La détermination de la
jeunesse, dans la bataille contre le CPE, a
fait plier le gouvernement et basculer les
bureaucraties, syndicales et politiques. Une
telle victoire, il est certain, marquera de
son empreinte la lutte de classe de toute la
période à venir.
Une victoire importante non seulement à
l’échelle du pays, mais aussi a
l’échelle de l’Europe car, en
effet, les jeunes et - par procuration - les
travailleurs français ont porté une défaite
partielle aux directives européennes, des
directives imposant la précarité à
l’ensemble des travailleurs et jeunes
d’Europe.
A cette occasion, la jeunesse a su sceller
une unité sans faille avec la classe ouvrière
et ce, jusqu’au bout, jusqu'à la
reculade du gouvernement et au retrait du
CPE, sous prétexte de « remplacement ».
L’unité ainsi réalisée, entre des
acteurs centraux de la lutte de classe, est
une grosse épine dans le pied des
bureaucraties syndicales, ouvrière et
étudiante. D’abord, l’unité de
la jeunesse a tordu la main aux appareils des
« principales organisations étudiantes et
lycéennes » (UNEF, FIDEL, UNEL), opposées au
début a toute mobilisation contre le CPE.
Ensuite, une fois l’unité
d’action avec la classe ouvrière
imposée, les confédérations ouvrières ont dû
également plier et geler (certes,
transitoirement), leurs tentatives de
compromis avec le gouvernement et le
patronat, ainsi que leur indispensable aide à
la gestion du capitalisme dans ce pays.
Tous ces beaux mondes syndicaux, inféodés
à telle ou telle fraction de la ex-gauche
plurielle, quand ce n’est pas à la
bourgeoisie directement, ont été bien obligés
de se plier et de suivre.
A juste titre, ces longues semaines de
mobilisation contre le CPE et la reculade du
gouvernement ont été ressenties comme une
victoire. Cette victoire contre le
gouvernement a nourri la confiance de la
jeunesse et des travailleurs dans leurs
propres forces. Cette bataille a prouvé que
l’unité dans l’action paye et
que prendre avec détermination son destin en
main est le seul moyen de se faire entendre
et de faire reculer la barbarie
capitaliste.
Cependant, et malgré leur joie, la
jeunesse et les travailleurs sont tout à fait
lucides et comprennent que, pour importante
qu’elle soit, il s’agit
d’une victoire partielle qui doit être
complétée par le retrait du « cousin » du
CPE, le CNE et, plus largement, de toute la
loi sur la soi-disant « égalité de chances ».
Tel est l’enjeu que devront affronter,
dans les semaines et mois à venir, la classe
ouvrière et la jeunesse…, armées de
leurs seules forces et détermination.
Dans cette bataille, jeunes et
travailleurs auront à affronter non seulement
le gouvernement et le patronat (qui peinent à
reprendre l’initiative), mais aussi
leurs propres bureaucraties syndicales. Déjà,
ces organisations, dites de la jeunesse et de
la classe ouvrière, travaillent la main dans
la main avec le gouvernement et le patronat,
pour « flexibiliser » le code du travail.
Sous couvert de « négociation »du contrat de
travail ou du parcours professionnel, ou
d’autres formules fumistes, cette
alliance de collaboration de classes (qui a
déjà pondu la « flexsécurité ») entend,
purement et simplement, détruire le code du
travail.
Aussi, ces bonnes gens oeuvrent de toutes
leurs forces pour faire oublier la bataille
gagnée contre le CPE et tout autre enjeu de
la lutte de classe susceptible de bouleverser
les échéances présidentielles de 2007. Tout
est fait pour minorer cette victoire et
cacher une de ses lourdes conséquences :
l’aggravation de la crise politique et
institutionnelle.
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Aussi, on a pu voir à
l’œuvre les appareils syndicaux
et politiques dans leur farouche volonté de «
démobiliser » à l’occasion de ce
dernier 1er mai, marqué par leur peur de la
mobilisation unie des travailleurs et de la
jeunesse. Le secrétaire général de la CGT
(principale organisation ouvrière), Bernard
Thibault, dans la foulée de la victoire
contre le CPE et à la veille du congrès
confédéral, avait même menacé d’un 1er
mai de grande manifestation unitaire et de
lutte, alors qu’en réalité il
travaillait avec son appareil, et avec le
concours des autres confédérations (CFDT,
FO…), à vider cette échéance de tout
contenu, la transformant une fois de plus en
journée de division ou de « fête » sans
lendemain.
La crainte des bureaucraties syndicales
est grande, de voir les travailleurs et la
jeunesse se saisir de cette date pour la
transformer dans ce qu’elle aurait
toujours dû être : une journée de lutte de la
classe ouvrière. Cette crainte est à la
mesure de la volonté de ces dirigeants (liés
dans leur grande majorité au PS ou au PC) de
circonscrire, voire d’étouffer
l’élan né de la victoire contre le CPE
et, par-là même, de sauver le gouvernement et
les institutions capitalistes.
Certes, la nouvelle affaire en date, «
Clearstream » (du nom d’une
institution financière off-shore, spécialisée
en paradis fiscaux), dans laquelle un nombre
important de représentants politiques de tous
bords serait compromis, aggrave la crise
d’institutions déjà largement
décomposées. N’empêche que, à la suite
de la victoire contre le CPE, cette affaire
arrive à point nommé pour essayer de masquer
le rôle fondamental de la lutte de classe
dans l’aggravation de la crise
politique et institutionnelle.
Cependant, les objectifs des uns et des
autres sont loin d’être réalisés, qui
cherchent à étouffer la lutte de classe en la
subordonnant aux échéances électorales. En
effet, au cours de ces longs mois de
mobilisation contre le CPE, des milliers de
jeunes ont fait l’expérience de la
lutte de classe. Ils ont appris à surmonter
les obstacles de la division en passant
par-dessus les appareil et en imposant
l’unité avec la classe ouvrière. Ils
ont compris que, dans les combats à venir, la
place des étudiants, futurs travailleurs en
formation (voir Charte de fondation de la
FSEUL) est aux cotés des travailleurs.
C’est la force de la jeunesse
étudiante, c’est sa capacité à prendre
ses affaire en main qui a permis de surmonter
les obstacles de la division et
l’inaction dans laquelle voulait
l’entraîner l’UNEF,
principalement. En prenant le contrôle direct
du mouvement, à travers des assemblées et des
délégués élus démocratiquement, la jeunesse a
gagné en conscience de classe, une conscience
qui se manifestera sans doute dans les
combats à venir.
En se mobilisant massivement pendant des
semaines aux côtes des travailleurs jusqu'au
retrait du CPE, et en demandant le retrait du
CNE et de la loi sur « l’égalité des
chances », les jeunes ont manifesté
clairement leur volonté de ne pas accepter la
précarité.
Le spectre de la victoire contre le CPE
hante, et hantera en permanence, les
négociations entre les confédérations
syndicales, le patronat et el gouvernement
sur la « flexibilisation » du code du
travail.
Les confédérations syndicales risquent
gros si elles trahissent les aspirations des
travailleurs et de la jeunesse et,
s’il le faut, ceux-ci sauront se
mettre en mouvement le moment venu : mais
cette fois-ci, ils partiront d’un
niveau supérieur de conscience et
d’expérience, des atouts qui pèseront
certainement très lourd dans les résultats
des futurs combats.
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