|
La crise du
sionisme
La démission toute récente du chef
d’état major de l’armée
israélienne, le général Dan Haloutz, traduit
encore davantage l’ampleur de la crise
politique et militaire de l’Etat
sioniste. Cette crise est le résultat de la
défaite militaire subie par Israël au Liban.
La cinquième armée du monde, tête de pont de
l’impérialisme US dans la région,
s’est heurtée à la résistance de
quelque 6 000 hommes déterminés, soutenus par
le peuple libanais en lutte contre
l’agresseur. Les ponts, les routes, les
nœuds de circulation, les industries
ont été méticuleusement pulvérisés, les
villes détruites et les populations
massacrées, mais la réalité de ce champ de
ruine est dure à entendre pour Israël : aucun
des objectifs militaires visés n’a été
rempli au terme de ce mois d’agression.
Tout comme les bourbiers irakien et afghan
pour l’impérialisme US, l’échec
libanais révèle la nature de
l’impérialisme sioniste : un colosse
aux pieds d’argile que la détermination
des peuples parvient à faire battre en
retraite.
De ce point de vue, le peuple palestinien
reste, depuis plus de 50 ans, à la pointe de
la lutte contre l’ordre barbare que
l’impérialisme cherche à imposer.
Massacres, nettoyages ethniques, expulsions
massives, ghettoïsation, rien n’y a
fait : le peuple palestinien est toujours
debout, plus que jamais déterminé à lutter
jusqu’au bout contre l’oppression
sioniste.
Destruction, occupation et
colonisation
L’agression israélienne s’est
déchaînée ces derniers mois : le «
désengagement » de Gaza, chanté comme un
geste de sacrifice et de paix de la part du
sionisme, aura mis peu de temps à dévoiler sa
vraie signification : une ghettoïsation
totale suivie d’un « engagement »
militaire sans précédent. Gaza n’est
rien d’autre qu’une prison à ciel
ouvert, où la misère atteint
aujourd’hui des proportions dramatiques
: notamment une précarité de 66%, et une
malnutrition qui gagne du terrain. Côté
militaire, fin 2006, en quelques semaines,
les chars et les F 16 ont massacré plus de
400 Palestiniens en laissant mille blessés. A
Beit Hanoune, une famille entière fut
déchiquetée dans son sommeil, sans aucune
erreur possible. Comme le rappelait un des
survivants, cette boucherie était censée
servir d’exemple dissuasif pour mettre
à genoux un peuple qui ose résister.
En Cisjordanie, l’occupation et la
colonisation, essence même du sionisme, se
poursuivent à grande vitesse. Le
mur-apartheid découpe le territoire en
bantoustans isolés, confisque les terres et
assure un peu plus le pillage israélien des
ressources palestiniennes en eau (dont Israël
contrôle déjà 80%). Le ministère de
l’Habitât vient d’autoriser
l’agrandissement de la plus grande
colonie juive en Cisjordanie, Maalé Adounim :
cela signifie ni plus ni moins la division en
deux de la Cisjordanie. Cette politique
n’est pas un « dérapage » ou un « excès
irresponsable» du gouvernement israélien ;
c’est l’expression profonde de la
nature même d’Israël : un Etat colonial
et raciste, qui cherche par tous les moyens à
s’assurer une majorité juive
indispensable à sa survie.
|
On comprend mieux alors
pourquoi Olmert peut cyniquement parler, ces
derniers jours, d’Etat palestinien aux
« frontière temporaires » et provisoires !
Provisoires, oui, car toujours susceptibles
d’être réduites un peu plus chaque
jour, jusqu’à la soumission totale
d’un peuple !
La crise des institutions
palestiniennes et la résistance du
peuple.
Mais les Palestiniens sont décidés à ne
pas se laisser soumettre. La crise historique
du Fatah et des institutions palestiniennes
n’est que la conséquence de cette
résistance radicale du peuple contre
l’occupant. L’autorité
palestinienne a payé, dans les urnes
l’an dernier, le prix de sa
collaboration avec le sionisme, et de sa
soumission à l’impérialisme US.
Aujourd’hui, il est en train de le
payer dans la rue. Le climat de guerre
civile, qui s’est confirmé ces
dernières semaines, est la traduction
politique de la lutte des classes en
Palestine : d’un côté l’Autorité
de Mammoud Abass, dernier allié et dernière
chance de l’impérialisme américain pour
soumettre le peuple palestinien ; de
l’autre, le Hamas, porté par défaut aux
urnes, et pris à la gorge par la lame de fond
du peuple en lutte qui fait pression sur lui.
Effrayé par la pression populaire, le Hamas
cherche à la canaliser, en poursuivant,
lentement mais sûrement, sa « conversion »
vers la reconnaissance d’Israël, vers
le pacte avec l’impérialisme et la «
solution » des deux Etats. Le chef en exil du
Hamas, Khaled Méchaal, a franchi un nouveau
pas dans ce sens ces derniers jours, en
reconnaissant l’existence
d’Israël comme « un fait », « une
réalité ». Et il ajoute cette phrase lourde
de conséquences : « Le problème, ce
n’est pas l’existence d’une
entité qui s’appelle Israël. Le
problème, c’est que l’État
palestinien n’existe pas. »
(L’Orient le jour 11 janvier 2007).
Qui ne voit que « l’Etat palestinien
» aux côtés d’Israël est une utopie,
démentie chaque seconde, et forgée pour
soumettre les Palestiniens aux vues de
l’impérialisme ? Tzipi Livni, la
ministre des affaires étrangères proche du
boucher Sharon, ne s’y trompe pas ;
sinon plus lucide, en tout cas moins cynique
que Méchaal, elle avouait, il y a tout juste
un an : « Nous […] voulons assurer la
spécificité juive de notre Etat. Or,
désormais, on entend des gens dire : «
Finalement, pourquoi n'y aurait-il pas qu'un
seul Etat ici ? Au fond, le judaïsme n'est
qu'une religion... » ». Elle concluait, comme
en un hommage involontaire à la résistance
héroïque et un jour victorieuse du peuple
palestinien : « plus le conflit
israélo-palestinien se prolonge, moins le
temps joue en notre faveur » ! (Le Monde 15
Janvier 2006).
|