| Un succès. La grève massive des
travailleurs de la SNCF et de la RATP est un
premier pas, capital, dans l’opposition
à l’offensive générale du gouvernement
Fillon. 80% de grévistes au sein de la SNCF !
Un chiffre supérieur aux débuts de la grande
mobilisation de 1995, qui avait fait échec au
gouvernement Juppé. Il s’attaquait déjà
aux régimes spéciaux de retraites en
prétextant, lui aussi, l’impérieuse
nécessité de la réforme. Quelques années plus tard,
Sarkozy remet le couvert : la situation est
fidèle à l’observation de Karl Marx,
l'histoire se répète « la première fois comme
tragédie, la seconde fois comme farce » (*)
Condensé caricatural de ses mentors
(Reagan, Tatcher, et consorts), Nicolas
Sarkozy a multiplié les arguments les plus
fallacieux contre les régimes spéciaux (voir
l’internationaliste n°70) et
les provocations les plus éhontés à
l’égard des travailleurs des différends
services publics concernés par sa réforme.
L’aspect grotesque du personnage
n’enlève rien à la gravité de sa
politique pour des milliers de travailleurs.
La situation ne se prête pas au rire, la
crise structurelle du système économique
imposant au gouvernement de détruire
rapidement les derniers acquis ouvriers, à
libéraliser les derniers services publics. Et
sacrifier toujours un peu plus l’avenir
des travailleurs…
Augmenter la plus-value par la hausse de
la productivité et ouvrir de nouveaux marchés
aux appétits du patronat sont les remèdes
séculaires de la bourgeoisie pour parer
temporairement à la décomposition du
capitalisme. L’équipe Sarkozy-Fillon
avait déjà bien avancé dans cette voie avec
des « mesures-phares » comme
l’autonomie des universités (voir
l‘ internationaliste n°69), la
remise en cause du droit de grève et les
franchises médicales. Mais afin de
s’assurer un climat social propice à
une offensive plus générale contre le code du
travail il importait de s’attaquer aux
secteurs ouvriers les plus combatifs, en
premier lieu aux travailleurs des entreprises
d’Etat.
Ces derniers jours, alors que les déboires
conjugaux du couple présidentiel semblaient
occuper la plupart des rédactions de la
presse bourgeoise, le succès de la
mobilisation du jeudi 18 octobre devenait de
plus en plus évident. La volonté des
travailleurs de la fonction publique de
répondre à l’offensive tous azimuts du
gouvernement Fillon se confirmait.
L’offensive médiatique générale fut
déclenchée dans l’urgence contre le
mouvement naissant : une pluie de sondages
annonce soudainement le soutien d’une
large majorité de français à la réforme, un
consensus contre la grève, que toute la
France est derrière Sarkozy contre les
affreux privilégiés… Comme pris
d’un mouvement de panique les soutiens
journalistiques du gouvernement ont redoublé
d’efforts pour isoler la lutte des
travailleurs. Tandis que la « gauche » et les
directions syndicales s’employaient à
le faire échouer…
Ce n’est un secret pour personne :
le PS soutien activement la destruction des
régimes spéciaux mais il est critique quand à
la méthode employée par le gouvernement. Le
premier secrétaire, François Hollande est
parfaitement clair. Il déplore qu’il
"n'y ait pas eu véritablement de
négociation" et propose : "Je dis au
gouvernement : ouvrez, rouvrez (...) le cadre
global qui doit permettre les discussions
entreprises par entreprise. Si vous ne le
faites pas, vous aurez un certain nombre de
mouvements."(Le monde 19/10/07) Quelle
audace ! Il est vrai que pour porter atteinte
aux droits des travailleurs le PS préfère se
reposer sur les centrales syndicales qui lui
sont inféodés afin qu’elles freinent
des quatre fers toute tentative de
mobilisation (cf. les multiples déclarations
de Julliard (UNEF) à la veille du mouvement
contre le CPE). L’UMP, qui ne dispose
pas de relations privilégiées avec les
bureaucraties syndicales, a usé très
habilement de la carotte et du bâton.
La carotte par les rencontres, les
concertations, les vœux pieux…
N’oublions pas qu’à peine entré à
l’Elysée, Sarkozy recevait les
principaux dirigeants syndicaux qui
s’en étaient alors fortement réjouis.
Le bâton arrive avec les révélations sur la
caisse noire de l’UIMM et sur les
retraits d’argent de son président
Denis Gautier-Sauvagnac. Ces liquidités
auraient servis à acheter la « paix sociale »
auprès des bureaucrates syndicaux. Cet
argent, 600 millions d’euros à ce jour,
aurait alimenté une caisse anti-grève ! La
menace de révélations quant au financement
supposé des directions syndicales par le
patronat place ces dernières dans une
situation bien fragile. Pour preuve, les
déclarations de Bernard Thibault (CGT) et de
Jean-Claude Mailly vis à vis de cette affaire
semblaient bien timides : mélange de fausse
indignation et de démenti mal assuré. Les
bureaucrates ont commencé à scier la branche
sur laquelle ils étaient assis. A force de
compromission avec les gouvernements et le
patronat, ils se sont placés dans un
équilibre de plus en plus précaire entre
l’intransigeance du pouvoir politique
et les travailleurs qui cherchent la
mobilisation.
|
C’est dans ce contexte
peu favorable que plus de 300 000
travailleurs ont manifesté dans toute la
France au sein de plus de 60 manifestations,
faisant entendre leur refus de travailler
plus pour gagner moins. Les travailleurs
mobilisés ont lancé un cri d’alarme :
l’attaque contre les régimes spéciaux
est le premier pas d’une destruction
complète du système de retraite par
répartition. Ce sont tous les salariés qui
sont dans la ligne de mire du gouvernement.
La prochaine cible est le régime général. Les
salariés seront contraints de passer à 41,
puis 42 ans de cotisation. L’unité de
classe est donc à réaliser au plus vite.
La revendication unitaire de 37,5
annuités pour tous prouvait, dans les
cortèges, la volonté des grévistes
d’étendre la mobilisation pour faire
face à la prochaine étape de la
réforme.
Et maintenant ? La tactique de la «
grève-carrée » décidée par les centrales
syndicales risque de conduire à la mort du
mouvement. L’objectif est de segmenter
la mobilisation en différentes journées
d’actions en prenant bien soin de ne
pas chercher à construire une assise solide
pour une lutte d’ampleur afin de
pouvoir négocier sereinement avec Xavier
Bertrand, ministre en charge de la réforme.
Encore que négocier soit un bien grand mot.
Il s’agit juste pour Thibault et ses
acolytes de sauver les apparences en
présentant les diktats du gouvernement comme
une victoire de la discussion.
A l’heure où nous mettons sous
presse, le « front syndical » se fissure. Le
syndicat ultra-minoritaire FGAAC,
organisation qui n’est présente que
parmi le personnel roulant de la SNCF a
décidé de cesser le mouvement après avoir,
paraît-il, obtenu satisfaction auprès de la
direction de la SNCF (qui, soit-dit en
passant, ne peut donner de garanties alors
qu’il s’agit d’une réforme
conduite par l‘Etat). SUD et FO avaient
répondu à la pression de leurs bases en
appelant à une grève reconductible (ce qui
était, sans mauvais jeu de mots, le minimum
syndical) mais semblent aujourd’hui
chercher une porte de sortie sans donner
l’impression de reculer. La CGT,
syndicat majoritaire dans la SNCF ne devrait
pas appeler à une nouvelle « grève carrée »
avant le cycle de discussions que X. Bertrand
souhaite entamer dès mercredi. Après une
mobilisation historique des travailleurs de
la SNCF et de la RATP, l’attentisme ou
le recul des directions syndicales est
criminel. Il est plus que temps
d’unifier les luttes contre les mesures
du gouvernement.
Dans ce sens, la présence de cortèges
étudiants aux côtés des travailleurs est un
signe encourageant. Alors que la mobilisation
contre la loi Pécresse commence à se
construire dans les universités, la réussite
du jeudi 18, l’action commune des
travailleurs des étudiants, est une première
victoire… qui en appelle
d’autres ! Nous renouvelons ici notre
appel à la construction d’une centrale
unique des travailleurs, un outil qui
permettrait de balayer les obstacles
bureaucratiques bloquant la mobilisation. Une
prochaine journée d’action est appelée
le 20 novembre autour de la défense du
pouvoir d’achat. Après le succès du 18
octobre, il faut faire de ce rendez-vous le
point de départ d’une lutte
intransigeante. Une lutte qui doit conduire à
la satisfaction de l’ensemble des
revendications des travailleurs et des
jeunes. L’avenir de chacun est
menacé : Dès à présent, mobilisation dans
l’unité !
(*) Le 18 Brumaire de Louis
Napoléon Bonaparte. C’était à
propos de l’accession au pouvoir de
Napoléon III. Un personnage qui, sous bien
des aspects, pourrait rappeler un certain
Nicolas S.
|