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Comment la
bourgeoisie utilise Refondation
Communiste
En janvier, après
avoir participé à l'approbation de budgets
scandaleux, Franco Giordano (Secrétaire
général du Parti de la Refondation
Communiste-PRC (1))
discernait lors du sommet de l'Union, à
Caserta, une « nouvelle phase ». Grâce aux
ressources de persuasion de Refondation sur
les forces de l'Union (2), Fassino lui-même s'est
convaincu de « faire coïncider réformes et
équité », remettant le gouvernement « en
syntonie avec le peuple » (3).
Et, avec ces garanties «à notre peuple »,
ils ont développé une pincée d'humour pour
les medias, après une interview, à Versan,
sur les privatisations et un article de Padoa
Shioppa sur les magnifiques vertus de la
rigueur (pour les travailleurs), Refondation
a montré à la bourgeoisie qu'elle avait fait
un bon pari en approuvant à une grande
majorité la présence du PRC dans le
gouvernement. La bourgeoisie sait qu'il n'est
possible de lancer une attaque contre la
classe ouvrière, sans précédent dans toute
l'histoire républicaine, qu'avec l'appui de
la bureaucratie syndicale et du PRC : ils ont
ainsi réussi à obtenir une importante
diminution des heures de grève, dès la
première année du gouvernement de
centre-gauche (si on le compare à la dernière
année du gouvernement de centre-droit).
Les « communistes » du gouvernement n'ont
pas effrayé la bourgeoisie, pas même un
instant, puisque il était clair que, comme
toujours, quand les partis ouvriers entrent
dans les antichambres du pouvoir du système
capitaliste, leur rôle a toujours été de
freiner les luttes. Pour savoir comment le
faire, ils ont donné libre cours à la
magnifique dialectique des Russo Spena («
nous avons voté les douze propositions de
Prodi, car nous ne nous en contentons pas et
voulons la lune ») des Gagliardi et des
Migliore. Des individus qui sont devenus
maîtres en l'art de vendre des bouteilles de
Lambrusco, coupé à l'eau, en les faisant
passer pour un « Barolo » d'excellente
cuvée.
La guerre sociale contre les travailleurs
se combine avec une guerre militaire à
l'extérieur, un renfort patriotique au
service du capitalisme italien. Aucun
gouvernement n'avait osé en faire autant :
retraites, TFR, augmentation du budget
militaire, augmentation des troupes et des
armes en Afghanistan.
Le même Giordano (s'adressant dans ce cas
aux patrons, peut-être pour les mettre en
garde contre l'indigestion) s'est permis de
rappeler que « Cofindustria (la patronale
italienne) avec les derniers budgets
généraux, a obtenu plus que jamais auparavant
». Et ce n'était que l'apéritif, auquel
succédèrent des plats plus savoureux qui
étaient au menu des « douze points » avec
lesquels le gouvernement est sorti de la
crise parlementaire.
Renforcement du
gouvernement et affaiblissement du
PRC
Mais les arguments que le groupe dirigeant
de Refondation utilise pour convaincre ses
militants et son milieu politique sont moins
convaincants, pour qui possède un peu de
jugeotte. Ce n'est pas raisonnable de
continuer à promettre le « temps des
dédommagements », alors que le gouvernement
annonce « le temps des sacrifices ».
L'épouvantail du « retour de Berlusconi »,
n'est pas non plus raisonnable quand, grâce
aux politiques de l'Union, le centre-droit
est en train de se développer, autant au
niveau social (comme les sondages
l'indiquent), qu'au niveau électoral.
C'est pour cela, la confusion augmente, et
l'insatisfaction se traduit par des
protestations contre la bureaucratie
syndicale et contre Bertinotti (désigné comme
« le traître »), d'abord par les travailleurs
de Mirafioris (FIAT) et ensuite par les
étudiants universitaires de Rome. C'est
pourquoi la situation interne de Refondation
connaît un évident et rapide déclin.
Néanmoins, s'il y a un renforcement de la
majorité de Bertinotti, rejoint maintenant
par le courant de Claudio Grassi et le
courant « Être communiste » (qui lors de la
conférence de l'Organisation à Carrara a voté
la motion de Giordano retirant la lutte «
anti-impérialiste » et de « parti » au milieu
des embrassades et de l'émotion générale),
les cercles (organisations de bases de
Refondation) sont en train de disparaître. Le
PRC a été mâché et recraché par le
gouvernement comme on faisait avant avec le
tabac. Et les militants sont de plus en plus
remplacés par les arrivistes. C'est ce qu'a
déclaré Giordano, à Carrara, en invoquant la
nécessité de « nouvelles règles » internes
pour combattre les manifestations de
mauvaises habitudes, qui en réalité sont le
fruit du choix gouvernemental du parti, choix
qui l'éloigne des luttes et substituent aux
nécessités collectives les ambitions
individuelles.
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Pour acquérir une légitimité,
en tant que force au pouvoir, aux yeux de la
bourgeoisie, les dirigeants de Refondation,
se voient contraints d'avaler des couleuvres
en faisant même l'éloge du chef, mais plus la
bourgeoisie leur accorde sa confiance (la
presse fait chaque jour l'éloge de la
distante élégance du président de
l'assemblée), plus ils s'éloignent des
travailleurs, moins ils seront capables de
contrôler les mobilisations ouvrières et, par
conséquent, moindre sera leur utilité pour la
bourgeoisie (laquelle, bien sûr, ne sait que
faire des déclarations de Bertinotti sur la «
ville des hommes », ou sur Kant, si celles-ci
ne permettent pas d'assurer la « paix sociale
»). C'est là la contradiction de Refondation,
mais de manière générale, c'est là le
problème de toutes les forces
sociales-démocrates dans une époque qui se
caractérise par l'échec historique de la
Social-Démocratie.
Que veut-on construire
avec le projet de Mussi et Bertinotti
?
Pour sortir de cette impasse, Bertinotti
attend le lancement d'un nouveau et plus
grand parti social-démocrate : c'est là le
projet auquel il travaille avec la gauche de
la DS (ex-PCI) de Mussi et Salvi, qui ont
rompu lors du congrès de la DS, avec D'Alema
et Fassino, décidés à construire un parti
démocratique.
Le nouveau parti
devrait compter sur un nombre d'adhérents
deux fois plus important que celui de
Refondation (Mussi a obtenu 15% au Congrès, à
peu près 38 mille votes et presque 80 mille
adhérents), mais avec une insertion syndicale
bien supérieure. Le « projet » devrait donc
construire un parti social-démocrate plus
fort qui serve de béquille au gouvernement
libéral, dont le principal appui serait le
Parti Démocratique. Les références
(symboliques) au « communisme »
disparaîtraient ou seraient progressivement
réduites (comme dans le cas du symbole du PCI
devenu PDS) (4). Le
nouveau parti aurait pour tâche de garantir
l'appui politique et syndical du mouvement
ouvrier au gouvernement des patrons.
La gauche critique :
est-ce utile de revenir au Bertinottisme
originel ?
Contre ce
projet anti-ouvrier, ni une opposition
relative, ni des petits partis dotés de
leaders de poids (5), ni
même des petits projets un peu plus à gauche
ne serviraient à rien, même au nom d'un
supposé retour au bertinottisme originel,
comme le propose Turigliatto (dirigeant
mandeliste) avec la Gauche Critique et son
projet « incompatible avec la guerre ».
Certainement, un « appui critique » ou «
extérieur » au gouvernement de la bourgeoisie
- comme l'a proposé Tutigliatto au congrès
nationale de la Gauche critique - ne sert à
rien, ce qui ferait la différence, c'est une
opposition de classe dans les rues, les
locaux de travail et même au sein des
institutions bourgeoises. Pas un parti qui
occupe l'espace ouvert par Refondation avec
la social-démocratie, plus lié au mouvement
social et qui prétendrait (selon les mots de
Turigliatto) aiguillonner le gouvernement
impérialiste. Il faut un nouveau parti
communiste de militants, qui suive le
programme du marxisme, puisse appuyer
immédiatement les luttes nécessaires pour
freiner les attaques de la bourgeoisie et
relancer un programme réel d'alternative de
classe sur le plan national et international,
s'inscrivant dans la construction d'un parti
mondial. C'est à ce projet que travaille,
avec ses modestes moyens, mais avec beaucoup
de ténacité, le PdAC, section de la Ligue
Internationale des Travailleurs. C'est ce que
font tous les jours dans tant de villes
italiennes, des centaines de travailleurs et
de jeunes. C'est ce que nous proposons à tous
les militants qui rejettent le capitalisme et
ses gouvernements et donc toutes les
variantes bigarrées de la
social-démocratie.
Francesco
Ricci
(1) PRC : Parti de la Refondation
Communiste qui, aujourd’hui, fait
partie de la coalition du gouvernement de
Romano Prodi.
(2) L’Union : nom de la coalition de
centre-gauche qui soutient le gouvernement de
Prodi.
(3) Déclarations publiées dans un
entretien en première page de Liberazione
(13/01/07).
(4) PDS (Partito Democratico della
Sinistra):Parti Démocratique de Gauche, nom
adopté par la majorité du Parti Communiste
Italien, en 1991. Le PRC est né d’une
rupture avec ce secteur.
(5) Nous nos referons, ici, au PCL
(Parti Comunista dei Laboratori) de Ferrando,
né d’une assemblée nationale tenue en
grand secret récemment à Rimini. Une
tentative - dont la faillite est avérée- pour
construire un parti sans programme (mais avec
« quatre points » généraux), sans journal
(sauf un bulletin semestriel), sans liens
avec les militants : bref, un parti où la
seule certitude est la place de leader de
Ferrando.
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