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Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Article publié dans l'Internationaliste n°62
A propos de la grève du port de Nouméa

Interview de Pablo, secrétaire général de la Fédération du

secteur Ports et Docks de l'USTKE

Par Griselda

Griselda : Quelles sont vos revendications ?

Pablo : Nous exigeons des compagnies maritimes, la Maersk et la MSC, qu'elles respectent les quotas calédoniens. En effet les deux grandes compagnies maritimes proposent des tarifs environs quatre fois moins chers (500 $ U.S contre 1600 en Nouvelle-Calédonie), ou encore ils effectuent des transports plus réguliers (un bateau par semaine en Australie contre un bateau toutes les deux semaines). L'objectif de Maersk et de la MSC est très clair (même s'ils veulent nous faire croire qu'ils agissent pour développer l'économie du pays) : conquérir de nouveaux marchés (en 6 mois la part de MSC est passée de 15% à 56%). Les travailleurs calédoniens luttent pour de défendre leur emploi face à une concurrence à laquelle ils ne peuvent s'opposer. Mais il s'agit avant tout pour les travailleurs de défendre toute une série d'acquis obtenus dans les luttes, notamment pendant la lutte indépendantiste dans dans les années 1980. Dans le cas du conflit du port, les entreprises calédoniennes exigent de la part de la SCM et de la Maersk qu'elles respectent les quotas contenus dans les accords Matignon (1988), accords signés entre Michel Rocard et Jean-Marie Tjibaou qui mettent fin aux événements.

G. : Quelle est l'amplitude de la mobilisation et comment s'organise-t-elle ? (assemblées générales, comités de grève...) ?

P. : Nous avons bloqué et occupé le port. Nos assemblées générales se tenaient sur le port et étaient massives (entre 3000 et 6000 personnes). Très rapidement un mouvement de solidarité s'est mis en place avec de nombreux soutiens notamment de la part de kanakes descendus tout spécialement de brousse pour nous aider aux piquets de grève ou nous donner de la nourriture.

G. : Quel est l'écho de la mobilisation dans la population ?

P. : La population est toujours très partagée en ce qui concerne l'USTKE car c'est un syndicat indépendantiste. Les métropolitains et ceux que nous appelons les caldoches (c'est-à-dire les descendants des bagnards et des colons français) sont toujours contre nos mobilisations car elles ont pour but de défendre de manière inconditionnelle les intérêts des kanakes. La presse locale, « Les Nouvelles Calédoniennes », ont dès le début affiché un parti pris contre l'occupation et le blocage du port. Ils ont préféré évoquer les désagréments engendrés pour ce blocage et même prêter de fausses intentions au mouvement. Tels étaient les titres « Le blocage du port perturbe l’arrivée de matériel pour l’hôpital », alors que le bateau n’était attendu que dans quelques jours et que l’USTKE n’avait aucune intention de mener une action sur le bateau qui transporte les modules pour le CHT (Centre Hospitalier Territorial). Même si finalement cette mobilisation arrangeait tout le monde les blancs, comme les kanakes, ou les wallisiens du moment qu'ils travaillaient pour une des cinq compagnies maritimes de Nouvelle-Calédonie, ils savaient qu'en acceptant les compagnies MSC et Maersk, c'était le chômage technique pour tout le monde à plus ou moins long terme.

G. : Comment le patronat et le gouvernement réagissent-ils ?

P. : Pendant la mobilisation, les PDG des entreprises calédoniennes, qu'il s'agisse de Jacques Lafleur (ancien député RPCR), de Leroux (actuel Président du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, RPCR) ou de Ballande (RPCR), se sont tenus à l'écart du conflit. Même si cette mobilisation leur était bénéfique car elle leur permettait de sauver leurs entreprises de la banqueroute. La seule réponse du gouvernement a été la répression ; même les dirigeants politiques du PALIKA (Parti de Libération Kanake) qui ont des sièges au gouvernement , ne nous ont pas soutenus dans cette lutte.

G. : Quels soutiens avez-vous reçu, de France comme, plus largement, au international ?

P. : Toutes les organisations syndicales métropolitaines ont envoyé des communiqués de soutien ainsi que les partis d'extrême-gauche. Seul José Bové, leader de la confédération paysanne est venu nous soutenir en Nouvelle-Calédonie.

G. : Comment envisagez-vous la suite, quelles sont vos perspectives ?

P. : La suite dans l'immédiat dépend de ce que vont faire les deux compagnies maritimes. Nous avons suspendu la grève générale en leur laissant un ultimatum : ou bien ils respectent les quotas du territoire, ou bien on bloquera à nouveau. Maintenant pour ce qui est de la grève générale, il est clair que la question n'est toujours pas réglée. Nous l'avons seulement suspendue.

G. : Que pensez-vous de la position du FLNKS, le front traditionnel indépendantiste ?

P. : La prise de position du FLNKS (Front de Libération Nationale Kanake et Socialiste) ne nous a pas étonné outre mesure. Depuis longtemps déjà le Palika ne défend plus les intérêts des travailleurs kanakes, mais soutenir aussi clairement les forces de l'ordre dans une mouvement social est la preuve qu'il ne s'agit plus d'un organe de lutte. Aujourd'hui l'indépendance viendra grâce à l'USTKE qui est un syndicat de luttes de classes et indépendantiste.

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