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Document publié dans l'Internationaliste n°64

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Le « dialogue social » contre les travailleurs
Partant de l'échec du CPE au printemps dernier, suite à la mobilisation des travailleurs et de la jeunesse, le gouvernement et les bureaucrates syndicaux ont décidé de forcer les feux pour aboutir rapidement à un « diagnostic commun » ou « partagé » sur l'emploi et les revenus. La conférence du 14 décembre sur l'emploi et les revenus a été organisée avec l'objectif avoué de « rénover le dialogue social », selon l'expression commune de L. Parisot, présidente du MEDEF, et de D. de Villepin, Premier ministre du gouvernement Chirac-Sarkozy.

Présentée comme un « super Grenelle » - allusion faite aux négociations ayant permis d'enterrer la grève générale de mai-juin 68 et de sauver le gouvernement et le régime - la conférence du 14 décembre 2006 s'est résumée, pour le public, à une discussion feutrée dont il n'est rien sorti. Rien, vraiment ? Si on en croit les dirigeants des principales organisations syndicales, « le gouvernement n'a rien annoncé et c'est dommage », les représentants des patrons estimant de leur côté que « c'est tant mieux... » Alors, que s'est-il vraiment passé ce 14 décembre ?

Depuis des décennies, tous les gouvernements, ou peu s'en faut, se sont attachés à intégrer les syndicats à l'Etat pour mieux lier les travailleurs aux intérêts des financiers et des spéculateurs. Les deux tentatives les plus brutales se sont soldées par des échecs : celle du maréchal Pétain (avec la Charte du travail), et celle du général De Gaule (avec la tentative de mise en place d'un Sénat corporatiste, rejeté en 1969 par référendum). Mais la voie suivie sous Mitterrand ou Chirac, pour être plus discrète n'en est pas moins efficace.

Il en va ainsi de la multiplication d'organismes et de mécanismes associant les représentants « irréconciliables » du capital et du travail pour en faire des « partenaires sociaux ». Des lois Auroux de 1982 (sous le gouvernement Mitterrand-Mauroy), aux lois Fillon en 2004 (sous Chirac-Raffarin), il y a un fil conducteur qui passe par les lois Aubry (sous Chirac-Jospin).

Ce fil conducteur est le suivant : sous prétexte de « démocratie à l'entreprise », de « responsabilité », d'« équité » ou de « concertation », l'ensemble de ce qui fait les acquis sociaux est remis en cause et les travailleurs sont contraints de s'intégrer à leur propre exploitation. A cette occasion, on voit très bien comment le mot d'ordre de « l'autogestion », remis au goût du jour après 1968 par la CFDT et le PSU de Rocard, est devenu (fort logiquement, du point de vue du marxisme révolutionnaire), une pratique de cogestion et d'association capital-travail.

Dès son arrivée à Matignon, au lendemain du rejet du traité constitutionnel européen, D. de Villepin s'est attelé à multiplier les remises en cause de fond du Code du travail en s'attaquant à un élément central, le contrat de travail, conformément aux attentes patronales du MEDEF. Les ordonnances prises à l'été 2005 allaient toutes dans ce sens.

Que s'est-il vraiment passé, ce 14 décembre ? Le débat était cadré par un ensemble de rapports, dont celui du CERC (Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale), à D. de Villepin. Que dit B. Thibault de la CGT, le 14 décembre ? : « Concernant le diagnostic de la situation, nous partageons les grandes lignes des différents rapports récents du Conseil d’orientation de l’emploi et de la Cour des comptes et tout particulièrement celui du Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale qui sert de support à cette rencontre. » (NDLR, c'est nous qui soulignons).

Pour la CFDT, c'est son secrétaire national, Marcel Grignard, qui parle : « [La conférence constitue un] point de départ d’un processus de long terme entre les partenaires sociaux et l’État ».

Côté patronal, L. Parisot, du MEDEF, observe un « début de consensus sur le fait que le financement de la protection sociale pesait sur le travail et sur l'entreprise ». « Il serait souhaitable que ce type de rencontre se multiplie à l'avenir ».

Et de Villepin, que dit-il, en clôture de cette conférence ? : « Jean-Louis BORLOO, Thierry BRETON, Gérard LARCHER et Catherine VAUTRIN viennent de le dire : les échanges que nous avons eus ensemble nous ont permis de progresser dans notre analyse et dans les réponses que nous voulons apporter aux Français. Je veux vous en remercier chacun personnellement. C’est votre contribution qui a fait la richesse de cette conférence. ».

Etablir un diagnostique partagé et agir de concert... Cela ressemble au pas-de-deux autour du conflit de la SNCM. Ce 14 décembre, tout simplement, un accord politique s'est formalisé entre gouvernement, patrons et bureaucrates syndicaux, un accord pour accompagner un bouleversement complet de ce qui fait depuis 1902 le Code du travail.

Au fait, le CERC est présidé par J. Delors, membre du PS, ancien dirigeant de la CFDT et, surtout, ancien Président de la Commission de Bruxelles. Delors siège au CERC auprès de « personnalités » comme N. Notat, ancienne secrétaire générale de la CFDT, et J.-M. Charpin, Commissaire général au plan sous Jospin et auteur, à l'époque, d'un rapport (un diagnostique partagé ?) sur les retraités !

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