| Une fois encore, la guerre
frappe le Caucase... Comme si les gens de
cette région n'avaient pas déjà assez de
souffrances : pauvreté extrême, chômage,
occupation militaire et menace permanente de
la part de la Russie. De plus, d'autres
grandes puissances impérialistes, et les
bourgeoisies de la région, expulsent de leurs
maisons les travailleurs de Géorgie,
d’Ossétie, d'Abkhazie et des autres
républiques du Caucase Nord et Sud. Des
milliers de personnes sont ainsi obligées de
s'éloigner de leurs familles pour aller
chercher une vie meilleure. Les soldats
russes et géorgiens sont envoyés, au prix de
leur vie, défendre les plans de la
bourgeoisie : faire de ces peuples opprimés
une force de travail encore meilleur marché.
On en est ainsi arrivé à cette nouvelle
guerre : les attaques assassines de
l’armée géorgienne contre le peuple
d’Ossétie, et les bombardements
barbares des villes géorgiennes par
l'aviation russe, sous l’hypocrite
prétexte de « défendre » l’Ossétie...
De milliers de morts, de dizaines de milliers
de réfugiés, la peur et le désespoir. Qui
avait besoin de cette guerre ? Pour quoi le
peuple travailleur doit-il mourir ? Il faut
expliquer les raisons de ce nouveau
massacre.
Un duel pour diriger
la spoliation de la région
L'impérialisme mondial ainsi que la
bourgeoisie et la bureaucratie russes se
disputent cette région. Évidemment, nous ne
parlons pas d'un duel à forces égales. Le
régime de Poutine-Medvedev, malgré toutes ses
déclarations patriotiques et triomphalistes,
n’affrontera jamais jusqu'au bout
l'impérialisme américain et européen. Il ne
va pas non plus résister à la colonisation du
pays par les capitaux américains et européens
qui dominent l'économie.
Mais Poutine possède des réelles forces
pour négocier, voire augmenter, le « prix de
vente » afin de garantir sa part du gâteau
dans le pillage impérialiste. Cette situation
engendre, bien entendu, des
contradictions entre l'impérialisme
mondial et la bourgeoisie et la bureaucratie
russes. Le régime russe considère
les républiques de ex-l'URSS - et
spécialement le Caucase - comme son «
arrière-cour » et elle se bat donc
pour imposer sa domination sur ces
pays-là. Ici, la Russie maintient un
reliquat de l'ex Union Soviétique : des bases
militaires et des troupes. Cette présence
militaire, légalisée par des accords avec les
gouvernements des républiques et par des
mandats de l'ONU, a permis à la bourgeoisie
et à la bureaucratie russes de se battre pour
dominer politiquement et économiquement la
région et en tirer des profits colossaux.
C'est ce qui arrive en Géorgie.
L'impérialisme mondial cherche
depuis des années à placer la Géorgie sous
son contrôle direct et a y installer
des bases militaires pour ses opérations au
Moyen Orient ; ceci se reflète dans les
objectifs d'expansion de l'OTAN, lesquels
vont à l’encontre des plans du régime
de Poutine-Medvedev. Ce régime conçoit la
Russie comme une sous-métropole coloniale et
il entend devenir un petit associé des USA et
de l'UE. Ainsi, par exemple, le régime de
Poutine-Medvedev a-t-il proposé aux USA
d’exploiter ensemble la station de
radar russe installée en Azerbaïdjan pour
épier l’Iran. Aussi, la Russie
maintient des troupes en Ossétie du sud et en
Abkhazie ; sous la couverture des « casques
bleus », ces troupes défendent les intérêts
de la bourgeoisie et la bureaucratie russes
en Géorgie, et elles sont utilisées par la
Russie comme carte de négociation avec
l'impérialisme américain et européen.
Saakashvili : un régime
colonial, agent direct de l'impérialisme
américain
En Géorgie, le régime de Saakashvili est
arrivé au pouvoir sur la vague
révolutionnaire qui avait mis en déroute le
régime pourri de Chevardnadze (ex-ministre
des Affaires étrangères du gouvernement de
restauration de Gorbatchev en URSS). Mais en
l'absence d'une direction révolutionnaire,
les masses ont alors été prises au piège de
l’illusion selon laquelle «
l’Occident nous aidera », ce qui permit
l’instauration du gouvernement de
Saakashvili, agent direct des USA. En effet,
Saakashvili déclare ouvertement son désir
d'intégrer la Géorgie à l'OTAN et il se
revendique comme un allié inconditionnel des
yankees. La Géorgie compte moins de 5
millions d'habitants et pourtant, malgré sa
pauvreté et sa petite population, elle a
envoyé 2500 soldats en Iraq, ce qui
représente le troisième plus grand contingent
après les USA et l'Angleterre. Aussi, depuis
des années, les instructeurs militaires de
l'OTAN et d’Israël sont à
l’œuvre dans l'armée géorgienne.
Cependant, dévastée par la restauration
capitaliste, l'économie géorgienne appartient
majoritairement à des capitaux russes,
spécialement à la branche stratégique de
l'énergie électrique. Ainsi, l'argent envoyé
par les travailleurs géorgiens employés en
Russie représente plus de 10% du PIB de la
Géorgie. Par ailleurs, beaucoup de puissants
bourgeois géorgiens ont placé leurs
investissements en Russie et vivent à Moscou.
Toutefois, le commerce bilatéral a chuté
radicalement depuis l’arrivée au
pouvoir de Saakashvili.
Pourquoi Saakashvili a
commencé la guerre ?
La guerre, initiée par l'attaque contre
l’Ossétie et terminée quelques jours
après avec une défaite foudroyante des
troupes géorgiennes, peut paraître comme un
suicidaire de la part du régime de
Saakashvili, ou comme une fatale erreur de
calcul. Nous ne pouvons pas écarter une telle
hypothèse, mais une autre explication est
possible : cette guerre a été préparée avec
anticipation par un régime qui vit, depuis
longtemps, une situation désespérée. En
effet, avec la crise économique mondiale et
l’augmentation des privations pour les
travailleurs et les paysans, le régime de
Saakashvili qui, pour être arrivé sur une
vague révolutionnaire, n'a jamais été très
stable, est-t-il à la recherche d'un « appui
» solide. Depuis le début, ce régime a
postulé au rôle de laquais inconditionnel de
l'impérialisme américain dans la région et,
maintenant, il essaye de gagner en outre
l'appui populaire des Georgiens, en
exacerbant leur sentiment
patriotique dans le cadre
d’une guerre contre un ennemi
externe, haï et puissant.
La guerre de
Poutine-Medvedev
Le gouvernement russe présente ses actions
militaires comme étant pour la « défense du
peuple d’Ossétie », mais cela est pur
mensonge : comme de leur temps les troupes
tsaristes envahissaient les pays européens
sous prétexte de « défendre les frères slaves
» et, bien avant, le Vatican organisait le
pillage du Moyen Orient sous couvert de «
libérer le saint sépulcre », de nos jours, le
régime de Poutine-Medvedev utilise ce type de
procédés, tout en stimulant les préjugés
chauvins des masses russes. Les faits
montrent cependant que la Russie ne défend
personne : les « troupes de paix » n'ont pas
évité, ni même freiné, le massacre du peuple
d’Ossétie, les milliers de morts
ossètes étant une preuve tragique de l'«
efficacité » des « troupes de paix ». En
vérité, pour la bourgeoisie et la
bureaucratie russes, comme pour les autres,
les travailleurs et les paysans ossètes ne
sont qu’une « monnaie de échange ».
Aucune armée bourgeoise n'a pour but de
protéger les exploités et les opprimés. De
plus, l’armée russe n'a même pas
protégé ses propres soldats, dont les media
russes « jubilaient » en évoquant le nombre
de morts..., pour mieux justifier la brutale
réponse militaire qui s’est abattue sur
la Géorgie.
|
Les bombardements de Poti,
Zugdidi et Gori (villes géorgiennes éloignées
l'Ossétie du sud), sont-ils pour la défense
du peuple ossète ? Les milliers de
travailleurs géorgiens assassinés,
l’ont-ils été pour la défense du peuple
ossète ? Non, évidemment ! Il s’agit
là, purement et simplement, d’une
agression contre le peuple géorgien ; une
agression non moins grave ni brutale que
celle du régime Saakashvili contre le peuple
d’Ossétie. Les « troupes de paix »
russes, nullement porteuses de paix,
sont-elles au contraire destinées à
consolider le contrôle de cette région : des
troupes d'occupation et de guerre. Tout comme
le sont celles placées ailleurs dans le
monde, en Iraq, en Afghanistan, au Kosovo, en
Haïti, au Liban : des troupes d'occupation,
pour l'oppression et l'exploitation.
Gouvernements
impérialistes : régisseurs du « spectacle
»
Il est presqu'impossible d'imaginer que
Saakashvili ait pu décider d'attaquer
l’Ossétie, et les troupes russes
stationnées dans cette République, sans en
avoir reçu consigne des USA. Mais en même
temps, la réaction des gouvernements
occidentaux face à la riposte russe, est-elle
été bien modérée : seulement un appui moral à
la Géorgie et, ultérieurement, des «
énergiques déclarations" rejetant l'invasion
russe. Et maintenant, après la défaite,
Saakashvili de reprocher aux gouvernements
impérialistes de ne pas avoir réagi par une
position plus tranchante. Des accords signés
par l'intermédiaire de Sarkozy (président de
la France) avec Medevedev et ensuite avec
Saakashvili, il ressort clairement que
l’impérialisme entend utiliser
politiquement cette guerre pour réussir son
objectif principal, à savoir
: installer ses propres
troupes « de paix » (avec des
casques de l'ONU ou de l'OTAN) en Géorgie,
dans une région proche de l’Iran et
l'Iraq où il connaît des problèmes graves, et
ne pas y laisser les seules troupes russes.
Dans ce jeu, Saakalshvili a bien tenu son
rôle de marionnette.
Un premier résultat :
l’impérialisme peut déployer ses
troupes
Les accords signés à Moscou et Tbilisi,
impulsés par Sarkozy et avalisés par Bush,
incluent deux points cruciaux : « la
préparation d'une opération
internationale de paix dans
la région » et « les garanties
internationales de sécurité
et stabilité pour l’Abkhazie et
l’Ossétie du sud ». Ceci ouvre la
possibilité d'installer des forces militaires
impérialistes non seulement en Géorgie (comme
c’était le cas jusqu'à présent), mais
aussi en Ossétie du sud et en Abkhazie.
Ayant signé ces accords d'expansion de
l'impérialisme, malgré les multiples
contradictions et conflits, Poutine démontre
qu’il est subordonné à l'ordre global
en tant qu’agent de l'impérialisme :
dès lors, ses déclarations patriotiques et
dénonciations de l'OTAN sont plus théâtrales
qu’effectives. En réalité, avec cet
accord, le régime Russe devient complice de
l'entrée directe de l'impérialisme dans la
région.
Comme l’a dit Lavrov, ministre de
relations extérieures russe : pour leur
projet en Géorgie, les USA devront choisir
entre « leur prestige » et « accepter un
partenaire réel ». C'est-à-dire que le régime
Russe aspire à être un partenaire mineur de
Bush.
Entre-temps, les agents directs de Bush
étaient-ils réunis en Géorgie, Saakashvili
ayant organisé à Tbilissi un acte massif
auquel ont participé les présidents européens
de l'Est les plus serviles à l'impérialisme
(Géorgien, Ukrainien, Estonien, Lituanien,
Letton, Polonais). Aussi, Saakashvili a
appelé à liquider la CEI (Communauté des
États Indépendants), instance constituée
après la dissolution de l'URSS. Pour sa part,
le président d'Ukraine, Yushchenko, a signé
un décret imposant de sévères restrictions de
mouvement à la flotte russe basée au port de
Sébastopol, dans la péninsule de Crimée.
Enfin, le Parlement ukrainien a déposé un
projet de loi pour l’abrogation des
accords ayant fondé la CEI.
Quant à Bush, il a promis à la Géorgie une
campagne « humanitaire intensive » sous la
direction du Pentagone et, aussi, de «
l'aider » à reconstruire ses forces armées,
décimées suite à la défaite militaire. Déjà,
Saakashvili a-t-il annoncé que les militaires
américains prendraient le contrôle des
aéroports et des ports géorgiens, tout ceci
prouvant que l'impérialisme est décidé à
s'installer immédiatement dans la région. En
effet, Saakashvili propose de faire de la
Géorgie, à part entière, une colonie de
l'impérialisme dans le Caucase. Une place
pour les opérations militaires, tout près de
l’Iran.
Poutine, le « Seigneur de
la guerre »
Suite à la déclaration «
d’indépendance » du Kosovo sous
occupation militaire impérialiste, et à la
réaction furieuse du régime de
Poutine-Medvedev, d’aucun ont estimé
que le régime russe prendrait sa "revanche"
en exigeant de reconnaître l'indépendance de
l’Ossétie et d'Abkhazie, voire en
intégrant ces deux dernières à la Russie.
Mais, pour Poutine, reconnaître le droit
d'autodétermination des peuples ossète et
abkhaze risquerait de réactiver le conflit
non résolu de plusieurs républiques de la
Fédération de Russie, spécialement celles
situées dans le Caucase Nord, là où les
attentats contre la police, les autorités
fédérales et militaires n’ont jamais
cessé.
Dans le Caucase habitent plus de
cent nationalités et ethnies
différentes, sur une population d’un
peu plus de 20 millions d’habitants.
Aussi, pour le régime grand-russe,
l’Ossétie et l’Abkhazie (elles,
en conflit territorial avec la Géorgie), sont
des « cartes » bien plus utiles à jouer à
l’échelle internationale, plutôt que de
les annexer à la Fédération de Russie, ce qui
n’entraînerait que des problèmes.
Le régime russe a fait tout son possible
pour justifier cette guerre et son « triomphe
militaire » retentissant, alors qu'avec le
développement de la crise mondiale,
l'inflation et la colonisation de la Russie
par les capitaux étrangers, les travailleurs
commencent à douter bien justement de
Poutine-Medvedev, en passe de perdre
l’appui populaire comme l’ont
montré les dernières élections (transformées
en comédie par le régime). Poutine essaye
d’y remédier par une propagande
patriotique et des discours sur « une
Russie-Puissance ». Comme il ne peut pas
offrir une vie digne aux travailleurs, le
régime a entrepris de « les nourrir » à la
propagande, avec des discours du type « nous
traversons des difficultés mais nous sommes
forts » et, malheureusement, beaucoup de gens
« avalent » encore ces mensonges. Dans cette
situation, la guerre dans le Caucase est
l’outil parfait pour une telle campagne
de propagande. En outre, Poutine profitera de
la guerre pour militariser davantage
l’ensemble du Caucase, en plaçant tous
ces peuples sous le pouvoir des troupes et
des services spéciaux de sécurité.
Poutine est arrivé au pouvoir alors
qu’il bénéficiait d’un grand
poids à l’intérieur de la bureaucratie
militaire ; véritable « Seigneur de guerre »
face au peuple tchétchène, il a rendu célèbre
cette phrase : « nous crèverons les
Tchétchènes jusque dans les chiottes ».
Maintenant en perte de vitesse, le régime
russe jouera à nouveau la carte de la guerre
pour, par le biais de la « vague patriotique
», essayer de minimiser son usure.
Ivan
Baguirin, dirigeant du POI
section de la LIT-QI en
Russie
|