| Bien que l'affaire n'en soit
qu'à ses débuts, on peut d'ores et déjà
affirmer que la révélation de « malversations
» pour un montant de près de 5 milliards
d'euros à la Société générale n'arrive pas
comme un coup de tonnerre dans un ciel
serein. Les commentaires prudents à l'excès
des experts financiers montrent bien qu'ils
avancent sur des oeufs, tant l'affaire
contient d'aspects surprenants pour ne pas
dire invraisemblables. Surtout que cette
révélation est faite en même temps que
l'annonce d'une « dépréciation » de 2
milliards dûs, eux, à la crise des «
subprimes » qui frappe l'ensemble des banques
les unes après les autres. Cependant et
quoiqu'il en soit, tout cela est ô combien
révélateur de l'état parasitaire du système
capitaliste.
La société générale est, en effet, un des
principaux opérateurs au monde dans le
domaine des produits financiers dérivés.
C'est même un des « pionniers » en la
matière. Ces « produits » hautement
spéculatifs, très rentables mais très
risqués, ont déjà fait parler d'eux lors du
naufrage de la Barings, en 1995, puis avec
les prêts « subprime » qui ont donné lieu à
une émission gigantesque de titres qui sont
bien, eux aussi, des produits dérivés.
Maintenant, tout le monde s'interroge sur
la version présentée par la banque : comment
un seul trader de la Société générale a-t-il
pu perdre près de... 5 milliards d'euros en
un an ? Comment, surtout si on estime que
cette perte sous-entend une « position » qui
a pu atteindre, sans aucun contrôle, un
montant de 40 à 60 milliards d'euros, soit un
chiffre comparable au déficit budgétaire de
l'Etat, selon un responsable de Monsegur
finances, lors du Soir 3 du 24 janvier 2008 ?
Comment, alors que la commission bancaire de
la Banque de France s'est penchée une
vingtaine de fois sur la Société générale en
2006 et en 2007 ?... Que la ministre de
l'économie « authentifie » par ses
déclarations la version de la banque n'y
changera rien.
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Surtout que le contexte vient
alourdir l'affaire puisque la Société
générale pourrait être amenée à lancer une
augmentation de capital comparable (près de 6
milliards d'euros) à celle lancée récemment
par la... Banque of America, touchée de plein
fouet par la crise des « subprimes ». Par
ailleurs, en 2006, un juge d'instruction du
pôle financier de Paris a renvoyé en
correctionnelle la Société générale et
plusieurs de ses dirigeants sous l'accusation
de blanchiment. Le procès doit s'ouvrir le 4
février 2008 !
Il reste que ce scandale n'est pas le
simple révélateur de « dysfonctionnements »,
mais une fois encore la preuve que le système
capitaliste dont le moteur est la recherche
du profit le plus important et le plus rapide
n'accepte aucune limite, aucune règle qui
viendraient entraver sa rapacité. Le fait
qu'à chacun de ces scandales, les organismes
de contrôle ou « d'auto-contrôle » soient
systématiquement pris en défaut, quand ils ne
sont pas ouvertement complices, comme dans
les affaires Enron ou Wordcom, est la
confirmation, si besoin était de ce que le
capitalisme « régulé », « domestiqué »
demeure une utopie réactionnaire et
criminelle.
Une utopie réactionnaire et criminelle car
la survie du capitalisme se fait par la
destruction des forces productives à
commencer par l'homme. Chaque scandale,
chaque séisme qui secoue la finance
internationale se solde en définitive par le
renforcement des monopoles et des tombereaux
de licenciement, de délocalisations avec une
étape supplémentaire dans la course à la
misère entre les travailleurs jetés dans une
concurrence féroce.
Au contraire, chaque événement de ce genre
doit nous renforcer dans la conviction que
l'alternative véritable est dans la fin de ce
rapport de production parasitaire dont le
caractère barbare est chaque jour plus
visible. La socialisation des moyens de
production à l'échelle du monde sous le
contrôle des travailleurs et des paysans
organisés dans des conseils est la seule
issue qui demeure crédible pour l'avenir de
l'humanité.
Le 26 janvier
2008 à 11 heures.
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