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Document paru dans l'Internationaliste n°75

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Au-delà de « l'affaire de l'UIMM » : les véritables enjeux
Alors, savait…, savait pas… ? L. Parisot prétend qu'elle ne savait pas ; de leur côté, D. Dewavrin, prédécesseur de D. Gautier-Sauvagnac, et «  DGS » lui-même, prétendent qu'elle était au courant des pratiques de l'UIMM. De « sacrés menteurs », pour la patronne du MEDEF, qui dépose une plainte et somme l'UIMM de rendre tous ses mandats exercés au nom du MEDEF. Cependant, le feuilleton qui occupe les salles de rédaction depuis que le pot aux roses a été sinon découvert, tout au moins révélé, pourrait bien n'être que le paravent d'une remise en cause de grande envergure.

Le feuilleton patronal

C'est en effet un véritable feuilleton ! Qu'on en juge : une « caisse noire » de 600 millions d'euros constituée par l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie), après 1968. Des retraits en espèces de près de 19 millions d'euros, entre 2000 et 2007. Le ministre des finances, « informé » en 2005 par le directeur de BNP-Paribas, garde cela « sous le coude » car une offensive se prépare discrètement. L'affaire est enfin révélée par le journal le Figaro, fin septembre 2007. Premier scandale.

Entre-temps, le ministre des finances est devenu... président de la République, et L. Parisot, Présidente du MEDEF. Devant le tollé, D. Gautier-Sauvagnac quitte ses fonctions à l'UIMM..., muni d'un « parachute doré » de 1,5 million d'Euros ! l'UIMM s'engageant à prendre à sa charge les conséquences financières éventuelles des suites judiciaires de l'affaire. Second scandale.

L. Parisot rentre de vacances précipitamment, déboule au « 20 heures » de France 2, déclare qu'elle « ne décolère pas » et exige de l'UIMM qu'elle remette ses 90 principaux mandats détenus au nom du MEDEF. L'UIMM se cabre, D. Dewavrin, Gautier-Sauvagnac et d'autres « balancent » L. Parisot, laquelle porte plainte. C'est le troisième scandale.E. A. Seillières, actuel Président de Businesseurope (MEDEF européen) et prédécesseur de L. Parisot, ouvre le parapluie. F. Saint-Geours, Président de l’UIMM, recule. L’organisation patronale se divise.

« Fluidifier » quoi, au juste ?

Lors de la révélation de cette affaire (voir l'Internationaliste n°72), le principal intéressé avait expliqué que cette caisse était destinée à «  fluidifier les relations sociales ». Les habituels commentateurs avisés ont immédiatement traduit : « arroser les syndicats de salariés » ; ce que certains syndicalistes à la retraite ont bruyamment confirmé.

Depuis, Yves Bertrand, ancien directeur des renseignements généraux, parle de financement de campagnes électorales. Les bureaucrates syndicaux, piqués au vif, réagissent dans le même sens. Ainsi, M. Dumas, secrétaire de la CGT, s'indigne de ce que « les entreprises aient pu prélever des sommes destinées à constituer des caisses noires contre les grèves des salariés, contre la CGT, et pour obtenir des amendements à l'Assemblée nationale, pour soutenir tel ou tel candidat politique. » (RMC.fr le 4 mars 2008).

Quant à F. Fillon, il déclare : « Je veux rappeler qu'il y a une instruction judiciaire en cours et que le rôle du Premier ministre, le rôle des membres du gouvernement, ce n'est pas de se substituer à la justice. » (Europe 1, le mardi 4 mars 2008). Ben voyons ! Voilà pour « l'affaire » en cours… Mais allons plus loin, passons derrière le paravent.

Derrière le paravent

Héritière du sulfureux Comité des forges fondé en 1864, l'UIMM, pour la première fois depuis 2005, n'est plus à la tête du patronat de ce pays. Le rééquilibrage interne du MEDEF au profit des services et au détriment de l'industrie se poursuit, qui confirme le choix des capitalistes de liquider une grande partie du tissu industriel de ce pays, dans le cadre d'une nouvelle division internationale du travail. Les restructurations se succèdent, les délocalisations battent leur plein vers des cieux où les travailleurs sont contraints d'accepter des salaires et conditions de travail souvent moyenâgeux. C'est le capital financier qui décide, qui impose sa volonté.

Désormais, pour la bourgeoisie, le cadre issu de la Seconde Guerre mondiale a vécu. Acculée à « lâcher beaucoup par peur de tout perdre », la classe capitaliste avait alors conclu un accord avec les réformistes et les staliniens ; accord qui peut se résumer ainsi : des conquêtes sociales importantes, en contrepartie de l'aide active des bureaucrates pour empêcher le déferlement de la révolution au sortir de la guerre. Pudiquement, cela s'appelle le programme du Conseil national de la Résistance.

Vaille que vaille, l'accord à tenu à coup de compromis souvent, et de compromissions aussi, nonobstant la vague de grèves de 1945 à 1953, et le coup d'Etat du 13 mai 1958 ayant porté de Gaulle au pouvoir. Ensuite, la fin de la période de reconstruction dans les années 60 et la révolution ratée de 1968 ont sonné, pour la bourgeoisie, l'heure de la remise en cause des conquêtes ouvrières. Depuis, la classe ouvrière pourtant résiste, malgré le chômage de masse, malgré l'explosion de la précarité, malgré la division, malgré les trahisons.

Aujourd'hui, alors que les projecteurs sont braqués sur « l'affaire de l'UIMM », en coulisses la « concertation » bat son plein. Son objectif ? Porter le coup de grâce au modèle social issu de 1945. Tout mettre par terre : le Code du travail, le Statut de la fonction publique, le SMIC, les retraites, la protection sociale, y compris l'assurance chômage. Tout « remettre à plat » : jusqu'à la représentativité syndicale, jusqu'au financement des syndicats de travailleurs. C'est le contenu de « l'agenda social » de Sarkozy ; un agenda auquel s'intègrent pleinement les bureaucrates syndicaux, sur la base de « diagnostiques partagés ».

Si les patrons, les ministres et les bureaucrates parvenaient à leurs fins, la bourgeoisie aurait non seulement gardé le pouvoir, mais aussi récupéré toutes les conquêtes survenues depuis... 1902. Cerise sur le gâteau : les syndicats ouvriers indépendants du patronat et de l'Etat appartiendraient au passé. Voilà les véritables enjeux !

J.-Louis

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