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Edito. - L'Internationaliste n°58
« Exception française » ?
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Il est de bon ton dans la presse bourgeoise de gloser à n'en plus finir sur une sorte d'OVNI, « le modèle social français ». Cette expression désigne implicitement la somme des acquis que la bourgeoisie de ce pays a dû se résoudre à concéder à la classe ouvrière, essentiellement en 1936, 1945 et 1953. Elle a dû les concéder par peur de tout perdre face aux montés révolutionnaires de la période. En cela elle a scellé une sorte de coexistence pacifique avec l'appareil stalinien du PCF alors tout puissant qui déclare en 1945 que « la grève est l'arme des trusts » (Maurice Thorez, secrétaire général du PCF à ce moment).

Tenaillée depuis par la nécessité d'accroître sont taux de profit, nécessité inhérente au système capitaliste, la bourgeoisie considère que, la période de « reconstruction » s'étant achevée dans les années 1960, le « modèle social français » n'a plus cours. Elle le considère d'ailleurs depuis fort longtemps, plus de 40 ans, et travaille avec constance à sa destruction. Aujourd'hui elle pense que le moment est venu de lui porter le coup de grâce. Elle met à profit toutes les failles que lui laissent fort complaisamment les bureaucraties syndicales, à commencer par celle de la CGT, symbolisée de nos jours par le très compréhensif B. Thibault, son secrétaire général.

Une sorte de bal masqué est organisé par le gouvernement, le MEDEF et les directions syndicales qui négocient ensemble des contre-réformes pour mettre en place un « nouveau modèle social français » débarrassé des ces « acquis mortifères (1) » qui « handicapent la compétitivité des entreprises ». Le masque est pour les spectateurs, sur la piste chacun sait qui est qui.

Ainsi, ce 17 janvier, en réponse à la prestation D. de Villepin, la direction de la CGT joue les vierges outragées : « La Cgt a exprimé ce matin son mécontentement à l'égard de la méthode gouvernementale. Alors que se tient une concertation sur la mise au point d'un Plan pour favoriser l'emploi des seniors, le Premier Ministre annonce unilatéralement les mesures qu'il retient. Cela est inacceptable.(...) (Communiqué de la CGT du 17/01/2006) ».

Car le 16 janvier, le Premier ministre a annoncé des mesures de précarisation des « seniors », les chômeurs de 57 ans et plus, avec, entre autres, un CDD de 18 mois, renouvelable une fois ; mesures effectivement « inacceptables », comme le sont les mesures concernant les jeunes (les « juniors » ?). Pour ces derniers, un nouveau contrat est créé, après le CNE, le CPE ou contrat premier emploi, avec 3 ans d'exonération de cotisations sociales pour les patrons et liberté de licenciement ! C'est aussi la pérennisation des stages comme moyen de ne pas embaucher, etc. Tout cela est inacceptable, oui.

Toujours le 16, une publicité inhabituelle est donnée à deux arrêts de la Cour de Cassation qui aboutissent à rendre légal le licenciement préventif pour « maintenir la compétitivité des entreprises » et interdit au juge de « contrôler le choix effectué par l'employeur entre les solutions possibles ». Le MEDEF exulte. En quelques « ordonnances Villepin » et deux arrêts de jurisprudence, le Code du travail est vidé d'une grande partie de sa substance et pourrait rapidement devenir une coquille vide.

Mais, revenons au communiqué de la CGT, car autre chose est inacceptable, c'est le « ton » utilisé dans ce communiqué qui rappelle étrangement celui de la lettre du 10 octobre 2005 de B. Thibault à D. de Villepin à propos de la SNCM (2) : « Comment Dominique, vous osez !? ». Et comment qu'il ose ! Et pourquoi n'oserait-il pas quand il sait que les dirigeants du PS et PCF on décidé de tout faire pour que l'on règle cela en 2007, par les urnes, entre gentilshommes, sans le déferlement des masses dans la grève et dans les manifestations, sans affrontements avec les CRS.

Encore une « exception française » que ces grèves ! Comme le résultat du référendum du 29 mai ! Une « exception française » alors que toute l'Europe s'est faite aux recettes de l'ultralibéralisme, c'est en tout cas ce que matraque la presse bourgeoise jour après jour, comme pour... se convaincre elle-même ?

Pourtant, les dockers de dix pays de l'Union Européenne apportent une autre réponse en manifestant massivement, et violemment, ce 16 janvier devant le parlement européen de Strasbourg contre la directive qui prévoit d'étendre les nuisances des pavillons de complaisances aux ports et docks.

Pourquoi manifestent-ils, se demande le présentateur du journal télévisé de 20 heures, alors que la directive « n'a aucune chance d'être adoptée par le parlement européen » (sic !) ? Parce que la directive en question a déjà été rejetée et qu'elle est à nouveau présentée répond un des manifestants ! Comme la directive Bolkestein ? Comme bien d'autres directives...

C'est la classe ouvrière de toute l'Europe qui pourrait contester les orientations contenues dans la Constitution européenne, dans le traité de Maastricht et dans les autres traités et directives de l'UE, car la course à la misère par leur mise en concurrence à l'échelle de l'UE, aucun travailleur n'en veut. Cela dans les pays qui ont voté « NON » comme dans ceux qui ont voté « OUI » (généralement par un vote parlementaire) et comme dans les autres où, prudemment, on évite d'organiser un référendum tant l'issue est connue.


(1) L'expression est de la CFDT à l'époque de N. Notat.

(2) Voir l'Internationaliste n°57

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