Site de la LIT 4ème Inter.
Groupe Socialiste Internationaliste
Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Edito. L'Internationaliste n°71
Après le 18 octobre…
étendre et construire la mobilisation !
Un succès. La grève massive des travailleurs de la SNCF et de la RATP est un premier pas, capital, dans l’opposition à l’offensive générale du gouvernement Fillon. 80% de grévistes au sein de la SNCF ! Un chiffre supérieur aux débuts de la grande mobilisation de 1995, qui avait fait échec au gouvernement Juppé. Il s’attaquait déjà aux régimes spéciaux de retraites en prétextant, lui aussi, l’impérieuse nécessité de la réforme. Quelques années plus tard, Sarkozy remet le couvert : la situation est fidèle à l’observation de Karl Marx, l'histoire se répète « la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce » (*)

Condensé caricatural de ses mentors (Reagan, Tatcher, et consorts), Nicolas Sarkozy a multiplié les arguments les plus fallacieux contre les régimes spéciaux (voir l’internationaliste n°70) et les provocations les plus éhontés à l’égard des travailleurs des différends services publics concernés par sa réforme. L’aspect grotesque du personnage n’enlève rien à la gravité de sa politique pour des milliers de travailleurs. La situation ne se prête pas au rire, la crise structurelle du système économique imposant au gouvernement de détruire rapidement les derniers acquis ouvriers, à libéraliser les derniers services publics. Et sacrifier toujours un peu plus l’avenir des travailleurs…

Augmenter la plus-value par la hausse de la productivité et ouvrir de nouveaux marchés aux appétits du patronat sont les remèdes séculaires de la bourgeoisie pour parer temporairement à la décomposition du capitalisme. L’équipe Sarkozy-Fillon avait déjà bien avancé dans cette voie avec des « mesures-phares » comme l’autonomie des universités (voir l‘ internationaliste n°69), la remise en cause du droit de grève et les franchises médicales. Mais afin de s’assurer un climat social propice à une offensive plus générale contre le code du travail il importait de s’attaquer aux secteurs ouvriers les plus combatifs, en premier lieu aux travailleurs des entreprises d’Etat.

Ces derniers jours, alors que les déboires conjugaux du couple présidentiel semblaient occuper la plupart des rédactions de la presse bourgeoise, le succès de la mobilisation du jeudi 18 octobre devenait de plus en plus évident. La volonté des travailleurs de la fonction publique de répondre à l’offensive tous azimuts du gouvernement Fillon se confirmait. L’offensive médiatique générale fut déclenchée dans l’urgence contre le mouvement naissant : une pluie de sondages annonce soudainement le soutien d’une large majorité de français à la réforme, un consensus contre la grève, que toute la France est derrière Sarkozy contre les affreux privilégiés… Comme pris d’un mouvement de panique les soutiens journalistiques du gouvernement ont redoublé d’efforts pour isoler la lutte des travailleurs. Tandis que la « gauche » et les directions syndicales s’employaient à le faire échouer…

Ce n’est un secret pour personne : le PS soutien activement la destruction des régimes spéciaux mais il est critique quand à la méthode employée par le gouvernement. Le premier secrétaire, François Hollande est parfaitement clair. Il déplore qu’il "n'y ait pas eu véritablement de négociation" et propose : "Je dis au gouvernement : ouvrez, rouvrez (...) le cadre global qui doit permettre les discussions entreprises par entreprise. Si vous ne le faites pas, vous aurez un certain nombre de mouvements."(Le monde 19/10/07) Quelle audace ! Il est vrai que pour porter atteinte aux droits des travailleurs le PS préfère se reposer sur les centrales syndicales qui lui sont inféodés afin qu’elles freinent des quatre fers toute tentative de mobilisation (cf. les multiples déclarations de Julliard (UNEF) à la veille du mouvement contre le CPE). L’UMP, qui ne dispose pas de relations privilégiées avec les bureaucraties syndicales, a usé très habilement de la carotte et du bâton.

La carotte par les rencontres, les concertations, les vœux pieux… N’oublions pas qu’à peine entré à l’Elysée, Sarkozy recevait les principaux dirigeants syndicaux qui s’en étaient alors fortement réjouis. Le bâton arrive avec les révélations sur la caisse noire de l’UIMM et sur les retraits d’argent de son président Denis Gautier-Sauvagnac. Ces liquidités auraient servis à acheter la « paix sociale » auprès des bureaucrates syndicaux. Cet argent, 600 millions d’euros à ce jour, aurait alimenté une caisse anti-grève ! La menace de révélations quant au financement supposé des directions syndicales par le patronat place ces dernières dans une situation bien fragile. Pour preuve, les déclarations de Bernard Thibault (CGT) et de Jean-Claude Mailly vis à vis de cette affaire semblaient bien timides : mélange de fausse indignation et de démenti mal assuré. Les bureaucrates ont commencé à scier la branche sur laquelle ils étaient assis. A force de compromission avec les gouvernements et le patronat, ils se sont placés dans un équilibre de plus en plus précaire entre l’intransigeance du pouvoir politique et les travailleurs qui cherchent la mobilisation.

C’est dans ce contexte peu favorable que plus de 300 000 travailleurs ont manifesté dans toute la France au sein de plus de 60 manifestations, faisant entendre leur refus de travailler plus pour gagner moins. Les travailleurs mobilisés ont lancé un cri d’alarme : l’attaque contre les régimes spéciaux est le premier pas d’une destruction complète du système de retraite par répartition. Ce sont tous les salariés qui sont dans la ligne de mire du gouvernement. La prochaine cible est le régime général. Les salariés seront contraints de passer à 41, puis 42 ans de cotisation. L’unité de classe est donc à réaliser au plus vite. La revendication unitaire de 37,5 annuités pour tous prouvait, dans les cortèges, la volonté des grévistes d’étendre la mobilisation pour faire face à la prochaine étape de la réforme.

Et maintenant ? La tactique de la « grève-carrée » décidée par les centrales syndicales risque de conduire à la mort du mouvement. L’objectif est de segmenter la mobilisation en différentes journées d’actions en prenant bien soin de ne pas chercher à construire une assise solide pour une lutte d’ampleur afin de pouvoir négocier sereinement avec Xavier Bertrand, ministre en charge de la réforme. Encore que négocier soit un bien grand mot. Il s’agit juste pour Thibault et ses acolytes de sauver les apparences en présentant les diktats du gouvernement comme une victoire de la discussion.

A l’heure où nous mettons sous presse, le « front syndical » se fissure. Le syndicat ultra-minoritaire FGAAC, organisation qui n’est présente que parmi le personnel roulant de la SNCF a décidé de cesser le mouvement après avoir, paraît-il, obtenu satisfaction auprès de la direction de la SNCF (qui, soit-dit en passant, ne peut donner de garanties alors qu’il s’agit d’une réforme conduite par l‘Etat). SUD et FO avaient répondu à la pression de leurs bases en appelant à une grève reconductible (ce qui était, sans mauvais jeu de mots, le minimum syndical) mais semblent aujourd’hui chercher une porte de sortie sans donner l’impression de reculer. La CGT, syndicat majoritaire dans la SNCF ne devrait pas appeler à une nouvelle « grève carrée » avant le cycle de discussions que X. Bertrand souhaite entamer dès mercredi. Après une mobilisation historique des travailleurs de la SNCF et de la RATP, l’attentisme ou le recul des directions syndicales est criminel. Il est plus que temps d’unifier les luttes contre les mesures du gouvernement.

Dans ce sens, la présence de cortèges étudiants aux côtés des travailleurs est un signe encourageant. Alors que la mobilisation contre la loi Pécresse commence à se construire dans les universités, la réussite du jeudi 18, l’action commune des travailleurs des étudiants, est une première victoire… qui en appelle d’autres ! Nous renouvelons ici notre appel à la construction d’une centrale unique des travailleurs, un outil qui permettrait de balayer les obstacles bureaucratiques bloquant la mobilisation. Une prochaine journée d’action est appelée le 20 novembre autour de la défense du pouvoir d’achat. Après le succès du 18 octobre, il faut faire de ce rendez-vous le point de départ d’une lutte intransigeante. Une lutte qui doit conduire à la satisfaction de l’ensemble des revendications des travailleurs et des jeunes. L’avenir de chacun est menacé : Dès à présent, mobilisation dans l’unité !


(*) Le 18 Brumaire de Louis Napoléon Bonaparte. C’était à propos de l’accession au pouvoir de Napoléon III. Un personnage qui, sous bien des aspects, pourrait rappeler un certain Nicolas S.

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