Site de la LIT 4ème Inter.
Groupe Socialiste Internationaliste
Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Belgique - Editorial de Presse Internationaliste, publication de nos camarades de Belgique. Contact : http://www.lct-cwb.be/
Publié dans l'Internationaliste n°57
Une grève peut en cacher une autre

Le lendemain de la grève générale du 7 octobre, Le Soir tire la conclusion: "La grève est finie, il faut bien négocier". Le journal se demande "si la base restera murée dans son angoisse", mais il a confiance : tout dépendra des négociations. La CSC avait jugé la grève inutile et avait fait connaître partout les "10 raisons de ne pas faire grève". Elle avait espéré en vain que "les dégâts" se seraient limités à la Wallonie, mais toute la Flandre s'est arrêtée aussi. La FGTB n'avait pas jugé utile d'organiser une mobilisation, juste une grève pour "repartir en négociation avec une position renforcée". Mais dans beaucoup d'entreprises, les travailleurs se sont retrouvés aux piquets, d'ailleurs en général formels, faute de gens disposés à les croiser. Di Rupo a eu trop à faire avec "les parvenus" dans son parti pour s'intéresser à ce petit détail, une grève qui a paralysé tout le pays. Le Premier ministre Guy Verhofstadt a dit vouloir poursuivre la réforme des fins de carrière "grève ou pas". Et effectivement, le 11 octobre, le gouvernement, libéraux et "socialistes" confondus, annonce cyniquement son "Contrat de solidarité entre générations". La FEB des patrons est enchantée. La FGTB se résigne : le coupable est la CSC mais, grâce à la grève, "nous avons pu limiter les dégâts". Une autre grève ? Bien sur que non, "C'est une arme qu'on n'utilise qu'une fois tous les dix ou douze ans" (LS 12/10). Les patrons, le gouvernement et les directions syndicales sont finalement tous d'accord qu'il faut faire travailler d'avantage les personnes âgées, alors qu'il n'y a pas de travail pour les jeunes. Ils sont d'accord qu'il faut donner des cadeaux aux patrons ("allégement du coût du travail") "pour créer des emplois", et qu'en fin de compte, il suffit de "motiver" les gens pour qu'ils trouvent un job. Le cynisme va jusqu'à identifier sécurité sociale avec soulager le facteur de production "travail", c'est-à-dire rémunérer moins (point 3.2 de la déclaration).

Toutefois... les travailleurs ne l'entendent pas de la même façon.

Dès le lundi 10 octobre, la délégation CSC à Caterpillar invite les travailleurs à ne travailler qu'une demi-journée. Le mercredi, 500 travailleurs de la FN de Herstal débrayent en front commun. Ce même jour, le Conseil fédéral de la CSC carolo adopte une motion rejetant le plan du gouvernement. Le vendredi 14 à Gosselies, les ouvriers et les employés de Sonaca font grève, sur initiative des délégués CSC, soutenus tout de suite par la FGTB, et les travailleurs d'Industeel (Charleroi) sont à l'arrêt en front commun. Le lundi suivant, à Caterpillar une grève de 24 heures est observée en front commun des trois syndicats, et à VW l'équipe de nuit se met en grève, suivie assez vite par celle du matin. Le mardi 18, les 400 travailleurs de CMI (Liège) débrayent, ainsi que ceux de la Sabca, et le mouvement chez VW se poursuit.

Le ton monte à la base. Les travailleurs sont décidés de consolider un "front commun à la base", on exige de nouvelles mesures de lutte au niveau national, on dénonce les partis au gouvernement, y compris les "socialistes". En Flandre, des travailleurs de la FGTB tournent littéralement le dos au Parti "socialiste" lors de son congrès. Et on commence même à se poser la question s'il ne faudra peut-être pas faire tomber le gouvernement...

Le mercredi 19, les directions des syndicats "cèdent" à la pression de la base, et décrètent tambour battant une grève générale en front commun, avec marche sur Bruxelles, pour le vendredi 28 octobre. Entre-temps, les "bases" continuent à se préparer pour cet événement. Le 19 même, le personnel du dépôt des TEC Genson à Montignies-sur-Sambre, le plus important dépôt TEC de la région, a entamé une grève de 24 heures. TecSpace Aereo (Herstal) débraye aussi. La FGTB et la CSC de Charleroi décrètent une grève de 24 heures pour le lundi 24 octobre

Dans son "Contrat", le gouvernement se cache derrière les "exigences" de l'Europe, allègue un "handicap salarial par rapport à l'Allemagne", se conforme que "les restructurations sont inéluctables dans une économie en mutation" et fera un effort (!) pour "le maintient de la position concurrentielle en termes de coût salarial par rapport aux concurrent principaux" (les pays voisin). Face à ce "souci" international, manifestement, les travailleurs belges sont en train d'emboîter le pas à la grande manifestation en France, le 4 octobre, pour l'emploi et les salaires, suivi par d'autres initiatives, comme celle du 15 octobre, où plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Marseille pour la défense des services publics, deux jours après la fin de la grève à la SNCM, la compagnie maritime publique en voie de privatisation.

Belgique - Grève du 7 octobre 2005

Il s'agit bel et bien, quoi qu'en disent tous les pieux discours sur l'intérêt supposé commun à tous de "sauver notre économie", de la lutte de classes, avec des intérêts diamétralement opposés entre travailleurs et patrons, entre ceux qui possèdent les usines et veulent y faire du profit, et ceux, la grande majorité, qui n'ont d'autre ressource que vendre leur force de travail aux derniers. Tout le reste, la forme que prend ce discours, "charge du travail", "cotisations sociales", "impôt sur le travail ou sur la fortune", baisse des impôts "pour les investissements", et autres subterfuges, ne sont que des variantes pour dissimuler mieux l'essentiel : qui va profiter de la richesse produite par les travailleurs, en Belgique, en Europe, dans le monde ? Le "Contrat" parle des "efforts consentis par l'ensemble des acteurs", comme si les travailleurs et les patrons avaient les mêmes soucis communs pour une économie abstraite, un "bien-être" général de "la société". Le Contrat de solidarité "entre générations", ne prétend autre chose qu'un "contrat" entre exploiteurs et exploités. Voilà la dure réalité du système capitaliste, voilà contre quoi lutte notre classe. Lu sous l'optique de la lutte de classe, ce document d'une trentaine de pages devient tout à coup absolument clair.

Il est clair, dans cette lutte de survie, où les patrons ont une direction cohérente et un gouvernement à leur disposition, que les travailleurs aussi ont besoin de s'organiser, mais avec une direction qui a comme premier souci de gagner les luttes, et non de "contrôler leurs troupes" au service d'une "paix sociale" impossible. Construire cette direction, dans les luttes, voilà la première tâche des travailleurs. La grève générale du 7 octobre n'a finalement été que le prélude d'un renouveau de la lutte en Belgique, une grève qui en cache une autre, à venir, et qui doit être le lancement d'un plan de lutte cohérent, avec des revendications claires qui touchent au fond de la question.

Il y a trente ans, la FGTB exigeait déjà l’instauration "immédiate" de la semaine la semaine de 36 heures avec embauches compensatoires obligatoires et maintien du salaire, alors que la CSC l'exigeait "pour 1980". Les hautes directions syndicales ne parlent que de renégocier certains aspects du "Contrat". Il faut exiger le maintien du système actuel des pré-pensions, l'obligation de remplacer un pensionné par un jeune, aucune concession sur les "charges salariales", non à la flexibilisation, aucune atteinte à l'index, mais "le pétrole dans l'index", le mot d'ordre de l'antérieure grève générale il y a 12 ans.


FGTB Fédération Générale du Travail de Belgique

CSC Confédération des Syndicats Chrétiens

CGSLB Centrale Syndicale des Syndicats Libéraux de Belgique

FEB Fédération des Entreprises de Belgique

Début