| Le Liban a été, de nouveau, le
théâtre d'importantes confrontations
internes. Le conflit a son origine dans la
décision du gouvernement pro-impérialiste du
Premier ministre Fuad Siniora (soutenu par
ses ministres) d'éliminer le réseau de
communications de l'organisation Hezbollah.
Il va de soi qu'il s'agit d'une mesure
exigée par l'impérialisme, approuvée par les
secteurs bourgeois qui soutiennent le
gouvernement de Siniora, le millionnaire
sunnite Saad Hariri et son organisation
Mufti, ainsi que le dirigeant de la minorité
druse Walid Jumblatt. L'objectif était
d'avancer d’un pas dans «
l’achèvement du travail » : d'affaiblir
l'organisation chiite Hezbollah qui contrôle
un véritable « Etat dans l'Etat », sans quoi
aucun projet d'un Liban pro-impérialiste «
stable » n'est possible.
Avant d'adopter cette mesure, il y a eu
aussi un nouveau et dangereux avertissement
pour le gouvernement : la CGTL (la principale
centrale syndicale du pays, avec pluralité
religieuse mais dont la direction est
influencée par le Hezbollah) a lancé une
grève générale qui a eu beaucoup de succès
dans la capitale, Beyrouth, et dans le sud du
pays, pour augmentation de salaires, contre
la pénurie et contre le plan de
privatisations proposé par Siniora.
La tentative du
gouvernement est
mise en échec
Le bloc Siniora-Hariri-Jumblatt a fait une
lecture désastreuse du rapport de forces
existant dans le pays. D'abord, l'armée
libanaise a refusé d'attaquer le Hezbollah.
Deuxièmement, les informations font état
d'une amélioration de l'équipement militaire
du Hezbollah, qui s'ajoute au grand prestige
et à l'influence populaire, gagnés par sa
résistance à l'invasion israélienne qui a
abouti à un triomphe sur l'armée sioniste.
Dans ce cadre, les confrontations ont eu
lieu entre les milices du Hezbollah, d'une
part, et les milices de Hariri et de
Jumblatt, d'autre part. En plus, le Hezbollah
a eu le soutient du Front Patriotique du
chrétien maronite Michel Aoun, du Parti
Communiste libanais et du Mouvement AMAL.
L'impérialisme n'est pas intervenu
directement dans le conflit, quoiqu'il l'ait
fait de manière indirecte comme un
avertissement au Hezbollah de qu'il ne peut
pas passer certaines limites : la quatrième
flotte navale des Etats-Unis s'est installée
dans les eaux internationales face à Beyrouth
et les troupes françaises de la FINUL
(casques bleus des Nations Unies) ont réalisé
un « exercice de simulation de combat » dans
le Sud du pays.
La tentative de Siniora-Hariri-Jumblatt
s'est soldée par un échec total : non
seulement le Hezbollah maintient son réseau
de communications et le contrôle de
l'aéroport, mais il est parvenu à dominer la
moitié de la capitale et à laisser Hariri et
Jumblatt comme des otages virtuels dans leurs
maisons. De ce point de vue, nous devons
caractériser ce résultat comme un triomphe
des masses libanaises contre le plan
impérialiste.
La classe ouvrière entre
en scène
Nous voulons souligner spécialement
l'entrée en scène de la classe ouvrière
libanaise parce qu'il s'agit d'un fait
nouveau, de poids essentiel, dans la
situation libanaise complexe. D'abord, la
grève générale lancée par la CGTL a eu comme
centre les revendications propres des
travailleurs ; deuxièmement, le succès de la
grève a été possible uniquement parce que les
travailleurs se sont unis comme classe,
au-dessus des différences confessionnelles
avec lesquelles la bourgeoisie maintient le
pays divisé. Tous les syndicats ont participé
à la grève : les chauffeurs, les boulangers,
les électriciens, les travailleurs autonomes,
etc. Le jour de la manifestation, ils ont
fait face aux militants du parti de Hariri.
La grève a eu un grand appui populaire, étant
donné qu'elle revendiquait aussi des droits
pour tout le peuple. Aujourd'hui la pauvreté
touche 30% des habitants du Liban.
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Ce fait aide à dégager la
fausse enveloppe « confessionnelle » du
conflit libanais et de clarifier le caractère
de confrontation de classes et d'intérêts
économiques de ce conflit : d'un côté, la
classe ouvrière, la petite bourgeoisie
appauvrie (chiite, chrétienne et sunnite) et
des secteurs bourgeois lésés par le plan
économique pro-impérialiste ; de l'autre, la
bourgeoisie pro-impérialiste bénéficiaire de
l'aide internationale pour la «
reconstruction » et des secteurs
intermédiaires alliés à elle (principalement
des secteurs sunnites et chrétiens). Ce n'est
pas par hasard que Saad Hariri est un chef
d'entreprise de la construction extrêmement
riche, dont les affaires fleurissent encore
plus avec cette « aide ».
Les limitations du
Hezbollah
Toutefois, malgré son nouveau triomphe, et
tout comme il a fait après sa victoire sur
l'armée sioniste en 2006, le Hezbollah
s'arrête aux « portes du pouvoir », appelle à
un gouvernement d'« unité nationale » avec
Siniora et réclame seulement une «
distribution équitable » des postes du
gouvernement (la moitié pour chacune des
coalitions qui se font face).
C'est-à-dire qu'il permet de nouveau la
recomposition des forces pro-impérialistes et
le maintient de l'actuel Etat libanais,
divisé en secteurs confessionnels dans la
composition du Parlement et dans la formation
du gouvernement.
En termes stratégiques, la politique du
Hezbollah de ne pas profiter à fond de ses
triomphes et de ne pas avancer sur les forces
pro-impérialistes, est suicidaire. Une
combinaison future d'un changement dans le
rapport de forces à l'intérieur du Liban (par
exemple, une modification de la position
actuelle de l'armée libanaise et une
intervention directe de la FINUL) et d'une
récupération d'Israël de sa défaite de 2006,
pourraient le laisser totalement emprisonné
entre deux feux ennemis, avec le risque
d'être détruit comme organisation.
En ce sens, notre critique au Hezbollah se
base sur la non-réalisation de tâches
essentielles à mettre en oeuvre au Liban. La
première d'entre elles est la liquidation de
l'actuelle structure confessionnelle de
l'Etat libanais et la construction d'un Liban
laïque et démocratique, sur la base de « une
personne - une voix ». Dans les conditions
actuelles, ce système donnerait sûrement une
majorité claire au Hezbollah et à ses alliés.
La seconde tâche est l'exigence de la sortie
de la FINUL, dont la présence signifie une
limitation claire de la souveraineté du pays
et une avancée militaire de l'impérialisme.
La nécessité d'une réforme agraire est aussi
à l'ordre du jour, spécialement dans le Nord
du pays, pour enlever à Hariri sa base
latifundiste.
Finalement, comme question centrale, il
est évident qu'aucun Etat libanais ne pourra
réellement être autonome de façon stable,
aussi longtemps que continue la menace
militaire permanente d'Israël sur ses
frontières. C'est pourquoi, pour survivre, le
Liban ne peut pas se limiter à la «
coexistence pacifique » avec le sionisme mais
doit se poser la nécessité de détruire l'Etat
d'Israël. Ceci pose la nécessité urgente de
l'unité des Libanais avec les Palestiniens,
en commençant par donner tous les droits
politiques aux réfugiés palestiniens au
Liban, sans que pour cela ceux-ci doivent
renoncer à leur nationalité palestinienne ou
au droit de retour à leur terre historique,
et en les soutenant carrément dans leur lutte
contre Israël.
Nous savons que la bataille contre Israël
n'est pas facile, parce qu'il s'agit d'un
ennemi armé jusqu'aux dents avec des
équipements modernes, et soutenu
inconditionnellement par l'impérialisme
américain. Mais la victoire sur l'invasion de
2006 a montré qu'il est possible de le
vaincre. Et qu'il le sera beaucoup plus
encore dans le cadre d'une grande
mobilisation de toutes les masses arabes et
musulmanes avec ce sens. Pour nous, cette
grande mobilisation doit avoir lieu dans la
perspective de la construction d'une
Fédération Socialiste de Républiques
Arabes.
L'entrée en scène de la classe ouvrière
libanaise, qui rompt le piège de la division
religieuse, montre le chemin pour mener à
bien ces tâches.
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