La « victoire » de
l’UMP aux législatives permet à N.
Sarkozy de bénéficier d’une assemblée
nationale à ses couleurs avant
d’entamer résolument sa politique de
destruction méthodique des derniers acquis
ouvriers. C’est tout au moins ce
qu’il escompte… Le champion du
MEDEF lors des élections présidentielles a
mandat du patronat pour redonner à la
bourgeoisie française une place de choix à
échelle internationale et européenne.
L’impérialisme français, en déclin
depuis de nombreuse années, pourrait chercher
un nouveau souffle en s’attelant à
l’entreprise colonisatrice
américaine.
Parallèlement, le gouvernement
Sarkozy-Fillon a annoncé un calendrier de
réformes qui seront conduites à marche forcée
durant l’été. Sarkozy l’a
réaffirmé devant les parlementaires de sa
majorité le 20 juin. Le patronat français
attend de N. Sarkozy qu’il prenne les
mesures nécessaires afin de pouvoir
bénéficier en France d’une main
d’œuvre très qualifiée à moindre
coût. A ce titre, « la réforme fondamentale »
du gouvernement Sarkozy-Fillon sera celle sur
l’autonomie des universités.
En finir avec l'université
publique...
Le dispositif est fin prêt, pour en finir
avec l'université publique. La réforme Lang
ECTS/LMD, issue du processus de Bologne
(accords européens pour privatiser l'Enseignement
Supérieur) a été le fer de lance d'une
autonomie pédagogique obligeant les
universités, depuis 2003, à adapter leurs
cursus au marché de l'emploi et impulsant de
fait une sélection des étudiants en fonction
des besoins de l'économie capitaliste.
Subissant de plein fouet la LOLF (Loi
organique relative aux lois de finances) et
la régionalisation (qui est dans son principe
soutenue par le PS, voire par la LCR), les
personnels et les enseignants ont vite
compris les conséquences du désengagement
financier de l'Etat : statuts précaires,
fermetures de filières, suppression de
postes, augmentation de la productivité dans
les bureaux... Les budgets, insuffisants pour
assurer un bon fonctionnement des
universités, ont vite incité les Conseils
d'Administration à rechercher des
financements privés.
L'annonce d'une loi pour l'autonomie des
universités vient seulement huiler la machine
à privatiser déjà lancée. Incitées au
regroupement par le Pacte pour la Recherche
(2006), les universités sont pressées de
s'auto-démanteler, de se lier à des
laboratoires privés, à des entreprises, afin
d'inscrire définitivement la recherche et
l'enseignement dans une logique marchande. A
terme, à côté de quelques grands pôles
d'excellence gracieusement financés par
l'Etat, les régions et les grandes
entreprises, nous trouverons des cursus
totalement dévoués à la formation d'une main
d'oeuvre prête à l'emploi, des stagiaires
tout au long de la vie, dont le diplôme ne
garantira ni statut, ni droits.
Le Premier ministre F. Fillon précisait le
23 mai que la loi permettra aux
établissements de « s'organiser comme ils
l'entendent, recruter leurs enseignants comme
ils l'entendent, créer les enseignements
qu'ils veulent, mettre en place les accords
avec les organismes de recherche, avec les
grandes écoles, avec les entreprises, sans
avoir besoin de demander l'autorisation à des
tutelles ».
En définitive, le gouvernement officialise
la concurrence entre les universités qui
seront gérées comme de véritables entreprises
capitalistes par d'authentiques patrons : le
Conseil d'Administration sera restreint au
président de l'université et aux
représentants des régions et des entreprises,
qui auront pleins pouvoirs sur la politique
de l'établissement. L'indépendance accrue des
universités vis-à-vis de l'Etat
institutionnalisera leur dépendance vis-à-vis
des entreprises, en relation avec les projets
des régions. Cela signifiera une sélection
directe des étudiants en fonction des besoins
immédiats des patrons qui agiront en
actionnaires des universités. Nous arrivons à l'achèvement du
processus LMD : la privatisation des
universités et l'atomisation totale des
diplômes.
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... pour mieux détruire
tous les droits des travailleurs.
Le gouvernement Sarkozy-Fillon a tiré les
leçons de la défaite du gouvernement
Chirac-Villepin-Sarkozy suite au retrait du
CPE, en 2006, comme victoire partielle de la
jeunesse et des travailleurs. Si le contrat
unique ne peut être imposé par une mesure de
type CPE, c’est en achevant de détruire
la reconnaissance de la qualification des
travailleurs dans le code du travail que ce
type de contrat apparaît comme une
nécessité.
La flexisécurité, vantée comme le système
qui permettrait le retour au plein emploi,
représente la fin de toute sécurité pour le
travailleur qui sera, par contre, corvéable à
merci. Les universités, à travers
l’autonomie complète voulue par le
gouvernement Sarkozy-Fillon, sont appelées à
multiplier les partenariats avec les
entreprises en proposant exclusivement des «
cursus professionnalisants » destinés à
former l’étudiant à un poste bien
défini au sein d’une entreprise bien
spécifique.
La simplification des procédures de
licenciement prévue par le contrat unique
permettra à l’employeur de bénéficier
d’une masse salariale adaptable en
permanence à l’activité de
l’entreprise. Le salarié licencié
n’aura comme seule perspective que de
financer, en définitive à ses frais, une
nouvelle formation. L’étudiant ne sera
plus un travailleur en formation mais un
travailleur tout court, qui va à
l’université pour développer son
employabilité et non plus pour obtenir un
diplôme qui sanctionne une qualification
garantissant des droits face aux patrons.
« Grâce » à la défiscalisation du travail
étudiant (autre chantier du gouvernement
Sarkozy-Fillon) celui-ci pourra continuer à
travailler plus pour gagner moins. Cette
mesure mène tout droit à l'intégration
poussée de l'entreprise et de l'université,
via la généralisation des stage, et elle
débouche sur la suppression des bourses
d'étude. Seuls réussissent les plus «
méritants » : ceux qui triment et qui
parviennent tant bien que mal à étudier, ou
bien les « fils à papa ». Cette mesure
s'inscrit dans le dispositif global qui, avec
la participation des bureaucraties syndicales
(étudiantes et ouvrières), vide le Code du
travail de tout contenu. Dans cette logique,
le système de retraite par répartition est
appelé à disparaître au profit des fonds de
pension qui pourront spéculer librement sur
l'avenir de millions de travailleurs..., dès
leur entrée à l'université !
Individualisation, capitalisation,
surexploitation : le programme politique du
gouvernement Sarkozy-Fillon est d'un
néo-conservatisme qui ferait rougir Reagan.
Dans l'application de ses projets, N. Sarkozy
compte sur l'absence d'alternative politique
pour les travailleurs et la jeunesse.
Cependant, l'abstention massive aux dernières
législatives a prouvé que la classe ouvrière
n'a pas d'illusion dans une quelconque
opposition parlementaire à l'UMP (Voir
l’article sur les législatives dans ce
numéro).
En effet, la multiplication des grèves
durant la période électorale a montré la
disposition des travailleurs et des jeunes à
combattre. Alors que le PS confirme son
orientation droitière et que la LCR se
dispose à construire le nouveau pôle de la
gauche institutionnelle (qui pourrait
rassembler du PC aux verts, en passant par
des mouvements associatifs plus ou moins
antilibéraux), les dirigeants des principales
centrales syndicales se préparent à
accompagner les réformes sarkozystes.
Alors, quelle perspective pour les
travailleurs, si ce n'est la mobilisation
unitaire et permanente pour faire échouer ces
coups destructeurs ? Quelle perspective, si
ce n'est l'organisation d'un courant de lutte
des classes dans les syndicats pour garantir
leur indépendance vis-à-vis de l'Etat et des
capitalistes ? Quelle perspective, si ce
n'est la construction d'un parti ouvrier
anticapitaliste, internationaliste pour le
socialisme ?
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