| L’impérialisme français
tente de réaffirmer sa domination et ses
intérêts économiques et militaires dans les
ex-colonies qu’il possède à travers le
monde, comme le démontre ses interventions en
Côte d’Ivoire ou plus récemment au
Tchad. La Nouvelle-Calédonie n’échappe
pas à cette volonté de reprise en main.
Ainsi, le secrétaire d’état à
l’Outre-mer, Christian Estrosi, en
visite sur le territoire le 15 octobre
dernier, a demandé au haut-commissaire de la
république, Michel Mathieu, de faire évacuer
par les CRS un rassemblement pacifique
organisé par l'USTKE devant le
Haut-commissariat. Celui-ci a alors préféré
démissionner de ses fonctions... Cet incident
est révélateur de la volonté du gouvernement
Sarkozy-Fillon de renforcer le rôle de
l’état dans l’archipel, notamment
en matière répressive, lors du blocage
d'entreprises par les syndicats. C'est aussi
la preuve de l’existence d’un
rapport de force instauré par les
travailleurs et leur organisation,
l’USTKE (Union syndicale des
travailleurs kanak et des exploités).
La volonté du
gouvernement français dans cette affaire est
double : d’une part, réaffirmer sa
présence dans le Pacifique et d’autre
part assurer le défense de ses intérêts
économiques. En effet, le territoire
représente la seule présence militaire
française et européenne dans le
Pacifique(1) et
permet d’assurer une capacité
d’intervention qui s’intègre dans
les projets de Sarkozy énoncés dans le Livre
blanc sur la Défense. La Nouvelle-Calédonie
possède en outre une Zone Economique
Exclusive représentant plus de trois fois la
superficie de la France. L’extraction
de nickel et son exploitation font de ce
territoire le troisième exportateur mondial
de cette matière première, actuellement aux
mains de la société canadienne
Falconbridge(2).
On comprend donc bien tout l’intérêt
que peut représenter ce petit territoire du
Pacifique sud pour l’impérialisme
français.
Alors que
celui-ci entend imposer sa présence,
notamment par une politique de recolonisation
avec l’arrivée de métropolitains depuis
ces deux dernières années et la répression
anti-syndicale, les Kanak organisent la
riposte. On observe en effet un aiguisement
des luttes et de la répression depuis la
grève des dockers du port en 2006 qui avait
aboutit à l’intervention de la
police(3). La
radicalisation des luttes s’observe
avec le conflit opposant les ambulanciers de
Ponérihouen à leur direction tout comme celui
menée par les travailleurs de la société
CarSud, filiale de Veolia transports.
Ceux-ci sont en grève générale depuis le 9
janvier dernier pour s’opposer au
licenciement abusif d’un militant de
l’entreprise. En réponse à
l’occupation, le nouveau
haut-commissaire de la république, Yves
Dassonville, a appliqué la ligne définie par
Sarkozy qui s’est traduite par 25
manifestants sérieusement blessés et 60
arrestations. Après plus de deux mois de
prison pour treize d’entre eux, 23 ont
été condamnées à des peines allant de un mois
à un an de prison ferme.
Le Groupe Socialiste Internationaliste,
Pour la reconstruction de la Ligue Internationale
des Travailleurs soutient les militants de
l’USTKE dans leurs luttes pour la
libération de ses militants emprisonnés, la
réintégration de leurs camarades et affirme
sa solidarité. Nous condamnons fermement la
répression anti-syndicale, les interventions
policières, les arrestations et les
condamnations, ainsi que les campagnes de
diffamation menée par le pouvoir pour briser
l’USTKE et sa résistance à
l’impérialisme français.
|
Aujourd’hui, après la
trahison du FLNKS pendant la grève du Port,
les travailleurs recherchent une alternative
politique, comme le démontre en quelque sorte
la création du Parti travailliste Kanak en
novembre 2007. Ce dernier, s’inscrit en
rupture avec le PALIKA et le FLNKS, mais dans
la continuité des principes politiques
défendus par l’USTKE.
Cependant, il est clair, au vu de
plusieurs éléments, que ce n’est sans
doute pas ce parti qui se battra
jusqu’au bout pour l’indépendance
de la Nouvelle-Calédonie, ni pour le
socialisme. Se caractérisant comme
altermondialiste, ce nouveau Parti ne définit
pas sa politique sur des critères de classes,
comme le suggère la reconnaissance de
l’action menée par l’ONU pour le
droit à l’auto-détermination des
peuples.
Comment défendre une indépendance des
Kanak quand on reconnaît l’organe qui
participe du génocide palestinien, alors que
celui-ci lutte héroïquement contre la
colonisation israélienne, comment organiser
et unifier les luttes si ce n’est par
notre détermination et en ne comptant que sur
nos propres forces militantes. José Bové, qui
s'est rendu en Nouvelle Calédonie lors de la
grève de CarSud, tout comme les courants
altermondialistes à échelle européenne, ont
fait croire aux travailleurs que
l’issue des luttes réside dans les
élections. C’est un mensonge. Ni le
vote Royal, ni le terrain déformé des
élections ne changeront les conditions de
travail de la classe ouvrière.
Seule une lutte sans merci livrée à toutes
les bourgeoisies pour détruire le système
capitaliste et instaurer un autre système
économique, le système socialiste, peut nous
sortir de la barbarie et de la misère
capitaliste. Un espace politique existe pour
construire une réelle alternative au RPCR
(Rassemblement pour la Calédonie dans la
République, depuis 2002 Rassemblement-UMP) en
Nouvelle-Calédonie, sur des bases
d’indépendance de classe. Cet espace
est pour l’instant occupé par des
secteurs radicaux dans la forme mais
réformistes dans le fond, avec de plus en
plus d’exemples de collaboration de
classe avec l’impérialisme. Mais il
n’est pas dit que la situation se
radicalisant, la composition même de la bases
de ces organisations que constituent
l’USTKE, et le nouveau PT, ne permettra
pas d'imposer une autre ligne politique :
marxiste, révolutionnaire, pour
l’indépendance des colonies et le
socialisme.
Solidarité avec les
militants de l’USTKE victimes de la
répression anti-syndicale !
Pour une Fédération
des Etats Socialistes du Pacifique
!
(1) En 2006, l'impérialisme Français
dispose d’un millier de militaires en
Nouvelle-Calédonie pour moins de 300 000
habitants auquel s’ajoute 690
militaires en Polynésie et 180 en zone
maritime Pacifique.
(2) Société rachetée par la
multinationale anglo-suisse Xstrata en
2006.
(3) Voir les articles et
l’interview dans
L’Internationaliste numéro 62 de
septembre 2006.
|