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Il est de bon ton dans la presse
bourgeoise de gloser à n'en plus finir sur
une sorte d'OVNI, « le modèle social français
». Cette expression désigne implicitement la
somme des acquis que la bourgeoisie de ce
pays a dû se résoudre à concéder à la classe
ouvrière, essentiellement en 1936, 1945 et
1953. Elle a dû les concéder par peur de tout
perdre face aux montés révolutionnaires de la
période. En cela elle a scellé une sorte de
coexistence pacifique avec l'appareil
stalinien du PCF alors tout puissant qui
déclare en 1945 que « la grève est l'arme des
trusts » (Maurice Thorez, secrétaire général
du PCF à ce moment).
Tenaillée depuis par la nécessité
d'accroître sont taux de profit, nécessité
inhérente au système capitaliste, la
bourgeoisie considère que, la période de «
reconstruction » s'étant achevée dans les
années 1960, le « modèle social français »
n'a plus cours. Elle le considère d'ailleurs
depuis fort longtemps, plus de 40 ans, et
travaille avec constance à sa destruction.
Aujourd'hui elle pense que le moment est venu
de lui porter le coup de grâce. Elle met à
profit toutes les failles que lui laissent
fort complaisamment les bureaucraties
syndicales, à commencer par celle de la CGT,
symbolisée de nos jours par le très
compréhensif B. Thibault, son secrétaire
général.
Une sorte de
bal masqué est organisé par le gouvernement,
le MEDEF et les directions syndicales qui
négocient ensemble des contre-réformes pour
mettre en place un « nouveau modèle social
français » débarrassé des ces « acquis
mortifères (1) » qui «
handicapent la compétitivité des entreprises
». Le masque est pour les spectateurs, sur la
piste chacun sait qui est qui.
Ainsi, ce 17 janvier, en réponse à la
prestation D. de Villepin, la direction de la
CGT joue les vierges outragées : « La Cgt
a exprimé ce matin son mécontentement à
l'égard de la méthode gouvernementale. Alors
que se tient une concertation sur la mise au
point d'un Plan pour favoriser l'emploi des
seniors, le Premier Ministre annonce
unilatéralement les mesures qu'il retient.
Cela est inacceptable.(...) (Communiqué
de la CGT du 17/01/2006) ».
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Car le 16 janvier, le Premier
ministre a annoncé des mesures de
précarisation des « seniors », les chômeurs
de 57 ans et plus, avec, entre autres, un CDD
de 18 mois, renouvelable une fois ; mesures
effectivement « inacceptables », comme le
sont les mesures concernant les jeunes (les «
juniors » ?). Pour ces derniers, un nouveau
contrat est créé, après le CNE, le CPE ou
contrat premier emploi, avec 3 ans
d'exonération de cotisations sociales pour
les patrons et liberté de licenciement !
C'est aussi la pérennisation des stages comme
moyen de ne pas embaucher, etc. Tout cela est
inacceptable, oui.
Toujours le 16, une publicité inhabituelle
est donnée à deux arrêts de la Cour de
Cassation qui aboutissent à rendre légal le
licenciement préventif pour « maintenir la
compétitivité des entreprises » et interdit
au juge de « contrôler le choix effectué par
l'employeur entre les solutions possibles ».
Le MEDEF exulte. En quelques « ordonnances
Villepin » et deux arrêts de jurisprudence,
le Code du travail est vidé d'une grande
partie de sa substance et pourrait rapidement
devenir une coquille vide.
Mais,
revenons au communiqué de la CGT, car autre
chose est inacceptable, c'est le « ton »
utilisé dans ce communiqué qui rappelle
étrangement celui de la lettre du 10 octobre
2005 de B. Thibault à D. de Villepin à propos
de la SNCM (2) : «
Comment Dominique, vous osez !? ». Et comment
qu'il ose ! Et pourquoi n'oserait-il pas
quand il sait que les dirigeants du PS et PCF
on décidé de tout faire pour que l'on règle
cela en 2007, par les urnes, entre
gentilshommes, sans le déferlement des masses
dans la grève et dans les manifestations,
sans affrontements avec les CRS.
Encore une « exception française » que ces
grèves ! Comme le résultat du référendum du
29 mai ! Une « exception française » alors
que toute l'Europe s'est faite aux recettes
de l'ultralibéralisme, c'est en tout cas ce
que matraque la presse bourgeoise jour après
jour, comme pour... se convaincre elle-même
?
Pourtant, les dockers de dix pays de
l'Union Européenne apportent une autre
réponse en manifestant massivement, et
violemment, ce 16 janvier devant le parlement
européen de Strasbourg contre la directive
qui prévoit d'étendre les nuisances des
pavillons de complaisances aux ports et
docks.
Pourquoi manifestent-ils, se demande le
présentateur du journal télévisé de 20
heures, alors que la directive « n'a aucune
chance d'être adoptée par le parlement
européen » (sic !) ? Parce que la directive
en question a déjà été rejetée et
qu'elle est à nouveau présentée
répond un des manifestants ! Comme la
directive Bolkestein ? Comme bien d'autres
directives...
C'est la classe ouvrière de toute l'Europe
qui pourrait contester les orientations
contenues dans la Constitution européenne,
dans le traité de Maastricht et dans les
autres traités et directives de l'UE, car la
course à la misère par leur mise en
concurrence à l'échelle de l'UE, aucun
travailleur n'en veut. Cela dans les pays qui
ont voté « NON » comme dans ceux qui ont voté
« OUI » (généralement par un vote
parlementaire) et comme dans les autres où,
prudemment, on évite d'organiser un
référendum tant l'issue est connue.
(1) L'expression est de la CFDT à
l'époque de N. Notat.
(2) Voir l'Internationaliste
n°57
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