| Chers camarades, lors de cette
intervention j'essaierai d'expliquer
l'évolution de la situation politique
italienne, suite à un an de gouvernement de
centre gauche.
Le caractère bourgeois et anti-ouvrier de
l'Unione (coalition qui a remporté
les élections législatives d'avril 2006) est
évident depuis le début, tant par la
prédominance des partis ouvertement bourgeois
en son sein, c'est-à-dire la Marguerite (ex
démocrates chrétiens) et DS (les Démocrates
de Gauche, ex PCI [Parti Communiste
Italien]), que par le programme avec lequel
ils se sont présentés aux électeurs. Il
s'agit d'un programme d'attaques contre les
conquêtes ouvrières et les services publics
(santé, éducation et retraites), de
précarisation du travail, de baisse des
salaires ; un programme réaffirmant la nature
impérialiste de la politique italienne. La
participation de l'Italie à toutes les
soi-disant missions de paix (Balkans,
Afghanistan, et Liban) et l'expansion vers
l'étranger des plus grands groupes
capitalistes italiens (banques, assurances,
entreprises pétrolières et électriques,
industries comme FIAT et Finmeccanica)
constituent des preuves évidentes du ce
caractère bourgeois.
Pour étayer ce que je suis en train
d’affirmer, je rappelle que, lors des
élections primaires pour désigner le candidat
du centre gauche, les plus grands banquiers
et industriels italiens ont participé au
vote, comme pour montrer que le programme du
gouvernement garantissait leurs intérêts. Ils
ont ainsi prouvé le peu d'importance qu'ils
accordaient à la présence dans la coalition
de Refondation Communiste. Laquelle
Refondation, déjà a cette époque,
s’était réservé le rôle de garant de la
paix sociale, aux côtés de la bureaucratie
syndicale.
Une fois formé, le gouvernement dirigé par
Prodi a appliqué les recettes contenues dans
son programme. En juillet 2006, les coupes
budgétaires de 7 milliards d'euros, pour
permettre à l'Italie de satisfaire aux
critères de convergence du traité de
Maastricht, n'ont constitué qu'une entrée en
matière. Aussi, au cours de l'automne, le
gouvernement a opéré des coupes
supplémentaires pour près 30 milliards
d'euros, les plus importantes de ces 15
dernières années. Les salaires des
travailleurs ont ainsi été sévèrement
touchés, en particulier les plus bas, des
baisses justifiées par une arnaque. En effet,
si les impôts d'Etat n'ont pas augmenté
directement à cause des transferts de
compétences aux collectivités locales
(municipalités et régions), les impôts locaux
ont, eux, fortement augmenté. Toutes ces
mesures, liées à l'augmentation progressive
des tarifs des transports publics et des
services sociaux en général, font que la
crise de l'économie italienne est, une fois
de plus, payée par les travailleurs.
D'une certaine manière, ce fut amusant de
lire dans les pages de Liberazione,
le journal de Refondation Communiste, des
d'articles expliquant aux travailleurs que,
pour la première fois depuis des années, le
gouvernement défendait leurs salaires, au
moment même où le ministre de l'économie,
Padoa Shioppa, ancien membre de la direction
de la BCE [Banque Centrale Européenne],
affirmait que seules les grandes entreprises
avaient tiré profit des politiques du
gouvernement.
De fait, aucune des propositions défendues
par Refondation Communiste pendant la
campagne, même les plus minimes, ne
s’est réalisée. La loi 30 n'a pas été
abrogée. Cette loi supprime de fait les
garanties de stabilité des emplois en les
remplaçant par de nouveaux contrats de
travail qui laissent les travailleurs à la
merci des employeurs, sans droits syndicaux
et avec des salaires de misère.
La revendication d'une norme pour garantir
des droits aux unions de fait, c'est-à-dire
les couples formés par des personnes non
mariées, a été mise en échec par une alliance
ultra réactionnaire allant des hiérarchies de
l'église et du Vatican jusqu’au centre
droit, en passant par les secteurs
catholiques intégristes de l'Unione
(secteurs appelés « teo dem » pour ne pas
être assimilés aux néo-conservateurs
américains, desquels en réalité rien ne les
différencie). Ainsi se poursuit le processus
de privatisation des biens et des services
jusqu'alors assurés par l'Etat (grâce aux
luttes ouvrières de ces dernières
décennies).
Dans cette situation où le caractère
réactionnaire de la politique italienne
s'accentue, il manque une opposition de
classe à la bourgeoisie. Nous assistons à une
profonde mutation et à une réorganisation des
formations politiques traditionnelles, mais
dans un sens qui ne cherche en aucun cas à
s'opposer au gouvernement en place. La
Marguerite et les Démocrates de Gauche ont
mis en place un outil qui devrait permettre
la création du Parti Démocratique, l'année
prochaine. L'objectif de cette nouvelle
formation est de doter le grand capital d'une
représentation politique stable et organique
en rompant définitivement, pour ce qui est
des Démocrates de Gauche, avec l’aile
du parti qui représente une tendance
social-démocrate. Ce sera certainement un
chemin semé d'embûches, non pas parce qu'il y
aurait des différences stratégiques sur les
intérêts à représenter, mais parce qu'il est
difficile de savoir lequel des deux appareils
sortira vainqueur d’un tel
processus.
En réponse à ce projet politique, d'autres
sont en train de naître. La gauche de DS est
sortie du parti lors du dernier congrès qui
s'est tenu il y a un mois, et elle propose de
construire un parti social-démocrate. Ce
secteur n’a pas rompu pour des
différences de fond sur la politiques à
suivre – son leader, Musi, reste
ministre du gouvernement Prodi – mais
pour la nécessité de préserver un espace
politique qu’il n’aurait pas eu
dans la nouvelle formation.
Refondation Communiste, de même que le
Parti des Communistes Italiens (parti
d'inspiration Togliatienne classique
[Togliatti était un des principaux dirigeants
du PCI, très proche de Staline juqu'à sa
mort]) et des secteurs des verts,
participeront au processus qui débouchera sur
un nouveau parti. Parmi ces partis, c'est
celui de Bertinotti qui paie le plus cher sa
participation au gouvernement. Le fait
d'avoir atteint ce pourquoi le Parti de
Refondation Communiste fut créé en 1991 est
en train de produire d'importantes
conséquences : le nombre de ses adhérents à
chuté de 50% l'année dernière, ses cercles et
ses fédérations n'ont la capacité de réaliser
aucun type d'activité politique. Ses
dirigeants sont régulièrement rejetés par les
travailleurs qui avaient eu des illusions sur
les capacités des “communistes” à
déterminer les choix du gouvernement : devant
les grilles des usines de FIAT, le secrétaire
Giordano et le ministre Ferrero ont été
sifflés par les ouvriers, alors qu'ils
essayaient d'expliquer pourquoi il était
important que Refondation Communiste
participe au gouvernement Prodi ; Bertinotti,
désormais président de la chambre des
députés, a connu le même sort à l'université
de Rome, où il a été sifflé par les
étudiants, les collectifs de gauche et le
PdAC [Parti d'Alternative Communiste, section
italienne de la LIT], alors qu'il recevait
les félicitations des étudiants et des
professeurs de Communion et
Libération, une organisation catholique
des plus réactionnaires.
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Le choix d'adhérer à la
nouvelle formation social-démocrate est une
tentative, pour Refondation Communiste,
d'éviter une fin désastreuse. Cependant, en
soutenant le gouvernement bourgeois, le
nouveau parti politique ne sera pas l'allié
des travailleurs mais leur farouche ennemi,
le classique agent de la bourgeoisie au sein
de la classe ouvrière.
Et la minorité de
Refondation Communiste ?
Le groupe appelé « essere comunista »
(être communiste), qui affiche une certaine
orthodoxie dans son nom, constituait dans les
faits l'aile droite du Parti de Refondation
Communiste. Aujourd'hui, ce groupement a
éclaté en mille morceaux et presque tous ses
dirigeants ont réintégré la majorité de
Bertinotti.
Les représentants italiens du Secrétariat
Unifié [organisation internationale dont la
LCR est la section française] ont eu, pendant
quelque temps, les honneurs de la presse
parce qu’un de leurs sénateurs,
Turigliatto, s'était abstenu lors du vote
d'une motion de gouvernement qui réaffirmait
la politique impérialiste de l'Italie
(financement des missions en Afghanistan et
confirmation de la construction d'une
nouvelle base militaire américaine à Vicenza,
quelques jours après une manifestation de
protestation à laquelle avaient participé 200
000 personnes venues de toute l'Italie). Il a
été exclu du parti, pour cette raison.
Ensuite, ce qui aurait pu être
l’occasion d’une condamnation
publique du caractère militariste et
anti-ouvrier du gouvernement et de la
trahison de Refondation Communiste, s'est
transformé en farce, l'héroïque sénateur
Turigliatto s'étant empressé de préciser que
son vote se rapportait à un simple fait du
gouvernement et qu'il n’aurait jamais
fait tomber ce dernier. Ceci a été dûment
prouvé quelques jours plus tard, quand le
gouvernement a demandé à la chambre des
députés un nouveau vote sur un programme de
12 points, programme réaffirmant les
décisions prises et annonçant de nouvelles
actions au nom de la « modernisation du pays
», en réalité une attaque encore plus franche
contre les travailleurs et les classes
populaires.
Si Refondation Communiste devait se
dissoudre dans un nouveau regroupement
politique, il est probable que les héritiers
de Maitan [un des dirigeants historiques du
Secrétariat Unifié en Italie] en créeront un
autre, mais ce, en tant que gauche des
Démocrates de Gauche et non pas pour faire
une opposition à Prodi, à qui ils ont garanti
un appui externe afin de défendre les
exigences de leur appareil. Ce parti
revendiquant le « bertinottisme des origines
» ne créera que la énième organisation
centriste de droite, une organisation qui
survivra peut-être mais ne se disposant en
aucun cas à répondre aux exigences de
millions de prolétaires.
C'est en ayant à l'esprit cette nécessité
historique que nous, ancienne minorité de la
gauche du Parti de Refondation Communiste,
avons rompu avec ce parti en avril 2006 et
avons créé le PdAC en janvier de cette année.
Il ne s'agit pas d'une décision prise à la
légère, nous n'avons pas rompu avec
Refondation Communiste par désillusion ou
amertume vis-à-vis de son choix
gouvernemental.
Pour nous, il était clair qu'avec la
création d'un nouveau parti social-démocrate,
il manquerait une opposition de classe en
Italie, telle celle qui avait été exercée
(certes, de manière confuse et faussée),
pendant 18 ans par Refondation Communiste.
Pour nous, il était également clair que la
tâche des révolutionnaires consiste en
construire un parti réellement communiste,
comme il n'en existe plus en Italie depuis 80
ans. C'est un chemin difficile : si, d'un
côté, la trahison de Refondation Communiste
laisse de grands espaces politiques pour les
révolutionnaires, d'un autre côté, nous
savons que cette situation crée de la
démoralisation et une tendance à la passivité
parmi la classe ouvrière et son avant-garde.
Mais il n'existe pas de raccourci.
Nous ne voulons pas construire une secte
qui se limiterait à proclamer une soi-disant
vérité révélée. Nous voulons nous construire
dans les luttes, dans les mobilisations qui,
ces jours-ci, se produisent dans toute
l'Italie, comme par exemple ces grèves
spontanées dans des dizaines d'usines et à la
tête desquelles, celles du groupe FIAT contre
la énième réforme des retraites, réforme qui
vise à mettre en place un système de
retraites privées, au détriment de celles
garanties par l'Etat.
Nous nous adressons à tous les secteurs
qui, pendant ces dernières années, ont lancé
des mobilisations contre la guerre, contre la
globalisation capitaliste, aux militants
honnêtes encore présents au sein de
Refondation Communiste, à la gauche de la
CGIL [plus grand syndicat italien, lié
historiquement au PCI jusqu'à la chute du mur
de Berlin], au syndicalisme de classe qui se
trouve en dehors des confédérations, pour
qu'ensemble nous participions à la
construction d'une organisation
révolutionnaire.
Nous avons conscience de nos limites, mais
aussi de nos potentialités, parce que nous
sommes les seuls à proposer un programme
politique clair, alternatif à la misère et à
la barbarie inhérentes au système
capitaliste. Nous avons aussi conscience, et
nous en sommes fiers, que faire partie de
cette organisation révolutionnaire
internationale, la LIT, nous aidera à
surmonter toutes les difficultés que nous
rencontrerons sur notre chemin.
Pour nous, être membre d'une
internationale n'est pas une posture
intellectuelle mais une nécessité politique
fondamentale. A travers la discussion et les
batailles menées en commun, cela pourra nous
aider à construire notre parti et, en même
temps, à renforcer notre organisation
internationale.
Les milliers de signatures recueillies en
peu de semaines pour le retrait des troupes
européennes des différentes zones de guerre,
campagne impulsée avec les autres sections
européennes de la LIT, nous prouvent que la
décision de construire le parti, tant d'un
point de vue national qu’international,
est la meilleure décision que nous ayons
prise dans notre courte existence.
Et notre présence à cette fête en est la
confirmation.
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