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Article publié dans l'Internationaliste n°62
Quelques réflexions après la grève du port de Nouméa

Les derniers propos de Pablo (cf. l'interview sur ce site) montrent qu'il existe un véritable espace pour construire un parti révolutionnaire qui se bat pour une Kanaky indépendante et socialiste. L'aiguisement de la lutte des classes fait apparaître de manière très claire les contradictions internes au Capitalisme : les PDG avaient besoin de cette mobilisation pour ne pas se retrouver à la merci des grandes compagnies maritimes et mettre la clé sous la porte. Mais, de par leur nature de classe, ils ne pouvaient pas soutenir leurs employés, derrière lesquels ils se sont pourtant abrités.

Même si, de façon conjoncturelle et temporaire, dans un pays colonial comme la Kanaky, on peut retrouver des intérêts « nationaux » qui convergent entre la bourgeoisie blanche locale qui possède le capital et les kanakes, la main d 'oeuvre, les intérêts de classe divergeront toujours sur le fond.

Les patrons des sociétés d'aconage prétendent se défendent devant une concurrence débridée mais c'est pour mieux imposer leurs règles, et conserver leur monopole dans le pacifique. Le moment venu, ils seront prêts, à trouver un terrain d'entente avec les multinationales... sur le dos des travailleurs.

Il faut aussi souligner que cette mobilisation rejoint dans les faits celle des dockers européens qui ont affronté les CRS devant le parlement de Strasbourg, le 16 janvier dernier, contre une directive remettant en cause l'existence même de leur profession, étendant la « concurrence » et les nuisances des pavillons de complaisance. Suite à cet affrontement, la directive a été rejetée pour la seconde fois par le parlement européen.

Dans le secteur minier, la spéculation effrénée sur les métaux non ferreux a un impact direct en Kanaky. Pour réduire ses coûts de production le capitalisme lance des offensives de plus en plus barbares comme le montrent toutes les mobilisations dans l'Usine du Sud. Là, Goro Nickel et Falcon Bridge avaient annoncé des milliers de création d'emplois pour convaincre les chefs traditionnels d'approuver les concessions d'exploitation et les persuader de fermer les yeux sur l'impact désastreux des mines de nickel sur d'autres secteurs.

En réalité, les sociétés minières préfèrent employer de la main d'oeuvre philippine, déjà formée, parquée dans des dortoirs sur les chantiers plutôt que d'embaucher des calédoniens ; les ingénieurs et cadres étant, eux, australiens, néo-zélandais ou encore québécois.

Dans un autre domaine hautement sensible, la télévision publique, en Kanaky (1) RFO (Radio France Outremer), est un enjeu particulier. Les conflits répétés et durs sont un révélateur des tensions de la situation politique locale et des pressions que peuvent subir les organisations syndicales de la part de l'Etat ou des différents partis « métropolitains » ou locaux, liés à la défense de l'ordre établi. Que ces partis agissent directement, ou à travers des « organisations démocratiques » qui leurs sont liées, ne change rien au problème, leur but est la division des rangs des travailleurs. Le résultat de ces pression a été particulièrement visible lors du blocage du port quand la toute nouvelle section de l'USTKE à RFO s'est abstenue de tout soutien aux grévistes.

Les origines des affrontements sociaux et politiques en cours sont à rechercher dans les accords de Matignon, signés en 1988, à l'époque où le « socialiste » M. Rocard était Premier ministre. Ces accords visent à travers un pseudo partage économique et des « subventions » généreuses à faire émerger un petit secteur bourgeois kanake oligarchique. Ce secteur se retrouverait lié de par ses intérêts de classes à la bourgeoisie blanche ; la majorité kanake, wallisienne, etc., divisée, étant vouée à une marginalisation certaine, sur les plans économique, social et politique.

En un sens, c'est ce qui s'est passé jusqu'ici. L'Etat colonial, les forces politiques et sociales qui lui sont liées et celles qui se sont ralliées aux accords de Matignon espèrent arriver, en 2016, au référendum d'auto-détermination avec une question qui n'aurait plus d'objet : les jeux seraient faits, le statut actuel serait reconduit.

Mais voilà, la lutte des classes ne se laisse pas enfermer dans des accords traîtres. La mobilisation du 19 mai a révélé crûment la réalité du positionnement des uns et des autres, posant brutalement la nécessité de reconstruire le mouvement indépendantiste sur des bases radicalement différentes.

Aujourd'hui plus que jamais la lutte pour l'indépendance est possible et nécessaire, mais elle ne peut aboutir pleinement que dans le cadre de la lutte pour le socialisme. Cette lutte ne peut être menée qu'avec un vrai parti révolutionnaire qui se bat pour « le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ». Seule la lutte pour la libération nationale peut libérer les travailleurs kanakes, wallisiens, futuniens, vanuatais, unis par les intérêts de classe. Seule cette lutte peut leur permettre de surmonter les divisions entretenues par les capitalistes dans un cadre colonial et mettre fin à la guerre économique pour celui qui aura la plus grosse part des emplois.

L'absence des partis ouvriers traditionnels de « métropole » dans ce mouvement est bien la preuve de la décomposition actuelle de la « gauche » et de l'extrême-Gauche. Dans ce conflit, le comportement des vieux partis et fronts « indépendantistes » locaux démontre amplement leur capitulation. Seul un parti révolutionnaire internationaliste et une lutte à échelle internationale qui unirait tous les travailleurs, peut amener au Socialisme et à la réalisation effective du droit de peuples à disposer d'eux mêmes.

Griselda et J.-Louis


(1) Du fait de ce conflit, le Journal Télévisé de Nouméa, contrairement aux autres stations de RFO dans le monde, est le seul à ne pas avoir de... présentateur !

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