| La Confédération Européenne des
Syndicats (CES) a réuni son onzième congrès à
Séville, en Andalousie, du 21 au 24 mai 2007.
« A l'offensive », c'était le thème du
congrès de cette monstrueuse incongruité du
syndicalisme que constitue la CES. En deux
mots, souvenons nous qu'elle fut le
regroupement des organisations européennes de
la CISL (Confédération internationale des
syndicats libres) avant de « s'ouvrir » au
syndicalisme chrétien en 1973 et de devenir
un interlocuteur privilégié de la Commission
de Bruxelles, co-rédacteur des directives de
l'Union Européenne.
Aujourd'hui, la CES ambitionne de
regrouper dans ses rangs l'ensemble des
organisations syndicales du continent ; elle
deviendrait alors l'organisation régionale de
la Confédération Syndicale Internationale
(CSI) fondée sur le même modèle en novembre
2006. Fidèle à ses principes de collaboration
de classes, la CES annonce le lancement d'une
grande offensive continentale tournée, en
réalité, contre les travailleurs.
« A un moment où le capitalisme
financier agressif explose (...), il faut des
syndicats forts pour que les entreprises
restent honnêtes. Si les gouvernements
craignent de s’attaquer à ces
entreprises par la réglementation et la
fiscalité, apportons-leur l’aide
nécessaire pour remplir leur tâche. »
Cette citation est extraite du discours de
John Monks, secrétaire général de la CES.
Faisant ensuite l'apologie de la «
Flexsécurité » danoise et du Traité
constitutionnel européen, il poursuit : «
Pour aller de l’avant
(...), il faut s’entendre avec les
partenaires sociaux afin de prendre ensemble
des décisions difficiles ». Ces quelques
passages suffisent à eux seuls à donner le
contenu réel de cette « offensive »
syndicale, la généralisation du « tripartisme
» (Etat, patronat, syndicats), contre les
travailleurs.
Laissons L. Trotsky répondre à J. Monks :
« Aux yeux de la bureaucratie du
mouvement syndical, la tâche essentielle
consiste à " libérer " l'Etat de l'emprise
capitaliste en affaiblissant sa dépendance
envers les trusts et en l'attirant à lui.
Cette attitude est en complète harmonie avec
la position sociale de l'aristocratie et de
la bureaucratie ouvrière qui combattent pour
obtenir quelques miettes dans le partage des
sur-profits du capitalisme
impérialiste.
Dans leurs discours, les bureaucrates
travaillistes font tout leur possible pour
essayer de prouver à l'Etat - démocratique -
combien ils sont dignes de confiance et
indispensables en temps de paix, et plus
spécialement en temps de guerre. Par la
transformation des syndicats en organismes
d'Etat, le fascisme n'invente rien de
nouveau, il ne fait que pousser à leurs
ultimes conséquences toutes les tendances
inhérentes au capitalisme. ». (L.
Trotsky, Les syndicats à l'époque de la
décadence impérialiste, Août 1940).
L'indépendance des syndicats par rapport à
l'Etat et par rapport aux capitalistes, dont
l'Etat est le plus ferme soutien : c'est bien
de cela qu'il s'agit. L'Etat « démocratique »
dont il est question, c'est aujourd'hui et
ici l'UE, ses états membres et ses régions,
plus ou moins autonomes.
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On a bien vu, par exemple, un
Bernard Thibault, de la CGT française,
s'indigner : « J’ai bien entendu
Monsieur Barroso nous enseigner que le
changement était inévitable. Sans doute, mais
la nature des changements doit être
discutable, sinon c’est tout simplement
l’indépendance syndicale qui est remise
en cause. Et lorsqu’on nous propose de
ne plus se poser la question de savoir à qui
appartiennent les entreprises, il nous
suggère de fermer les yeux sur le capitalisme
financier prédateur d’emplois et
générateur de précarité pour des millions de
salariés. ». Le bonhomme marche sur le
fil du rasoir ; selon « la nature des
changements », « l'indépendance
syndicale [serait] remise en cause », ou
non ?
Mais l'indépendance syndicale n'est-elle
pas tout simplement remise en cause de par
la nature de la CES intégrée et par
la nature des changements
pro-capitalistes qu'en conséquence celle-ci
dicte à ses organisations nationales,
lesquelles les imposent à tous les échelons
des structures syndicales jusqu'à la section
d'entreprise ? Ou bien, pour le dire
autrement, comme L. Trotsky : « Ils
doivent affronter un adversaire capitaliste
centralisé, intimement lié au pouvoir de
l'Etat. De là découle pour les syndicats,
dans la mesure où ils restent sur des
positions réformistes - c’est à dire
sur des positions basées sur l'adaptation à
la propriété privée - la nécessité de
s'adapter à l'Etat capitaliste et de tenter
de coopérer avec lui. » (Ibidem). C'est
bien ce qui détermine le numéro de funambule
de Thibault et de bien d'autres.
La CGT oscille entre deux positions : d'un
côté, le syndicalisme de lutte de classes qui
reste une aspiration forte de la base
organisée ; de l'autre côté, l'orientation
d'adaptation imposée par Thibault, dictée par
la « construction européenne » sous l'égide
du traité de Maastricht et du traité
constitutionnel, traité approuvé par la
CES.
Si B. Thibault a « bien entendu
Monsieur Barroso », gageons que «
Monsieur Barroso » a bien entendu « Monsieur
Thibault » qui exprime ses craintes de se
voir déborder comme ce fut le cas à propos du
traité constitutionnel européen. En effet, il
a loin de la volonté d'imposer des « repères
revendicatifs » pro-capitalistes à la CGT -
avec les structures « renouvelées » et un
financement des structures en conséquence -
et le fait d'y parvenir sans dégâts pour la
bureaucratie, sauf à s'appuyer sur l'appareil
d'Etat... Et encore ! La lutte des classes
n'a-t-elle pas maintes fois démontré qu'elle
avait plus d'un tour dans son sac ?
Ainsi, dans l'ensemble des pays de l'UE et
au delà, des militants sont prêts à oeuvrer,
ou oeuvrent déjà, au regroupement des
travailleurs en vue de la défense d'un
syndicalisme de lutte des classes,
indépendant de l'Etat et des capitalistes,
exigeant la rupture avec la CES et la CSI,
organisations qui n'ont rien à voir ni de
près ni de loin avec le mouvement ouvrier, de
par leur nature, n'est-ce pas
Messieurs Monks, Thibault et... Barroso ?
J.-Louis
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