| Dans le contexte de crise
institutionnelle que la France connaît depuis
plusieurs années, il est significatif que
l'abstention ait atteint son taux le plus
élevé depuis 1959, pour des élections
municipales. En effet, l'abstention, les
votes blancs et nuls ont fait un taux de
41,3% au premier tour, et de 42% au deuxième
tour. Ces chiffres se vérifiant
particulièrement dans les grandes villes et
dans les cités ouvrières, s’est ainsi
vue confirmée une tendance observée tout au
long des dernières élections (en dehors du
contexte particulier des présidentielles de
2007), à savoir : une abstention massive,
traduisant un rejet croissant des
institutions politiques en place.
Lors de ces élections, l'UMP a subi une
sévère défaite en perdant plusieurs villes
importantes, comme par exemple Toulouse,
Strasbourg, Metz, Saint-Étienne, Caen, Rouen,
Reims, Amiens etc.. Sur les 300 villes de
plus de 30 000 habitants, l'UMP n'en contrôle
plus que 120 contre 175 auparavant. Si
présentés dans des villes qui n’étaient
pas gagnées d’avance, les membres du
gouvernement ou de l'appareil de l'UMP ont
connu de sérieuses difficultés : le ministre
de l'éducation X. Darcos, à Périgueux ; R.
Yade, à Colombes ; la porte-parole de l'UMP
N. Morano, à Toul (là où les ouvriers de
l'usine de Kléber ont été en grève pendant
plusieurs semaines) ; ou encore les
ex-ministres R. Dutreil et C. Vautrin. Tous,
ils en sont sortis perdants.
Alors que N. Sarkozy avait déclaré, au
mois de décembre (mais il s’est ravisé
après), qu'il voulait faire de ces élections
un test de sa politique nationale, les
résultats apparaissent bien comme un rejet
important de la politique du gouvernement et
de la série de contre-réformes qu'il a
entreprises. Ce rejet a été particulièrement
fort de la part des jeunes et des
travailleurs. En réponse, les responsables du
gouvernement ont immédiatement annoncé que,
pour prendre en compte le résultat des
élections municipales...., il fallait
continuer les « réformes », et même accélérer
leur rythme!
Pour autant, le nombre de villes gagnées
par la gauche institutionnelle ne correspond
pas à un vote d'adhésion au « projet
politique » du PS et de ses alliés. Car ce
projet est le même que celui de l'UMP. En
effet, depuis que N. Sarkozy est arrivé au
pouvoir, le PS s’est borné à critiquer
la méthode du gouvernement, mais non pas le
fond des mesures adoptées. Et si le PS
cautionne les liquidations du système de
retraite par répartition, de la sécurité
sociale, du code du travail, des services
publics, et la privatisation de
l'enseignement, c'est parce qu'il est
définitivement passé du côté bourgeois et
qu'il se place désormais dans le cadre de la
gestion du capitalisme. En cherchant à
satisfaire les exigences de l'Union
Européenne, c'est-à-dire, en cherchant à
baisser les coûts de production et les
dépenses de l'Etat, le PS contribue à la
destruction des conquêtes ouvrières et des
droits des travailleurs, ainsi qu’à la
réduction des salaires. Sur ces objectifs, le
PS et l'UMP se retrouvent. Aussi, dans le
cadre de la politique de régionalisation
voulue par l'UE, les collectivités
territoriales (régions, départements,
communes... ), contrôlées très
majoritairement par le PS, sont amenées à
jouer un rôle de plus en plus important dans
la gestion des questions liées à l'éducation,
aux aides sociales, etc.. En d'autres termes,
le PS et l'UMP se partagent le travail pour
appliquer les mesures voulues par l'UE.
Si le PS a gagné un nombre important de
villes, c'est donc parce que les jeunes et
les travailleurs ont saisi, sur le terrain
électoral et en l'absence d'une alternative
politique crédible, cette occasion pour
rejeter la politique du gouvernement. La
victoire par défaut du PS confirme également
la tendance observée lors des élections
précédentes, à savoir : chaque pouvoir en
place est sanctionné. Cela traduit en fait
une grande instabilité politique, et une
volonté des travailleurs de remettre en cause
les équilibres politiques et institutionnels
existants.
Ces élections ont également montré
l'importance du vote PCF et d'extrême
gauche.
Tout d'abord, en ce qui concerne le PCF,
force est de constater qu'il se maintient
assez bien par rapport à ce que pouvaient
présager les résultats électoraux précédents.
Ce parti arrive même à regagner quelques
villes comme Dieppe, Vierzon et Villeneuve St
Georges, et la présidence du Conseil Général
de l'Allier. Il faut tout de même souligner
que son poids en sort légèrement réduit avec
la perte d'Aubervilliers, de Montreuil, de
Calais et de la Seine-Saint-Denis, et qu'il
échoue à regagner Le Havre, Sète, Nîmes. En
tout état de cause, la situation du PCF
apparaît comme étant de plus en plus
dépendante des accords électoraux passés avec
le PS.
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L’Extrême Gauche et
la pêche aux voix
En ce qui concerne l'extrême gauche, les
résultats montrent une stabilisation du
nombre total de votes : autour de 2% exprimés
à échelle nationale ; avec, cependant, une
évolution de la répartition de ce vote, entre
2001 et 2008. Mais la délimitation des listes
d'extrême gauche est apparue comme étant de
plus en plus floue en raison de l'imbrication
des forces politiques, et ce, y compris avec
des partis bourgeois, comme le PRG (Partides
radicaux de Gauche). Ces listes se sont
constituées avant tout pour des raisons
électoralistes, ce qui traduit une
confirmation du processus de décomposition
des partis politiques ouvriers. On a ainsi vu
une liste LO-LCR-PT-PCF-PS-MRC, à
Saint-Quentin dans l'Aisne ; ou PCF-LCR-PT à
la Seyne sur Mer ; ou PCF-LO-PT à Toulon. Il
y a également eu des regroupements
extrêmement hétérogènes, autour de la LCR, en
Bretagne, par exemple (Nantes et
Saint-Herblain), avec le groupe régionaliste
« EMGANN », ou encore à Lyon.
Pour ces élections, LO a présenté 117
listes et participé à 69 listes unitaires
avec d'autres partis, principalement le PCF
et le PS. Dans la continuité de son appel à
voter pour S. Royal au deuxième tour de
l'élection présidentielle de 2007, l'attitude
de cette organisation apparaît comme
fortement électoraliste : ainsi le 9 mars, au
soir du premier tour, elle se félicitait
d'avoir obtenu plus d'élus qu'en 2001, tout
en rangeant ses critiques vis-à-vis du PS.
Globalement, LO obtient près de 70
conseillers municipaux ; en grande partie,
grâce aux accords passés avec le PS et le
PCF.
De son côté, la LCR, qui présentait un peu
moins de 200 listes, atteint des résultats
assez conséquents dans plusieurs villes, avec
32 listes dépassant les 10% et près de 100
listes faisant entre 5 et 10%. Aussi, la LCR
obtient près de 90 des élus municipaux, dont
3 à Clermont-Ferrand, 2 à Lyon, 2 à
Sotteville-lès-Rouen, etc. Toutefois, à
l'image de LO, et même si cela s'exprime de
manière différente, ces résultats ne doivent
pas cacher la nature du projet politique.
La LCR n'a certes pas conclu d'accord «
technique » électoral à la mesure de celui
passé entre LO et le PS, mais son projet
n'est pas pour autant plus progressiste, bien
au contraire : la LCR (qui depuis son dernier
Congrès n’apparaît plus comme une
organisation marxiste révolutionnaire) a
lancé son projet de Nouveau Parti
Anticapitaliste, après avoir
retiré de ses statuts le centralisme
démocratique et la dictature du prolétariat.
De plus, ce parti parle d'un « socialisme du
XXIe siècle », qui reste à définir, et qui
rappelle le « socialisme du XXIe siècle »
d’Hugo Chavez : un socialisme sans
renversement du capitalisme !
Les forces d'extrême gauche ont donc
transformé les élections - qui, pour les
révolutionnaires, doivent rester une tribune
pour avancer dans la construction du parti
révolutionnaire, en une fin en soi. En
réalité, les partis d'extrême gauche sont de
plus en plus institutionnels et de moins en
moins révolutionnaires. Cependant, à défaut
d'un projet politique conséquent,
l'importance du vote d'extrême gauche et
l’abstention significative, parmi la
classe ouvrière et la jeunesse, montrent
qu'il existe un espace politique pour la
construction d'un véritable parti
ouvrier révolutionnaire pour le
socialisme.
Tous ces résultats confirment que les
élections ne constituent qu’un terrain
déformé de la lutte des classes, et, tels
qu’analysés par le gouvernement dès la
fin des élections, ces résultats ne
stopperont pas la volonté de Sarkozy-Fillion
de continuer à s’attaquer aux
travailleurs.
Ces élections ont en effet été encadrées
par un nombre croissant de
grèves pour l'emploi et les
salaires, ainsi que par des
mobilisations d'enseignants et de
lycéens contre le processus de privatisation
de l'école publique. C’est cette
méthode de mobilisation
permanente, la seule possible, qui
devra être développée jusqu’au bout,
pour mettre à bas l’offensive menée
contre la classe ouvrière et la jeunesse.
Mathieu
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