| Alors, savait…, savait
pas… ? L. Parisot prétend qu'elle ne
savait pas ; de leur côté, D. Dewavrin,
prédécesseur de D. Gautier-Sauvagnac, et «
DGS » lui-même, prétendent qu'elle était au
courant des pratiques de l'UIMM. De « sacrés
menteurs », pour la patronne du MEDEF, qui
dépose une plainte et somme l'UIMM de rendre
tous ses mandats exercés au nom du MEDEF.
Cependant, le feuilleton qui occupe les
salles de rédaction depuis que le pot aux
roses a été sinon découvert, tout au moins
révélé, pourrait bien n'être que le paravent
d'une remise en cause de grande envergure.
Le feuilleton
patronal
C'est en effet un véritable feuilleton !
Qu'on en juge : une « caisse noire » de 600
millions d'euros constituée par l'UIMM (Union
des industries et métiers de la métallurgie),
après 1968. Des retraits en espèces de près
de 19 millions d'euros, entre 2000 et 2007.
Le ministre des finances, « informé » en 2005
par le directeur de BNP-Paribas, garde cela «
sous le coude » car une offensive se prépare
discrètement. L'affaire est enfin révélée par
le journal le Figaro, fin septembre 2007.
Premier scandale.
Entre-temps, le ministre des finances est
devenu... président de la République, et L.
Parisot, Présidente du MEDEF. Devant le
tollé, D. Gautier-Sauvagnac quitte ses
fonctions à l'UIMM..., muni d'un « parachute
doré » de 1,5 million d'Euros ! l'UIMM
s'engageant à prendre à sa charge les
conséquences financières éventuelles des
suites judiciaires de l'affaire. Second
scandale.
L. Parisot rentre de vacances
précipitamment, déboule au « 20 heures » de
France 2, déclare qu'elle « ne décolère pas »
et exige de l'UIMM qu'elle remette ses 90
principaux mandats détenus au nom du MEDEF.
L'UIMM se cabre, D. Dewavrin,
Gautier-Sauvagnac et d'autres « balancent »
L. Parisot, laquelle porte plainte. C'est le
troisième scandale.E. A. Seillières, actuel
Président de Businesseurope (MEDEF européen)
et prédécesseur de L. Parisot, ouvre le
parapluie. F. Saint-Geours, Président de
l’UIMM, recule. L’organisation
patronale se divise.
« Fluidifier » quoi, au
juste ?
Lors de la révélation de cette affaire
(voir l'Internationaliste
n°72), le principal intéressé avait
expliqué que cette caisse était destinée à «
fluidifier les relations sociales ».
Les habituels commentateurs avisés ont
immédiatement traduit : « arroser les
syndicats de salariés » ; ce que
certains syndicalistes à la retraite ont
bruyamment confirmé.
Depuis, Yves Bertrand, ancien directeur
des renseignements généraux, parle de
financement de campagnes électorales. Les
bureaucrates syndicaux, piqués au vif,
réagissent dans le même sens. Ainsi, M.
Dumas, secrétaire de la CGT, s'indigne de ce
que « les entreprises aient pu prélever
des sommes destinées à constituer des caisses
noires contre les grèves des salariés, contre
la CGT, et pour obtenir des amendements à
l'Assemblée nationale, pour soutenir tel ou
tel candidat politique. » (RMC.fr le 4
mars 2008).
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Quant à F. Fillon, il déclare :
« Je veux rappeler qu'il y a une
instruction judiciaire en cours et que le
rôle du Premier ministre, le rôle des membres
du gouvernement, ce n'est pas de se
substituer à la justice. » (Europe 1, le
mardi 4 mars 2008). Ben voyons ! Voilà pour «
l'affaire » en cours… Mais allons plus
loin, passons derrière le paravent.
Derrière le
paravent
Héritière du sulfureux Comité des forges
fondé en 1864, l'UIMM, pour la première fois
depuis 2005, n'est plus à la tête du patronat
de ce pays. Le rééquilibrage interne du MEDEF
au profit des services et au détriment de
l'industrie se poursuit, qui confirme le
choix des capitalistes de liquider une grande
partie du tissu industriel de ce pays, dans
le cadre d'une nouvelle division
internationale du travail. Les
restructurations se succèdent, les
délocalisations battent leur plein vers des
cieux où les travailleurs sont contraints
d'accepter des salaires et conditions de
travail souvent moyenâgeux. C'est le capital
financier qui décide, qui impose sa
volonté.
Désormais, pour la bourgeoisie, le cadre
issu de la Seconde Guerre mondiale a vécu.
Acculée à « lâcher beaucoup par peur de tout
perdre », la classe capitaliste avait alors
conclu un accord avec les réformistes et les
staliniens ; accord qui peut se résumer ainsi
: des conquêtes sociales importantes, en
contrepartie de l'aide active des
bureaucrates pour empêcher le déferlement de
la révolution au sortir de la guerre.
Pudiquement, cela s'appelle le programme du
Conseil national de la Résistance.
Vaille que vaille, l'accord à tenu à coup
de compromis souvent, et de compromissions
aussi, nonobstant la vague de grèves de 1945
à 1953, et le coup d'Etat du 13 mai 1958
ayant porté de Gaulle au pouvoir. Ensuite, la
fin de la période de reconstruction dans les
années 60 et la révolution ratée de 1968 ont
sonné, pour la bourgeoisie, l'heure de la
remise en cause des conquêtes ouvrières.
Depuis, la classe ouvrière pourtant résiste,
malgré le chômage de masse, malgré
l'explosion de la précarité, malgré la
division, malgré les trahisons.
Aujourd'hui, alors que les projecteurs
sont braqués sur « l'affaire de l'UIMM », en
coulisses la « concertation » bat son plein.
Son objectif ? Porter le coup de grâce au
modèle social issu de 1945. Tout mettre par
terre : le Code du travail, le Statut de la
fonction publique, le SMIC, les retraites, la
protection sociale, y compris l'assurance
chômage. Tout « remettre à plat » : jusqu'à
la représentativité syndicale, jusqu'au
financement des syndicats de travailleurs.
C'est le contenu de « l'agenda social » de
Sarkozy ; un agenda auquel s'intègrent
pleinement les bureaucrates syndicaux, sur la
base de « diagnostiques partagés ».
Si les patrons, les ministres et les
bureaucrates parvenaient à leurs fins, la
bourgeoisie aurait non seulement gardé le
pouvoir, mais aussi récupéré toutes les
conquêtes survenues depuis... 1902. Cerise
sur le gâteau : les syndicats ouvriers
indépendants du patronat et de l'Etat
appartiendraient au passé. Voilà les
véritables enjeux !
J.-Louis
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