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Document paru dans l'Internationaliste n°60

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« Les forces productives ont cessé de croître » (Trotsky) :

Capitalisme et destruction des forces productives.

L’objectif du présent exposé est le suivant : comprendre toute la portée et les implications (pour l’analyse du fonctionnement du capitalisme mondial, et pour l’action du militant révolutionnaire), du constat de Trotsky dans le Programme de transition de 1938 : « les forces productives de l’humanité ont cessé de croître ».

Précisons d’abord que ce constat, formulé par Trotsky à la veille de la seconde boucherie mondiale, n’a rien de conjoncturel. La question de la destruction des forces productives par le capitalisme à son stade impérialiste est plus que jamais actuelle en ce début du XXIe siècle. L’analyse de Trotsky dans le Programme de Transition est tout à la fois un constat économique et scientifique fondamental, ainsi qu’une vision lucide sur le sort tragique et dramatique de l’humanité dans le cadre du capitalisme. Fondamentalement vecteur de barbarie, de misère et de destruction, le capitalisme ne peut plus admettre de « réforme » qui lui donnerait un « visage humain ». Plus que jamais, l’avenir de l’humanité réside dans le renversement de ce système mortifère, l’avenir de l’humanité est porté par le socialisme.

I. Forces productives et rapports de production

Pour les marxistes, le moteur de l’histoire n’est à chercher ni dans un Dieu, ni dans les seules forces individuelles ou les volontés particulières. La seule manière de comprendre l’histoire des sociétés humaines, c’est de chercher ce qui détermine les rapports sociaux, c’est d’expliquer ce qui fait que les rapports entre les hommes prennent, au cours de l’histoire, telle ou telle forme. Or, ce qui détermine en dernière instance les rapports sociaux, ce sont les rapports économiques, c'est-à-dire les conditions réelles et concrètes d’existence des hommes. Les rapports économiques sont la structure, la base, sur laquelle repose la « superstructure » des rapports sociaux avec tout leur éventail (formes politiques, expressions culturelles, artistiques, formes de la conscience…).

Mais si l’histoire des sociétés humaines est déterminée fondamentalement par les rapports économiques, ça n’est pas d’une manière linéaire. Les bouleversements historiques sont le fruit de la contradiction, de l’affrontement violent entre des éléments contraires, qui finit par accoucher à chaque fois d’un ordre nouveau. En toute chose, c’est la contradiction qui permet l’avancée, le progrès, et qui contient la possibilité du changement. Le matérialisme dialectique est donc à l’opposée d’une pensée fixiste, statique ou essentialiste.

Au sein des rapports économiques, il faut donc distinguer entre deux réalités qui entrent en contradiction : les forces productives d’une part et le mode de production (ou rapports de production) d’autre part. Comme le montrent Marx et Engels dans le Manifeste du parti communiste, c’est la relation et la contradiction entre ces deux réalités qui explique le mouvement de l’histoire.

A) Les forces productives : ce sont toutes les forces qui permettent de produire. C’est-à-dire toutes les formes de progrès, d’avancée qui permettent de produire plus et mieux, de diffuser plus largement les productions, de multiplier les échanges…

Le capitalisme, dans sa phase d’expansion, et plus particulièrement pendant la révolution industrielle, a permis un développement des forces productives jamais vu jusqu’alors :

« La bourgeoisie, au cours de sa domination de classe à peine séculaire, a créé des forces productives plus nombreuses; et plus colossales que l'avaient fait toutes les générations passées prises ensemble. La domestication des forces de la nature, les machines, l'application de la chimie à l'industrie et à l'agriculture, la navigation à vapeur, les chemins de fer, les télégraphes électriques, le défrichement de continents entiers, la régularisation des fleuves, des populations entières jaillies du sol - quel siècle antérieur aurait soupçonné que de pareilles forces productives dorment au sein du travail social ? » (Marx et Engels, Manifeste du Parti communiste, Ch. I).

Les forces productives représentent donc l’ensemble des progrès techniques et scientifiques qui renforcent la maîtrise de l’homme sur l’élément naturel et qui rendent plus efficace la transformation de la nature par le travail humain. Cela comprend aussi l’efficacité du travail lui-même, la force du travailleur, ainsi que le savoir, le savoir-faire, c’est-à-dire la culture et la qualification.

Le développement des forces productives est fondamental pour l’humanité parce qu’il permet, à certains moment de l’histoire, de satisfaire des besoins humains essentiels. Par exemple, au XIe siècle, le remplacement du joug des bœufs par le collier d’épaule représente une révolution gigantesque dans les forces productives. En décuplant la force du bœuf, le collier d’épaule permet un labour en profondeur. La production agricole s’accroît, avec la population.

B) Le mode de production (ou rapports de production). Les rapports de production sont l’ensemble des rapports produits par l’humanité au cours du développement de son activité de production. Ces rapports sont fixes. Ils expriment à un moment déterminé de l’histoire, un stade déterminé du développement des forces productives. Ils sont comme la cristallisation des forces productives, à un moment donné, en rapports sociaux fixes.

Le facteur essentiel qui commande toute l’organisation sociale des rapports de production, c’est le régime de la propriété des moyens de production. Les grandes époques de l’histoire de l’humanité correspondent à des forment différentes de la propriété des moyens de productions.

II. La contradiction entre les forces productives et le mode de production

On comprend que si les forces productives se cristallisent en rapports de production, la relation entre ces deux réalités contient en elle-même une contradiction fondamentale. Les forces productives sont un processus dynamique, en constante évolution, alors que les rapports de production sont figés en un mode de production fixe, avec l’organisation sociale qui lui correspond.

Or, à certains moments décisifs de la vie des sociétés (crises, périodes révolutionnaires) les forces productives entrent en contradiction avec les rapports de production. Le régime de la propriété devient un carcan, une gangue étroite qui étouffe le développement des forces productives. Si bien que pour se réaliser, pour continuer leur poussée (avancée du progrès, croissance, développement, conquête…) le forces productives ont besoin de balayer les anciens rapports de production devenus caduques. Les périodes de révolution, qui sont les à-coups par lesquelles l’histoire avance, ne sont rien d’autre que ce moment où le vieil échafaudage d’un mode de production croule sous la poussée des forces productives dont il entravait le progrès.

La Révolution Française correspond à la prise de pouvoir politique de la bourgeoisie, qui liquide les anciens rapports sociaux féodaux (privilèges, droits communaux et seigneuriaux, corporations..) pour instaurer de nouveaux rapports de production, qui correspondent pleinement au développement des forces productives capitalistes. Ce nouveau mode de production, révolutionnaire à l’époque, est fondé sur la liberté d’achat et de vente de la force de travail, ainsi que sur la division et la rationalisation du travail.

« Voici donc ce que nous avons vu : les moyens de production et d'échange. sur la base desquels s'est édifiée la bourgeoise, furent créés à l'intérieur de la société féodale. A un certain degré du développement de ces moyens de production et d'échange, les conditions dans lesquelles la société féodale produisait et échangeait, l'organisation féodale de l'agriculture et de la manufacture, en un mot le régime féodal de propriété, cessèrent de correspondre aux forces productives en plein développement. Ils entravaient la production au lieu de la faire progresser. Ils se transformèrent en autant de chaînes. Il fallait les briser. Et on les brisa. A sa place s'éleva la libre concurrence, avec une constitution sociale et politique appropriée, avec la suprématie économique et politique de la classe bourgeoise. » (Marx et Engels, Manifeste…, Ch I).

Mais la société capitaliste n’échappe pas à la règle… Elle aussi se trouve traversée par cette contradiction fondamentale entre les forces productives dynamiques et l’état figé du régime de propriété. A son tour, le mode de production capitaliste, d’abord révolutionnaire parce que porté par le développement des forces productives, va devenir un obstacle au progrès continu des forces productives, et donc au développement de l’humanité. C’est le constat génial que font Marx et Engels dès 1847, et qui n’a fait que se confirmer et se radicaliser depuis. L’importance cruciale de ce constat justifie ici une longue citation.

« Les conditions bourgeoises de production et d'échange, le régime bourgeois de la propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d'échange, ressemblent au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu'il a évoquées. Depuis des dizaines d'années, l'histoire de l'industrie et du commerce n'est autre chose que l'histoire de la révolte des forces productives modernes contre les rapports modernes de production, contre le régime de propriété qui conditionnent l'existence de la bourgeoisie et sa domination. Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour périodique, menacent de plus en plus l'existence de la société bourgeoise. Chaque crise détruit régulièrement non seulement une masse de produits déjà créés, mais encore une grande partie des forces productives déjà existantes elles-mêmes. Une épidémie qui, à toute autre époque, eût semblé une absurdité, s'abat sur la société, - l'épidémie de la surproduction. La société se trouve subitement ramenée à un état de barbarie momentanée; on dirait qu'une famine, une guerre d'extermination lui ont coupé tous ses moyens de subsistance; l'industrie et le commerce semblent anéantis. Et pourquoi ? Parce que la société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d'industrie, trop de commerce. Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le régime de la propriété bourgeoise; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce régime qui alors leur fait obstacle; et toutes les fois que les forces productives sociales triomphent de cet obstacle, elles précipitent dans le désordre la société bourgeoise tout entière et menacent l'existence de la propriété bourgeoise. Le système bourgeois est devenu trop étroit pour contenir les richesses créées dans son sein. - Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D'un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives; de l'autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens. A quoi cela aboutit-il ? A préparer des crises plus générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prévenir. Les armes dont la bourgeoisie s'est servie pour abattre la féodalité se retournent aujourd'hui contre la bourgeoisie elle-même. » (Marx et Engels, Manifeste…, Ch I).

Le régime de la propriété privée, jadis révolutionnaire, devient un frein au développement des forces productives. Pour se maintenir à tout prix, ce régime, dont l’existence de la bourgeoisie dépend, se mue en facteur de régression et de barbarie. Déjà à l’époque de Marx, la bourgeoisie, pour se maintenir, devait nécessairement en passer par un gigantesque gâchis : la destruction directe de forces productives (élimination de surproduction, licenciements par milliers…).

Ce travail souterrain et inéluctable des forces productives, qui finit par ébranler les rapports de production obsolètes, c’est ce que les marxistes révolutionnaires identifient comme les conditions objectives de la révolution socialiste. Du point de vue de l’histoire des sociétés humaines, la révolution est scientifiquement inéluctable. Elle correspond au mouvement même des forces productives. Les forces productives font l’histoire, non au sens d’une force qui dépasse les hommes en les transcendant, mais au sens où elles ne sont rien d’autres que les formes de l’activité créatrice des hommes eux-mêmes.

III. L’impérialisme, stade suprême du capitalisme.

Cette contradiction interne du capitalisme entre les forces productives et le mode de production, atteint son degré extrême avec le stade impérialiste. L’impérialisme est la forme prise par le système capitaliste au XXe siècle, et qui caractérise encore l’époque actuelle. Cette forme ultime du capitalisme a été analysée par Lénine, dans son livre fondamental : L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, publié en 1916, au cœur des horreurs de la première guerre mondiale.

Parmi les cinq critères qui caractérisent, selon Lénine, la forme impérialiste du capitalisme, trois nous intéressent ici :

- Le règne du monopole. La « libre concurrence », mythe du libéralisme en expansion, a été pulvérisé par la concentration, la fusion, la création de « multinationales ». Depuis le début du vingtième siècle, une poignée de « multinationales » maîtrise l’immense majorité des richesses, et contrôle l’écrasante majorité de la production mondiale.

- La domination du CAPITAL FINANCIER sur le capital industriel. C’est le règne des banques, l’ère de l’exportation des capitaux et de l’accumulation de capitaux. L’argent engendre de l’argent, sans plus aucun rapport avec la production industrielle réelle.

- La fin du PARTAGE DU MONDE : L’ère coloniale a vu la conquête effrénée de territoires indispensables aux grandes puissances pour trouver de nouveaux débouchés, et exporter des capitaux. La période impérialiste s’ouvre précisément avec la fin de la conquête de la planète. Il n’y a plus de nouveaux territoires à coloniser. La course aux débouchés prend la forme la plus barbare d’une concurrence, d’une compétition pour le pillage du monde. Il n’y a plus d’expansion, mais uniquement redistribution des cartes. C’est le conflit permanent entre les impérialismes pour préserver chacun les intérêts de leur propre bourgeoisie nationale.

L’impérialisme est l’époque des « guerres et des révolutions », l’époque des boucheries les plus insensées et les plus barbares. La contradiction ayant atteint son degré ultime, la propriété privée des moyens de productions, qui étouffe les forces productives, est devenue entièrement un facteur de régression. La barbarie, qui était encore « partielle » ou « momentanée » pour les auteurs du Manifeste, est devenue la règle. Le « réformisme », l’aménagement progressiste du capitalisme, sont désormais à ranger au magasin des utopies.

Les deux guerres mondiales de 14-18 et de 39-45 sont l’expression directe de la rapacité des puissances impérialistes qui, pour se survivre, doivent s’écraser l’une l’autre et accentuer toujours plus le pillage de la planète. Hier la dictature sanglante de Pinochet au Chili, aujourd’hui l’occupation barbare de peuples entiers comme en Irak : autant d’exemples de la nécessité de l’impérialisme US de préserver, à tous prix, ses intérêts dans telle ou telle partie du monde.

L’impérialisme est le « stade suprême » du capitalisme. Autrement dit, il en est la phase terminale, le stade de pourrissement, de putréfaction, de parasitisme. Le capitalisme est arrivé au bout d’une contradiction sans autre issue que son renversement pour sortir de cette logique folle.

Pour en revenir aux forces productives, cela signifie qu’à l’époque impérialiste, le capitalisme est moins que jamais capable de répondre aux besoins de l’humanité, de satisfaire les nécessités élémentaires de l’immense majorité. Au contraire, il enfonce dans la misère l’immense majorité. Lénine prend l’exemple du règne parasite du capital financier : l’immense accumulation de capitaux dans un pays impérialiste ne sert pas à accroître le niveau de vie et de culture des masses, mais ces capitaux sont exportés dans un pays sous-développé pour le piller, l’exploiter, en augmentant ce sous-développement. Les forces productives sont étouffées à un point jamais atteint.

IV. Trotsky et le Programme de transition.

En 1938, Trotsky, tire l’enseignement final du stade impérialiste. Dans les premières lignes de son Programme de transition, il écrit :

« La prémisse économique de la révolution prolétarienne est arrivée depuis longtemps au point le plus élevé qui puisse être atteint sous le capitalisme. Les forces productives de l'humanité ont cessé de croître. Les nouvelles inventions et les nouveaux progrès techniques ne conduisent plus à un accroissement de la richesse matérielle. Les crises conjoncturelles, dans les conditions de la crise sociale de tout le système capitaliste, accablent les masses de privations et de souffrances toujours plus grandes. » (Trotsky, Programme de transition, L’agonie du capitalisme et les tâches de la quatrième internationale, « Les prémisses objectives de la révolution socialiste »).

Les forces productives (progrès de l’humanité) se heurtent comme jamais auparavant aux rapports de production (la lutte des impérialismes pour sauver leurs profit). Pour sauver les profits et la propriété privée, le capitalisme est contraint, à échelle globale et mondiale, de laisser inexploitée une partie de plus en plus importante des forces productives de l’humanité. Ainsi, la misère et le « sous-développement » de ce qu’on appelle le Tiers-monde, ne sont pas un stade inférieur, antérieur, dans une progression lente et sûre qui conduirait, chacun à son rythme, vers la prospérité de tous ! C’est là le mythe d’un capitalisme facteur de développement (Hélas un peu lent et difficile pour l’immense majorité, mais patience…) que n’ont pas honte de nous servir les économistes bourgeois au service des nantis « sur-développés » ! Non, au contraire, le potentiel de production de ces pays dominés n’est pas en « sous-développement », il est bel est bien entravé, empêché, voire enfoncé dans la régression par la lutte entre les impérialismes, par le pillage organisé de régions entières ! Le continent africain, livré à la misère, aux guerres, aux épidémies et aux famines, est l’exemple cruel de cette régression gigantesque qui caractérise l’avenir du capitalisme mondial à son stade impérialiste. Ces dernières années, la pauvreté n’a cessé de s’y accroître, la population et la production y sont en constante régression.

Dans les pays impérialistes, la destruction des forces productives prend la forme, de la déqualification : tout le potentiel de savoir, le potentiel scientifique, le potentiel humain est bridé, écrasé par la nécessité de baisser le coût du travail. Licenciements massifs, fermetures d’usines, délocalisations jettent des millions de travailleurs à la rue, en un gigantesque gâchis de force productive. Le chômage sert de pression sur le travailleur pour qu’il accepte n’importe quel emploi, bien en dessous de ses qualifications et formation : là encore, nouveau gâchis. En dévalorisant les diplômes à échelle européenne (casse du contenu national des cursus, déconnexion des conventions collectives, individualisation…), la réforme du LMD institutionnalise la déqualification. La systématisation du stage non rémunéré qui remplace un poste à statut (800 000 jeunes travailleurs concernés en 2005 en France) vient compléter le dispositif.

A échelle mondiale, l’économie capitaliste vit non pas du développement des forces productives, mais bien de la production de forces destructrices. La part la plus forte du profit mondial, sa clef de voûte, est assurée à l’échelle de la planète par les deux économies parasitaires et destructrices : l’armement et la drogue.

Certes, le XXe siècle est bien le siècle des progrès techniques, des découvertes scientifiques dans tous les domaines. Mais ces progrès, le capitalisme en putréfaction interdit de s’en servir pour répondre aux besoins des humains. Pire, il les retourne en forces destructives.

-L’énergie atomique a été d’abord une bombe (larguée immédiatement après conception sur Hiroshima) avant d’être une centrale électrique.

-Les progrès actuels de la médecine (vaccins, médicaments…) permettraient de soigner immédiatement et massivement les épidémies de Palu ou de SIDA qui ravagent l’Afrique. Mais le carcan de la propriété privée maintient les médicaments dans une logique marchande (brevets aux prix exorbitants, interdiction des génériques…). La survie du capitalisme exige d’interdire l’accès aux soins à l’immense majorité, non solvable. Pire, aujourd’hui les laboratoires pharmaceutiques investissent plus d’argent dans la mêlée publicitaire (concurrencer, vendre, rester compétitif) que dans la recherche elle-même et dans les soins effectifs, qui correspondent pourtant aux besoins les plus primordiaux de l’humanité.

Quant aux fameuses « trente glorieuses », ces années bénies dont les économistes bourgeois nous rebattent les oreilles, comme une preuve du caractère progressiste du capitalisme, il faut être un incurable myope pour ne pas voir que la prospérité (toute relative) des classes moyennes des pays impérialistes n’est possible qu’au prix du pillage et de la misère de l’immense majorité de la planète. Il faut surtout avoir la mémoire très courte pour ne pas se souvenir que le capitalisme, pendant ces trente années, a reconstruit… ce qu’il avait lui-même rasé et réduit en poussière dans la gigantesque boucherie inter-impérialistes ! Comme l’avaient déjà entrevu Marx et Engels dès 1847, la destruction est une nécessité de l’impérialisme, pour trouver à relancer les forces productives en redressant les ruines !

V. « socialisme ou barbarie »

A l’époque de la première guerre mondiale, Lénine parlait de l’impérialisme comme du stade de la putréfaction, du pourrissement du capitalisme. A la veille de la seconde barbarie mondiale, Trotsky confirme et accentue l’analyse, en parlant d’un capitalisme à l’agonie.

Cela signifie que les conditions objectives pour la révolution socialiste (la contradiction entre la poussée des forces productives et le mode de production obsolète) ne sont plus seulement mûres, mais qu’elles commencent à pourrir.

« Les bavardages de toutes sortes selon lesquels les conditions historiques ne seraient pas encore "mûres" pour le socialisme ne sont que le produit de l'ignorance ou d'une tromperie consciente. Les prémisses objectives de la révolution prolétarienne ne sont pas seulement mûres ; elles ont même commencé à pourrir. Sans révolution socialiste, et cela dans la prochaine période historique, la civilisation humaine tout entière est menacée d'être emportée dans une catastrophe. Tout dépend du prolétariat, c'est-à-dire au premier chef de son avant-garde révolutionnaire. La crise historique de l'humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire. » (Trotsky, Programme de transition, Ibid.).

Aujourd’hui, plus que jamais, la seule alternative est celle qui oppose le socialisme à la barbarie irrémédiable dans laquelle le capitalisme enfonce l’humanité. Voici bien longtemps que le capitalisme n’admet plus, et ne saurait admettre de progrès (sous peine de se condamner lui-même à disparaître). Le réformisme est une forme morte depuis le début de l’ère impérialiste. Car le réformisme suppose historiquement une croissance des forces productives, qui permette l’apport de progrès, l’amélioration globale des conditions de vie de l’humanité, voire la simple satisfaction de ses besoins élémentaires. Or, les contradictions de l’impérialisme engendrent exactement l’inverse.

Depuis une trentaine d’année, toute expérience soi-disant « réformiste » se tourne inéluctablement en son contraire : la contre-réforme, la régression sociale, la domination accrue du capital sur le travail. Et ce à échelle mondiale. Deux simples exemples : les 35h de la « gauche-plurielle » en France ont permis en réalité la flexibilité du temps de travail, et ont dégradé les conditions de travail des ouvriers pour le plus grand profit du patronat. Au Brésil, l’expérience de Lula, qui, en réformiste conséquent a fait allégeance au FMI et à la Banque Mondiale, n’a fait qu’accroître la misère et les inégalités.

Entre la barbarie impérialiste et le socialisme, il n’existe pas d’intermédiaire. Le socialisme est le seul système à même de développer les forces productives en établissant la propriété collective des moyens de productions, pour libérer les formidables avancées technologiques et humaines et pour répondre aux besoins de l’humanité tout entière. Le prolétariat, en tant qu’elle est la classe productrice et la classe la plus exploitée, représente les intérêts de l’humanité entière. Seul le prolétariat est à même de remettre la société sur ses pieds, en renversant la bourgeoisie pour établir la société sans classe.

Les conditions objectives pour le socialisme sont depuis longtemps réunies. Ainsi, le seul obstacle à la réalisation du socialisme, c’est la crise de la direction du prolétariat mondial. Le seul frein à l’émancipation des masses en lutte, c’est la trahison des directions des partis ouvriers ! Cette trahison peut prendre toutes les formes (opportunisme, gauchisme, réformisme), elle se résume toujours, à un moment donné, à ceci : subordonner les intérêts des travailleurs à ceux de la bourgeoisie, et donc de maintenir en place le système capitaliste à l’agonie.

Alors, aujourd’hui plus que jamais, la seule alternative pour l’humanité, c’est socialisme ou barbarie.

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