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Article paru dans l'Internationaliste n°70
La bulle immobilière aux Etats-Unis a « éclaté »

Le début d’une crise économique mondiale ?

Au cours des mois de juin et juillet derniers, l’alerte a été donnée plusieurs fois sur les marchés financiers (fortes chutes sur plusieurs bourses asiatiques, situation très instable de l'importante banque française BNP Paribas). En août, une secousse financière internationale intense a eu son épicentre à Wall Street et s'est étendue au reste du monde.

Pour en amortir les effets et essayer de l'arrêter, la Banque Centrale Européenne et la Federal Reserve des Etats-Unis (la Fed), ainsi que les banques du Canada et du Japon, ont « déversé », en trois jours seulement, plus de 300 milliards de dollars sur les marchés financiers (et à nouveau un montant similaire peu de temps après), afin de freiner l'écroulement boursier et empêcher la faillite en chaîne des banques et d'autres organismes financiers.

Une semaine plus tard, la situation s'est tranquillisée, mais il n'est pas encore clair si cette tranquillité est passagère ou durable. Toutefois, ce « calme » actuel ne peut pas dissimuler les causes profondes qui ont été à l'origine de la tempête et qui, étant très loin d'être résolues, peuvent revenir « à la surface ».

Toute crise de l'économie capitaliste, ou sa possibilité, peut être analysée à différents niveaux. Le premier est celui des facteurs les plus structurels qui se trouvent derrière les crises cycliques du capitalisme, analysés par Marx dans Le Capital. Le second est celui des caractéristiques propres qui déterminent la configuration plus spécifique de chaque crise. Et en troisième lieu viennent les perspectives de la situation.

Partons de Marx

Dans Le Capital, son oeuvre la plus importante consacrée à l'étude de l'économie capitaliste, Marx analyse les caractéristiques fondamentales de celle-ci :

1)Le capitalisme se caractérise comme étant une économie productrice de marchandises, c'est-à-dire de valeurs destinées à être vendues sur le marché.

2)Dans la production de marchandises, il n'y a que la force de travail qui crée une nouvelle valeur. Les machines et les matières premières se limitent à restituer la valeur apportée.

3)C'est pourquoi, Marx classifie l'investissement que les bourgeois effectuent en capital variable ou « v » (salaires pour l'achat de force de travail) et capital constant ou « c » (achat des autres facteurs).

4)Les capitalistes s'approprient une partie de la valeur produite par la force de travail, parce qu'ils payent seulement une fraction de cette valeur, à travers le salaire. Cette partie de la valeur appropriée, Marx l'appelle la survaleur.

5)La survaleur est produite dans la production et se réalise sur le marché, avec la vente des marchandises, étant ainsi la base du profit des capitalistes (augmentation du capital initial investi).

6)Les capitalistes mesurent le résultat de leur investissement à travers le taux de profit, c'est-à-dire, le pourcentage de croissance du capital après un circuit complet de production-vente.

7)La concurrence mène les capitalistes à investir de manière croissante dans des machines et de la technologie pour produire plus à moindre coût. C'est-à-dire, le capitaliste tend à augmenter la partie proportionnelle de capital constant et à diminuer celle du capital variable. Ces différentes relations entre c et v déterminent ce que Marx appelle la composition organique du capital.

8)La croissance proportionnelle du capital constant dans les investissements permet, dans une période initiale, une augmentation du taux de profit. Ces éléments (croissance des investissements et du taux de profit) sont les caractéristiques centrales de la phase ascendante des cycles de l'économie capitaliste.

9)Postérieurement, toutefois, le taux de profit commence à baisser, dans un processus que Marx étudie dans sa Loi de la tendance décroissante (ou baisse tendancielle) du taux de profit.

10)Quand le taux de profit descend, les capitalistes commencent à diminuer leurs investissements. Ainsi se produit le point d'inflexion qui entame la phase descendante des cycles économiques (ou crise cyclique). Les crises économiques sont donc inhérentes au système capitaliste, à la structure même de son fonctionnement.

11)En même temps, ces mêmes crises produisent des mécanismes pour dépasser, pour une période, les causes qui les provoquent : élimination de capitaux (fermeture d'entreprises) et pression à la baisse des salaires par le chômage, augmentant ainsi le taux de survaleur extraite des travailleurs.

12)Le capitalisme a produit en outre toute une autre série de mécanismes pour éviter ou atténuer la chute du taux de profit : concentration du capital dans des entreprises de plus en plus grandes, exploitation d'autres pays, intervention de l'Etat, etc. Toutefois, la seule chose qui peut réellement soutenir le taux de profit à plus long terme est l'augmentation de la survaleur absolue, c'est-à-dire, une croissance des rythmes de production et de l'exploitation des travailleurs plus grande que celle de l'investissement de capital.

Un caractère de plus en plus spéculatif

Ces analyses de Marx continuent à être valables et sont indispensables pour la compréhension des causes structurelles de toute crise capitaliste. Toutefois, Marx a analysé le capitalisme de son époque, centré sur le capital industriel, autour duquel les autres secteurs (secteur agraire, banque, commerce, etc.) étaient ordonnés et auquel ceux-ci se soumettaient.

Postérieurement, comme partie de la tentative de dépasser la chute du taux de profit, s'est produit un processus déterminant : le surgissement du capital financier, suite à la fusion du capital bancaire et du capital industriel. Ce processus a été étudié par Lénine dans son oeuvre célèbre sur le début de la phase impérialiste (ou « supérieure ») du capitalisme. Pour Lénine, cette étape liquidait les caractéristiques économiques progressistes du capitalisme et accentuait toutes ses caractéristiques négatives et de décadence. Autrement dit, toute nouvelle croissance ou expansion économique apporterait inévitablement des souffrances plus grandes aux travailleurs et aux masses, et aurait son fondement dans ces souffrances.

Le capitalisme impérialiste décadent a, parmi ces processus négatifs, une tendance spéculative croissante. C'est-à-dire qu'il existe une masse de plus en plus grande de capitaux parasites (qui ne produisent pas de nouvelle valeur) déversées dans la spéculation et la recherche de profits rapides. Mais ces profits proviennent aussi, en dernier ressort, de la survaleur extraite dans la production.

En même temps, étant donné que le volume total de capital circulant augmente de manière permanente, il faut une masse de plus en plus grande de survaleur pour soutenir le taux moyen de profit. D'une part, ceci oblige le capitalisme impérialiste à accentuer de plus en plus les mécanismes d'extraction directe et indirecte de survaleur (exploitation des travailleurs, pillage de ressources naturelles des pays les plus faibles, recettes par l'encaissement des dettes externes, etc.). D'autre part, il y a un conflit encore plus féroce entre les différents secteurs bourgeois pour l'affectation finale de cette survaleur.

Les « bulles »

En se concentrant sur un certain marché (valeurs boursières, immeubles, actions, etc.), ces capitaux sont à l'origine d'une « bulle » qui pousse artificiellement les prix vers le haut, au-delà de toute base réelle, ainsi que les profits obtenus. Bien que la « bulle » puisse agir comme un facteur qui dynamise d'autres branches, en même temps, l'économie dans son ensemble acquiert une friabilité et une volatilité beaucoup plus grande, en étant basée, dans une grande mesure, sur cette « bulle ».

A un certain point, la « bulle » commence à se dégonfler. La « piqûre » apparaît suite à des facteurs spécifiques, comme les limites objectives de la croissance du secteur « gonflé ». Mais, en dernier ressort, ces facteurs immédiats reflètent les causes plus structurelles des crises périodiques capitalistes étudiés par Marx (la chute du taux de profit). D'autre part, l'épuisement de la bulle dans ce secteur va avoir un impact négatif sur le reste des branches de l'économie, ouvrant ainsi la possibilité d'une crise économique généralisée.

Tous les moyens de communication soulignent que le facteur déclencheur du tremblement financier récent a été la chute du marché immobilier aux Etats-Unis et dans d'autres pays impérialistes, c'est-à-dire, le dégonflement d'une grande bulle.

Etats-Unis : des problèmes économiques très profonds

Il est important de souligner que l'épicentre des problèmes actuels se trouve aux Etats-Unis eux-mêmes (l'économie la plus forte de la planète). Tant l'Etat que les entreprises et les consommateurs sont surendettés. C'est-à-dire, ils doivent plus d'argent que leur réelle capacité de paiement et, souvent, plus que la valeur réelle de leurs propriétés. Toute l'économie américaine des dernières vingt-cinq années s'est construite progressivement sur ce qu'on appelle les « déficits jumelés » (budget étatique et balance de commerce extérieur), qui ont crû jusqu'à des chiffres inimaginables.

C'est pourquoi, pour fonctionner normalement, l'économie américaine a besoin d'une entrée depuis l'extérieur de 3 milliards de dollars par jour en moyenne, sous forme de prêts, d'investissements directs, d'achat de bons du trésor, de remises de profits et de royalties de filiales à l'étranger, etc. Si cette recette s'arrêtait, l'économie commencerait à dégringoler. C'est pourquoi, à travers différents mécanismes, les Etats-Unis agissent comme un « aspirateur » de toute une partie de la survaleur extraite dans d'autres régions du monde.

Le tandem Etats-Unis - Chine

En ce sens, il est très intéressant d'analyser comment s'est mis à fonctionner, durant les dernières années, le tandem Etats-Unis - Chine comme locomotive de la croissance économique mondiale.

Les entreprises américaines ont réalisé des investissements gigantesques en Chine, destinés principalement à la production industrielle qui est passée de produits simples (électroménagers et textiles) à d'autres de plus en plus complexes, comme les automobiles et les machines. Ils profitent donc du fait que le régime dictatorial chinois garantit un des salaires les plus faibles de la planète (50 dollars par mois) pour extraire une gigantesque masse de survaleur absolue.

La Chine exporte ces produits à tout le monde, spécialement aux Etats-Unis eux-mêmes (ce qui est une des causes de l'augmentation constante du déficit de commerce extérieur de ces derniers). Une grande partie des profits obtenus retournent aux Etats-Unis, principalement pour acheter des bons du Trésor. Actuellement, la Chine apparaît comme le principal possesseur de ces bons (avec le chiffre incroyable de 900 milliards de dollars), ayant déplacé largement le Japon de la première place. De cette manière, le déficit étatique yankee se finance et le circuit économique des Etats-Unis se ré-alimente.

Toutefois, il ne faut pas se méprendre : les Etats-Unis et la Chine ne sont pas sur un pied d'égalité. Les Etats-Unis sont le plus grand pays impérialiste de la planète et la Chine est devenue leur plus grande semi-colonie.

D'autre part, la croissance économique chinoise (ainsi que celle de l'Inde) exige des quantités de plus en plus grandes de matières premières, ce qui soutient de bons prix sur le marché pour les aliments, le pétrole et les minéraux. De cette manière, d'autres pays (comme l'Argentine, le Venezuela et le Brésil) ont profité aussi, de manière secondaire et dépendante, de ce cycle de croissance économique.

La genèse de la situation actuelle

Dans ce cadre, nous pouvons dire que le tremblement financier récent représente un « second épisode » de la crise que l'impérialisme est parvenu à freiner dans les années 2000-2001. En même temps, il est la manifestation des conséquences des politiques que le gouvernement américain a mis en oeuvre pour freiner cette crise.

En mars 2000, une bulle spéculative sur les marchés de valeurs des Etats-Unis s'est dégonflé, en mettant fin aux théories de la « nouvelle économie » basée sur les entreprises informatique et Internet (les « point-com »). On se rappelle encore les scandales mémorables des faillites d'Enron et de Worldcom. De cette façon a commencé un processus récessif dans le pays, mais qui a rapidement pu être inversé par l'impérialisme.

A ce moment, le gouvernement Bush a adopté deux mesures principales. La première a été l'augmentation du budget militaire et des investissements en technologie et production de guerre. Bien que cette politique, une des raisons du lancement de la "guerre contre la terreur", augmente encore plus le déficit budgétaire, en même temps, elle dynamisait l'économie à travers l'impulsion donnée au puissant complexe militaire-industriel américain.

Avec ceci, la Federal Reserve a réduit son taux d'intérêt interbancaire (référence de base pour toutes les opérations de crédit) de 6,25 à 1% annuel, entre 2001 et 2003. Ceci a produit une cataracte de crédits très bon-marché sur le marché, pour promouvoir la consommation.

Ces mesures, ajoutées au fonctionnement « en tandem » avec la Chine, ont permis d'inverser la récession. Depuis la fin 2002, l'économie mondiale a commencé à croître à des taux très supérieurs à ceux des années précédentes, une dynamique qui s'est maintenue jusqu'à présent (le World Economic Outlook du FMI avait prévu une croissance de l'économie mondiale de 5,2 % pour 2007).

La bulle immobilière...

Ce train lancé à haute vitesse roulait sur des voies très mal affermies et avec un haut risque de déraillement, étant donné qu'une de ses bases était la bulle existante sur le marché immobilier et de la construction, des Etats-Unis et d'autres pays. Selon l'économiste Joseph Stiglitz : « Environ 80 % de l'augmentation de l'emploi et presque les deux tiers de l'accroissement du PIB des Etats-Unis, durant les dernières années, a son origine directement ou indirectement dans le secteur immobilier ».

Les banques poussaient les familles et les entreprises à prendre des crédits hypothécaires bon-marché pour acheter des immeubles ou hypothéquer leur maison et utiliser cet argent pour d'autres consommations. La construction a connu un bon impressionnant et les prix des immeubles sont montés en flèche. Initialement, ceci facilitait le renouvellement des crédits et, à la fois, attirait de nouveaux capitaux vers ce secteur.

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Mais toute bulle spéculative a une limite inhérente : les nouveaux immeubles construits ne trouvaient déjà pas d'acheteurs. On estime qu'en 2006, la vente d'immeubles aux Etats-Unis a chuté de 30 %, ce qui est confirmé par un agent immobilier de Miami : « Il y a une grande quantité d'appartements en vente depuis l'année passée. Mais je n'ai vu personne qui est venu jeter un coup d'œil pour acheter. » En toute logique, le prix des immeubles a donc commencé à baisser, de 10 % en une seule année. Cela signifie que si quelqu'un vient d'acheter une maison à 100 mille euros (et a demandé un crédit pour ce montant), il a maintenant un bien qui ne vaut que 90 mille... même s'il continue à avoir une dette de 100 mille.

Pour alimenter le marché, les banques ont commencé à accorder des prêts à des familles dont elles savaient qu'elles ne pouvaient pas payer, ou qu'elles auraient beaucoup de difficultés à le faire. C'est ce qui a donné lieu à ce qu'on appelle les « crédits subprime » (de "seconde catégorie", bien plus chers, pour des clients peu solvables) qui ont commencé à être commercialisés comme bons de caisse, par les banques ou par leurs intermédiaires comme la compagnie immobilière Countrywide. Les premiers touchés par la crise sont ces banques et compagnies.

En même temps, depuis 2005, la « Fed » a augmenté progressivement le taux de référence interbancaire, jusqu'à 5,25 %, augmentant ainsi les intérêts à payer pour les crédits hypothécaires, qui sont à « taux variable », et de cette façon la difficulté de beaucoup de familles pour les payer. Finalement, les impôts immobiliers augmentent aussi, ce qui induit beaucoup de familles et d'entreprises à essayer de vendre. Sur un marché de plus en plus saturé, cela donne lieu à une chute des prix encore plus grande. C'est-à-dire qu’on a un cercle vicieux.

Le dégonflement de la bulle immobilière se prolonge maintenant depuis au moins une année. Toutefois, comme l'a dénoncé l'économiste Paul Krugman, les entreprises et les banques impliquées dans le secteur se sont mise à « maquiller » leurs registres de l'état de paiement de crédits et de l'estimation de la valeur des immeubles, dans le meilleur style de la « comptabilité créative » (inventée, il y a quelques années, par Enron et Worldcom pour retarder leur chute inévitable). Mais la « créativité » ne peut pas dissimuler la réalité : une importante banque d'investissements, Bear Stearns, vient de suspendre son fonds de prêts hypothécaires, à cause des pertes subies.

Cette impossibilité de payer les crédits hypothécaires aura d'importantes conséquences sociales directes. La Conférence de Maires des Etats-Unis a signalé, dans une lettre récente dirigée à la Federal Reserve, qu'« environ deux millions de familles étasuniennes pourraient voir leurs maisons en danger d'adjudication publique dans les prochains mois ».

Dans une autre manifestation du tremblement financier mondial, la banque française BNP Paribas a copié pendant une période le « corralito » argentin - une mesure mise en oeuvre en 2001 par l'ancien ministre d'économie de ce pays, Domingo Cavallo et qui limite les retraits du compte bancaire à une petite somme fixe, une expropriation virtuelle des économies de leurs titulaires - bien qu’à présent la situation soit « régularisée » grâce aux fonds reçus du gouvernement français.

Les perspectives

Les perspectives qui s'ouvrent dorénavant sont le plus difficile à analyser avec certitude. Le « calme » des marchés financiers, obtenu par les gouvernements impérialistes au coût de gigantesques quantités de dollars, pourra-t-il être soutenu dans le futur, même s'il est nécessaire « d'injecter » davantage d'argent ? Ou, au contraire, est-il seulement passager et annonce-t-il un nouveau crack financier mondial et un nouveau cycle descendant de l'économie ?

La première perspective a été formulée par le secrétaire du Trésor du gouvernement de George W Bush, Henry M. Paulson : « Les marchés sont résistants. Ils peuvent absorber ces pertes. Nous sommes passés par des temps difficiles dans le passé et nous ferons face au défi. » Évidemment, lui, il parle depuis la position de celui qui peut destiner des centaines de milliards de dollars à cet objectif, provenant des impôts payés par le peuple américain et du pillage de beaucoup d'autres peuples du monde, et qui est disposé à le faire. Ce « nous » mérite une explication : dans son passé récent, Paulson a été le principal exécutif du colosse financier d'investissements Goldman-Sachs. Autrement dit : « nous ferons tout le nécessaire pour nous sauver ».

La seconde perspective, un nouveau crash financier mondial et le début d'un cycle récessif profond, est à l'ordre du jour non seulement du fait des contradictions structurelles du capitalisme, mais aussi du fait de l'aggravation de ces contradictions et des déformations profondes que le système économique mondial développe de manière croissante. Ce qui est impossible à prédire sérieusement, c’est si nous assistons aux premières manifestations de ces contradictions ou si, au contraire, l'impérialisme réussira, avec des montagnes d'argent, à les retarder un peu.

Il s'ouvre ainsi une troisième hypothèse : qu'à travers les « injections », l'impérialisme parvienne à retarder la crise mais ne parvienne pas à maintenir la dynamique de forte croissance économique mondiale des dernières années. Dans ce cas, la phase ascendante de la « montagne russe » serait freinée mais, au lieu d'une chute abrupte, nous aurions un « plateau lisse » de bas niveau. C'est ce qui est arrivé, par exemple, au Japon, dans les années 90, pendant plusieurs années : l'économie a crû à des taux très faibles (entre 1 et 1,5 %) mais sans tomber dans une récession ouverte et profonde.

Finalement, il pourrait y avoir une combinaison de la seconde et la troisième hypothèse : que le « plateau » se maintienne pendant un temps relativement court (une année ou un peu plus) pour aboutir finalement dans une crise et une chute ouvertes.

Dans chacun des cas, une chose s'avère totalement claire : l'impérialisme et les gouvernements, tant ceux des pays centraux que leurs laquais dans les pays plus faibles, essayeront de décharger le poids de la crise, ou le coût nécessaire pour la retarder (environ 600 milliards de dollars pour le moment, sûrement plus dans le futur), sur les dos les travailleurs et des peuples du monde entier.

Ici intervient un facteur central pour définir toute perspective économique et les possibilités du capitalisme impérialiste de retarder la crise : la lutte de classes. Sur ce terrain, la situation ne paraît pas de très bon augure pour l'impérialisme. La guerre en Iraq, au lieu de lui assurer le contrôle du pétrole de ce pays, s'est transformée en un bourbier qui lui exige toujours plus de soldats et d'argent. La résistance des masses latino-américaines au pillage et à l'exploitation se maintient de manière constante. Les luttes des travailleurs européens contre les attaques de leurs gouvernements augmentent. Aux Etats-Unis eux-mêmes, le gouvernement de Bush voit son pouvoir de plus en plus affaibli, comme un boomerang de la situation en Iraq. En même temps, les mobilisations des travailleurs immigrants peuvent annoncer une lutte plus générale de la très puissante classe ouvrière américaine.

Tout ceci arrive, sans qu'il y ait crise économique, plutôt dans une période de forte croissance de l'économie mondiale. Il est très possible, alors, que les attaques que le capitalisme impérialiste déchargera sur les travailleurs et les peuples, ajoutent de l'eau au moulin de ces luttes, à un moment où l'impérialisme présente plusieurs flancs faibles.

Comme disait le vieux Marx, les capitalistes essayent de sortir de leurs crises en augmentant l'exploitation des travailleurs, c'est-à-dire, en augmentant l'extraction de survaleur absolue. Pour nous, cela signifie qu'ils le font sur notre sang et notre sueur. Il faut donc se préparer à des luttes très dures.

Alejandro Iturbe,

le 3 septembre 2007

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