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Article paru dans l'Internationaliste n°78
Halte à la répression impérialiste en Nouvelle-Calédonie !
L’impérialisme français tente de réaffirmer sa domination et ses intérêts économiques et militaires dans les ex-colonies qu’il possède à travers le monde, comme le démontre ses interventions en Côte d’Ivoire ou plus récemment au Tchad. La Nouvelle-Calédonie n’échappe pas à cette volonté de reprise en main. Ainsi, le secrétaire d’état à l’Outre-mer, Christian Estrosi, en visite sur le territoire le 15 octobre dernier, a demandé au haut-commissaire de la république, Michel Mathieu, de faire évacuer par les CRS un rassemblement pacifique organisé par l'USTKE devant le Haut-commissariat. Celui-ci a alors préféré démissionner de ses fonctions... Cet incident est révélateur de la volonté du gouvernement Sarkozy-Fillon de renforcer le rôle de l’état dans l’archipel, notamment en matière répressive, lors du blocage d'entreprises par les syndicats. C'est aussi la preuve de l’existence d’un rapport de force instauré par les travailleurs et leur organisation, l’USTKE (Union syndicale des travailleurs kanak et des exploités).

La volonté du gouvernement français dans cette affaire est double : d’une part, réaffirmer sa présence dans le Pacifique et d’autre part assurer le défense de ses intérêts économiques. En effet, le territoire représente la seule présence militaire française et européenne dans le Pacifique(1) et permet d’assurer une capacité d’intervention qui s’intègre dans les projets de Sarkozy énoncés dans le Livre blanc sur la Défense. La Nouvelle-Calédonie possède en outre une Zone Economique Exclusive représentant plus de trois fois la superficie de la France. L’extraction de nickel et son exploitation font de ce territoire le troisième exportateur mondial de cette matière première, actuellement aux mains de la société canadienne Falconbridge(2). On comprend donc bien tout l’intérêt que peut représenter ce petit territoire du Pacifique sud pour l’impérialisme français.

Alors que celui-ci entend imposer sa présence, notamment par une politique de recolonisation avec l’arrivée de métropolitains depuis ces deux dernières années et la répression anti-syndicale, les Kanak organisent la riposte. On observe en effet un aiguisement des luttes et de la répression depuis la grève des dockers du port en 2006 qui avait aboutit à l’intervention de la police(3). La radicalisation des luttes s’observe avec le conflit opposant les ambulanciers de Ponérihouen à leur direction tout comme celui menée par les travailleurs de la société CarSud, filiale de Veolia transports.

Ceux-ci sont en grève générale depuis le 9 janvier dernier pour s’opposer au licenciement abusif d’un militant de l’entreprise. En réponse à l’occupation, le nouveau haut-commissaire de la république, Yves Dassonville, a appliqué la ligne définie par Sarkozy qui s’est traduite par 25 manifestants sérieusement blessés et 60 arrestations. Après plus de deux mois de prison pour treize d’entre eux, 23 ont été condamnées à des peines allant de un mois à un an de prison ferme.

Le Groupe Socialiste Internationaliste, Pour la reconstruction de la Ligue Internationale des Travailleurs soutient les militants de l’USTKE dans leurs luttes pour la libération de ses militants emprisonnés, la réintégration de leurs camarades et affirme sa solidarité. Nous condamnons fermement la répression anti-syndicale, les interventions policières, les arrestations et les condamnations, ainsi que les campagnes de diffamation menée par le pouvoir pour briser l’USTKE et sa résistance à l’impérialisme français.

Aujourd’hui, après la trahison du FLNKS pendant la grève du Port, les travailleurs recherchent une alternative politique, comme le démontre en quelque sorte la création du Parti travailliste Kanak en novembre 2007. Ce dernier, s’inscrit en rupture avec le PALIKA et le FLNKS, mais dans la continuité des principes politiques défendus par l’USTKE.

Cependant, il est clair, au vu de plusieurs éléments, que ce n’est sans doute pas ce parti qui se battra jusqu’au bout pour l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, ni pour le socialisme. Se caractérisant comme altermondialiste, ce nouveau Parti ne définit pas sa politique sur des critères de classes, comme le suggère la reconnaissance de l’action menée par l’ONU pour le droit à l’auto-détermination des peuples.

Comment défendre une indépendance des Kanak quand on reconnaît l’organe qui participe du génocide palestinien, alors que celui-ci lutte héroïquement contre la colonisation israélienne, comment organiser et unifier les luttes si ce n’est par notre détermination et en ne comptant que sur nos propres forces militantes. José Bové, qui s'est rendu en Nouvelle Calédonie lors de la grève de CarSud, tout comme les courants altermondialistes à échelle européenne, ont fait croire aux travailleurs que l’issue des luttes réside dans les élections. C’est un mensonge. Ni le vote Royal, ni le terrain déformé des élections ne changeront les conditions de travail de la classe ouvrière.

Seule une lutte sans merci livrée à toutes les bourgeoisies pour détruire le système capitaliste et instaurer un autre système économique, le système socialiste, peut nous sortir de la barbarie et de la misère capitaliste. Un espace politique existe pour construire une réelle alternative au RPCR (Rassemblement pour la Calédonie dans la République, depuis 2002 Rassemblement-UMP) en Nouvelle-Calédonie, sur des bases d’indépendance de classe. Cet espace est pour l’instant occupé par des secteurs radicaux dans la forme mais réformistes dans le fond, avec de plus en plus d’exemples de collaboration de classe avec l’impérialisme. Mais il n’est pas dit que la situation se radicalisant, la composition même de la bases de ces organisations que constituent l’USTKE, et le nouveau PT, ne permettra pas d'imposer une autre ligne politique : marxiste, révolutionnaire, pour l’indépendance des colonies et le socialisme.

Solidarité avec les militants de l’USTKE victimes de la répression anti-syndicale !

Pour une Fédération des Etats Socialistes du Pacifique !


(1) En 2006, l'impérialisme Français dispose d’un millier de militaires en Nouvelle-Calédonie pour moins de 300 000 habitants auquel s’ajoute 690 militaires en Polynésie et 180 en zone maritime Pacifique.

(2) Société rachetée par la multinationale anglo-suisse Xstrata en 2006.

(3) Voir les articles et l’interview dans L’Internationaliste numéro 62 de septembre 2006.

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