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Article d'ouverture - L'Internationaliste n°61
Quelques réflexions sur la situation internationale.

Nous n'allons pas reprendre ici l'intégralité du document paru dans Marxisme Vivant n°12 mais simplement revenir sur les grandes tendances de la situation internationale et de la crise de l'Union Européenne qui forment ensemble le cadre de notre combat, comme sections de la LIT-QI pour la construction de partis révolutionnaires dans chaque pays et pour la reconstruction de la IVème Internationale.

Rappelons simplement que la chute du mur de Berlin a ouvert une nouvelle période. Cette chute est avant tout le résultat de la lutte des masses pour la révolution politique. Elle confirme le pronostique historique formulé par L. Trotsky (révolution politique ou restauration) ; elle confirme le caractère frauduleux et criminel de la « théorie » du socialisme dans un seul pays ; elle constitue plus généralement une validation du programme de la Quatrième Internationale.

La chute du Mur de Berlin a eu deux conséquences majeures. La première de ces conséquences est la désorientation partielle de la classe ouvrière qui a rendu possible l'offensive ultra-libérale des années 80-90 du fait de l'absence d'un parti révolutionnaire apte à mener la révolution politique à la victoire. La seconde est la disparition du frein absolu à la révolution socialiste que constituait la bureaucratie stalinienne.

Aujourd'hui, nous assistons à la fois à une aggravation de l'exploitation capitaliste et à une montée révolutionnaire à l'échelle du monde avec des rythmes différenciés selon les régions, sur fond d'affrontements inter-impérialistes et de crise du système capitaliste dans son ensemble.

L'Union Européenne, héritée de l'ordre de Yalta-Potsdam qui s'est effondré en 1989-1991, est elle aussi en crise, c'est ce que révèle la multiplication des secousses sociales et politiques dans ce pays et ailleurs sur le continent.

L'offensive impérialiste

Le milieu des années 60 a vu la période de reconstruction de l'après guerre se terminer. Les conquêtes concédées par les capitalistes à la classe ouvrière lors de la monté révolutionnaire qui a accompagné l'effondrement du nazisme est devenu dès lors un fardeau insupportable pour l'impérialisme. De tendantielle, la baisse du taux de profit menace de devenir réelle. La décision de R. Nixon, en août 1970, de désindexer le dollar par rapport à l'or précipite le système capitaliste dans une crise qu'il n'a toujours pas surmonté.

Cette décision a donné le coup d'envoi d'une remise en cause générale des acquis ouvriers et démocratiques à l'échelle du monde et précipité la marche à la restauration capitaliste en URSS et en Europe de l'est. Le « plan Carter (1) » puis la contre-révolution néo libérale impulsés par R. Reagan et M. Thatcher ont imposé à l'ensemble des puissances impérialistes de s'engager dans la définition d'une nouvelle division internationale du travail en relation avec les secteurs restaurationistes de la bureaucratie stalinienne.

Lors de la chute du Mur de Berlin et de l'éclatement de l'URSS, l'impérialisme s'est lancé dans une campagne, y compris militaire, pour un « nouvel ordre mondial » qui a essentiellement consisté en la mise en place d'un cadre mondial contraignant l'ensemble des gouvernements à pratiquer une politique de soutien absolu aux intérêts des transnationales, une politique « pro-market » conforme au « consensus de Washington » défini par les principales puissances impérialistes.

Les gigantesques opérations de privatisation lancées dans les années 80, sur fond de spéculation et d'OPA, ont trouvé un prolongement dans la restauration du capitalisme en Europe de l'Est, dans l'ex-URSS et en Chine.

Utilisant le poids gigantesque de la dette extérieure, une nouvelle offensive que la LIT-QI qualifie de « recolonisation » a été lancée en direction des pays coloniaux et semi-coloniaux à travers les plans « Baker » et « Brady » qui a conduit à un véritable dépeçage des pays concernés de la part des transnationales US, japonaises et européennes.

L'organisation mondiale du commerce (OMC), instituée dans cette période est devenue, aux côtés du FMI, de la Banque mondiale et de l'OCDE, un outil décisif du pillage impérialiste et de mise en concurrence des travailleurs à l'échelle de la planète. L'économie de chaque pays est désormais tournée systématiquement vers l'exportation avec une mécanique implacable de baisse des salaires, des acquis et de la protection sociale.

Les 20 dernières années tous les continents ont été secoués par de sanglants affrontements entre grandes compagnies appuyées par leur impérialisme respectif dans le cadre de la privatisation de l'ensemble de l'économie des pays de l'Europe de l'est, pour le contrôle des matières premières et pour une nouvelle répartition du gâteau colonial. L'Amérique du sud a été frappée, mais aussi l'Europe et l'Asie.

Mais l'Afrique a payé le plus lourd tribut à la rapacité capitaliste : le Rwanda, le Sierre Leone, le Liberia, le Soudan, la Somalie, le Zimbabwe, l'ex-Zaïre, etc. ont été particulièrement ravagés pendant que l'Afrique du sud tendait à devenir entre les mains de N. MandelLa puis de T. Mbeki une sorte de gendarme régional aux ordre de l'impérialisme comme peut l'être le Brésil à l'échelle de l'Amérique du sud.

Cette offensive globale est sous-tendue idéologiquement par le discours sur « la seule politique possible » et « les réformes inéluctables qu'il faut faire (2) » mais aussi par celui sur la « nouvelle gouvernance » ou sur la « démocratie » qui masque une attaque en règle contre les libertés démocratiques sur le mode de l'état d'exception permanent ou de la « réaction démocratique » que nous, GSI, avons qualifié de mise en place de « dictatures constitutionnelles ».

Des monopoles gigantesques dominent dans tous les secteurs de l'économie, le parasitisme de la spéculation atteint régulièrement des sommets avant de sombrer dans des krach retentissants. Après la « crise asiatique » de 1997 qui s'est « terminée » aux USA en 2000-2001, de nouvelle « bulles » se sont créées essentiellement dans les secteurs de l'immobilier, de l'énergie et des matières premières : en 10 ans pas une activité n'aura été épargnée par les mouvements brutaux des capitaux fuyant une débâcle à la recherche d'un refuge profitable.

En haut de la pyramide règnent les monopoles qui se renforcent de jour en jour (acier, énergie, sociétés de bourse !, etc.), en bas, la concurrence fait rage parmi les sous-traitants menacés de disparaître purement et simplement. Mais surtout ce que recherche les capitalistes, c'est une mise en concurrence sans limite des travailleurs dont le force de travail tend à ne valoir que le stricte nécessaire à la survie.

Ainsi, l'énorme accumulation de capital exige une permanente restructuration pour empêcher que la baisse tendantielle du taux de profit ne devienne une baisse effective. Il y a « trop de tout » (Marx). D'où la nécessité de détruire des forces productives.

La « seule politique possible » est effectivement la seule à même d'assurer la survie du capitalisme en enfonçant chaque jour d'avantage la classe ouvrière, les paysans, la jeunesse et les peuples opprimés dans la barbarie.

La riposte des masses

Aujourd'hui, le « nouvel ordre mondial » est contesté, c'est une évidence. En 1993-1995 la classe ouvrière a commencé à se ressaisir avec le mouvement contre le CIP, grève d'Air France, le plan « Juppé » et la grève de Boeing, tournant confirmé avec la grève UPS en 1997 et à Seattle 1999 aux USA mêmes, où la mobilisation contre les lois racistes vient récemment de marquer une date historique.

N'oublions pas la grève générale en Corée du sud qui a fait vaciller un régime à la botte de l'impérialisme et mit un terme à la mythologie des « dragons économiques » d'Asie avec leurs ouvriers qui selon le mot raciste d'E. Cresson « travaillaient comme des fourmis ».

Une série de mouvement révolutionnaires se sont développés en Argentine, en Equateur, en Bolivie qui jusqu'ici n'ont pas débouché du fait de l'absence d'un parti révolutionnaire bien que les masses soient allées, seules, très loin.

L'intervention des impérialistes en Afghanistan et, surtout, en Irak a provoqué une mobilisation sans égale depuis la guerre du Vietnam, essentiellement dans les pays membres de la coalisation comme les USA, le Royaume uni, l'Espagne et l'Italie, mais aussi malgré la brutale répression, en Egypte et dans les pays du Maghreb.

Le tableau serait incomplet, si on n'évoquait la place de la révolution palestinienne qui résiste à toutes les tentatives pour l'étouffer, l'écraser (voir dans ce même numéro « La lutte du peuple palestinien à l'avant-garde de la résistance à l'impérialisme à échelle mondiale. »).

Comme le monde dans son ensemble, l'UE est confrontée à une remontée de la lutte des classes suite au tournant de 1993-1995 et à une crise institutionnelle de première importance.

La crise de l'Union Européenne

Comme le démontrent les escarmouches autour de l'acier, de l'énergie et de l'automobile, l'Union Européenne (UE) est aujourd'hui en crise, minée par les affrontements inter-impérialistes qui confirment que le capital conserve une base nationale ; l'UE est essentiellement un marché unique et une machine à broyer les acquis ouvriers au nom de la « concurrence libre et non faussé ». Au sommet, règnent l'entente et les monopoles, en bas devrait être, selon l'optique capitaliste, le lieu de la lutte pour la survie où les travailleurs se livrent à concurrence âpre, acharnée.

Avec 45% d'importations contre 15% aux USA et 12% au Japon, l'UE est l'espace économique « avancé » le plus ouvert, c'est la raison pour laquelle la théorie de D. Ricardo, reprise par K. Marx, à propos de la disponibilité illimité de la force de travail s'y exprime le plus violemment. Le plombier français vit sous la menace du plombier polonais qui lui même redoute l'arrivée de son homologue ukrainien ou biélorusse, etc.

Depuis 2002, dans l'ensemble de l'Europe, les mobilisations contre la guerre en Irak ont fragilisé les gouvernements en place. En Espagne, en 2004, la tentative d'Aznar d'instrumentaliser les attentats de Madrid au compte de sa politique a provoqué l'élection de Zapatero en rejet du parti néo franquiste PP.

De son côté, l'impérialisme français a été secoué à plusieurs reprises sur le plan électoral avec la présidentielle de 2002 et les différents scrutins de 2004 qui ont démontré, sur ce terrain déformé, que la « seule politique possible » n'est plus acceptée par les travailleurs et les jeunes. Les victoire par défaut se succèdent et les institutions tanguent de plus en plus comme un bateau ivre.

Dans la même période, les explosions sociales se sont multipliées malgré les tentatives des bureaucraties syndicales liées au néo-staliniens et à la social-démocratie, malgré une association de plus en plus visible des syndicats à l'élaboration des textes mettant en cause gravement les acquis ouvriers, dans chaque pays à l'exemple de la CES au niveau de l'UE.

Le NON à la constitution européenne en France puis aux Pays-bas a provoqué une crise politique et institutionnelle en France et au niveau de l'UE, changeant radicalement la donne. De nombreux gouvernements de l'UE ont reporté les consultations prévues pour ratifier le « traité constitutionnel ».

Les émeutes des banlieues, puis la bataille contre le CPE, viennent de porter la crise politique institutionnelle dans ce pays à son plus haut point depuis 1968.

Les mobilisation de la dernière période au Royaume uni sur l'allongement de l'âge de la retraite, en Allemagne sur la durée du temps de travail et globalement dans les universités de plusieurs pays contre les différentes tentatives de privatisations montrent que l'« agenda de Lisbonne » est désormais contesté ouvertement. C'est la raison pour laquelle M. Barroso, le Président de la commission européenne s'est bruyamment exprimé en soutien à D. de Villepin. Les recettes sensées « rendre l'UE compétitive » sont remises en causes par la montée des mobilisations.

Il faut mesurer l'importance du fait qu'en Allemagne le gouvernement d'union nationale (SPD-CDU-CSU) ait choisi de reporter son projet de généralisation de l'essai de 2 ans dans le contrat de travail à cause du parallèle facile à établir avec le CPE en France.

L'acte unique européen, puis le traité de Maastricht-Amsterdam avec les critères de l'Euro ont posé contradictoirement les bases d'une unification des mouvements de mobilisation à l'échelle du continent d'où l'alerte de l'OCDE à travers le fameux « document Morisson » conseillant aux gouvernements de peaufiner leurs calendriers de remise en cause des acquis ouvriers et des services publics.

« L’UE reflète le haut degré d’unification économique continentale et exprime l’impérieuse nécessité d’éliminer les frontières et les Etats nationaux. Mais c’est en même temps la négation de tout cela, comme résultat de l’accord des bourgeoisies impérialistes qui ne peuvent ni ne veulent se passer de leur propre Etat. ». Cette phrase est extraite du document de congrès de la LIT-QI : oui, malgré la mondialisation financière, le capital garde une base nationale, oui nous sommes toujours dans l'époque de l'impérialisme, celle des guerres et des révolutions.

Avec la mobilisation contre le CPE, la crise politique s'est muée rapidement en crise institutionnelle. Elle révèle qu'en haut on ne peut plus gouverner comme avant et qu'en bas on ne veut plus être gouvernés comme avant.

Le mouvement des masses a été temporairement endigué par l'alliance de tous les appareils syndicaux qui ont été « unis » pour le retrait du CPE alors qu'ils avaient tout fait pour empêcher le déclenchement de la mobilisation, mais ces mêmes appareils ont immédiatement brisé la mobilisation dès la « modification » de l'article 8 (le CPE), laissant intact le CNE et le reste de la « loi sur l'égalité des chances ».

La chute du mur de Berlin fait peser sur la social-démocratie et ses divers satellites la responsabilité du contrôle et de la neutralisation de toute velléité de combat révolutionnaire. Le cadre théorique de cette nouvelle tâche contre révolutionnaire est, version droitière, « l'économie sociale de marché », version gauche voire gauchiste, « l'altermondialisme ». Le simple mot de « socialisme » est banni du vocabulaire de la « gauche » ou alors il sert à désigner la doctrine du parti socialiste, d'un point de vue journalistique.

La social-démocratie avec « l'économie sociale de marché » fait mouvement vers le blairisme qui est une sorte de thatcherisme de gauche. Aujourd'hui, tout comme le New Labour de Blair, L'internationale socialiste achève sa transformation en rompant définitivement avec toute référence, même formelle, avec le mouvement ouvrier, entraînant dans son sillage le SU dans une dérive droitière de même que d'autre courants se réclamant de plus en plus formellement du trotskysme.

La crise majeure qui est désormais en gestation dans ce pays, mais aussi dans des rythmes et des délais différents à l'échelle de l'Europe, met en lumière la criante nécessité de construire à marche forcée un parti révolutionnaire qui permette de submerger les appareils bureaucratiques, de les briser, pour imposer un gouvernement des travailleurs, pour les Etats-Unis Socialistes d'Europe, pour le socialisme.


(1) « Le Plan Carter constitue la politique de l'impérialisme au service de la restauration. Son plan économique, politique et militaire repose sur la campagne démagogique pour les droits de l'homme, campagne qui, en coïncidant dans le temps avec les positions démocratistes du SU, peut donner lieu à de funestes confusions. (...) Nous pensons qu'elle va progresser toujours plus, jusqu'à atteindre un point critique, où elle tentera d'utiliser l'inévitable révolution politique et les mobilisations pour la démocratie, hautement progressistes, dans les états ouvriers, pour les dévier vers une politique libre-échangiste et de restauration capitaliste. » N. Moreno (La dictature révolutionnaire du prolétariat - La contre-révolution impérialiste et le danger de restauration capitaliste.)

(2) There is no alternative, dixit M. Thatcher

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