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Document paru dans l'Internationaliste n°69

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La Confédération Européenne des Syndicats à l'offensive... contre les travailleurs !

A propos du 11ème Congrès de la CES à Séville

La Confédération Européenne des Syndicats (CES) a réuni son onzième congrès à Séville, en Andalousie, du 21 au 24 mai 2007. « A l'offensive », c'était le thème du congrès de cette monstrueuse incongruité du syndicalisme que constitue la CES. En deux mots, souvenons nous qu'elle fut le regroupement des organisations européennes de la CISL (Confédération internationale des syndicats libres) avant de « s'ouvrir » au syndicalisme chrétien en 1973 et de devenir un interlocuteur privilégié de la Commission de Bruxelles, co-rédacteur des directives de l'Union Européenne.

Aujourd'hui, la CES ambitionne de regrouper dans ses rangs l'ensemble des organisations syndicales du continent ; elle deviendrait alors l'organisation régionale de la Confédération Syndicale Internationale (CSI) fondée sur le même modèle en novembre 2006. Fidèle à ses principes de collaboration de classes, la CES annonce le lancement d'une grande offensive continentale tournée, en réalité, contre les travailleurs.

« A un moment où le capitalisme financier agressif explose (...), il faut des syndicats forts pour que les entreprises restent honnêtes. Si les gouvernements craignent de s’attaquer à ces entreprises par la réglementation et la fiscalité, apportons-leur l’aide nécessaire pour remplir leur tâche. » Cette citation est extraite du discours de John Monks, secrétaire général de la CES. Faisant ensuite l'apologie de la « Flexsécurité » danoise et du Traité constitutionnel européen, il poursuit : « Pour aller de l’avant (...), il faut s’entendre avec les partenaires sociaux afin de prendre ensemble des décisions difficiles ». Ces quelques passages suffisent à eux seuls à donner le contenu réel de cette « offensive » syndicale, la généralisation du « tripartisme » (Etat, patronat, syndicats), contre les travailleurs.

Laissons L. Trotsky répondre à J. Monks : « Aux yeux de la bureaucratie du mouvement syndical, la tâche essentielle consiste à " libérer " l'Etat de l'emprise capitaliste en affaiblissant sa dépendance envers les trusts et en l'attirant à lui. Cette attitude est en complète harmonie avec la position sociale de l'aristocratie et de la bureaucratie ouvrière qui combattent pour obtenir quelques miettes dans le partage des sur-profits du capitalisme impérialiste.

Dans leurs discours, les bureaucrates travaillistes font tout leur possible pour essayer de prouver à l'Etat - démocratique - combien ils sont dignes de confiance et indispensables en temps de paix, et plus spécialement en temps de guerre. Par la transformation des syndicats en organismes d'Etat, le fascisme n'invente rien de nouveau, il ne fait que pousser à leurs ultimes conséquences toutes les tendances inhérentes au capitalisme. ». (L. Trotsky, Les syndicats à l'époque de la décadence impérialiste, Août 1940).

L'indépendance des syndicats par rapport à l'Etat et par rapport aux capitalistes, dont l'Etat est le plus ferme soutien : c'est bien de cela qu'il s'agit. L'Etat « démocratique » dont il est question, c'est aujourd'hui et ici l'UE, ses états membres et ses régions, plus ou moins autonomes.

On a bien vu, par exemple, un Bernard Thibault, de la CGT française, s'indigner : « J’ai bien entendu Monsieur Barroso nous enseigner que le changement était inévitable. Sans doute, mais la nature des changements doit être discutable, sinon c’est tout simplement l’indépendance syndicale qui est remise en cause. Et lorsqu’on nous propose de ne plus se poser la question de savoir à qui appartiennent les entreprises, il nous suggère de fermer les yeux sur le capitalisme financier prédateur d’emplois et générateur de précarité pour des millions de salariés. ». Le bonhomme marche sur le fil du rasoir ; selon « la nature des changements », « l'indépendance syndicale [serait] remise en cause », ou non ?

Mais l'indépendance syndicale n'est-elle pas tout simplement remise en cause de par la nature de la CES intégrée et par la nature des changements pro-capitalistes qu'en conséquence celle-ci dicte à ses organisations nationales, lesquelles les imposent à tous les échelons des structures syndicales jusqu'à la section d'entreprise ? Ou bien, pour le dire autrement, comme L. Trotsky : « Ils doivent affronter un adversaire capitaliste centralisé, intimement lié au pouvoir de l'Etat. De là découle pour les syndicats, dans la mesure où ils restent sur des positions réformistes - c’est à dire sur des positions basées sur l'adaptation à la propriété privée - la nécessité de s'adapter à l'Etat capitaliste et de tenter de coopérer avec lui. » (Ibidem). C'est bien ce qui détermine le numéro de funambule de Thibault et de bien d'autres.

La CGT oscille entre deux positions : d'un côté, le syndicalisme de lutte de classes qui reste une aspiration forte de la base organisée ; de l'autre côté, l'orientation d'adaptation imposée par Thibault, dictée par la « construction européenne » sous l'égide du traité de Maastricht et du traité constitutionnel, traité approuvé par la CES.

Si B. Thibault a « bien entendu Monsieur Barroso », gageons que « Monsieur Barroso » a bien entendu « Monsieur Thibault » qui exprime ses craintes de se voir déborder comme ce fut le cas à propos du traité constitutionnel européen. En effet, il a loin de la volonté d'imposer des « repères revendicatifs » pro-capitalistes à la CGT - avec les structures « renouvelées » et un financement des structures en conséquence - et le fait d'y parvenir sans dégâts pour la bureaucratie, sauf à s'appuyer sur l'appareil d'Etat... Et encore ! La lutte des classes n'a-t-elle pas maintes fois démontré qu'elle avait plus d'un tour dans son sac ?

Ainsi, dans l'ensemble des pays de l'UE et au delà, des militants sont prêts à oeuvrer, ou oeuvrent déjà, au regroupement des travailleurs en vue de la défense d'un syndicalisme de lutte des classes, indépendant de l'Etat et des capitalistes, exigeant la rupture avec la CES et la CSI, organisations qui n'ont rien à voir ni de près ni de loin avec le mouvement ouvrier, de par leur nature, n'est-ce pas Messieurs Monks, Thibault et... Barroso ?

J.-Louis

Demander le programme !

Le « programme » du 11ème Congrès de la CES est révélateur de la nature de cette organisation.

La simple évocation du nom et de la fonction de certains intervenants et invités suffit à le démontrer.

Le 21 mai :

Alfredo Monteseirín, maire de Séville ; Manuel Chavez, Président du gouvernement régional d'Andalousie ; José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne ; Ernest-Antoine Seillère, Président de Businesseurope (ancien Président du MEDEF, l'organisation du patronat français).

Le 22 mai :

José Luis Rodríguez Zapatero, Président du gouvernement espagnol ; Vladimír Špidla, Commissaire européen pour l'emploi, les affaire sociales et l'égalité des chances ; Jean-Claude Trichet, Président de la Banque Centrale Européenne ; Cristina Narbona Ruiz, ministre espagnole de l'environnement ; Kate Hampton, directrice de Climate Change Capital "a leading investment banking group specialising in the commercial opportunities created by a low carbon economy".

Le 23 mai :

Frantz Münteferin, Vice-Chancelier et ministre allemand du travail et des affaires sociales.

Le 24 mai :

Antonio Fernandez Garcia, Conseiller pour l'emploi, Andalousie.

Jesús Caldera Sánchez-Capitán, ministre espagnol du travail.

Les tables rondes étaient animées par des journalistes de la chaîne de télévision ARD et... du Financial Times !

L'ensemble est disponible sur le site de la CES (http://sevilla.etuc.org/-Programme,15-)

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