| L’objectif du présent
exposé est le suivant : comprendre toute la
portée et les implications (pour
l’analyse du fonctionnement du
capitalisme mondial, et pour l’action
du militant révolutionnaire), du constat de
Trotsky dans le Programme de transition de
1938 : « les forces productives de
l’humanité ont cessé de croître ».
Précisons d’abord que ce constat,
formulé par Trotsky à la veille de la seconde
boucherie mondiale, n’a rien de
conjoncturel. La question de la destruction
des forces productives par le capitalisme à
son stade impérialiste est plus que jamais
actuelle en ce début du XXIe siècle.
L’analyse de Trotsky dans le Programme
de Transition est tout à la fois un constat
économique et scientifique fondamental, ainsi
qu’une vision lucide sur le sort
tragique et dramatique de l’humanité
dans le cadre du capitalisme.
Fondamentalement vecteur de barbarie, de
misère et de destruction, le capitalisme ne
peut plus admettre de « réforme » qui lui
donnerait un « visage humain ». Plus que
jamais, l’avenir de l’humanité
réside dans le renversement de ce système
mortifère, l’avenir de l’humanité
est porté par le socialisme.
I. Forces productives et
rapports de production
Pour les marxistes, le moteur de
l’histoire n’est à chercher ni
dans un Dieu, ni dans les seules forces
individuelles ou les volontés particulières.
La seule manière de comprendre
l’histoire des sociétés humaines,
c’est de chercher ce qui détermine les
rapports sociaux, c’est
d’expliquer ce qui fait que les
rapports entre les hommes prennent, au cours
de l’histoire, telle ou telle forme.
Or, ce qui détermine en dernière instance les
rapports sociaux, ce sont les rapports
économiques, c'est-à-dire les conditions
réelles et concrètes d’existence des
hommes. Les rapports économiques sont la
structure, la base, sur laquelle repose la «
superstructure » des rapports sociaux avec
tout leur éventail (formes politiques,
expressions culturelles, artistiques, formes
de la conscience…).
Mais si l’histoire des sociétés
humaines est déterminée fondamentalement par
les rapports économiques, ça n’est pas
d’une manière linéaire. Les
bouleversements historiques sont le fruit de
la contradiction, de l’affrontement
violent entre des éléments contraires, qui
finit par accoucher à chaque fois d’un
ordre nouveau. En toute chose, c’est la
contradiction qui permet l’avancée, le
progrès, et qui contient la possibilité du
changement. Le matérialisme dialectique est
donc à l’opposée d’une pensée
fixiste, statique ou essentialiste.
Au sein des rapports économiques, il faut
donc distinguer entre deux réalités qui
entrent en contradiction : les forces
productives d’une part et le mode de
production (ou rapports de production)
d’autre part. Comme le montrent Marx et
Engels dans le Manifeste du parti communiste,
c’est la relation et la contradiction
entre ces deux réalités qui explique le
mouvement de l’histoire.
A) Les forces productives
: ce sont toutes les forces qui permettent de
produire. C’est-à-dire toutes les
formes de progrès, d’avancée qui
permettent de produire plus et mieux, de
diffuser plus largement les productions, de
multiplier les échanges…
Le capitalisme, dans sa phase
d’expansion, et plus particulièrement
pendant la révolution industrielle, a permis
un développement des forces productives
jamais vu jusqu’alors :
« La bourgeoisie, au cours de sa
domination de classe à peine séculaire, a
créé des forces productives plus nombreuses;
et plus colossales que l'avaient fait toutes
les générations passées prises ensemble. La
domestication des forces de la nature, les
machines, l'application de la chimie à
l'industrie et à l'agriculture, la navigation
à vapeur, les chemins de fer, les télégraphes
électriques, le défrichement de continents
entiers, la régularisation des fleuves, des
populations entières jaillies du sol - quel
siècle antérieur aurait soupçonné que de
pareilles forces productives dorment au sein
du travail social ? » (Marx et Engels,
Manifeste du Parti
communiste, Ch. I).
Les forces productives représentent donc
l’ensemble des progrès techniques et
scientifiques qui renforcent la maîtrise de
l’homme sur l’élément naturel et
qui rendent plus efficace la transformation
de la nature par le travail humain. Cela
comprend aussi l’efficacité du travail
lui-même, la force du travailleur, ainsi que
le savoir, le savoir-faire,
c’est-à-dire la culture et la
qualification.
Le développement des forces productives
est fondamental pour l’humanité parce
qu’il permet, à certains moment de
l’histoire, de satisfaire des besoins
humains essentiels. Par exemple, au XIe
siècle, le remplacement du joug des
bœufs par le collier d’épaule
représente une révolution gigantesque dans
les forces productives. En décuplant la force
du bœuf, le collier d’épaule
permet un labour en profondeur. La production
agricole s’accroît, avec la
population.
B) Le mode de production
(ou rapports de production). Les rapports de
production sont l’ensemble des rapports
produits par l’humanité au cours du
développement de son activité de production.
Ces rapports sont fixes. Ils expriment à un
moment déterminé de l’histoire, un
stade déterminé du développement des forces
productives. Ils sont comme la
cristallisation des forces productives, à un
moment donné, en rapports sociaux fixes.
Le facteur essentiel qui commande toute
l’organisation sociale des rapports de
production, c’est le régime de la
propriété des moyens de production. Les
grandes époques de l’histoire de
l’humanité correspondent à des forment
différentes de la propriété des moyens de
productions.
II. La contradiction entre
les forces productives et le mode de
production
On comprend que si les forces productives
se cristallisent en rapports de production,
la relation entre ces deux réalités contient
en elle-même une contradiction fondamentale.
Les forces productives sont un processus
dynamique, en constante évolution, alors que
les rapports de production sont figés en un
mode de production fixe, avec
l’organisation sociale qui lui
correspond.
Or, à certains moments décisifs de la vie
des sociétés (crises, périodes
révolutionnaires) les forces productives
entrent en contradiction avec les rapports de
production. Le régime de la propriété devient
un carcan, une gangue étroite qui étouffe le
développement des forces productives. Si bien
que pour se réaliser, pour continuer leur
poussée (avancée du progrès, croissance,
développement, conquête…) le forces
productives ont besoin de balayer les anciens
rapports de production devenus caduques. Les
périodes de révolution, qui sont les à-coups
par lesquelles l’histoire avance, ne
sont rien d’autre que ce moment où le
vieil échafaudage d’un mode de
production croule sous la poussée des forces
productives dont il entravait le progrès.
La Révolution Française correspond à la
prise de pouvoir politique de la bourgeoisie,
qui liquide les anciens rapports sociaux
féodaux (privilèges, droits communaux et
seigneuriaux, corporations..) pour instaurer
de nouveaux rapports de production, qui
correspondent pleinement au développement des
forces productives capitalistes. Ce nouveau
mode de production, révolutionnaire à
l’époque, est fondé sur la liberté
d’achat et de vente de la force de
travail, ainsi que sur la division et la
rationalisation du travail.
« Voici donc ce que nous avons vu :
les moyens de production et d'échange. sur la
base desquels s'est édifiée la bourgeoise,
furent créés à l'intérieur de la société
féodale. A un certain degré du développement
de ces moyens de production et d'échange, les
conditions dans lesquelles la société féodale
produisait et échangeait, l'organisation
féodale de l'agriculture et de la
manufacture, en un mot le régime féodal de
propriété, cessèrent de correspondre aux
forces productives en plein développement.
Ils entravaient la production au lieu de la
faire progresser. Ils se transformèrent en
autant de chaînes. Il fallait les briser. Et
on les brisa. A sa place s'éleva la libre
concurrence, avec une constitution sociale et
politique appropriée, avec la suprématie
économique et politique de la classe
bourgeoise. » (Marx et Engels, Manifeste…, Ch
I).
Mais la société capitaliste
n’échappe pas à la règle… Elle
aussi se trouve traversée par cette
contradiction fondamentale entre les forces
productives dynamiques et l’état figé
du régime de propriété. A son tour, le mode
de production capitaliste, d’abord
révolutionnaire parce que porté par le
développement des forces productives, va
devenir un obstacle au progrès continu des
forces productives, et donc au développement
de l’humanité. C’est le constat
génial que font Marx et Engels dès 1847, et
qui n’a fait que se confirmer et se
radicaliser depuis. L’importance
cruciale de ce constat justifie ici une
longue citation.
« Les conditions bourgeoises de
production et d'échange, le régime bourgeois
de la propriété, la société bourgeoise
moderne, qui a fait surgir de si puissants
moyens de production et d'échange,
ressemblent au magicien qui ne sait plus
dominer les puissances infernales qu'il a
évoquées. Depuis des dizaines d'années,
l'histoire de l'industrie et du commerce
n'est autre chose que l'histoire de la
révolte des forces productives modernes
contre les rapports modernes de production,
contre le régime de propriété qui
conditionnent l'existence de la bourgeoisie
et sa domination. Il suffit de mentionner les
crises commerciales qui, par leur retour
périodique, menacent de plus en plus
l'existence de la société bourgeoise. Chaque
crise détruit régulièrement non seulement une
masse de produits déjà créés, mais encore une
grande partie des forces productives déjà
existantes elles-mêmes. Une épidémie qui, à
toute autre époque, eût semblé une absurdité,
s'abat sur la société, - l'épidémie de la
surproduction. La société se trouve
subitement ramenée à un état de barbarie
momentanée; on dirait qu'une famine, une
guerre d'extermination lui ont coupé tous ses
moyens de subsistance; l'industrie et le
commerce semblent anéantis. Et pourquoi ?
Parce que la société a trop de civilisation,
trop de moyens de subsistance, trop
d'industrie, trop de commerce. Les forces
productives dont elle dispose ne favorisent
plus le régime de la propriété bourgeoise; au
contraire, elles sont devenues trop
puissantes pour ce régime qui alors leur fait
obstacle; et toutes les fois que les forces
productives sociales triomphent de cet
obstacle, elles précipitent dans le désordre
la société bourgeoise tout entière et
menacent l'existence de la propriété
bourgeoise. Le système bourgeois est devenu
trop étroit pour contenir les richesses
créées dans son sein. - Comment la
bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D'un
côté, en détruisant par la violence une masse
de forces productives; de l'autre, en
conquérant de nouveaux marchés et en
exploitant plus à fond les anciens. A quoi
cela aboutit-il ? A préparer des crises plus
générales et plus formidables et à diminuer
les moyens de les prévenir. Les armes dont la
bourgeoisie s'est servie pour abattre la
féodalité se retournent aujourd'hui contre la
bourgeoisie elle-même. » (Marx et
Engels, Manifeste…, Ch
I).
Le régime de la propriété privée, jadis
révolutionnaire, devient un frein au
développement des forces productives. Pour se
maintenir à tout prix, ce régime, dont
l’existence de la bourgeoisie dépend,
se mue en facteur de régression et de
barbarie. Déjà à l’époque de Marx, la
bourgeoisie, pour se maintenir, devait
nécessairement en passer par un gigantesque
gâchis : la destruction directe de forces
productives (élimination de surproduction,
licenciements par milliers…).
Ce travail souterrain et inéluctable des
forces productives, qui finit par ébranler
les rapports de production obsolètes,
c’est ce que les marxistes
révolutionnaires identifient comme les
conditions objectives de la révolution
socialiste. Du point de vue de
l’histoire des sociétés humaines, la
révolution est scientifiquement inéluctable.
Elle correspond au mouvement même des forces
productives. Les forces productives font
l’histoire, non au sens d’une
force qui dépasse les hommes en les
transcendant, mais au sens où elles ne sont
rien d’autres que les formes de
l’activité créatrice des hommes
eux-mêmes.
III. L’impérialisme,
stade suprême du capitalisme.
Cette contradiction interne du capitalisme
entre les forces productives et le mode de
production, atteint son degré extrême avec le
stade impérialiste. L’impérialisme est
la forme prise par le système capitaliste au
XXe siècle, et qui caractérise encore
l’époque actuelle. Cette forme ultime
du capitalisme a été analysée par Lénine,
dans son livre fondamental : L’impérialisme, stade
suprême du capitalisme, publié en 1916,
au cœur des horreurs de la première
guerre mondiale.
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Parmi les cinq critères qui
caractérisent, selon Lénine, la forme
impérialiste du capitalisme, trois nous
intéressent ici :
- Le règne du monopole. La « libre
concurrence », mythe du libéralisme en
expansion, a été pulvérisé par la
concentration, la fusion, la création de «
multinationales ». Depuis le début du
vingtième siècle, une poignée de «
multinationales » maîtrise l’immense
majorité des richesses, et contrôle
l’écrasante majorité de la production
mondiale.
- La domination du CAPITAL FINANCIER sur
le capital industriel. C’est le règne
des banques, l’ère de
l’exportation des capitaux et de
l’accumulation de capitaux.
L’argent engendre de l’argent,
sans plus aucun rapport avec la production
industrielle réelle.
- La fin du PARTAGE DU MONDE : L’ère
coloniale a vu la conquête effrénée de
territoires indispensables aux grandes
puissances pour trouver de nouveaux
débouchés, et exporter des capitaux. La
période impérialiste s’ouvre
précisément avec la fin de la conquête de la
planète. Il n’y a plus de nouveaux
territoires à coloniser. La course aux
débouchés prend la forme la plus barbare
d’une concurrence, d’une
compétition pour le pillage du monde. Il
n’y a plus d’expansion, mais
uniquement redistribution des cartes.
C’est le conflit permanent entre les
impérialismes pour préserver chacun les
intérêts de leur propre bourgeoisie
nationale.
L’impérialisme est l’époque
des « guerres et des révolutions »,
l’époque des boucheries les plus
insensées et les plus barbares. La
contradiction ayant atteint son degré ultime,
la propriété privée des moyens de
productions, qui étouffe les forces
productives, est devenue entièrement un
facteur de régression. La barbarie, qui était
encore « partielle » ou « momentanée » pour
les auteurs du Manifeste, est devenue la
règle. Le « réformisme », l’aménagement
progressiste du capitalisme, sont désormais à
ranger au magasin des utopies.
Les deux guerres mondiales de 14-18 et de
39-45 sont l’expression directe de la
rapacité des puissances impérialistes qui,
pour se survivre, doivent s’écraser
l’une l’autre et accentuer
toujours plus le pillage de la planète. Hier
la dictature sanglante de Pinochet au Chili,
aujourd’hui l’occupation barbare
de peuples entiers comme en Irak : autant
d’exemples de la nécessité de
l’impérialisme US de préserver, à tous
prix, ses intérêts dans telle ou telle partie
du monde.
L’impérialisme est le « stade
suprême » du capitalisme. Autrement dit, il
en est la phase terminale, le stade de
pourrissement, de putréfaction, de
parasitisme. Le capitalisme est arrivé au
bout d’une contradiction sans autre
issue que son renversement pour sortir de
cette logique folle.
Pour en revenir aux forces productives,
cela signifie qu’à l’époque
impérialiste, le capitalisme est moins que
jamais capable de répondre aux besoins de
l’humanité, de satisfaire les
nécessités élémentaires de l’immense
majorité. Au contraire, il enfonce dans la
misère l’immense majorité. Lénine prend
l’exemple du règne parasite du capital
financier : l’immense accumulation de
capitaux dans un pays impérialiste ne sert
pas à accroître le niveau de vie et de
culture des masses, mais ces capitaux sont
exportés dans un pays sous-développé pour le
piller, l’exploiter, en augmentant ce
sous-développement. Les forces productives
sont étouffées à un point jamais atteint.
IV. Trotsky et le
Programme de transition.
En 1938, Trotsky, tire
l’enseignement final du stade
impérialiste. Dans les premières lignes de
son Programme de transition, il écrit :
« La prémisse économique de la
révolution prolétarienne est arrivée depuis
longtemps au point le plus élevé qui puisse
être atteint sous le capitalisme. Les forces
productives de l'humanité ont cessé de
croître. Les nouvelles inventions et les
nouveaux progrès techniques ne conduisent
plus à un accroissement de la richesse
matérielle. Les crises conjoncturelles, dans
les conditions de la crise sociale de tout le
système capitaliste, accablent les masses de
privations et de souffrances toujours plus
grandes. » (Trotsky, Programme de
transition, L’agonie du capitalisme et
les tâches de la quatrième internationale, «
Les prémisses objectives de
la révolution socialiste »).
Les forces productives (progrès de
l’humanité) se heurtent comme jamais
auparavant aux rapports de production (la
lutte des impérialismes pour sauver leurs
profit). Pour sauver les profits et la
propriété privée, le capitalisme est
contraint, à échelle globale et mondiale, de
laisser inexploitée une partie de plus en
plus importante des forces productives de
l’humanité. Ainsi, la misère et le «
sous-développement » de ce qu’on
appelle le Tiers-monde, ne sont pas un stade
inférieur, antérieur, dans une progression
lente et sûre qui conduirait, chacun à son
rythme, vers la prospérité de tous !
C’est là le mythe d’un
capitalisme facteur de développement (Hélas
un peu lent et difficile pour l’immense
majorité, mais patience…) que
n’ont pas honte de nous servir les
économistes bourgeois au service des nantis «
sur-développés » ! Non, au contraire, le
potentiel de production de ces pays dominés
n’est pas en « sous-développement », il
est bel est bien entravé, empêché, voire
enfoncé dans la régression par la lutte entre
les impérialismes, par le pillage organisé de
régions entières ! Le continent africain,
livré à la misère, aux guerres, aux épidémies
et aux famines, est l’exemple cruel de
cette régression gigantesque qui caractérise
l’avenir du capitalisme mondial à son
stade impérialiste. Ces dernières années, la
pauvreté n’a cessé de s’y
accroître, la population et la production y
sont en constante régression.
Dans les pays impérialistes, la
destruction des forces productives prend la
forme, de la déqualification : tout le
potentiel de savoir, le potentiel
scientifique, le potentiel humain est bridé,
écrasé par la nécessité de baisser le coût du
travail. Licenciements massifs, fermetures
d’usines, délocalisations jettent des
millions de travailleurs à la rue, en un
gigantesque gâchis de force productive. Le
chômage sert de pression sur le travailleur
pour qu’il accepte n’importe quel
emploi, bien en dessous de ses qualifications
et formation : là encore, nouveau gâchis. En
dévalorisant les diplômes à échelle
européenne (casse du contenu national des
cursus, déconnexion des conventions
collectives, individualisation…), la
réforme du LMD institutionnalise la
déqualification. La systématisation du stage
non rémunéré qui remplace un poste à statut
(800 000 jeunes travailleurs concernés en
2005 en France) vient compléter le
dispositif.
A échelle mondiale, l’économie
capitaliste vit non pas du développement des
forces productives, mais bien de la
production de forces destructrices. La part
la plus forte du profit mondial, sa clef de
voûte, est assurée à l’échelle de la
planète par les deux économies parasitaires
et destructrices : l’armement et la
drogue.
Certes, le XXe siècle est bien le siècle
des progrès techniques, des découvertes
scientifiques dans tous les domaines. Mais
ces progrès, le capitalisme en putréfaction
interdit de s’en servir pour répondre
aux besoins des humains. Pire, il les
retourne en forces destructives.
-L’énergie atomique a été
d’abord une bombe (larguée
immédiatement après conception sur Hiroshima)
avant d’être une centrale
électrique.
-Les progrès actuels de la médecine
(vaccins, médicaments…) permettraient
de soigner immédiatement et massivement les
épidémies de Palu ou de SIDA qui ravagent
l’Afrique. Mais le carcan de la
propriété privée maintient les médicaments
dans une logique marchande (brevets aux prix
exorbitants, interdiction des
génériques…). La survie du capitalisme
exige d’interdire l’accès aux
soins à l’immense majorité, non
solvable. Pire, aujourd’hui les
laboratoires pharmaceutiques investissent
plus d’argent dans la mêlée
publicitaire (concurrencer, vendre, rester
compétitif) que dans la recherche elle-même
et dans les soins effectifs, qui
correspondent pourtant aux besoins les plus
primordiaux de l’humanité.
Quant aux fameuses « trente glorieuses »,
ces années bénies dont les économistes
bourgeois nous rebattent les oreilles, comme
une preuve du caractère progressiste du
capitalisme, il faut être un incurable myope
pour ne pas voir que la prospérité (toute
relative) des classes moyennes des pays
impérialistes n’est possible
qu’au prix du pillage et de la misère
de l’immense majorité de la planète. Il
faut surtout avoir la mémoire très courte
pour ne pas se souvenir que le capitalisme,
pendant ces trente années, a
reconstruit… ce qu’il avait
lui-même rasé et réduit en poussière dans la
gigantesque boucherie inter-impérialistes !
Comme l’avaient déjà entrevu Marx et
Engels dès 1847, la destruction est une
nécessité de l’impérialisme, pour
trouver à relancer les forces productives en
redressant les ruines !
V. « socialisme ou
barbarie »
A l’époque de la première guerre
mondiale, Lénine parlait de
l’impérialisme comme du stade de la
putréfaction, du pourrissement du
capitalisme. A la veille de la seconde
barbarie mondiale, Trotsky confirme et
accentue l’analyse, en parlant
d’un capitalisme à l’agonie.
Cela signifie que les conditions
objectives pour la révolution socialiste (la
contradiction entre la poussée des forces
productives et le mode de production
obsolète) ne sont plus seulement mûres, mais
qu’elles commencent à pourrir.
« Les bavardages de toutes sortes
selon lesquels les conditions historiques ne
seraient pas encore "mûres" pour le
socialisme ne sont que le produit de
l'ignorance ou d'une tromperie consciente.
Les prémisses objectives de la révolution
prolétarienne ne sont pas seulement mûres ;
elles ont même commencé à pourrir. Sans
révolution socialiste, et cela dans la
prochaine période historique, la civilisation
humaine tout entière est menacée d'être
emportée dans une catastrophe. Tout dépend du
prolétariat, c'est-à-dire au premier chef de
son avant-garde révolutionnaire. La crise
historique de l'humanité se réduit à la crise
de la direction révolutionnaire. »
(Trotsky, Programme de transition,
Ibid.).
Aujourd’hui, plus que jamais, la
seule alternative est celle qui oppose le
socialisme à la barbarie irrémédiable dans
laquelle le capitalisme enfonce
l’humanité. Voici bien longtemps que le
capitalisme n’admet plus, et ne saurait
admettre de progrès (sous peine de se
condamner lui-même à disparaître). Le
réformisme est une forme morte depuis le
début de l’ère impérialiste. Car le
réformisme suppose historiquement une
croissance des forces productives, qui
permette l’apport de progrès,
l’amélioration globale des conditions
de vie de l’humanité, voire la simple
satisfaction de ses besoins élémentaires. Or,
les contradictions de l’impérialisme
engendrent exactement l’inverse.
Depuis une trentaine d’année, toute
expérience soi-disant « réformiste » se
tourne inéluctablement en son contraire : la
contre-réforme, la régression sociale, la
domination accrue du capital sur le travail.
Et ce à échelle mondiale. Deux simples
exemples : les 35h de la « gauche-plurielle »
en France ont permis en réalité la
flexibilité du temps de travail, et ont
dégradé les conditions de travail des
ouvriers pour le plus grand profit du
patronat. Au Brésil, l’expérience de
Lula, qui, en réformiste conséquent a fait
allégeance au FMI et à la Banque Mondiale,
n’a fait qu’accroître la misère
et les inégalités.
Entre la barbarie impérialiste et le
socialisme, il n’existe pas
d’intermédiaire. Le socialisme est le
seul système à même de développer les forces
productives en établissant la propriété
collective des moyens de productions, pour
libérer les formidables avancées
technologiques et humaines et pour répondre
aux besoins de l’humanité tout entière.
Le prolétariat, en tant qu’elle est la
classe productrice et la classe la plus
exploitée, représente les intérêts de
l’humanité entière. Seul le prolétariat
est à même de remettre la société sur ses
pieds, en renversant la bourgeoisie pour
établir la société sans classe.
Les conditions objectives pour le
socialisme sont depuis longtemps réunies.
Ainsi, le seul obstacle à la réalisation du
socialisme, c’est la crise de la
direction du prolétariat mondial. Le seul
frein à l’émancipation des masses en
lutte, c’est la trahison des directions
des partis ouvriers ! Cette trahison peut
prendre toutes les formes (opportunisme,
gauchisme, réformisme), elle se résume
toujours, à un moment donné, à ceci :
subordonner les intérêts des travailleurs à
ceux de la bourgeoisie, et donc de maintenir
en place le système capitaliste à
l’agonie.
Alors, aujourd’hui plus que jamais,
la seule alternative pour l’humanité,
c’est socialisme ou barbarie.
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