Le 12 avril 2006 de Villepin
annonce que l’article 8 de la loi sur
l’égalité des chances relatif au
contrat première embauche sera remplacé. Le
projet de loi remplaçant le CPE est une
extension du Contrat d’Insertion à la
Vie Sociale (CIVIS). Ce contrat offre une
aide de l’Etat aux employeurs qui
acceptent d’embaucher des jeunes
provenant des ZUS (Zones Urbaines Sensibles)
ou ceux qui n’ont que le bac. Il
s’agit de creuser encore le fossé
entre deux jeunesses, la petite bourgeoisie
des centres urbains et la jeunesse
prolétarienne des banlieues, qui se sont
unies lors des dernières mobilisations
(malgré la propagande médiatique sur les «
casseurs »). Néanmoins, cette mesure
représente un vrai recul du gouvernement.
Alors que le Premier ministre annonçait en
mars avec un entêtement plus qu’assuré
qu’il n’y aurait « ni retrait,
ni suspension, ni dénaturation » du CPE, la
jeunesse a su imposer une première victoire
par sa lutte.
Les étudiants et les lycéens ont su
s’approprier des formes
d’organisations propres au mouvement
ouvrier : AG, grèves, manifestations,
occupations, blocages des voix de
communications. Cette radicalisation dans la
lutte correspond à une radicalisation dans la
conscience : la troisième coordination
nationale (le 26 février, à Dijon) appelle
clairement les salariés à la grève générale
pour faire tomber le gouvernement. La
jeunesse a perdu dans ce mouvement beaucoup
d’illusions, ce en quoi nous pouvons
être infiniment reconnaissant à Villepin.
Elle a appris que dans la lutte elle ne
pouvait compter que sur ses propres forces et
que les bureaucraties syndicales
n’étaient pas là pour aider à
construire la mobilisation, mais au contraire
pour la contenir. Elle a vu que les appareils
dit de « gauche », les sociaux-démocrates PS
et PC, ont freiné la lutte en prêchant que la
solution se trouvait dans les urnes des
présidentielles l’année prochaine, et
non maintenant, dans la rue. La jeunesse a
compris que les médias n’étaient pas
les rapporteurs de faits objectifs, mais les
relais de l’Etat et que chercher à
tout prix à faire un scoop pour faire parler
du mouvement n’était pas la solution.
Et au prix de plus de 5000 interpellations,
dans le cadre d’une campagne de
répression massive, elle s’est rendue
à l’évidence que la police
n’était pas au service des citoyens,
mais de la classe dominante, et en premier
lieu du gouvernement, qui depuis sa tour de
papier devait prouver à la France entière
qu’il tiendrait bon.
On peut s’étonner que, malgré une
crise institutionnelle comme n’en a
jamais connu la république du coup
d’état permanent, Chirac et son
gouvernement soient toujours en place.
Rarement nos dirigeants ont été aussi
minoritaires, ils ne peuvent plus gouverner
comme avant, et le peuple a montré par deux
fois (refus du traité constitutionnel
européen le 29 mai 2005 et les manifs du
28/03 et du 04/04) qu’il ne voulait
plus être gouverné comme avant.
Cette lutte déterminée depuis le début à
retirer la Loi sur l’Egalité des
Chances dans son intégralité et le CNE (cf.
1er appel de Rennes II, bulletin n°59), a su
mobiliser au fur et à mesure des semaines des
secteurs de plus en plus larges et à gagner
l’opinion publique. Si le gouvernement
a été contraint de reculer, c’est que
le mouvement étudiant a cherché, et réussi, à
attirer vers lui les travailleurs, et
d’autres secteurs en lutte, dans des
manifestations massives et unitaires : 1,5
millions de personnes le 18 mars, 3 millions
les 28 mars et 4 avril ! C’est le
spectre de la grève générale, que les
bureaucraties syndicales ont contenu, qui a
fait reculer le gouvernement. Si la grève
générale avait eu lieu, en posant la question
d’une alternative au pouvoir, elle
aurait obligé les partis politiques à prendre
leurs responsabilités devant toute la
politique de précarité menée par la droite et
le PS (qui a toujours participé servilement à
toutes les logiques de privatisation et de
casse du code du travail imposées par
l’Europe). C’est aux partis
d’extrême gauche que reviendrait la
tâche de dénoncer ces mesures et de se battre
de manière conséquente pour défendre les
acquis des travailleurs, or dans les faits
ils servent de couverture à cette logique de
précarité. La démission du gouvernement
portée par les mots d’ordre des masses
et rendu possible par la mobilisation
n’était plus un objectif inaccessible
mais était devenue une nécessité pour
sauvegarder les conquêtes sociales.
Des obstacles encore à
abattre,
mais de nouvelles perspectives
Si la bataille n’a pu être menée
jusqu’à présent à son terme,
c’est qu’en effet la jeunesse,
malgré toute l’énergie dont elle a pu
faire preuve, s’est trouvée face à un
mur bureaucratique et politique. Nous, jeunes
militants du GSI, avons pu nous rendre compte
de l’obstacle que représentent les
organisations du PS, du PC, de la LCR/JCR et
de LO sur le terrain parisien. Parce que la
France est un pays centralisé, Paris
concentre le gros des forces politiques
institutionnelles, nous avons donc pu
assister avec éclat comment ces organisations
bureaucratiques ont cherché à dévoyer le
mouvement.
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Un accord entre elles, scellé
au sein de l’UNEF, a cherché à
empêcher que la mobilisation ne les déborde.
Depuis le début elles ont couvert la
manœuvre finale de Villepin, en se
subordonnant aux organes syndicaux et en
refusant d’élargir les revendications
au-delà du CPE, alors même qu’il était
très clair pour la plupart des étudiants que
les revendications contenaient au moins
l’ensemble de la Loi dite sur
l’Egalité des Chances et le CNE. En se
comportant ainsi, elles ont refusé de porter
les mots d’ordre des masses, comme
pendant tout le mouvement : quels appareils
ont accompagné les millions de jeunes et de
salariés qui scandaient « Grève Générale ! »
le 28 mars ?
Si rien n’était fait pour aider la
jeunesse à organiser sa lutte, on a cependant
pu voir fleurir sur les facs nombre de
meetings politiques, de débats sur
l’altermondialisme et autres forums
sociaux étudiants, lieux investis par ces
partis désireux d’apporter tout de
même une perspective à la jeunesse… en
2007 !
L’attitude de LO et de sa fraction
est tout aussi déplorable : absente pour
impulser le mouvement, ses militants sont
arrivés avec parfois 3 semaines de retard,
pour être élus dans les coordinations au
mépris le plus total de leur mandat, eux
aussi respectant la ligne de la
social-démocratie contre
l’élargissement des revendications. LO
est restée à l’arrière-garde de la
conscience des masses car elle a refusé
d’appeler à la Grève Générale alors
que les conditions objectives étaient réunies
et a refusé de transformer cette mobilisation
étudiante en une mobilisation de tous les
secteurs.
Ces organisations politiques soi-disant
d’extrême gauche se sont enchaînées
aux appareils bureaucratiques plutôt que de
militer de manière conséquente pour
l’abrogation de toute la Loi sur
l’Egalité de Chances. Leur présence
dans l’UNEF en tant que TTE (Tendance
Tous Ensemble) c’est-à-dire tendance
minoritaire d’extrême gauche, les
incite à couvrir et même à cautionner les
agissements antidémocratiques de
l’UNEF. Ils ont d’abord essayé
d’étouffer le mouvement dans
l’œuf (par des tenues
anti-démocratiques des premières assemblées
générales, par des faux mandatés en
coordination nationale, en refusant
d’appliquer les mandats impératifs ou
en bureaucratisant le mouvement par des
systèmes de référent, de bureaux, de
porte-parole….) et quand ils se sont
rendus compte que le mouvement était
inéluctable ils l’ont épousé pour
mieux le contenir. Un des exemples les plus
frappants est le double jeu de ces appareils
tout au long du mouvement. Alors que les
militants de l’UNEF se devaient de
défendre les mandats des assemblées générales
et des coordinations nationales, seules
souveraines en tant qu’émanation de la
volonté des étudiants, ils allaient en tant
qu’organisation décider des suites du
mouvement dans les intersyndicales.
Aujourd’hui, ce sont ces mêmes
partis qui proclament la victoire et
appellent la fin du mouvement, laissant
toutes les volontés de continuer la
mobilisation sans perspectives.
Le recul de Villepin constitue certes une
victoire historique car c’est le
premier coup d’arrêt porté par la
classe ouvrière et la jeunesse au
démantèlement des droits sociaux collectifs,
mais une victoire partielle, elle ne concerne
en effet ni le CNE et ni le reste de la LEC
(Loi sur « l’Egalité des Chances »).
Néanmoins il ne faut pas que cette victoire
se transforme en une défaite : elle doit
donner confiance à la jeunesse et aux
travailleurs pour continuer la lutte et non
pas servir de prétexte pour saluer la «
beauté » du mouvement et marquer ainsi sa
fin. D’ailleurs aujourd’hui
cette victoire est remise en question avec le
projet sur la « flexi-sécurité », nouvelle
directive européenne qui continue la casse du
code du travail et des conventions
collectives.
C’est pourquoi, maintenant plus que
jamais, il faut construire les moyens
d’unifier les luttes qui se sont
rejoint lors de ce mouvement.
Nous appelons donc tous ceux qui sont prêt
à continuer le combat à s’organiser
dans l’unité d’action, au sein
de structures souples, pour faire tomber le
gouvernement et faire aboutir
l’ensemble des revendications.
Les directives sur la flexibilité du
travail contenues dans les traités européens
ont conditionné en France
l’application du CNE et la tentative
de mise en place du CPE, alors que des
mesures du même type était appliquées dans
nombre de pays européen (Espagne, Allemagne,
Italie…). On comprend donc mieux
pourquoi la mobilisation française a reçu
tant d’échos favorables dans les pays
de l’UE.
Mais malgré la détermination de larges
secteurs de la jeunesse et des travailleurs,
force est de constater que seul un parti
révolutionnaire internationaliste conséquent
pourrait permettre aux masses une véritable
victoire sur le capitalisme.
La cellule jeune du Groupe
Socialiste Internationaliste.
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