Les derniers propos de Pablo
(cf. l'interview sur
ce site) montrent qu'il existe un véritable
espace pour construire un parti
révolutionnaire qui se bat pour une Kanaky
indépendante et socialiste. L'aiguisement de
la lutte des classes fait apparaître de
manière très claire les contradictions
internes au Capitalisme : les PDG avaient
besoin de cette mobilisation pour ne pas se
retrouver à la merci des grandes compagnies
maritimes et mettre la clé sous la porte.
Mais, de par leur nature de classe, ils ne
pouvaient pas soutenir leurs employés,
derrière lesquels ils se sont pourtant
abrités.
Même si, de façon conjoncturelle et
temporaire, dans un pays colonial comme la
Kanaky, on peut retrouver des intérêts «
nationaux » qui convergent entre la
bourgeoisie blanche locale qui possède le
capital et les kanakes, la main d 'oeuvre,
les intérêts de classe divergeront toujours
sur le fond.
Les patrons des sociétés d'aconage
prétendent se défendent devant une
concurrence débridée mais c'est pour mieux
imposer leurs règles, et conserver leur
monopole dans le pacifique. Le moment venu,
ils seront prêts, à trouver un terrain
d'entente avec les multinationales... sur le
dos des travailleurs.
Il faut aussi souligner que cette
mobilisation rejoint dans les faits celle des
dockers européens qui ont affronté les CRS
devant le parlement de Strasbourg, le 16
janvier dernier, contre une directive
remettant en cause l'existence même de leur
profession, étendant la « concurrence » et
les nuisances des pavillons de complaisance.
Suite à cet affrontement, la directive a été
rejetée pour la seconde fois par le parlement
européen.
Dans le secteur minier, la spéculation
effrénée sur les métaux non ferreux a un
impact direct en Kanaky. Pour réduire ses
coûts de production le capitalisme lance des
offensives de plus en plus barbares comme le
montrent toutes les mobilisations dans
l'Usine du Sud. Là, Goro Nickel et Falcon
Bridge avaient annoncé des milliers de
création d'emplois pour convaincre les chefs
traditionnels d'approuver les concessions
d'exploitation et les persuader de fermer les
yeux sur l'impact désastreux des mines de
nickel sur d'autres secteurs.
En réalité, les sociétés minières
préfèrent employer de la main d'oeuvre
philippine, déjà formée, parquée dans des
dortoirs sur les chantiers plutôt que
d'embaucher des calédoniens ; les ingénieurs
et cadres étant, eux, australiens,
néo-zélandais ou encore québécois.
Dans un autre
domaine hautement sensible, la télévision
publique, en Kanaky (1) RFO
(Radio France Outremer), est un enjeu
particulier. Les conflits répétés et durs
sont un révélateur des tensions de la
situation politique locale et des pressions
que peuvent subir les organisations
syndicales de la part de l'Etat ou des
différents partis « métropolitains » ou
locaux, liés à la défense de l'ordre établi.
Que ces partis agissent directement, ou à
travers des « organisations démocratiques »
qui leurs sont liées, ne change rien au
problème, leur but est la division des rangs
des travailleurs. Le résultat de ces pression
a été particulièrement visible lors du
blocage du port quand la toute nouvelle
section de l'USTKE à RFO s'est abstenue de
tout soutien aux grévistes.
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Les origines des
affrontements sociaux et politiques en cours
sont à rechercher dans les accords de
Matignon, signés en 1988, à l'époque où le «
socialiste » M. Rocard était Premier
ministre. Ces accords visent à travers un
pseudo partage économique et des «
subventions » généreuses à faire émerger un
petit secteur bourgeois kanake oligarchique.
Ce secteur se retrouverait lié de par ses
intérêts de classes à la bourgeoisie blanche
; la majorité kanake, wallisienne, etc.,
divisée, étant vouée à une marginalisation
certaine, sur les plans économique, social et
politique.
En un sens, c'est ce qui s'est passé
jusqu'ici. L'Etat colonial, les forces
politiques et sociales qui lui sont liées et
celles qui se sont ralliées aux accords de
Matignon espèrent arriver, en 2016, au
référendum d'auto-détermination avec une
question qui n'aurait plus d'objet : les jeux
seraient faits, le statut actuel serait
reconduit.
Mais voilà, la lutte des classes ne se
laisse pas enfermer dans des accords
traîtres. La mobilisation du 19 mai a révélé
crûment la réalité du positionnement des uns
et des autres, posant brutalement la
nécessité de reconstruire le mouvement
indépendantiste sur des bases radicalement
différentes.
Aujourd'hui plus que jamais la lutte pour
l'indépendance est possible et nécessaire,
mais elle ne peut aboutir pleinement que dans
le cadre de la lutte pour le socialisme.
Cette lutte ne peut être menée qu'avec un
vrai parti révolutionnaire qui se bat pour «
le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes
». Seule la lutte pour la libération
nationale peut libérer les travailleurs
kanakes, wallisiens, futuniens, vanuatais,
unis par les intérêts de classe. Seule cette
lutte peut leur permettre de surmonter les
divisions entretenues par les capitalistes
dans un cadre colonial et mettre fin à la
guerre économique pour celui qui aura la plus
grosse part des emplois.
L'absence des partis ouvriers
traditionnels de « métropole » dans ce
mouvement est bien la preuve de la
décomposition actuelle de la « gauche » et de
l'extrême-Gauche. Dans ce conflit, le
comportement des vieux partis et fronts «
indépendantistes » locaux démontre amplement
leur capitulation. Seul un parti
révolutionnaire internationaliste et une
lutte à échelle internationale qui unirait
tous les travailleurs, peut amener au
Socialisme et à la réalisation effective du
droit de peuples à disposer d'eux mêmes.
Griselda et J.-Louis
(1) Du fait de ce conflit, le Journal
Télévisé de Nouméa, contrairement aux autres
stations de RFO dans le monde, est le seul à
ne pas avoir de... présentateur !
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