| L’hospitalisation de
Sharon plonge sans doute Israël dans
l’incertitude sur le résultat des
élections du 28 mars, mais ce qu’il y
a de sûr, c’est qu’elle achève
dans l’apothéose la conversion du
bourreau des camps palestiniens en homme de
paix. Le concert des voix diplomatiques est
là pour en témoigner, avec à sa tête la
France qui salue le boucher de Sabra et
Chatila comme un homme « incontournable pour
la paix » (Douste-Blazy).
Si on ajoute à cela la participation des
travaillistes au gouvernement d’Union
nationale, et le récent Ralliement de Shimon
Perez à Ariel Sharon par pur opportunisme, le
moins que l’on puisse dire,
c’est que la différence du « faucon »
à la « colombe » est assez ténue ! De toute
façon, bien loin des étiquettes
parlementaires, le peuple palestinien, qui
subit au jour le jour l’oppression
coloniale, militaire et raciste
d’Israël, sait combien cette paix de
Sharon ou de ses successeurs, c’est la
paix de l’occupant, c’est la
paix des cimetières.
Le retrait de gaza : une
ruse de la colonisation.
Le retrait de Gaza et l’évacuation
de 2% des colons avaient été orchestrés comme
un « sacrifice douloureux » de la part du
sionisme. Il s’est aussitôt révélé
pour ce qu’il était réellement : un
renforcement de l’offensive contre le
peuple palestinien ; un redéploiement pour
mieux briser une résistance de plus en plus
forte. Gaza est plus que jamais un ghetto,
une gigantesque et misérable prison contrôlée
par Israël. On ne compte plus les menaces de
coupure générale d’électricité, les
interdictions de circulation des
travailleurs, ou le gel des convois de bus
pour la Cisjordanie…
Face à la résistance du peuple
palestinien, le ghetto de Gaza est
littéralement assiégé par l’armée, qui
poursuit les « assassinats ciblés »,
véritables massacres au compte-gouttes, ou
les bombardements de routes. Une « zone de
sécurité » vient d’être créée au nord
de Gaza, où toute présence palestinienne est
interdite. Elle est régulièrement bombardée
par l’aviation et l’artillerie
israéliennes depuis fin décembre. Enfin, un
plan militaire, qui prévoit la réoccupation
de plusieurs régions de Gaza, vient
d’être approuvé par le Ministre de la
Défense Shaul Mofaz.
Surtout, la « diversion » de
l’évacuation de Gaza a permis
l’accélération de la colonisation en
Cisjordanie. La construction du Mur de
l’apartheid se poursuit. Voulu par les
travaillistes (alliés de Sharon et Olmert
dans le gouvernement d’Union
nationale), la construction du mur détruit
des plantations, brise des vies, expulse des
familles entières, et annexe, inexorablement,
des portions entières de territoires.
Le retrait de Gaza donne à nouveaux les
moyens aux puissances impérialistes de
soutenir la politique d’oppression
réelle d’Israël sous le masque
mensonger de la paix, en amadouant leurs
propres opinions publiques.
Le soutien des
impérialismes américains et
européens.
Car dans cette politique
d’écrasement d’un peuple tout
entier, le gouvernement israélien, peut
compter sur le soutien sans condition des
impérialismes US et européens. Plus que
jamais les Etats-Unis, à l’heure du
bourbier irakien, ont besoin de la tête de
pont impérialiste que représente Israël dans
la région. Quant à l’Union européenne,
elle a récemment encore affermi sa position
de soutien infaillible à la colonisation, en
étouffant un rapport de ses diplomates à
Jérusalem, lequel avait le tort de rappeler
un peu trop de vérités sur la nature
coloniale de l’Etat
d’Israël.
Ce rapport insiste sur la volonté
délibérée d’Israël d’ « achever
l’annexion de Jérusalem », par la
poursuite de la colonisation, par la
construction du mur qui soustrait de fait le
territoire Jérusalem Est au reste de la
Cisjordanie, par la politique
d’épuration ethnique (démolitions de
maisons par centaines, expulsions, pressions
au départ). En affirmant que la « la
viabilité d’un Etat palestinien dépend
en grande partie de la préservation des liens
entre Jérusalem-Est, Ramallah et Bethléem »
et en constatant que « la perspective de deux
Etats, avec Jérusalem comme capitale de
l’Etat palestinien, s’éloigne
», nos diplomates ne font pas autre chose que
suggérer, un peu trop clairement, et
peut-être même sans le vouloir, la réalité
politique suivante : l’Etat
d’Israël est fondé intrinsèquement sur
la colonisation d’une terre que le
sionisme jugeait « sans peuple ».
Cette colonisation n’a jamais
cessé, quelles que soient les périodes, avec
ou sans « accords de paix ». Le sionisme a
toujours eu pour objectif premier, sous une
forme ou sous une autre, selon les périodes,
l’occupation toujours croissante du
territoire, et le maintien d’une
majorité juive, transformant, au besoin,
certaines zones en véritables bantoustans
misérables, sous contrôle militaire.
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Dans le cadre des « deux Etats
», la seule perspective qui resterait aux
Palestiniens, serait celle d’un réseau
morcelé de ghettos ! L’Etat
palestinien « viable » (ou plutôt surviable),
ce miracle qu’on obtiendrait par
négociation, est une chimère, qui permet
toutes les oppressions, et qui cherche à
désarmer toutes les résistances ! Bush en
personne l’avoue à mi-mots, quand il
déclare qu’il n’y aura pas
d’Etat palestinien avant la fin de son
mandat.
La résistance du peuple
palestinien et la crise du Fatah.
Face à cette agression coloniale, soutenue
et encouragée par les impérialismes
américains et européens, le peuple
palestinien lutte pour sa survie. La
résistance est mue par la colère de ceux qui
n’ont rien à perdre que leurs chaînes.
Cette résistance à l’occupation
sioniste est, aux côtés de la résistance
irakienne, à la pointe de la lutte contre la
barbarie impérialiste à l’échelle
mondiale. La portée de cette lutte gagne de
la puissance, au point qu’elle
provoque la crise au cœur des «
institutions » palestiniennes, au cœur
du parti dirigeant. Sous la pression des
masses, le Fatah se craquelle.
Les caciques du parti, derrière Mahmoud
Abbas, sont définitivement discrédités par
leur corruption, mais surtout par leur
collaboration avec Israël, par leur tentative
d’étouffer la lutte armée, de passer
des menottes aux masses poussées à bout, de
bâillonner l’intifada, en livrant pied
et poings liés le peuple au feu des chars et
des F 16. Une aile « rénovatrice », plus en
lien avec le mouvement de lutte des masses,
entre en conflit ouvert avec ce vieil
aréopage. Groupée autour de la personnalité
populaire de Marhouan Barghouti, symbole de
la résistance des débuts de la seconde
intifada, et des brigades Al-Aqsa, ces
dirigeants n’ont pas renoncé à la
lutte armée. Ils ne le peuvent pas, sous
peine de se couper définitivement des
masses.
Ainsi, certains secteurs ont décrété la
fin de la trêve avec l’occupant,
conclue en 2004, et qui expirait ces
jours-ci. La crise du parti est allée
jusqu’à la présentation, dans un
premier temps, de deux listes pour les
législatives de fin janvier. Elle
s’est même développée en affrontement
armé, avec la prise d’assaut par les
brigades Al-Aqsa, de la commission chargée
des élections à Naplouse, ou encore leur coup
de force au passage frontière entre Gaza et
l’Egypte.
La crise est attisée par la montée en
puissance du Hamas. La colère du peuple
palestinien, sa détermination à lutter contre
l’occupant s’expriment en
partie par cette voie. A la suite du triomphe
électoral du Hamas lors des dernières
municipales (notamment à Naplouse, où il
arrivait en tête), Amira Haas, journaliste à
Haaretz, écrivait: « La victoire du Hamas aux
élections locales a fleuri sur un terrain
fertile. Les gens en ont assez des mensonges
qui ont accompagné leurs vies durant les
treize dernières années [depuis la signature
des accords d’Oslo] ; qu’Oslo
signifie la paix ; que la création
d’une Autorité palestinienne est une
victoire et un symbole, qui abolirait tous
ses échecs ; que l’Autorité est un
Etat. » (Haaretz.com, 21 décembre 2005).
Les masses palestiniennes sont prêtes à
l’affrontement. Mais en
l’absence d’une perspective
révolutionnaire qui pourrait donner une
perspective à cette lutte, c’est le
Hamas qui tire profit de cette situation
dramatique. Sans proposer aucune issue par le
haut pour les masses, le Hamas (à
l’origine créé de toute pièce par les
services secrets israéliens pour affaiblir
l’OLP) rallie de plus en plus de
palestiniens, par sa détermination apparente
à lutter contre l’agresseur.
La crise est telle que la préparation des
élections législatives du 25 janvier tourne
au chaos. Par crainte de se voir affaiblir
davantage par un succès du Hamas,
l’Autorité palestinienne mène en
surface la politique capitularde du « retour
au calme ». En sous-main, elle n’a pas
reculé devant la collaboration et la trahison
envers son peuple, en menant des tractations
avec Israël, pour faire annuler les
élections, ou pour les reporter une nouvelle
fois.
Mais que les élections aient lieu ou non,
et quel que soit leur résultat, deux choses
semblent certaines : elles resteront un
simulacre d’élections « libres », avec
les urnes à l’ombre des chars ; et
surtout, elles n’élimineront pas les
ferments de guerre civile qui se manifestent
aujourd’hui dans les territoires
occupés. Tout simplement parce qu’on
ne musèle pas un peuple opprimé impunément.
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