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Document publié dans l'Internationaliste n°79 Version imprimable Imprimer
Guerre dans le Caucase : L'OTAN et la Russie contre les peuples
Le Caucase est une région du monde à la charnière géographique entre l'Europe et l'Asie qui, comme les Balkans, est, depuis plusieurs siècles, une zone d'affrontement des ambitions impériales, puis impérialistes et coloniales. Ces ambitions se sont toujours affirmées sur le dos des peuples dont les puissances impérialistes ont toujours cherché à instrumentaliser la légitime revendication d'indépendance.

Le Caucase est au centre de la « pensée » géostratégique commune aux démocrates, aux républicains des USA et de leurs alliés dans l'UE. Ceux-ci voient le contrôle de cette région et des richesses immenses qu'elle recèle comme la clé de l'hégémonie atlantiste sur le monde. De son côté la néo-bourgeoisie russe héritière de la bureaucratie stalinienne cherche à défendre sa place à la table du festin capitaliste.

Pour Washington, Moscou, Londres, Berlin ou Paris, les Abkhazes, Ossètes, Géorgiens ou les Tchétchènes ne sont que des pions sur l'échiquier.

Nos camarades du Parti Ouvrier Internationaliste (POI), la section de la LIT-QI en Russie, ont rédigé l'important document qui suit au moment où les affrontements entre Russie et Géorgie se produisaient, dans le milieu du mois d'août. C'est un exemple d'internationalisme prolétarien véritable. Nous sommes fiers de publier cette traduction.

le GSI

Une fois encore, la guerre frappe le Caucase... Comme si les gens de cette région n'avaient pas déjà assez de souffrances : pauvreté extrême, chômage, occupation militaire et menace permanente de la part de la Russie. De plus, d'autres grandes puissances impérialistes, et les bourgeoisies de la région, expulsent de leurs maisons les travailleurs de Géorgie, d’Ossétie, d'Abkhazie et des autres républiques du Caucase Nord et Sud. Des milliers de personnes sont ainsi obligées de s'éloigner de leurs familles pour aller chercher une vie meilleure. Les soldats russes et géorgiens sont envoyés, au prix de leur vie, défendre les plans de la bourgeoisie : faire de ces peuples opprimés une force de travail encore meilleur marché.

On en est ainsi arrivé à cette nouvelle guerre : les attaques assassines de l’armée géorgienne contre le peuple d’Ossétie, et les bombardements barbares des villes géorgiennes par l'aviation russe, sous l’hypocrite prétexte de « défendre » l’Ossétie... De milliers de morts, de dizaines de milliers de réfugiés, la peur et le désespoir. Qui avait besoin de cette guerre ? Pour quoi le peuple travailleur doit-il mourir ? Il faut expliquer les raisons de ce nouveau massacre.

Un duel pour diriger
la spoliation de la région

L'impérialisme mondial ainsi que la bourgeoisie et la bureaucratie russes se disputent cette région. Évidemment, nous ne parlons pas d'un duel à forces égales. Le régime de Poutine-Medvedev, malgré toutes ses déclarations patriotiques et triomphalistes, n’affrontera jamais jusqu'au bout l'impérialisme américain et européen. Il ne va pas non plus résister à la colonisation du pays par les capitaux américains et européens qui dominent l'économie.

Mais Poutine possède des réelles forces pour négocier, voire augmenter, le « prix de vente » afin de garantir sa part du gâteau dans le pillage impérialiste. Cette situation engendre, bien entendu, des contradictions entre l'impérialisme mondial et la bourgeoisie et la bureaucratie russes. Le régime russe considère les républiques de ex-l'URSS - et spécialement le Caucase - comme son « arrière-cour » et elle se bat donc pour imposer sa domination sur ces pays-là. Ici, la Russie maintient un reliquat de l'ex Union Soviétique : des bases militaires et des troupes. Cette présence militaire, légalisée par des accords avec les gouvernements des républiques et par des mandats de l'ONU, a permis à la bourgeoisie et à la bureaucratie russes de se battre pour dominer politiquement et économiquement la région et en tirer des profits colossaux. C'est ce qui arrive en Géorgie.

L'impérialisme mondial cherche depuis des années à placer la Géorgie sous son contrôle direct et a y installer des bases militaires pour ses opérations au Moyen Orient ; ceci se reflète dans les objectifs d'expansion de l'OTAN, lesquels vont à l’encontre des plans du régime de Poutine-Medvedev. Ce régime conçoit la Russie comme une sous-métropole coloniale et il entend devenir un petit associé des USA et de l'UE. Ainsi, par exemple, le régime de Poutine-Medvedev a-t-il proposé aux USA d’exploiter ensemble la station de radar russe installée en Azerbaïdjan pour épier l’Iran. Aussi, la Russie maintient des troupes en Ossétie du sud et en Abkhazie ; sous la couverture des « casques bleus », ces troupes défendent les intérêts de la bourgeoisie et la bureaucratie russes en Géorgie, et elles sont utilisées par la Russie comme carte de négociation avec l'impérialisme américain et européen.

Saakashvili : un régime colonial, agent direct de l'impérialisme américain

En Géorgie, le régime de Saakashvili est arrivé au pouvoir sur la vague révolutionnaire qui avait mis en déroute le régime pourri de Chevardnadze (ex-ministre des Affaires étrangères du gouvernement de restauration de Gorbatchev en URSS). Mais en l'absence d'une direction révolutionnaire, les masses ont alors été prises au piège de l’illusion selon laquelle « l’Occident nous aidera », ce qui permit l’instauration du gouvernement de Saakashvili, agent direct des USA. En effet, Saakashvili déclare ouvertement son désir d'intégrer la Géorgie à l'OTAN et il se revendique comme un allié inconditionnel des yankees. La Géorgie compte moins de 5 millions d'habitants et pourtant, malgré sa pauvreté et sa petite population, elle a envoyé 2500 soldats en Iraq, ce qui représente le troisième plus grand contingent après les USA et l'Angleterre. Aussi, depuis des années, les instructeurs militaires de l'OTAN et d’Israël sont à l’œuvre dans l'armée géorgienne. Cependant, dévastée par la restauration capitaliste, l'économie géorgienne appartient majoritairement à des capitaux russes, spécialement à la branche stratégique de l'énergie électrique. Ainsi, l'argent envoyé par les travailleurs géorgiens employés en Russie représente plus de 10% du PIB de la Géorgie. Par ailleurs, beaucoup de puissants bourgeois géorgiens ont placé leurs investissements en Russie et vivent à Moscou. Toutefois, le commerce bilatéral a chuté radicalement depuis l’arrivée au pouvoir de Saakashvili.

Pourquoi Saakashvili a commencé la guerre ?

La guerre, initiée par l'attaque contre l’Ossétie et terminée quelques jours après avec une défaite foudroyante des troupes géorgiennes, peut paraître comme un suicidaire de la part du régime de Saakashvili, ou comme une fatale erreur de calcul. Nous ne pouvons pas écarter une telle hypothèse, mais une autre explication est possible : cette guerre a été préparée avec anticipation par un régime qui vit, depuis longtemps, une situation désespérée. En effet, avec la crise économique mondiale et l’augmentation des privations pour les travailleurs et les paysans, le régime de Saakashvili qui, pour être arrivé sur une vague révolutionnaire, n'a jamais été très stable, est-t-il à la recherche d'un « appui » solide. Depuis le début, ce régime a postulé au rôle de laquais inconditionnel de l'impérialisme américain dans la région et, maintenant, il essaye de gagner en outre l'appui populaire des Georgiens, en exacerbant leur sentiment patriotique dans le cadre d’une guerre contre un ennemi externe, haï et puissant.

La guerre de Poutine-Medvedev

Le gouvernement russe présente ses actions militaires comme étant pour la « défense du peuple d’Ossétie », mais cela est pur mensonge : comme de leur temps les troupes tsaristes envahissaient les pays européens sous prétexte de « défendre les frères slaves » et, bien avant, le Vatican organisait le pillage du Moyen Orient sous couvert de « libérer le saint sépulcre », de nos jours, le régime de Poutine-Medvedev utilise ce type de procédés, tout en stimulant les préjugés chauvins des masses russes. Les faits montrent cependant que la Russie ne défend personne : les « troupes de paix » n'ont pas évité, ni même freiné, le massacre du peuple d’Ossétie, les milliers de morts ossètes étant une preuve tragique de l'« efficacité » des « troupes de paix ». En vérité, pour la bourgeoisie et la bureaucratie russes, comme pour les autres, les travailleurs et les paysans ossètes ne sont qu’une « monnaie de échange ».

Aucune armée bourgeoise n'a pour but de protéger les exploités et les opprimés. De plus, l’armée russe n'a même pas protégé ses propres soldats, dont les media russes « jubilaient » en évoquant le nombre de morts..., pour mieux justifier la brutale réponse militaire qui s’est abattue sur la Géorgie.

Les bombardements de Poti, Zugdidi et Gori (villes géorgiennes éloignées l'Ossétie du sud), sont-ils pour la défense du peuple ossète ? Les milliers de travailleurs géorgiens assassinés, l’ont-ils été pour la défense du peuple ossète ? Non, évidemment ! Il s’agit là, purement et simplement, d’une agression contre le peuple géorgien ; une agression non moins grave ni brutale que celle du régime Saakashvili contre le peuple d’Ossétie. Les « troupes de paix » russes, nullement porteuses de paix, sont-elles au contraire destinées à consolider le contrôle de cette région : des troupes d'occupation et de guerre. Tout comme le sont celles placées ailleurs dans le monde, en Iraq, en Afghanistan, au Kosovo, en Haïti, au Liban : des troupes d'occupation, pour l'oppression et l'exploitation.

Gouvernements impérialistes : régisseurs du « spectacle »

Il est presqu'impossible d'imaginer que Saakashvili ait pu décider d'attaquer l’Ossétie, et les troupes russes stationnées dans cette République, sans en avoir reçu consigne des USA. Mais en même temps, la réaction des gouvernements occidentaux face à la riposte russe, est-elle été bien modérée : seulement un appui moral à la Géorgie et, ultérieurement, des « énergiques déclarations" rejetant l'invasion russe. Et maintenant, après la défaite, Saakashvili de reprocher aux gouvernements impérialistes de ne pas avoir réagi par une position plus tranchante. Des accords signés par l'intermédiaire de Sarkozy (président de la France) avec Medevedev et ensuite avec Saakashvili, il ressort clairement que l’impérialisme entend utiliser politiquement cette guerre pour réussir son objectif principal, à savoir : installer ses propres troupes « de paix » (avec des casques de l'ONU ou de l'OTAN) en Géorgie, dans une région proche de l’Iran et l'Iraq où il connaît des problèmes graves, et ne pas y laisser les seules troupes russes. Dans ce jeu, Saakalshvili a bien tenu son rôle de marionnette.

Un premier résultat : l’impérialisme peut déployer ses troupes

Les accords signés à Moscou et Tbilisi, impulsés par Sarkozy et avalisés par Bush, incluent deux points cruciaux : « la préparation d'une opération internationale de paix dans la région » et « les garanties internationales de sécurité et stabilité pour l’Abkhazie et l’Ossétie du sud ». Ceci ouvre la possibilité d'installer des forces militaires impérialistes non seulement en Géorgie (comme c’était le cas jusqu'à présent), mais aussi en Ossétie du sud et en Abkhazie.

Ayant signé ces accords d'expansion de l'impérialisme, malgré les multiples contradictions et conflits, Poutine démontre qu’il est subordonné à l'ordre global en tant qu’agent de l'impérialisme : dès lors, ses déclarations patriotiques et dénonciations de l'OTAN sont plus théâtrales qu’effectives. En réalité, avec cet accord, le régime Russe devient complice de l'entrée directe de l'impérialisme dans la région.

Comme l’a dit Lavrov, ministre de relations extérieures russe : pour leur projet en Géorgie, les USA devront choisir entre « leur prestige » et « accepter un partenaire réel ». C'est-à-dire que le régime Russe aspire à être un partenaire mineur de Bush.

Entre-temps, les agents directs de Bush étaient-ils réunis en Géorgie, Saakashvili ayant organisé à Tbilissi un acte massif auquel ont participé les présidents européens de l'Est les plus serviles à l'impérialisme (Géorgien, Ukrainien, Estonien, Lituanien, Letton, Polonais). Aussi, Saakashvili a appelé à liquider la CEI (Communauté des États Indépendants), instance constituée après la dissolution de l'URSS. Pour sa part, le président d'Ukraine, Yushchenko, a signé un décret imposant de sévères restrictions de mouvement à la flotte russe basée au port de Sébastopol, dans la péninsule de Crimée. Enfin, le Parlement ukrainien a déposé un projet de loi pour l’abrogation des accords ayant fondé la CEI.

Quant à Bush, il a promis à la Géorgie une campagne « humanitaire intensive » sous la direction du Pentagone et, aussi, de « l'aider » à reconstruire ses forces armées, décimées suite à la défaite militaire. Déjà, Saakashvili a-t-il annoncé que les militaires américains prendraient le contrôle des aéroports et des ports géorgiens, tout ceci prouvant que l'impérialisme est décidé à s'installer immédiatement dans la région. En effet, Saakashvili propose de faire de la Géorgie, à part entière, une colonie de l'impérialisme dans le Caucase. Une place pour les opérations militaires, tout près de l’Iran.

Poutine, le « Seigneur de la guerre »

Suite à la déclaration « d’indépendance » du Kosovo sous occupation militaire impérialiste, et à la réaction furieuse du régime de Poutine-Medvedev, d’aucun ont estimé que le régime russe prendrait sa "revanche" en exigeant de reconnaître l'indépendance de l’Ossétie et d'Abkhazie, voire en intégrant ces deux dernières à la Russie. Mais, pour Poutine, reconnaître le droit d'autodétermination des peuples ossète et abkhaze risquerait de réactiver le conflit non résolu de plusieurs républiques de la Fédération de Russie, spécialement celles situées dans le Caucase Nord, là où les attentats contre la police, les autorités fédérales et militaires n’ont jamais cessé.

Dans le Caucase habitent plus de cent nationalités et ethnies différentes, sur une population d’un peu plus de 20 millions d’habitants. Aussi, pour le régime grand-russe, l’Ossétie et l’Abkhazie (elles, en conflit territorial avec la Géorgie), sont des « cartes » bien plus utiles à jouer à l’échelle internationale, plutôt que de les annexer à la Fédération de Russie, ce qui n’entraînerait que des problèmes.

Le régime russe a fait tout son possible pour justifier cette guerre et son « triomphe militaire » retentissant, alors qu'avec le développement de la crise mondiale, l'inflation et la colonisation de la Russie par les capitaux étrangers, les travailleurs commencent à douter bien justement de Poutine-Medvedev, en passe de perdre l’appui populaire comme l’ont montré les dernières élections (transformées en comédie par le régime). Poutine essaye d’y remédier par une propagande patriotique et des discours sur « une Russie-Puissance ». Comme il ne peut pas offrir une vie digne aux travailleurs, le régime a entrepris de « les nourrir » à la propagande, avec des discours du type « nous traversons des difficultés mais nous sommes forts » et, malheureusement, beaucoup de gens « avalent » encore ces mensonges. Dans cette situation, la guerre dans le Caucase est l’outil parfait pour une telle campagne de propagande. En outre, Poutine profitera de la guerre pour militariser davantage l’ensemble du Caucase, en plaçant tous ces peuples sous le pouvoir des troupes et des services spéciaux de sécurité.

Poutine est arrivé au pouvoir alors qu’il bénéficiait d’un grand poids à l’intérieur de la bureaucratie militaire ; véritable « Seigneur de guerre » face au peuple tchétchène, il a rendu célèbre cette phrase : « nous crèverons les Tchétchènes jusque dans les chiottes ». Maintenant en perte de vitesse, le régime russe jouera à nouveau la carte de la guerre pour, par le biais de la « vague patriotique », essayer de minimiser son usure.

Ivan Baguirin, dirigeant du POI
section de la LIT-QI en Russie

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