| Griselda : Quelles sont
vos revendications ?
Pablo : Nous exigeons des
compagnies maritimes, la Maersk et la MSC,
qu'elles respectent les quotas calédoniens.
En effet les deux grandes compagnies
maritimes proposent des tarifs environs
quatre fois moins chers (500 $ U.S contre
1600 en Nouvelle-Calédonie), ou encore ils
effectuent des transports plus réguliers (un
bateau par semaine en Australie contre un
bateau toutes les deux semaines). L'objectif
de Maersk et de la MSC est très clair (même
s'ils veulent nous faire croire qu'ils
agissent pour développer l'économie du pays)
: conquérir de nouveaux marchés (en 6 mois la
part de MSC est passée de 15% à 56%). Les
travailleurs calédoniens luttent pour de
défendre leur emploi face à une concurrence à
laquelle ils ne peuvent s'opposer. Mais il
s'agit avant tout pour les travailleurs de
défendre toute une série d'acquis obtenus
dans les luttes, notamment pendant la lutte
indépendantiste dans dans les années 1980.
Dans le cas du conflit du port, les
entreprises calédoniennes exigent de la part
de la SCM et de la Maersk qu'elles respectent
les quotas contenus dans les accords Matignon
(1988), accords signés entre Michel Rocard et
Jean-Marie Tjibaou qui mettent fin aux
événements.
G. : Quelle est l'amplitude de la
mobilisation et comment s'organise-t-elle ?
(assemblées générales, comités de grève...)
?
P. : Nous avons bloqué et
occupé le port. Nos assemblées générales se
tenaient sur le port et étaient massives
(entre 3000 et 6000 personnes). Très
rapidement un mouvement de solidarité s'est
mis en place avec de nombreux soutiens
notamment de la part de kanakes descendus
tout spécialement de brousse pour nous aider
aux piquets de grève ou nous donner de la
nourriture.
G. : Quel est l'écho de la
mobilisation dans la population ?
P. : La population est
toujours très partagée en ce qui concerne
l'USTKE car c'est un syndicat
indépendantiste. Les métropolitains et ceux
que nous appelons les caldoches (c'est-à-dire
les descendants des bagnards et des colons
français) sont toujours contre nos
mobilisations car elles ont pour but de
défendre de manière inconditionnelle les
intérêts des kanakes. La presse locale, « Les
Nouvelles Calédoniennes », ont dès le début
affiché un parti pris contre l'occupation et
le blocage du port. Ils ont préféré évoquer
les désagréments engendrés pour ce blocage et
même prêter de fausses intentions au
mouvement. Tels étaient les titres « Le
blocage du port perturbe l’arrivée de
matériel pour l’hôpital », alors
que le bateau n’était attendu que dans
quelques jours et que l’USTKE
n’avait aucune intention de mener une
action sur le bateau qui transporte les
modules pour le CHT (Centre Hospitalier
Territorial). Même si finalement cette
mobilisation arrangeait tout le monde les
blancs, comme les kanakes, ou les wallisiens
du moment qu'ils travaillaient pour une des
cinq compagnies maritimes de
Nouvelle-Calédonie, ils savaient qu'en
acceptant les compagnies MSC et Maersk,
c'était le chômage technique pour tout le
monde à plus ou moins long terme.
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G. : Comment le patronat et le
gouvernement réagissent-ils ?
P. : Pendant la
mobilisation, les PDG des entreprises
calédoniennes, qu'il s'agisse de Jacques
Lafleur (ancien député RPCR), de Leroux
(actuel Président du Gouvernement de la
Nouvelle-Calédonie, RPCR) ou de Ballande
(RPCR), se sont tenus à l'écart du conflit.
Même si cette mobilisation leur était
bénéfique car elle leur permettait de sauver
leurs entreprises de la banqueroute. La seule
réponse du gouvernement a été la répression ;
même les dirigeants politiques du PALIKA
(Parti de Libération Kanake) qui ont des
sièges au gouvernement , ne nous ont pas
soutenus dans cette lutte.
G. : Quels soutiens avez-vous
reçu, de France comme, plus largement, au
international ?
P. : Toutes les
organisations syndicales métropolitaines ont
envoyé des communiqués de soutien ainsi que
les partis d'extrême-gauche. Seul José Bové,
leader de la confédération paysanne est venu
nous soutenir en Nouvelle-Calédonie.
G. : Comment envisagez-vous la
suite, quelles sont vos perspectives
?
P. : La suite dans
l'immédiat dépend de ce que vont faire les
deux compagnies maritimes. Nous avons
suspendu la grève générale en leur laissant
un ultimatum : ou bien ils respectent les
quotas du territoire, ou bien on bloquera à
nouveau. Maintenant pour ce qui est de la
grève générale, il est clair que la question
n'est toujours pas réglée. Nous l'avons
seulement suspendue.
G. : Que pensez-vous de la
position du FLNKS, le front traditionnel
indépendantiste ?
P. : La prise de position
du FLNKS (Front de Libération Nationale
Kanake et Socialiste) ne nous a pas étonné
outre mesure. Depuis longtemps déjà le Palika
ne défend plus les intérêts des travailleurs
kanakes, mais soutenir aussi clairement les
forces de l'ordre dans une mouvement social
est la preuve qu'il ne s'agit plus d'un
organe de lutte. Aujourd'hui l'indépendance
viendra grâce à l'USTKE qui est un syndicat
de luttes de classes et indépendantiste.
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