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Palestine - Publié dans l'Internationaliste n°58

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Palestine : l’Autorité chancelle
sous la pression des masses en lutte.
L’hospitalisation de Sharon plonge sans doute Israël dans l’incertitude sur le résultat des élections du 28 mars, mais ce qu’il y a de sûr, c’est qu’elle achève dans l’apothéose la conversion du bourreau des camps palestiniens en homme de paix. Le concert des voix diplomatiques est là pour en témoigner, avec à sa tête la France qui salue le boucher de Sabra et Chatila comme un homme « incontournable pour la paix » (Douste-Blazy).

Si on ajoute à cela la participation des travaillistes au gouvernement d’Union nationale, et le récent Ralliement de Shimon Perez à Ariel Sharon par pur opportunisme, le moins que l’on puisse dire, c’est que la différence du « faucon » à la « colombe » est assez ténue ! De toute façon, bien loin des étiquettes parlementaires, le peuple palestinien, qui subit au jour le jour l’oppression coloniale, militaire et raciste d’Israël, sait combien cette paix de Sharon ou de ses successeurs, c’est la paix de l’occupant, c’est la paix des cimetières.

Le retrait de gaza : une ruse de la colonisation.

Le retrait de Gaza et l’évacuation de 2% des colons avaient été orchestrés comme un « sacrifice douloureux » de la part du sionisme. Il s’est aussitôt révélé pour ce qu’il était réellement : un renforcement de l’offensive contre le peuple palestinien ; un redéploiement pour mieux briser une résistance de plus en plus forte. Gaza est plus que jamais un ghetto, une gigantesque et misérable prison contrôlée par Israël. On ne compte plus les menaces de coupure générale d’électricité, les interdictions de circulation des travailleurs, ou le gel des convois de bus pour la Cisjordanie…

Face à la résistance du peuple palestinien, le ghetto de Gaza est littéralement assiégé par l’armée, qui poursuit les « assassinats ciblés », véritables massacres au compte-gouttes, ou les bombardements de routes. Une « zone de sécurité » vient d’être créée au nord de Gaza, où toute présence palestinienne est interdite. Elle est régulièrement bombardée par l’aviation et l’artillerie israéliennes depuis fin décembre. Enfin, un plan militaire, qui prévoit la réoccupation de plusieurs régions de Gaza, vient d’être approuvé par le Ministre de la Défense Shaul Mofaz.

Surtout, la « diversion » de l’évacuation de Gaza a permis l’accélération de la colonisation en Cisjordanie. La construction du Mur de l’apartheid se poursuit. Voulu par les travaillistes (alliés de Sharon et Olmert dans le gouvernement d’Union nationale), la construction du mur détruit des plantations, brise des vies, expulse des familles entières, et annexe, inexorablement, des portions entières de territoires.

Le retrait de Gaza donne à nouveaux les moyens aux puissances impérialistes de soutenir la politique d’oppression réelle d’Israël sous le masque mensonger de la paix, en amadouant leurs propres opinions publiques.

Le soutien des impérialismes américains et européens.

Car dans cette politique d’écrasement d’un peuple tout entier, le gouvernement israélien, peut compter sur le soutien sans condition des impérialismes US et européens. Plus que jamais les Etats-Unis, à l’heure du bourbier irakien, ont besoin de la tête de pont impérialiste que représente Israël dans la région. Quant à l’Union européenne, elle a récemment encore affermi sa position de soutien infaillible à la colonisation, en étouffant un rapport de ses diplomates à Jérusalem, lequel avait le tort de rappeler un peu trop de vérités sur la nature coloniale de l’Etat d’Israël.

Ce rapport insiste sur la volonté délibérée d’Israël d’ « achever l’annexion de Jérusalem », par la poursuite de la colonisation, par la construction du mur qui soustrait de fait le territoire Jérusalem Est au reste de la Cisjordanie, par la politique d’épuration ethnique (démolitions de maisons par centaines, expulsions, pressions au départ). En affirmant que la « la viabilité d’un Etat palestinien dépend en grande partie de la préservation des liens entre Jérusalem-Est, Ramallah et Bethléem » et en constatant que « la perspective de deux Etats, avec Jérusalem comme capitale de l’Etat palestinien, s’éloigne », nos diplomates ne font pas autre chose que suggérer, un peu trop clairement, et peut-être même sans le vouloir, la réalité politique suivante : l’Etat d’Israël est fondé intrinsèquement sur la colonisation d’une terre que le sionisme jugeait « sans peuple ».

Cette colonisation n’a jamais cessé, quelles que soient les périodes, avec ou sans « accords de paix ». Le sionisme a toujours eu pour objectif premier, sous une forme ou sous une autre, selon les périodes, l’occupation toujours croissante du territoire, et le maintien d’une majorité juive, transformant, au besoin, certaines zones en véritables bantoustans misérables, sous contrôle militaire.

Dans le cadre des « deux Etats », la seule perspective qui resterait aux Palestiniens, serait celle d’un réseau morcelé de ghettos ! L’Etat palestinien « viable » (ou plutôt surviable), ce miracle qu’on obtiendrait par négociation, est une chimère, qui permet toutes les oppressions, et qui cherche à désarmer toutes les résistances ! Bush en personne l’avoue à mi-mots, quand il déclare qu’il n’y aura pas d’Etat palestinien avant la fin de son mandat.

La résistance du peuple palestinien et la crise du Fatah.

Face à cette agression coloniale, soutenue et encouragée par les impérialismes américains et européens, le peuple palestinien lutte pour sa survie. La résistance est mue par la colère de ceux qui n’ont rien à perdre que leurs chaînes. Cette résistance à l’occupation sioniste est, aux côtés de la résistance irakienne, à la pointe de la lutte contre la barbarie impérialiste à l’échelle mondiale. La portée de cette lutte gagne de la puissance, au point qu’elle provoque la crise au cœur des « institutions » palestiniennes, au cœur du parti dirigeant. Sous la pression des masses, le Fatah se craquelle.

Les caciques du parti, derrière Mahmoud Abbas, sont définitivement discrédités par leur corruption, mais surtout par leur collaboration avec Israël, par leur tentative d’étouffer la lutte armée, de passer des menottes aux masses poussées à bout, de bâillonner l’intifada, en livrant pied et poings liés le peuple au feu des chars et des F 16. Une aile « rénovatrice », plus en lien avec le mouvement de lutte des masses, entre en conflit ouvert avec ce vieil aréopage. Groupée autour de la personnalité populaire de Marhouan Barghouti, symbole de la résistance des débuts de la seconde intifada, et des brigades Al-Aqsa, ces dirigeants n’ont pas renoncé à la lutte armée. Ils ne le peuvent pas, sous peine de se couper définitivement des masses.

Ainsi, certains secteurs ont décrété la fin de la trêve avec l’occupant, conclue en 2004, et qui expirait ces jours-ci. La crise du parti est allée jusqu’à la présentation, dans un premier temps, de deux listes pour les législatives de fin janvier. Elle s’est même développée en affrontement armé, avec la prise d’assaut par les brigades Al-Aqsa, de la commission chargée des élections à Naplouse, ou encore leur coup de force au passage frontière entre Gaza et l’Egypte.

La crise est attisée par la montée en puissance du Hamas. La colère du peuple palestinien, sa détermination à lutter contre l’occupant s’expriment en partie par cette voie. A la suite du triomphe électoral du Hamas lors des dernières municipales (notamment à Naplouse, où il arrivait en tête), Amira Haas, journaliste à Haaretz, écrivait: « La victoire du Hamas aux élections locales a fleuri sur un terrain fertile. Les gens en ont assez des mensonges qui ont accompagné leurs vies durant les treize dernières années [depuis la signature des accords d’Oslo] ; qu’Oslo signifie la paix ; que la création d’une Autorité palestinienne est une victoire et un symbole, qui abolirait tous ses échecs ; que l’Autorité est un Etat. » (Haaretz.com, 21 décembre 2005).

Les masses palestiniennes sont prêtes à l’affrontement. Mais en l’absence d’une perspective révolutionnaire qui pourrait donner une perspective à cette lutte, c’est le Hamas qui tire profit de cette situation dramatique. Sans proposer aucune issue par le haut pour les masses, le Hamas (à l’origine créé de toute pièce par les services secrets israéliens pour affaiblir l’OLP) rallie de plus en plus de palestiniens, par sa détermination apparente à lutter contre l’agresseur.

La crise est telle que la préparation des élections législatives du 25 janvier tourne au chaos. Par crainte de se voir affaiblir davantage par un succès du Hamas, l’Autorité palestinienne mène en surface la politique capitularde du « retour au calme ». En sous-main, elle n’a pas reculé devant la collaboration et la trahison envers son peuple, en menant des tractations avec Israël, pour faire annuler les élections, ou pour les reporter une nouvelle fois.

Mais que les élections aient lieu ou non, et quel que soit leur résultat, deux choses semblent certaines : elles resteront un simulacre d’élections « libres », avec les urnes à l’ombre des chars ; et surtout, elles n’élimineront pas les ferments de guerre civile qui se manifestent aujourd’hui dans les territoires occupés. Tout simplement parce qu’on ne musèle pas un peuple opprimé impunément.

Vive la lutte du peuple palestinien contre l’agression sioniste !

A bas l’Autorité Palestinienne, fantoche de l’impérialisme !

Droit au retour inconditionnel de tous les réfugiés dans leur pays !

Contre la chimère des « deux Etats viables », pour un seul Etat, une seule Palestine, laïque et socialiste !

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