Site de la LIT 4ème Inter.
Groupe Socialiste Internationaliste
Section Française de la Ligue Internationale des Travailleurs
Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Article paru dans l'Internationaliste n°75
Quelle alternative politique après le résultat des élections municipales ?
C'est dans un contexte d'approfondissement de la crise économique mondiale et de multiplication des mouvements de grèves que se sont déroulées les élections municipales et cantonales des 9 et 16 mars derniers. Ces scrutins ont été marqués par plusieurs aspects significatifs de la situation politique actuelle : une abstention record, une sévère défaite de l'UMP, une victoire par défaut du PS, des résultats non négligeables pour PCF et « l'extrême gauche ».
Dans le contexte de crise institutionnelle que la France connaît depuis plusieurs années, il est significatif que l'abstention ait atteint son taux le plus élevé depuis 1959, pour des élections municipales. En effet, l'abstention, les votes blancs et nuls ont fait un taux de 41,3% au premier tour, et de 42% au deuxième tour. Ces chiffres se vérifiant particulièrement dans les grandes villes et dans les cités ouvrières, s’est ainsi vue confirmée une tendance observée tout au long des dernières élections (en dehors du contexte particulier des présidentielles de 2007), à savoir : une abstention massive, traduisant un rejet croissant des institutions politiques en place.

Lors de ces élections, l'UMP a subi une sévère défaite en perdant plusieurs villes importantes, comme par exemple Toulouse, Strasbourg, Metz, Saint-Étienne, Caen, Rouen, Reims, Amiens etc.. Sur les 300 villes de plus de 30 000 habitants, l'UMP n'en contrôle plus que 120 contre 175 auparavant. Si présentés dans des villes qui n’étaient pas gagnées d’avance, les membres du gouvernement ou de l'appareil de l'UMP ont connu de sérieuses difficultés : le ministre de l'éducation X. Darcos, à Périgueux ; R. Yade, à Colombes ; la porte-parole de l'UMP N. Morano, à Toul (là où les ouvriers de l'usine de Kléber ont été en grève pendant plusieurs semaines) ; ou encore les ex-ministres R. Dutreil et C. Vautrin. Tous, ils en sont sortis perdants.

Alors que N. Sarkozy avait déclaré, au mois de décembre (mais il s’est ravisé après), qu'il voulait faire de ces élections un test de sa politique nationale, les résultats apparaissent bien comme un rejet important de la politique du gouvernement et de la série de contre-réformes qu'il a entreprises. Ce rejet a été particulièrement fort de la part des jeunes et des travailleurs. En réponse, les responsables du gouvernement ont immédiatement annoncé que, pour prendre en compte le résultat des élections municipales...., il fallait continuer les « réformes », et même accélérer leur rythme!

Pour autant, le nombre de villes gagnées par la gauche institutionnelle ne correspond pas à un vote d'adhésion au « projet politique » du PS et de ses alliés. Car ce projet est le même que celui de l'UMP. En effet, depuis que N. Sarkozy est arrivé au pouvoir, le PS s’est borné à critiquer la méthode du gouvernement, mais non pas le fond des mesures adoptées. Et si le PS cautionne les liquidations du système de retraite par répartition, de la sécurité sociale, du code du travail, des services publics, et la privatisation de l'enseignement, c'est parce qu'il est définitivement passé du côté bourgeois et qu'il se place désormais dans le cadre de la gestion du capitalisme. En cherchant à satisfaire les exigences de l'Union Européenne, c'est-à-dire, en cherchant à baisser les coûts de production et les dépenses de l'Etat, le PS contribue à la destruction des conquêtes ouvrières et des droits des travailleurs, ainsi qu’à la réduction des salaires. Sur ces objectifs, le PS et l'UMP se retrouvent. Aussi, dans le cadre de la politique de régionalisation voulue par l'UE, les collectivités territoriales (régions, départements, communes... ), contrôlées très majoritairement par le PS, sont amenées à jouer un rôle de plus en plus important dans la gestion des questions liées à l'éducation, aux aides sociales, etc.. En d'autres termes, le PS et l'UMP se partagent le travail pour appliquer les mesures voulues par l'UE.

Si le PS a gagné un nombre important de villes, c'est donc parce que les jeunes et les travailleurs ont saisi, sur le terrain électoral et en l'absence d'une alternative politique crédible, cette occasion pour rejeter la politique du gouvernement. La victoire par défaut du PS confirme également la tendance observée lors des élections précédentes, à savoir : chaque pouvoir en place est sanctionné. Cela traduit en fait une grande instabilité politique, et une volonté des travailleurs de remettre en cause les équilibres politiques et institutionnels existants.

Ces élections ont également montré l'importance du vote PCF et d'extrême gauche.

Tout d'abord, en ce qui concerne le PCF, force est de constater qu'il se maintient assez bien par rapport à ce que pouvaient présager les résultats électoraux précédents. Ce parti arrive même à regagner quelques villes comme Dieppe, Vierzon et Villeneuve St Georges, et la présidence du Conseil Général de l'Allier. Il faut tout de même souligner que son poids en sort légèrement réduit avec la perte d'Aubervilliers, de Montreuil, de Calais et de la Seine-Saint-Denis, et qu'il échoue à regagner Le Havre, Sète, Nîmes. En tout état de cause, la situation du PCF apparaît comme étant de plus en plus dépendante des accords électoraux passés avec le PS.

L’Extrême Gauche et la pêche aux voix

En ce qui concerne l'extrême gauche, les résultats montrent une stabilisation du nombre total de votes : autour de 2% exprimés à échelle nationale ; avec, cependant, une évolution de la répartition de ce vote, entre 2001 et 2008. Mais la délimitation des listes d'extrême gauche est apparue comme étant de plus en plus floue en raison de l'imbrication des forces politiques, et ce, y compris avec des partis bourgeois, comme le PRG (Partides radicaux de Gauche). Ces listes se sont constituées avant tout pour des raisons électoralistes, ce qui traduit une confirmation du processus de décomposition des partis politiques ouvriers. On a ainsi vu une liste LO-LCR-PT-PCF-PS-MRC, à Saint-Quentin dans l'Aisne ; ou PCF-LCR-PT à la Seyne sur Mer ; ou PCF-LO-PT à Toulon. Il y a également eu des regroupements extrêmement hétérogènes, autour de la LCR, en Bretagne, par exemple (Nantes et Saint-Herblain), avec le groupe régionaliste « EMGANN », ou encore à Lyon.

Pour ces élections, LO a présenté 117 listes et participé à 69 listes unitaires avec d'autres partis, principalement le PCF et le PS. Dans la continuité de son appel à voter pour S. Royal au deuxième tour de l'élection présidentielle de 2007, l'attitude de cette organisation apparaît comme fortement électoraliste : ainsi le 9 mars, au soir du premier tour, elle se félicitait d'avoir obtenu plus d'élus qu'en 2001, tout en rangeant ses critiques vis-à-vis du PS. Globalement, LO obtient près de 70 conseillers municipaux ; en grande partie, grâce aux accords passés avec le PS et le PCF.

De son côté, la LCR, qui présentait un peu moins de 200 listes, atteint des résultats assez conséquents dans plusieurs villes, avec 32 listes dépassant les 10% et près de 100 listes faisant entre 5 et 10%. Aussi, la LCR obtient près de 90 des élus municipaux, dont 3 à Clermont-Ferrand, 2 à Lyon, 2 à Sotteville-lès-Rouen, etc. Toutefois, à l'image de LO, et même si cela s'exprime de manière différente, ces résultats ne doivent pas cacher la nature du projet politique.

La LCR n'a certes pas conclu d'accord « technique » électoral à la mesure de celui passé entre LO et le PS, mais son projet n'est pas pour autant plus progressiste, bien au contraire : la LCR (qui depuis son dernier Congrès n’apparaît plus comme une organisation marxiste révolutionnaire) a lancé son projet de Nouveau Parti Anticapitaliste, après avoir retiré de ses statuts le centralisme démocratique et la dictature du prolétariat. De plus, ce parti parle d'un « socialisme du XXIe siècle », qui reste à définir, et qui rappelle le « socialisme du XXIe siècle » d’Hugo Chavez : un socialisme sans renversement du capitalisme !

Les forces d'extrême gauche ont donc transformé les élections - qui, pour les révolutionnaires, doivent rester une tribune pour avancer dans la construction du parti révolutionnaire, en une fin en soi. En réalité, les partis d'extrême gauche sont de plus en plus institutionnels et de moins en moins révolutionnaires. Cependant, à défaut d'un projet politique conséquent, l'importance du vote d'extrême gauche et l’abstention significative, parmi la classe ouvrière et la jeunesse, montrent qu'il existe un espace politique pour la construction d'un véritable parti ouvrier révolutionnaire pour le socialisme.

Tous ces résultats confirment que les élections ne constituent qu’un terrain déformé de la lutte des classes, et, tels qu’analysés par le gouvernement dès la fin des élections, ces résultats ne stopperont pas la volonté de Sarkozy-Fillion de continuer à s’attaquer aux travailleurs.

Ces élections ont en effet été encadrées par un nombre croissant de grèves pour l'emploi et les salaires, ainsi que par des mobilisations d'enseignants et de lycéens contre le processus de privatisation de l'école publique. C’est cette méthode de mobilisation permanente, la seule possible, qui devra être développée jusqu’au bout, pour mettre à bas l’offensive menée contre la classe ouvrière et la jeunesse.

Mathieu

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