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Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Edito. L'Internationaliste n°69
La destruction de l'université publique :
un objectif fondamental du gouvernement Sarkozy-Fillon.

La « victoire » de l’UMP aux législatives permet à N. Sarkozy de bénéficier d’une assemblée nationale à ses couleurs avant d’entamer résolument sa politique de destruction méthodique des derniers acquis ouvriers. C’est tout au moins ce qu’il escompte… Le champion du MEDEF lors des élections présidentielles a mandat du patronat pour redonner à la bourgeoisie française une place de choix à échelle internationale et européenne.

L’impérialisme français, en déclin depuis de nombreuse années, pourrait chercher un nouveau souffle en s’attelant à l’entreprise colonisatrice américaine.

Parallèlement, le gouvernement Sarkozy-Fillon a annoncé un calendrier de réformes qui seront conduites à marche forcée durant l’été. Sarkozy l’a réaffirmé devant les parlementaires de sa majorité le 20 juin. Le patronat français attend de N. Sarkozy qu’il prenne les mesures nécessaires afin de pouvoir bénéficier en France d’une main d’œuvre très qualifiée à moindre coût. A ce titre, « la réforme fondamentale » du gouvernement Sarkozy-Fillon sera celle sur l’autonomie des universités.

En finir avec l'université publique...

Le dispositif est fin prêt, pour en finir avec l'université publique. La réforme Lang ECTS/LMD, issue du processus de Bologne (accords européens pour privatiser l'Enseignement Supérieur) a été le fer de lance d'une autonomie pédagogique obligeant les universités, depuis 2003, à adapter leurs cursus au marché de l'emploi et impulsant de fait une sélection des étudiants en fonction des besoins de l'économie capitaliste.

Sarkozy et Pécresse Subissant de plein fouet la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances) et la régionalisation (qui est dans son principe soutenue par le PS, voire par la LCR), les personnels et les enseignants ont vite compris les conséquences du désengagement financier de l'Etat : statuts précaires, fermetures de filières, suppression de postes, augmentation de la productivité dans les bureaux... Les budgets, insuffisants pour assurer un bon fonctionnement des universités, ont vite incité les Conseils d'Administration à rechercher des financements privés.

L'annonce d'une loi pour l'autonomie des universités vient seulement huiler la machine à privatiser déjà lancée. Incitées au regroupement par le Pacte pour la Recherche (2006), les universités sont pressées de s'auto-démanteler, de se lier à des laboratoires privés, à des entreprises, afin d'inscrire définitivement la recherche et l'enseignement dans une logique marchande. A terme, à côté de quelques grands pôles d'excellence gracieusement financés par l'Etat, les régions et les grandes entreprises, nous trouverons des cursus totalement dévoués à la formation d'une main d'oeuvre prête à l'emploi, des stagiaires tout au long de la vie, dont le diplôme ne garantira ni statut, ni droits.

Le Premier ministre F. Fillon précisait le 23 mai que la loi permettra aux établissements de « s'organiser comme ils l'entendent, recruter leurs enseignants comme ils l'entendent, créer les enseignements qu'ils veulent, mettre en place les accords avec les organismes de recherche, avec les grandes écoles, avec les entreprises, sans avoir besoin de demander l'autorisation à des tutelles ».

En définitive, le gouvernement officialise la concurrence entre les universités qui seront gérées comme de véritables entreprises capitalistes par d'authentiques patrons : le Conseil d'Administration sera restreint au président de l'université et aux représentants des régions et des entreprises, qui auront pleins pouvoirs sur la politique de l'établissement. L'indépendance accrue des universités vis-à-vis de l'Etat institutionnalisera leur dépendance vis-à-vis des entreprises, en relation avec les projets des régions. Cela signifiera une sélection directe des étudiants en fonction des besoins immédiats des patrons qui agiront en actionnaires des universités. Nous arrivons à l'achèvement du processus LMD : la privatisation des universités et l'atomisation totale des diplômes.

... pour mieux détruire tous les droits des travailleurs.

Le gouvernement Sarkozy-Fillon a tiré les leçons de la défaite du gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy suite au retrait du CPE, en 2006, comme victoire partielle de la jeunesse et des travailleurs. Si le contrat unique ne peut être imposé par une mesure de type CPE, c’est en achevant de détruire la reconnaissance de la qualification des travailleurs dans le code du travail que ce type de contrat apparaît comme une nécessité.

La flexisécurité, vantée comme le système qui permettrait le retour au plein emploi, représente la fin de toute sécurité pour le travailleur qui sera, par contre, corvéable à merci. Les universités, à travers l’autonomie complète voulue par le gouvernement Sarkozy-Fillon, sont appelées à multiplier les partenariats avec les entreprises en proposant exclusivement des « cursus professionnalisants » destinés à former l’étudiant à un poste bien défini au sein d’une entreprise bien spécifique.

La simplification des procédures de licenciement prévue par le contrat unique permettra à l’employeur de bénéficier d’une masse salariale adaptable en permanence à l’activité de l’entreprise. Le salarié licencié n’aura comme seule perspective que de financer, en définitive à ses frais, une nouvelle formation. L’étudiant ne sera plus un travailleur en formation mais un travailleur tout court, qui va à l’université pour développer son employabilité et non plus pour obtenir un diplôme qui sanctionne une qualification garantissant des droits face aux patrons.

« Grâce » à la défiscalisation du travail étudiant (autre chantier du gouvernement Sarkozy-Fillon) celui-ci pourra continuer à travailler plus pour gagner moins. Cette mesure mène tout droit à l'intégration poussée de l'entreprise et de l'université, via la généralisation des stage, et elle débouche sur la suppression des bourses d'étude. Seuls réussissent les plus « méritants » : ceux qui triment et qui parviennent tant bien que mal à étudier, ou bien les « fils à papa ». Cette mesure s'inscrit dans le dispositif global qui, avec la participation des bureaucraties syndicales (étudiantes et ouvrières), vide le Code du travail de tout contenu. Dans cette logique, le système de retraite par répartition est appelé à disparaître au profit des fonds de pension qui pourront spéculer librement sur l'avenir de millions de travailleurs..., dès leur entrée à l'université !

Bruno Julliard de l'UNEF Individualisation, capitalisation, surexploitation : le programme politique du gouvernement Sarkozy-Fillon est d'un néo-conservatisme qui ferait rougir Reagan. Dans l'application de ses projets, N. Sarkozy compte sur l'absence d'alternative politique pour les travailleurs et la jeunesse. Cependant, l'abstention massive aux dernières législatives a prouvé que la classe ouvrière n'a pas d'illusion dans une quelconque opposition parlementaire à l'UMP (Voir l’article sur les législatives dans ce numéro).

En effet, la multiplication des grèves durant la période électorale a montré la disposition des travailleurs et des jeunes à combattre. Alors que le PS confirme son orientation droitière et que la LCR se dispose à construire le nouveau pôle de la gauche institutionnelle (qui pourrait rassembler du PC aux verts, en passant par des mouvements associatifs plus ou moins antilibéraux), les dirigeants des principales centrales syndicales se préparent à accompagner les réformes sarkozystes.

Alors, quelle perspective pour les travailleurs, si ce n'est la mobilisation unitaire et permanente pour faire échouer ces coups destructeurs ? Quelle perspective, si ce n'est l'organisation d'un courant de lutte des classes dans les syndicats pour garantir leur indépendance vis-à-vis de l'Etat et des capitalistes ? Quelle perspective, si ce n'est la construction d'un parti ouvrier anticapitaliste, internationaliste pour le socialisme ?

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