Nous n'allons pas reprendre
ici l'intégralité du document paru dans
Marxisme Vivant n°12 mais simplement revenir
sur les grandes tendances de la situation
internationale et de la crise de l'Union
Européenne qui forment ensemble le cadre de
notre combat, comme sections de la LIT-QI
pour la construction de partis
révolutionnaires dans chaque pays et pour la
reconstruction de la IVème Internationale.
Rappelons simplement que la chute du mur
de Berlin a ouvert une nouvelle période.
Cette chute est avant tout le résultat de la
lutte des masses pour la révolution
politique. Elle confirme le pronostique
historique formulé par L. Trotsky (révolution
politique ou restauration) ; elle confirme le
caractère frauduleux et criminel de la «
théorie » du socialisme dans un seul pays ;
elle constitue plus généralement une
validation du programme de la Quatrième
Internationale.
La chute du Mur de Berlin a eu deux
conséquences majeures. La première de ces
conséquences est la désorientation partielle
de la classe ouvrière qui a rendu possible
l'offensive ultra-libérale des années 80-90
du fait de l'absence d'un parti
révolutionnaire apte à mener la révolution
politique à la victoire. La seconde est la
disparition du frein absolu à la révolution
socialiste que constituait la bureaucratie
stalinienne.
Aujourd'hui, nous assistons à la fois à
une aggravation de l'exploitation capitaliste
et à une montée révolutionnaire à l'échelle
du monde avec des rythmes différenciés selon
les régions, sur fond d'affrontements
inter-impérialistes et de crise du système
capitaliste dans son ensemble.
L'Union Européenne, héritée de l'ordre de
Yalta-Potsdam qui s'est effondré en
1989-1991, est elle aussi en crise, c'est ce
que révèle la multiplication des secousses
sociales et politiques dans ce pays et
ailleurs sur le continent.
L'offensive
impérialiste
Le milieu des années 60 a vu la période de
reconstruction de l'après guerre se terminer.
Les conquêtes concédées par les capitalistes
à la classe ouvrière lors de la monté
révolutionnaire qui a accompagné
l'effondrement du nazisme est devenu dès lors
un fardeau insupportable pour l'impérialisme.
De tendantielle, la baisse du taux de profit
menace de devenir réelle. La décision de R.
Nixon, en août 1970, de désindexer le dollar
par rapport à l'or précipite le système
capitaliste dans une crise qu'il n'a toujours
pas surmonté.
Cette
décision a donné le coup d'envoi d'une remise
en cause générale des acquis ouvriers et
démocratiques à l'échelle du monde et
précipité la marche à la restauration
capitaliste en URSS et en Europe de l'est. Le
« plan Carter (1) » puis la
contre-révolution néo libérale impulsés par
R. Reagan et M. Thatcher ont imposé à
l'ensemble des puissances impérialistes de
s'engager dans la définition d'une nouvelle
division internationale du travail en
relation avec les secteurs restaurationistes
de la bureaucratie stalinienne.
Lors de la chute du Mur de Berlin et de
l'éclatement de l'URSS, l'impérialisme s'est
lancé dans une campagne, y compris militaire,
pour un « nouvel ordre mondial » qui a
essentiellement consisté en la mise en place
d'un cadre mondial contraignant l'ensemble
des gouvernements à pratiquer une politique
de soutien absolu aux intérêts des
transnationales, une politique « pro-market »
conforme au « consensus de Washington »
défini par les principales puissances
impérialistes.
Les gigantesques opérations de
privatisation lancées dans les années 80, sur
fond de spéculation et d'OPA, ont trouvé un
prolongement dans la restauration du
capitalisme en Europe de l'Est, dans
l'ex-URSS et en Chine.
Utilisant le poids gigantesque de la dette
extérieure, une nouvelle offensive que la
LIT-QI qualifie de « recolonisation » a été
lancée en direction des pays coloniaux et
semi-coloniaux à travers les plans « Baker »
et « Brady » qui a conduit à un véritable
dépeçage des pays concernés de la part des
transnationales US, japonaises et
européennes.
L'organisation mondiale du commerce (OMC),
instituée dans cette période est devenue, aux
côtés du FMI, de la Banque mondiale et de
l'OCDE, un outil décisif du pillage
impérialiste et de mise en concurrence des
travailleurs à l'échelle de la planète.
L'économie de chaque pays est désormais
tournée systématiquement vers l'exportation
avec une mécanique implacable de baisse des
salaires, des acquis et de la protection
sociale.
Les 20 dernières années tous les
continents ont été secoués par de sanglants
affrontements entre grandes compagnies
appuyées par leur impérialisme respectif dans
le cadre de la privatisation de l'ensemble de
l'économie des pays de l'Europe de l'est,
pour le contrôle des matières premières et
pour une nouvelle répartition du gâteau
colonial. L'Amérique du sud a été frappée,
mais aussi l'Europe et l'Asie.
Mais l'Afrique a payé le plus lourd tribut
à la rapacité capitaliste : le Rwanda, le
Sierre Leone, le Liberia, le Soudan, la
Somalie, le Zimbabwe, l'ex-Zaïre, etc. ont
été particulièrement ravagés pendant que
l'Afrique du sud tendait à devenir entre les
mains de N. MandelLa puis de T. Mbeki une
sorte de gendarme régional aux ordre de
l'impérialisme comme peut l'être le Brésil à
l'échelle de l'Amérique du sud.
Cette offensive
globale est sous-tendue idéologiquement par
le discours sur « la seule politique possible
» et « les réformes inéluctables qu'il faut
faire (2) » mais aussi
par celui sur la « nouvelle gouvernance » ou
sur la « démocratie » qui masque une attaque
en règle contre les libertés démocratiques
sur le mode de l'état d'exception permanent
ou de la « réaction démocratique » que nous,
GSI, avons qualifié de mise en place de «
dictatures constitutionnelles ».
Des monopoles gigantesques dominent dans
tous les secteurs de l'économie, le
parasitisme de la spéculation atteint
régulièrement des sommets avant de sombrer
dans des krach retentissants. Après la «
crise asiatique » de 1997 qui s'est «
terminée » aux USA en 2000-2001, de nouvelle
« bulles » se sont créées essentiellement
dans les secteurs de l'immobilier, de
l'énergie et des matières premières : en 10
ans pas une activité n'aura été épargnée par
les mouvements brutaux des capitaux fuyant
une débâcle à la recherche d'un refuge
profitable.
En haut de la pyramide règnent les
monopoles qui se renforcent de jour en jour
(acier, énergie, sociétés de bourse !, etc.),
en bas, la concurrence fait rage parmi les
sous-traitants menacés de disparaître
purement et simplement. Mais surtout ce que
recherche les capitalistes, c'est une mise en
concurrence sans limite des travailleurs dont
le force de travail tend à ne valoir que le
stricte nécessaire à la survie.
Ainsi, l'énorme accumulation de capital
exige une permanente restructuration pour
empêcher que la baisse tendantielle du taux
de profit ne devienne une baisse effective.
Il y a « trop de tout » (Marx). D'où la
nécessité de détruire des forces
productives.
La « seule politique possible » est
effectivement la seule à même d'assurer la
survie du capitalisme en enfonçant chaque
jour d'avantage la classe ouvrière, les
paysans, la jeunesse et les peuples opprimés
dans la barbarie.
La riposte des
masses
Aujourd'hui, le « nouvel ordre mondial »
est contesté, c'est une évidence. En
1993-1995 la classe ouvrière a commencé à se
ressaisir avec le mouvement contre le CIP,
grève d'Air France, le plan « Juppé » et la
grève de Boeing, tournant confirmé avec la
grève UPS en 1997 et à Seattle 1999 aux USA
mêmes, où la mobilisation contre les lois
racistes vient récemment de marquer une date
historique.
N'oublions pas la grève générale en Corée
du sud qui a fait vaciller un régime à la
botte de l'impérialisme et mit un terme à la
mythologie des « dragons économiques » d'Asie
avec leurs ouvriers qui selon le mot raciste
d'E. Cresson « travaillaient comme des
fourmis ».
Une série de mouvement révolutionnaires se
sont développés en Argentine, en Equateur, en
Bolivie qui jusqu'ici n'ont pas débouché du
fait de l'absence d'un parti révolutionnaire
bien que les masses soient allées, seules,
très loin.
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L'intervention des
impérialistes en Afghanistan et, surtout, en
Irak a provoqué une mobilisation sans égale
depuis la guerre du Vietnam, essentiellement
dans les pays membres de la coalisation comme
les USA, le Royaume uni, l'Espagne et
l'Italie, mais aussi malgré la brutale
répression, en Egypte et dans les pays du
Maghreb.
Le tableau serait incomplet, si on
n'évoquait la place de la révolution
palestinienne qui résiste à toutes les
tentatives pour l'étouffer, l'écraser (voir
dans ce même numéro « La lutte du peuple
palestinien à l'avant-garde de la résistance
à l'impérialisme à échelle mondiale.
»).
Comme le monde dans son ensemble, l'UE est
confrontée à une remontée de la lutte des
classes suite au tournant de 1993-1995 et à
une crise institutionnelle de première
importance.
La crise de l'Union
Européenne
Comme le démontrent les escarmouches
autour de l'acier, de l'énergie et de
l'automobile, l'Union Européenne (UE) est
aujourd'hui en crise, minée par les
affrontements inter-impérialistes qui
confirment que le capital conserve une base
nationale ; l'UE est essentiellement un
marché unique et une machine à broyer les
acquis ouvriers au nom de la « concurrence
libre et non faussé ». Au sommet, règnent
l'entente et les monopoles, en bas devrait
être, selon l'optique capitaliste, le lieu de
la lutte pour la survie où les travailleurs
se livrent à concurrence âpre, acharnée.
Avec 45% d'importations contre 15% aux USA
et 12% au Japon, l'UE est l'espace économique
« avancé » le plus ouvert, c'est la raison
pour laquelle la théorie de D. Ricardo,
reprise par K. Marx, à propos de la
disponibilité illimité de la force de travail
s'y exprime le plus violemment. Le plombier
français vit sous la menace du plombier
polonais qui lui même redoute l'arrivée de
son homologue ukrainien ou biélorusse,
etc.
Depuis 2002, dans l'ensemble de l'Europe,
les mobilisations contre la guerre en Irak
ont fragilisé les gouvernements en place. En
Espagne, en 2004, la tentative d'Aznar
d'instrumentaliser les attentats de Madrid au
compte de sa politique a provoqué l'élection
de Zapatero en rejet du parti néo franquiste
PP.
De son côté, l'impérialisme français a été
secoué à plusieurs reprises sur le plan
électoral avec la présidentielle de 2002 et
les différents scrutins de 2004 qui ont
démontré, sur ce terrain déformé, que la «
seule politique possible » n'est plus
acceptée par les travailleurs et les jeunes.
Les victoire par défaut se succèdent et les
institutions tanguent de plus en plus comme
un bateau ivre.
Dans la même période, les explosions
sociales se sont multipliées malgré les
tentatives des bureaucraties syndicales liées
au néo-staliniens et à la social-démocratie,
malgré une association de plus en plus
visible des syndicats à l'élaboration des
textes mettant en cause gravement les acquis
ouvriers, dans chaque pays à l'exemple de la
CES au niveau de l'UE.
Le NON à la constitution européenne en
France puis aux Pays-bas a provoqué une crise
politique et institutionnelle en France et au
niveau de l'UE, changeant radicalement la
donne. De nombreux gouvernements de l'UE ont
reporté les consultations prévues pour
ratifier le « traité constitutionnel ».
Les émeutes des banlieues, puis la
bataille contre le CPE, viennent de porter la
crise politique institutionnelle dans ce pays
à son plus haut point depuis 1968.
Les mobilisation de la dernière période au
Royaume uni sur l'allongement de l'âge de la
retraite, en Allemagne sur la durée du temps
de travail et globalement dans les
universités de plusieurs pays contre les
différentes tentatives de privatisations
montrent que l'« agenda de Lisbonne » est
désormais contesté ouvertement. C'est la
raison pour laquelle M. Barroso, le Président
de la commission européenne s'est bruyamment
exprimé en soutien à D. de Villepin. Les
recettes sensées « rendre l'UE compétitive »
sont remises en causes par la montée des
mobilisations.
Il faut mesurer l'importance du fait qu'en
Allemagne le gouvernement d'union nationale
(SPD-CDU-CSU) ait choisi de reporter son
projet de généralisation de l'essai de 2 ans
dans le contrat de travail à cause du
parallèle facile à établir avec le CPE en
France.
L'acte unique européen, puis le traité de
Maastricht-Amsterdam avec les critères de
l'Euro ont posé contradictoirement les bases
d'une unification des mouvements de
mobilisation à l'échelle du continent d'où
l'alerte de l'OCDE à travers le fameux « document
Morisson » conseillant aux
gouvernements de peaufiner leurs calendriers
de remise en cause des acquis ouvriers et des
services publics.
« L’UE reflète le haut degré
d’unification économique continentale
et exprime l’impérieuse nécessité
d’éliminer les frontières et les Etats
nationaux. Mais c’est en même temps la
négation de tout cela, comme résultat de
l’accord des bourgeoisies
impérialistes qui ne peuvent ni ne veulent se
passer de leur propre Etat. ». Cette
phrase est extraite du document de congrès de
la LIT-QI : oui, malgré la mondialisation
financière, le capital garde une base
nationale, oui nous sommes toujours dans
l'époque de l'impérialisme, celle des guerres
et des révolutions.
Avec la mobilisation contre le CPE, la
crise politique s'est muée rapidement en
crise institutionnelle. Elle révèle qu'en
haut on ne peut plus gouverner comme avant et
qu'en bas on ne veut plus être gouvernés
comme avant.
Le mouvement des masses a été
temporairement endigué par l'alliance de tous
les appareils syndicaux qui ont été « unis »
pour le retrait du CPE alors qu'ils avaient
tout fait pour empêcher le déclenchement de
la mobilisation, mais ces mêmes appareils ont
immédiatement brisé la mobilisation dès la «
modification » de l'article 8 (le CPE),
laissant intact le CNE et le reste de la «
loi sur l'égalité des chances ».
La chute du mur de Berlin fait peser sur
la social-démocratie et ses divers satellites
la responsabilité du contrôle et de la
neutralisation de toute velléité de combat
révolutionnaire. Le cadre théorique de cette
nouvelle tâche contre révolutionnaire est,
version droitière, « l'économie sociale de
marché », version gauche voire gauchiste, «
l'altermondialisme ». Le simple mot de «
socialisme » est banni du vocabulaire de la «
gauche » ou alors il sert à désigner la
doctrine du parti socialiste, d'un point de
vue journalistique.
La social-démocratie avec « l'économie
sociale de marché » fait mouvement vers le
blairisme qui est une sorte de thatcherisme
de gauche. Aujourd'hui, tout comme le New
Labour de Blair, L'internationale socialiste
achève sa transformation en rompant
définitivement avec toute référence, même
formelle, avec le mouvement ouvrier,
entraînant dans son sillage le SU dans une
dérive droitière de même que d'autre courants
se réclamant de plus en plus formellement du
trotskysme.
La crise majeure qui est désormais en
gestation dans ce pays, mais aussi dans des
rythmes et des délais différents à l'échelle
de l'Europe, met en lumière la criante
nécessité de construire à marche forcée un
parti révolutionnaire qui permette de
submerger les appareils bureaucratiques, de
les briser, pour imposer un gouvernement des
travailleurs, pour les Etats-Unis Socialistes
d'Europe, pour le socialisme.
(1) « Le Plan Carter
constitue la politique de l'impérialisme au
service de la restauration. Son plan
économique, politique et militaire repose sur
la campagne démagogique pour les droits de
l'homme, campagne qui, en coïncidant dans le
temps avec les positions démocratistes du SU,
peut donner lieu à de funestes confusions.
(...) Nous pensons qu'elle va progresser
toujours plus, jusqu'à atteindre un point
critique, où elle tentera d'utiliser
l'inévitable révolution politique et les
mobilisations pour la démocratie, hautement
progressistes, dans les états ouvriers, pour
les dévier vers une politique
libre-échangiste et de restauration
capitaliste. » N. Moreno (La dictature
révolutionnaire du prolétariat - La
contre-révolution impérialiste et le danger
de restauration capitaliste.)
(2) There is no
alternative, dixit M. Thatcher
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