condition de
l'Autorité palestinienne à laquelle
l'impérialisme expliquait ce qu'elle
attendait d'elle.
La colonisation comme
définition de l'Etat d'Israël
Pendant ce temps, sous le manteau
mensonger de la " trêve ", l'armée
israélienne continue son travail d'oppression
et d'usurpation du peuple palestinien au
quotidien. Les incursions dans les villes et
villages, les assassinats " ciblés ", avec
leur cortège de morts " collatéraux " (6
morts début mars) se poursuivent. Le mur
continue de s'édifier. Ce n'est ni une
aberration morale, ni un simple " défi au
droit international ", mais un nouvel outil
pour Israël dans sa stratégie d'annexion
progressive poursuivie depuis sa création en
1947. Dans la logique des barrages et des
Cheick-points, le mur permet de renforcer
l'emprise militaire d'Israël sur les
palestiniens. Les moindres activités, les
moindres faits et gestes des frontaliers du
murs sont sous contrôle israélien, à la merci
d'une autorisation ou d'une interdiction. "
Il faut maintenant un permis pour tout ",
témoigne un habitant de Cisjordanie. La
construction du mur permet surtout l'annexion
directe de terres.
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Trois "villes nouvelles" se construisent
entre la ligne verte de 1967 et le mur,
véritables blocs d'habitât continu. 8% du
territoire de la Cisjordanie, soit
l'équivalent du Texas pour les USA, sont
désormais annexés à Israël. Choisies
méthodiquement, ces zones brisent la
continuité territoriale de la Cisjordanie.
Ces usurpations s'accompagnent de
déracinements d'arbres, de saccages de
cultures, de démolitions de puits,
d'incendies de serres, de destructions de
maisons (152 rien qu'à Jérusalem en 2004) :
autant d'actions méthodiques qui poussent au
désespoir et parfois au départ, libérant de
nouveaux espaces pour l'occupant. " Le tracé
de la barrière --- avec ou sans l'aval casher
de la Haute Cour --- promeut clairement
l'intention d'annexer le territoire
palestinien. Cette intention ne s'est pas
arrêtée en 1994, avec les Accords d'Oslo,
mais s'est accélérée " (Haarez 14 mars 2005,
Amira Haas).
La colonisation n'a donc pas attendu le
mur pour s'étendre. Elle n'a jamais cessé.
Les colonies ont même doublé pendant la
période où les accords d'Oslo étaient en
vigueur. Ce processus de colonisation est un
mouvement intrinsèque à la nature de l'Etat
israélien, qui est la réalisation, avec
l'aide successive des impérialismes
britanniques puis américains, du mot d'ordre
du sionisme : un peuple sans terre, une terre
sans peuple. Les kibboutz, qui représentaient
l'idéal sioniste honteusement drapé de "
socialisme ", furent construits sur les
ruines de villages palestiniens rayés de la
carte.
Et pour maintenir une majorité juive de
plus en plus menacée par la démographie arabe
(selon un rapport du Département d'Etat
Américain, la population arabe est maintenant
majoritaire, avec 5,3 millions d'habitants
contre 5,2 millions de citoyens juifs),
Israël doit accélérer la colonisation et le
contrôle des territoires. C'est cette réalité
politique du sionisme qui explique les
récents appels à l'exode de Sharon, sur fond
de chantage à " l'antisémitisme " de la
France.
Dans ce contexte, il n'y a donc aucun sens
à distinguer la colonisation sous ses formes
" légales " (celles qui sont soutenues,
planifiées et financées par le gouvernement
israélien), et la colonisation illégale ou "
sauvage ", qui irait " plus loin " que ne le
souhaiterait l'Etat d'Israël. Un rapport
récent vient d'ailleurs de montrer la
complicité des pouvoirs publics israéliens
dans l'implantation d' " avant-postes "
illégaux de colonisation. La situation
géographique de ces points de colonisation
est là encore stratégique : elle permet de
rompre la continuité territoriale de la
Cisjordanie. Interdites en façade, ces
colonies sont en réalité soutenues et
encouragées par l'Etat israélien, qui
progresse dans sa gigantesque entreprise de
spoliation. Cette entreprise d'oppression ne
s'embarrasse pas du droit ! Les colonies "
sauvages ", ne sont donc qu'un vain mot qui
ne sert qu'à préparer l'acceptation des
colonies " officielles ".
Le plan pour le retrait de Gaza, annoncé
solennellement comme une " concession
douloureuse " et comme un premier pas vers la
paix, n'est, lui aussi, qu'un nouvel
instrument pour renforcer la domination
israélienne. Il s'agit, en créant un
véritable bantoustan, de laisser les mains
libres et propres au bourreau. Coûte que
coûte, le désengagement programmé par Ariel
Sharon doit être appliqué, même sous le feu
de l'ennemi. Parce que, à partir de ce
moment, Israël aura enfin toute légitimité,
intérieure et internationale, pour frapper
Gaza s'il s'avère que l'Autorité
palestinienne ne peut par remplir ses
engagements sécuritaires (Quotidien Maariv,
cité par le Courrier International).
On comprend, dans ces conditions, quel "
état viable " l'impérialisme réserverait aux
Palestiniens. Un Etat-Apartheid, ghetto de la
misère (le niveau de vie des Palestiniens a
chuté d'un tiers en quatre ans ; le chômage
touche un tiers de la population ; la moitié
de la population vit avec moins de deux
dollars par jour). Un Etat-camisole qui
donnerait les armes à un gouvernement
fantoche, pour écraser son propre peuple au
nom de la " lutte contre le terrorisme ". Un
Etat-bantoustan, composé d'enclaves isolées,
sous total contrôle israélien. Et que Georges
Bush ait précisé récemment qu'un " Etat
dispersé ne marchera pas " ne signifie en
rien qu'une solution existe pour un Etat "
viable " et continu sur 23% du territoire de
la Palestine historique. Cela signifie au
contraire qu'un Etat palestinien ne peut
exister sans le respect des droits
fondamentaux du peuple palestinien,
c'est-à-dire sans la remise en cause de la
nature coloniale d'Israël, soutenue à bout de
bras par l'impérialisme américain. Plus que
jamais, l'avenir de la région passe par la
lutte du peuple palestinien contre
l'oppression de l'impérialisme et de son
relais israélien, contre son propre
gouvernement, contre les miettes qu'on
prétend lui laisser. Les chantres de
l'impérialisme ne s'y trompent bien sûr pas,
comme Alexandre Adler, qui a au moins la
lucidité de croire qu'un peuple ne se laisse
pas écraser sans révolte, et pressent ni plus
ni moins une guerre civile en appelant
l'Autorité palestinienne à " maîtriser les
extrémistes " (Le Figaro du 9 février
2005).
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