Près de huit mois se sont écoulés depuis
ce jour d’avril où, au lendemain de la
victoire électorale de l’Union (1), quelques centaines de
militants et dirigeants ayant rompu avec
Refondation Communiste (car cette
organisation allait rejoindre le gouvernement
Prodi), ont donné le départ au processus de
constitution d’un nouveau parti
communiste. Ces mois n’ont pas été de
tout repos : si, dès le début, beaucoup de
militants venant de Refondation, ainsi que du
syndicalisme de base et de la lutte de
terrain, ont-ils rejoint notre projet, ce
n’est qu’après une longue et
généreuse dépense d’énergie de la part
de nos militants que nous en avons récolté
les fruits.
Après le passage de
Refondation de l’autre côté de la
barricade, nous avons cherché tout de suite à
donner corps dans chaque ville
d’Italie, et malgré le silence total de
la presse nationale, à une consigne pour nous
irrévocable : celle de la construction
d’une organisation politique en mesure
de représenter les intérêts des travailleurs,
des chômeurs, des jeunes précaires, des
immigrés ; la construction d’une
opposition de classe, contre un gouvernement
s’apprêtant à représenter les intérêts
de Confindustria (2) et à infliger
des durs coups aux classes populaires.
Nous avions
prévu que, pour les travailleurs, le
gouvernement Prodi allait être encore plus
néfaste que le précédent : la Loi de Finances
-avec des coupes sombres à la dépense sociale
et l’ouverture des fonds de pension- a
confirmé drastiquement nos prévisions. Nous
avions prévu également que, avec les soutiens
de Refondation Communiste et du Cgil (3), d’aucuns
tenteraient de mettre un bâillon aux luttes
et aux mobilisations. Dans les deux cas, nous
avons vu juste, tout comme quand nous avons
vu, dans ce drame pour la classe ouvrière
italienne, l’ouverture concomitante
d’un espace politique pour la
construction d’un parti communiste
digne de ce nom et capable de faire, de
l’opposition à tout gouvernement
patronal, le facteur déterminant de sa propre
activité. Comme l’ont prouvé la
manifestation du 4 novembre contre la
précarité, la grève du 17 novembre, les
manifestations des ouvriers de Mirafiori, les
mobilisations des enseignants, des immigrés,
des étudiants…, les luttes ne se sont
pas arrêtées. Le Parti d’Alternative
Communiste se pose un objectif ambitieux :
celui de donner corps à toutes ces
revendications afin de construire, comme son
nom l’indique, une véritable
alternative.
Après tant de
travail…
Après la rupture d’avec Refondation
Communiste, Projet Communiste avait su
concilier deux exigences parallèles :
d’une part, la réalisation de
rencontres ouvertes proclamant notre appel à
la construction d’un nouveau parti
(présentations publiques dans toutes les
villes, assemblées, conférences de
presse…) ; d’autre part, et
depuis le début, la construction d’une
opposition de classe au gouvernement, avec
participation active à toutes les
mobilisations et batailles qui n’ont
pas manqué de se présenter, une fois tombées
les illusions suscitées par Prodi.
C’est pourquoi, les adhésions les plus
significatives à notre projet étaient venues
de la part d’ouvriers engagés dans la
bataille contre le patronat et les
bureaucraties syndicales, de militants
syndicaux, de représentants de mouvements des
secteurs les plus exploités de la classe
ouvrière, dont en premier lieu les
immigrés.
Grâce à un travail collectif et une vaste
discussion, nous nous étions dotés, depuis
avril dernier, d’organismes dirigeants
provisoires. Ces organismes avaient produit
un manifeste à thèse et des statuts qui,
depuis octobre, avaient été débattus dans
presque toutes les villes, avec apport de
contributions significatives. Ceci nous avait
permis de rapprocher beaucoup d’autres
militants à notre projet, et de gagner des
nouveaux adhérents (comme militants, ou comme
sympathisants) à la constitution du parti.
L’effort généreux déployé par nos
cadres nous a prouvé concrètement,
qu’un parti ne se construit pas par la
participation aux salons télévisuels ni par
le bluff médiatique, mais plutôt par
l’action de militants en chair et en
os. Aussi, le succès en a été enthousiasmant
pour nous tous et, malgré les difficultés
rencontrées, enfin le Parti
d’Alternative Communiste (PdAC) allait
voir le jour, au cours des 5, 6 et 7 janvier,
à Rimini. Dans une salle comble, tant de
délégués que d’invités, la discussion,
«vraie», comme l’a définie un des
participants, le camarade Bachu (porte-parole
du Comité Immigrés d’Italie) a-t-elle
été sans trêve, et presque tous les délégués
(dont beaucoup, très jeunes) y sont
intervenus. Ils ont apporté, à travers les
trois sessions du congrès (politique,
internationale et statuts), une contribution
significative à la discussion des documents
et à l’élaboration de la politique
d’intervention du parti pour la
prochaine période. Ici, à la différence de
tant de congrès ou pseudo congrès, il
n’y a rien eu d’artificiel, et
les invités se sont surtout étonnés du fait
suivant : pas de « leader » pour dicter la
ligne, mais une élaboration collective du
projet politique.
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On récolte les
fruits…
Les travaux ont débuté
par le rapport politique d’Antonino
Marceca qui a analysé l’actuelle
période en s’arrêtant,
particulièrement, sur l’attaque
déchaîné par le gouvernement avec le
lancement de la Loi de Finances. Le rapport a
réaffirmé les axes principaux de notre
intervention, selon l’objectif de
construction d’une opposition de classe
au gouvernement Prodi : intervention
syndicale et dans les mobilisations sur la
base d’une plate-forme transitoire ;
parallèlement à la construction du parti,
organisation d’espaces de lutte ;
batailles contre la réforme des retraites et
le vol sur le TFR (4) et
la précarité (avec création de comités dans
les lieux de travail et les quartiers) ;
bataille pour la défense des droits des
immigrés.
Outre les
interventions des camarades déjà inscrits à
Pc Rol, le congrès a entendu, au nom de leurs
organisations respectives, les saluts des
camarades Bachu, président du Comité Immigrés
d’Italie, et Rizzo, du Slai-Cobas (5). Ainsi que plusieurs
invités internationaux ; les camarades :
Bernard Filippi, dirigeant de la Fraction de
Lutte Ouvrière ; au nom de la LIT-Ci (à
laquelle nous avons adhéré, par décision du
congrès), Zé Maria, un des principaux
dirigeants du syndicat Conlutas, ancien
candidat aux présidentielles de 2002 (en
alternative à la droite ainsi qu’à
Lula), et dirigeant du PSTU brésilien (parti
qui a concouru à la présentation d’un
tiers pôle dans la candidature
d’Heloisa Helena aux dernières
présidentielles) ; Angel Luis Caps (au nom du
CEI de la LIT) et José Moreno Pau, tous deux
membres de la direction du PRT espagnol ; Gil
Garcia, dirigent de Ruptura-Fer du Portugal ;
enfin, Jan Talpe et Gary Rubin, de la LCT de
Belgique.
Parallèlement à la discussion politique,
s’est tenue la discussion des status,
avec le rapport du camarade Francesco Ricci
qui a insisté sur les principes fondamentaux
en la matière : nécessité de construire un
parti de militants ; définition des critères
d’adhésion au parti (accord sur le
programme, militantisme actif, cotisation
financière) ; refus d’un parti «flou»,
qui favoriserait l’influence de
quelques « leaders ». Au cours de la
discussion des statuts, une des propositions
d’appellation du parti a enfin été
choisie, votée à la majorité.
Ensuite, une séance a été dédiée à
l’analyse de la situation politique
internationale et à définir notre position
par rapport aux principales tendances
internationales se réclamant du trotskisme.
Le rapport détaillé de Valerio Torre, dans
son analyse de la conjoncture historique
-avec une attention particulière aux guerres
du Proche-Orient et à la situation explosive
en Amérique Latine- a examiné la définition
de notre horizon stratégique, à partir de la
nécessité de construire le parti de la
révolution internationale, la Quatrième
Internationale. A travers le bilan de
l’expérience et des erreurs du passé,
le rapport du camarade Torre a débouché sur
une proposition concrète, et déjà adoptée à
la majorité par la direction sortante, à
savoir : une demande d’adhésion à la
LIT Ci. Grâce au matériel diffusé par le
groupe de travail international du parti en
constitution, et à plusieurs rencontres avec
des dirigeants et militants de la LIT en
Italie, Madrid et Bruxelles, la discussion
internationale du congrès a été très riche et
s’est traduite par une enthousiaste
approbation de la proposition ci-dessus. Il
s’est ensuivi un instant émouvant (si
l’on peut se permettre
l’expression) quand, intervenant au nom
du CEI la LIT, le camarade Caps a défini ce
moment comme historique et souligné -malgré
des parcours jusqu’alors si
différents-, l’extraordinaire
coïncidence entre les positions politiques
programmatiques de notre parti et celles de
la LIT et ses sections. Aujourd’hui, la
LIT compte avec une nouvelle section en
Italie : c’est un petit pas en avant
vers la reconstruction de
l’Internationale trotskiste.
Et maintenant, au travail
!
La constitution du Parti
d’Alternative Communiste n’est
que le début d’un parcours politique :
désormais, il s’agira de le renforcer
et d’en faire une référence crédible
pour les mouvements de lutte qui surgiront
dans les prochains mois. Les intentions du
gouvernement Prodi envers les travailleurs
étant d’ores et déjà clarissimes, plus
les attaques contre les travailleurs seront
graves, plus la construction d’une
opposition de classe à ce gouvernement sera
nécessaire. Un gouvernement qui jouit du
soutien sans faille de Refondation Communiste
et qui peut nous jouer la carte de la
concertation. Nous ne resterons pas à
regarder : nous construirons le parti dans la
lutte, pour organiser la lutte avec le parti.
La tâche qui nous attend est ardue et
ambitieuse, mais nous avons la force de la
conviction pour nous soutenir. La conviction
que seulement la révolution socialiste
mondiale pourra libérer l’humanité de
l’exploitation du travail, de
l’oppression, de la guerre et du
désastre écologique.
(1) « Unione » : coalition
hétéroclite dite de « gauche » (dont fait
partie Refondation Communiste), créée en
février 2005 autour de la candidature de
Romano Prodi.
(2) « Confindustria » :
Confédétation Générale de l’Industrie
Italienne (confédération syndicale
patronale).
(3) « CGIL » : Confédération Générale
Italienne du Travail.
(4) TFR : système
d’indemnités et de retraites par
répartition.
(5) « Slai-Cobas » : Syndicat des
Travailleurs Auto-organisés
Inter-catégoriels.
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