| Ces dernières semaines, la
lutte des classes en France a connu un pic
d’intensité avec la mobilisation
massive et conjointe des cheminots, des
étudiants, des travailleurs de la fonction
publique et du secteur privé. Tous luttent
contre les conséquences de la politique
voulue par le MEDEF et appliquée par Nicolas
Sarkozy.
Depuis son accession au pouvoir en mai
dernier, l’ensemble de la politique du
gouvernement a été concentré contre les
acquis ouvriers. Affichant une volonté de «
réformer » au plus vite, Sarkozy a
successivement accéléré la privatisation de
l’université, attaqué le droit de
grève, remis en cause la sécurité sociale et
entrepris de détruire le système de retraite
par répartition.
Sur fond de convulsions du capitalisme,
secoué par une crise financière d’une
ampleur historique, le gouvernement est
pressé d’agir sous la pression de la
bourgeoisie. Fait significatif du
durcissement de la bourgeoisie face à la
montée de la lutte de classe, les dirigeants
européens ont approuvé à Lisbonne le traité
constitutionnel européen qui avait été rejeté
par les travailleurs et la jeunesse en 2005.
Sarkozy a déclaré vouloir le faire ratifier
par voie parlementaire dès décembre 2007.
Loin d’être une simple provocation,
cette adoption signifie que le gouvernement
est prêt à répondre coûte que coûte aux
critères de convergence voulus par le traité
européen de Maastricht. C'est-à-dire, sous
prétexte de réduire le déficit public,
privatiser les services publics et accroître
l’exploitation des travailleurs en
libéralisant le marché du travail.
Les travailleurs et la jeunesse ont
répondu à cette offensive par la
mobilisation. Malgré le rouleau compresseur «
démocratique » constitué par des médias
organiquement liés au pouvoir, les grèves et
les mobilisations ont été très fortement
suivies. Après avoir dû affronter la colère
des marins-pêcheurs face à la hausse du prix
de gazole organisée par les compagnies
pétrolières et les fonds spéculatifs, le
gouvernement s’est trouvé face à la
détermination des travailleurs du rail et des
étudiants.
Les travailleurs de la SNCF et de la RATP
se sont mobilisés pour défendre leur régime
de retraite, cible de première importance
pour le gouvernement. En effet,
l’alignement des régimes spéciaux sur
le régime général des fonctionnaires (déjà
aligné sur celui du privé par la réforme
Fillon de 2003) préfigure la remise à plat de
l’ensemble du système de retraite dans
le cadre d’une réforme globale des
retraites prévues pour 2008. Comme le dit
lui-même, Sarkozy, "Les régimes spéciaux
ne sont qu'un apéritif."
Les étudiants se battent pour faire
barrage à l’achèvement du processus de
privatisation des universités. La loi
Pécresse vient en effet conclure la
destruction de l’enseignement supérieur
public prévu par le processus de Bologne, et
appliqué en France par le gouvernement Jospin
sous le nom de réforme LMD.
Ces deux attaques, contre les régimes
spéciaux et contre l’université
publique sont des réformes fondamentales pour
le patronat. Comme nous le disions dans notre
déclaration en date du 17 novembre,
il n’y a rien à
négocier. Il n’y a rien dans
ces réformes qui aillent un tant soit peu
dans l’intérêt des travailleurs ou des
jeunes. Il n’y a donc rien à prendre
mais tout à laisser. C’est
l’abrogation et le retrait sans
condition qu’il faut imposer.
Forts de leur victoire sur le CPE, les
travailleurs et les jeunes se sont donc
mobilisés dans la détermination pour faire
reculer le gouvernement. Les premières
assemblées générales étudiantes, la première
coordination ont immédiatement imposé
l’unité avec les travailleurs en lutte
comme élément central de la mobilisation
étudiante. Cette unité s’est réalisée
le 20 novembre, jour de la première
manifestation unitaire d’ampleur depuis
le début des mobilisations.
Le gouvernement a pourtant,
jusqu’ici, tenu bon. Alors que la
cinquième république est un régime en
décomposition, que la bourgeoisie viole
chaque jour sa propre légalité, le
gouvernement a pu tenir face à des
mobilisations particulièrement massives. Son
premier atout est le contrôle des directions
syndicales par des organisations politiques
(PS-PC) qui approuvent la « réforme ». Le
deuxième, est le silence assourdissant des
partis dits d’extrême gauche quant au
combat à mener pour faire gagner les
revendications.
Le rôle du PS ne fait plus illusion, il a
affirmé son soutien à la « réforme » des
régimes spéciaux et conduit, en son temps,
une des plus grandes attaques contre
l’université publique (La réforme LMD).
Royal, approuvant la loi Pécresse, a
d’ailleurs précisé qu’elle
n’avait qu’un désaccord sur la
méthode employée par le gouvernement. Le rôle
du PC est tout aussi clair, puisqu’il
proclame que l’ouverture des
négociations est une victoire pour les
travailleurs. Sarkozy a d’ailleurs
poussé la boutade jusqu’à citer
l'ancien secrétaire général du PCF, M. Thorez
: « il faut savoir terminer une grève ».
La gauche « radicale » ne brille pas
seulement par son absence de condamnation des
bureaucraties syndicales et politiques, mais
surtout par son manque de « détermination » à
mener à bien le seul combat efficace pour
surmonter les obstacles bureautiques :
l’unité d’action pour aider les
travailleurs et la jeunesse à la construction
d’un état major des luttes, par la
centralisation des comités de grèves.
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Deux des plus grandes
organisations dites d’extrême gauche
sont plus motivées par la construction de
partis pour gagner les élections que par la
construction de véritables partis ouvriers de
lutte et pour la prise du pouvoir : LO
prépare des accords municipaux avec le PS, et
la LCR discute avec le PC sur son nouveau
parti anticapitaliste. Les déclarations de
Besancenot, lors de son dernier meeting, sont
éloquentes. Proclamant que l’absence
médiatique de Sarkozy est une victoire des
travailleurs, il exhorte le PS à sortir de
son mutisme.
L'amertume et la
rage
Après la journée « historique » du 8
octobre, et dès le 14 novembre, les
assemblées générales de cheminots ont montré
une très grande détermination ainsi qu'une
volonté de faire échec à la division et aux
risques d'affrontement qui pouvaient naître
de la trahison des directions syndicales de
la FGAAC, de la CFDT et surtout de la CGT,
après la porte de sortie offerte au
gouvernement par B. Thibault, le 14 novembre,
au plus fort de la mobilisation. La
détermination et la jeunesse des travailleurs
réunis dans ces AG faisaient écho à la
détermination de la jeunesse étudiante en
lutte pour l'abrogation de la loi Précesse,
des étudiants qui ont intégré dès leur
première mobilisation l'exigence du retrait
de la « réforme » des régimes spéciaux de
retraite.
En 2006, la mobilisation, qui a obtenu un
recul partiel du gouvernement et le retrait
du CPE, a montré qu'une alchimie propre à la
lutte des classes s'était opérée en
rassemblent largement, toutes générations
confondues, les travailleurs ainsi que la
jeunesse étudiante et lycéenne, donnant à la
mobilisation une force irrésistible. A
l'approche de ce 20 novembre, voyant à
nouveau pointer le « péril » d'une jonction
entre travailleurs du privé et du public,
entre travailleurs et jeunes, qui pouvait
renouer avec le mouvement de 2006, la
direction de la CGT est montée en première
ligne pour empêcher que cette jonction
s'opère. Rejoignant ainsi la direction de la
CFDT qui s'est illustrée à maintes reprises
dans la pratique de collaboration de classes,
la direction de la CGT, symbolisée par B.
Thibault, a trahi les intérêts objectifs de
la classe ouvrière et de la jeunesse.
Pendant près de dix jours, les
travailleurs de la SNCF, de la RATP et, dans
une certaine mesure, d'Edf, GdF ou d'autres
catégories directement concernées par la «
réforme » des régimes spéciaux, sont restés
mobilisés. Une nouvelle génération a fait à
cette occasion l'expérience de la trahison
des appareils bureaucratiques des syndicats
et de leur tendance permanente à la
conciliation, là où l'intransigeance devrait
être de mise.
Cette expérience sera intégrée aux leçons
tirées de la bataille contre le CPE et le
CNE, et elle déterminera bien des luttes à
venir, car de nouvelles mobilisations vont se
développer dans les semaines et les mois qui
viennent. Aussi, les mobilisations à venir
seront encore plus âpres et déterminées car
elles s'appuieront sur cette expérience
nouvelle venue enrichir la conscience
collective de la classe ouvrière et de la
jeunesse.
L'amertume due à la trahison des
bureaucrates et la rage provoquée par la
brutalité des attaques du gouvernement et sa
politique inique toute entière au service des
plus riches, des capitalistes, laisse dans
les consciences l'idée qu'une bataille a été
perdue, mais que la guerre peut encore être
gagnée, puisque d'autres batailles
s'annoncent.
La troisième « réforme des retraites » en
2008, déjà annoncée par le gouvernement
Sarkozy-Fillon, est une des attaques que la
contre-révolution veut porter. Des attaques
qui visent tous les aspects de la vie
sociale, remettant en cause des acquis
ouvriers vieux de plus d'un siècle, remettant
en cause dans le même mouvement, et au nom de
« la démocratie », tous les acquis
démocratiques, piétinant la moindre liberté,
au nom de la « liberté » des possédants et
des exploiteurs.
La réappropriation de la grève par les
travailleurs et jeunes mobilisés est une
nécessité vitale pour la poursuite de la
lutte. Alors même que la mobilisation se
développe dans la jeunesse étudiante et
lycéenne, les directions syndicales ont une
marge de manœuvre de plus en plus
réduite. Il faut aujourd’hui réaffirmer
que la seule instance représentative du
mouvement est le comité de grève, composé des
délégués élus et révocables mandatés par des
assemblées générales et des représentants des
organisations syndicales qui soutiennent les
revendication des grévistes. Rien ne peut
être imposé à l’encontre des positions
prises par les travailleurs mobilisés, nul ne
doit décider à leur place. Afin de surmonter
l’obstacle bureaucratique, il est
nécessaire que les comités de grèves se
centralisent pour permettre de conduire la
mobilisation jusqu’à la victoire.
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