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Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Edito. L'Internationaliste n°72
Malgré la trahison, les travailleurs et la jeunesse restent déterminés !
Ces dernières semaines, la lutte des classes en France a connu un pic d’intensité avec la mobilisation massive et conjointe des cheminots, des étudiants, des travailleurs de la fonction publique et du secteur privé. Tous luttent contre les conséquences de la politique voulue par le MEDEF et appliquée par Nicolas Sarkozy.

Depuis son accession au pouvoir en mai dernier, l’ensemble de la politique du gouvernement a été concentré contre les acquis ouvriers. Affichant une volonté de « réformer » au plus vite, Sarkozy a successivement accéléré la privatisation de l’université, attaqué le droit de grève, remis en cause la sécurité sociale et entrepris de détruire le système de retraite par répartition.

Sur fond de convulsions du capitalisme, secoué par une crise financière d’une ampleur historique, le gouvernement est pressé d’agir sous la pression de la bourgeoisie. Fait significatif du durcissement de la bourgeoisie face à la montée de la lutte de classe, les dirigeants européens ont approuvé à Lisbonne le traité constitutionnel européen qui avait été rejeté par les travailleurs et la jeunesse en 2005. Sarkozy a déclaré vouloir le faire ratifier par voie parlementaire dès décembre 2007. Loin d’être une simple provocation, cette adoption signifie que le gouvernement est prêt à répondre coûte que coûte aux critères de convergence voulus par le traité européen de Maastricht. C'est-à-dire, sous prétexte de réduire le déficit public, privatiser les services publics et accroître l’exploitation des travailleurs en libéralisant le marché du travail.

Les travailleurs et la jeunesse ont répondu à cette offensive par la mobilisation. Malgré le rouleau compresseur « démocratique » constitué par des médias organiquement liés au pouvoir, les grèves et les mobilisations ont été très fortement suivies. Après avoir dû affronter la colère des marins-pêcheurs face à la hausse du prix de gazole organisée par les compagnies pétrolières et les fonds spéculatifs, le gouvernement s’est trouvé face à la détermination des travailleurs du rail et des étudiants.

Les travailleurs de la SNCF et de la RATP se sont mobilisés pour défendre leur régime de retraite, cible de première importance pour le gouvernement. En effet, l’alignement des régimes spéciaux sur le régime général des fonctionnaires (déjà aligné sur celui du privé par la réforme Fillon de 2003) préfigure la remise à plat de l’ensemble du système de retraite dans le cadre d’une réforme globale des retraites prévues pour 2008. Comme le dit lui-même, Sarkozy, "Les régimes spéciaux ne sont qu'un apéritif."

Les étudiants se battent pour faire barrage à l’achèvement du processus de privatisation des universités. La loi Pécresse vient en effet conclure la destruction de l’enseignement supérieur public prévu par le processus de Bologne, et appliqué en France par le gouvernement Jospin sous le nom de réforme LMD.

Ces deux attaques, contre les régimes spéciaux et contre l’université publique sont des réformes fondamentales pour le patronat. Comme nous le disions dans notre déclaration en date du 17 novembre, il n’y a rien à négocier. Il n’y a rien dans ces réformes qui aillent un tant soit peu dans l’intérêt des travailleurs ou des jeunes. Il n’y a donc rien à prendre mais tout à laisser. C’est l’abrogation et le retrait sans condition qu’il faut imposer.

Forts de leur victoire sur le CPE, les travailleurs et les jeunes se sont donc mobilisés dans la détermination pour faire reculer le gouvernement. Les premières assemblées générales étudiantes, la première coordination ont immédiatement imposé l’unité avec les travailleurs en lutte comme élément central de la mobilisation étudiante. Cette unité s’est réalisée le 20 novembre, jour de la première manifestation unitaire d’ampleur depuis le début des mobilisations.

Le gouvernement a pourtant, jusqu’ici, tenu bon. Alors que la cinquième république est un régime en décomposition, que la bourgeoisie viole chaque jour sa propre légalité, le gouvernement a pu tenir face à des mobilisations particulièrement massives. Son premier atout est le contrôle des directions syndicales par des organisations politiques (PS-PC) qui approuvent la « réforme ». Le deuxième, est le silence assourdissant des partis dits d’extrême gauche quant au combat à mener pour faire gagner les revendications.

Le rôle du PS ne fait plus illusion, il a affirmé son soutien à la « réforme » des régimes spéciaux et conduit, en son temps, une des plus grandes attaques contre l’université publique (La réforme LMD). Royal, approuvant la loi Pécresse, a d’ailleurs précisé qu’elle n’avait qu’un désaccord sur la méthode employée par le gouvernement. Le rôle du PC est tout aussi clair, puisqu’il proclame que l’ouverture des négociations est une victoire pour les travailleurs. Sarkozy a d’ailleurs poussé la boutade jusqu’à citer l'ancien secrétaire général du PCF, M. Thorez : « il faut savoir terminer une grève ».

La gauche « radicale » ne brille pas seulement par son absence de condamnation des bureaucraties syndicales et politiques, mais surtout par son manque de « détermination » à mener à bien le seul combat efficace pour surmonter les obstacles bureautiques : l’unité d’action pour aider les travailleurs et la jeunesse à la construction d’un état major des luttes, par la centralisation des comités de grèves.

Deux des plus grandes organisations dites d’extrême gauche sont plus motivées par la construction de partis pour gagner les élections que par la construction de véritables partis ouvriers de lutte et pour la prise du pouvoir : LO prépare des accords municipaux avec le PS, et la LCR discute avec le PC sur son nouveau parti anticapitaliste. Les déclarations de Besancenot, lors de son dernier meeting, sont éloquentes. Proclamant que l’absence médiatique de Sarkozy est une victoire des travailleurs, il exhorte le PS à sortir de son mutisme.

L'amertume et la rage

Après la journée « historique » du 8 octobre, et dès le 14 novembre, les assemblées générales de cheminots ont montré une très grande détermination ainsi qu'une volonté de faire échec à la division et aux risques d'affrontement qui pouvaient naître de la trahison des directions syndicales de la FGAAC, de la CFDT et surtout de la CGT, après la porte de sortie offerte au gouvernement par B. Thibault, le 14 novembre, au plus fort de la mobilisation. La détermination et la jeunesse des travailleurs réunis dans ces AG faisaient écho à la détermination de la jeunesse étudiante en lutte pour l'abrogation de la loi Précesse, des étudiants qui ont intégré dès leur première mobilisation l'exigence du retrait de la « réforme » des régimes spéciaux de retraite.

En 2006, la mobilisation, qui a obtenu un recul partiel du gouvernement et le retrait du CPE, a montré qu'une alchimie propre à la lutte des classes s'était opérée en rassemblent largement, toutes générations confondues, les travailleurs ainsi que la jeunesse étudiante et lycéenne, donnant à la mobilisation une force irrésistible. A l'approche de ce 20 novembre, voyant à nouveau pointer le « péril » d'une jonction entre travailleurs du privé et du public, entre travailleurs et jeunes, qui pouvait renouer avec le mouvement de 2006, la direction de la CGT est montée en première ligne pour empêcher que cette jonction s'opère. Rejoignant ainsi la direction de la CFDT qui s'est illustrée à maintes reprises dans la pratique de collaboration de classes, la direction de la CGT, symbolisée par B. Thibault, a trahi les intérêts objectifs de la classe ouvrière et de la jeunesse.

Pendant près de dix jours, les travailleurs de la SNCF, de la RATP et, dans une certaine mesure, d'Edf, GdF ou d'autres catégories directement concernées par la « réforme » des régimes spéciaux, sont restés mobilisés. Une nouvelle génération a fait à cette occasion l'expérience de la trahison des appareils bureaucratiques des syndicats et de leur tendance permanente à la conciliation, là où l'intransigeance devrait être de mise.

Cette expérience sera intégrée aux leçons tirées de la bataille contre le CPE et le CNE, et elle déterminera bien des luttes à venir, car de nouvelles mobilisations vont se développer dans les semaines et les mois qui viennent. Aussi, les mobilisations à venir seront encore plus âpres et déterminées car elles s'appuieront sur cette expérience nouvelle venue enrichir la conscience collective de la classe ouvrière et de la jeunesse.

L'amertume due à la trahison des bureaucrates et la rage provoquée par la brutalité des attaques du gouvernement et sa politique inique toute entière au service des plus riches, des capitalistes, laisse dans les consciences l'idée qu'une bataille a été perdue, mais que la guerre peut encore être gagnée, puisque d'autres batailles s'annoncent.

La troisième « réforme des retraites » en 2008, déjà annoncée par le gouvernement Sarkozy-Fillon, est une des attaques que la contre-révolution veut porter. Des attaques qui visent tous les aspects de la vie sociale, remettant en cause des acquis ouvriers vieux de plus d'un siècle, remettant en cause dans le même mouvement, et au nom de « la démocratie », tous les acquis démocratiques, piétinant la moindre liberté, au nom de la « liberté » des possédants et des exploiteurs.

La réappropriation de la grève par les travailleurs et jeunes mobilisés est une nécessité vitale pour la poursuite de la lutte. Alors même que la mobilisation se développe dans la jeunesse étudiante et lycéenne, les directions syndicales ont une marge de manœuvre de plus en plus réduite. Il faut aujourd’hui réaffirmer que la seule instance représentative du mouvement est le comité de grève, composé des délégués élus et révocables mandatés par des assemblées générales et des représentants des organisations syndicales qui soutiennent les revendication des grévistes. Rien ne peut être imposé à l’encontre des positions prises par les travailleurs mobilisés, nul ne doit décider à leur place. Afin de surmonter l’obstacle bureaucratique, il est nécessaire que les comités de grèves se centralisent pour permettre de conduire la mobilisation jusqu’à la victoire.

Dans l'unité, réaffirmons notre refus de toutes négociations et défendons jusqu’au bout nos revendications :

37,5 ans de cotisation maximum pour tous !

Départ à taux plein à 60 ans maximum !

Oui à la répartition, non à la capitalisation !

Abrogation de la loi Pécresse de privatisation des universités !

Abrogation des ECTS/LMD !

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