| C'est sous ce titre qu'en 1964
F. Mitterrand avait rédigé un réquisitoire
cinglant contre la Vème République. On sait
ce qu'il est advenu en pratique, et de la
Vème République et de la présidence de F.
Mitterrand. L'entrée en fonction de N.
Sarkozy, le 17 juin 2007, vient en quelque
sorte donner « un coup de jeune » à la
formule. Pour le reste, Sarkozy marche dans
les pas de ses prédécesseurs. Et il marche si
rapidement, qu'il pourrait même trébucher.
Représentant de la bourgeoisie, Sarkozy
cherche à gagner de vitesse la montée du
mécontentement ouvrier et jeune qui se fera
inéluctablement - et brutalement - sentir sur
le terrain de la lutte des classes. D'ici là,
il compte avoir frappé fort et de façon
irréversible, avec l'appui d'une « opposition
» constructive, c'est-à-dire complice, et
surtout avec la participation active de
directions syndicales ouvrières et étudiantes
ralliées à l'utopie réactionnaire d’un
capitalisme - horizon indépassable - « régulé
», « domestiqué ».
Aller vite. S'appuyer sur des commissions
d'experts, pour empêcher tout débat ;
déstabiliser « l'opposition », avec
l'ouverture ; les journalistes, avec l'aide
des patrons de la presse, aux ordres ;
circonvenir le travailleur lambda, avec
l'instrumentalisation des faits divers, avec
des formules creuses et ambiguës ; amuser la
galerie, avec les paillettes et le strass.
Pendant ce temps, en coulisses, le Premier
ministre, les ministres et la cour des
conseillers bouclent, verrouillent les
dossiers de remise en cause des acquis
ouvriers et démocratiques. Voilà pour le
style. Et n'allez pas le critiquer : Sarkozy
est un démocrate ! C'est lui qui
l'affirme.
Quand la très fausse gauche, ou bien un
journaliste téméraire, lui fait timidement
une remarque, la formule est toute prête : «
mes prédécesseurs (ou l'opposition) l'ont
fait ; pourquoi ne le ferais-je pas ? » Ou
bien : « quand un tel le faisait vous ne
disiez rien ; pourquoi me faite vous des
reproches aujourd'hui ?». Le Fouquet's, les
vacances chez Bush l'américain, ou aux frais
de Bolloré « l'africain » : et alors ?
Mitterrand faisait bien voyager sa seconde
famille à bord des avions du GLAM… !
Silence dans les rangs.
Décomplexé, incontestable et infaillible
comme le pape ou le politburo de Staline,
mais démocrate, c'est sûr, et près du peuple
avec ça... Pour preuve, Sarkozy tutoie le
prolo quand il visite une boîte, propose une
rencontre pugilistique à un pêcheur du
Guilvinec peu amène… et, nous dit-il,
le jus d'orange de V. Putine lui donne mal à
la tête...
Aller vite et frapper fort. Frapper fort
avec le renforcement de l'Etat régalien.
C'est, tout d'abord, le renforcement des
pouvoirs répressifs : textes sur la récidive,
textes contre les immigrés, fusion des RG et
de la DST, rapprochement de la gendarmerie et
de la police, création d'un super-GIGN,
extension et renforcement des groupements
d'intervention régionaux. En point de mire,
la mise en place d'un ministère de la
sécurité intérieure, après le ministère de «
l’immigration, de l’intégration,
de l’identité nationale et du
codéveloppement » ; et de la honte.
La réforme de la carte judiciaire est en
marche, menée au pas de charge par R. Dati :
qui vole un œuf, vole un boeuf ; et
réciproquement. Voilà l'orientation. Pour les
jeunes en difficulté, l'encadrement militaire
; pour les récidivistes, la trique ; pour les
délinquant sexuels, l'enfermement
administratif à vie ; pour les voyous en col
blanc, la dépénalisation du droit des
affaires ; pour les corrupteurs, la
légalisation du « lobbying ». Pour les
patrons, le licenciement à l'amiable et la
suppression de 63 conseils des prud'hommes
sur 271 ; soit près d'un sur quatre ; pour
commencer.
Mais ce n'est là qu'un amuse-bouche, en
attendant le plat de résistance : un système
judiciaire unifié (sans juridictions
spécialisées) à l'américaine, où de gros
cabinets d'avocats, de taille internationale,
feraient la pluie et le beau temps, et se
rempliraient les poches sans se préoccuper
des justiciables ; où les juges seraient en
définitive - et définitivement - soumis au
pouvoir politique en place. Berlusconi en a
rêvé, Sarkozy le fait. Entre-temps, ceux des
avocats qui ont le culot de refuser la «
réforme », sont-ils gazés et matraqués par
les CRS, jusque dans les tribunaux.
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Pour sa part, le « Comité de
réflexion et de proposition sur la
modernisation et le rééquilibrage des
institution de la Vème République », présidé
par cet ancien Premier ministre bien connu
pour son humour, a accouché d’un
volumineux rapport, « Une Vème République
plus démocratique », qui prône une
présidentialisation des institutions et un
assouplissement de l'article 16 sur les
pouvoirs spéciaux ; et ce, au prétexte que
lesdits pouvoirs n'ont été utilisés qu'une
seule fois, par de Gaulle.
Sur le volet institutionnel, notre
démocrate sincère a programmé la
ratification, par la voie parlementaire, du «
mini-traité » de Lisbonne. Comme cela est en
totale contradiction avec le rejet par voie
référendaire du traité constitutionnel
européen, l'ensemble de l'UMP de vociférer :
mais les 53% de Sarkozy, en mai dernier,
valent approbation de toutes ses décisions
politiques, et ceux qui le contestent ne sont
pas... des démocrates ! Nous y voilà revenus
: la pratique plébiscitaire, le bonapartisme
rampant, le coup d'Etat permanent. Ce que de
Gaulle n'a pu achever, Sarkozy veut y
parvenir : briser, durablement, toute idée de
résistance à la volonté des capitalistes.
Pour ce faire, il a besoin d'un appareil
d'Etat « au carré ».
Lénine a défini l'époque de l'impérialisme
comme celle de la réaction sur toute la
ligne. Aussi, la bourgeoisie de ce pays
s'attaque au moindre acquis ouvrier, en
cherchant à briser le Code du travail et les
conventions collectives, privatisant tout ce
qui peut être rentable, démantelant les
services publics, à commencer par la santé et
l'éducation. La bourgeoisie tend à détruire y
compris ce qu'elle a elle-même instauré,
certes, le plus souvent sous la pression du
mouvement ouvrier montant, comme la laïcité
de l'école et de l'Etat.
Ainsi, l'Homme doit espérer, mais surtout
pas dans la révolution socialiste : Dieu seul
peut lui donner l'espoir dans un monde
meilleur - après la mort, bien entendu -, ou
dans la réussite individuelle - à Neuilly,
par exemple -. Rien de nouveau, depuis
Machiavel. Alors, Sarkozy, président d'une
république réputée laïque, est fait chanoine
honoraire par le pape des catholiques, Josef
Ratzinger, alias Benoît XVI, chef d'Etat du
Vatican par la grâce de Benito Mussolini,
encore un grand démocrate, certainement...
Et puisqu'on parle mieux de Dieu entre
démocrates modernes, entre tenants de la
laïcité « positive » (ou « ouverte », aurait
dit Jack Lang), Sarkozy va à Ryad. Pour lui,
Ryad n'est ni Canossa, ni Damas. Là, pas de
renoncement, ni de changement radical : il
est N. Sarkozy, catholique, oeuvrant au
rapprochement des religions. Alors, il
prononcera 13 fois le mot « dieu » devant le
Conseil consultatif saoudien, le parlement
bidon du royaume le plus obscurantiste qui
soit. Il vient demander l'aide de la
monarchie wahhabite dans sa croisade contre
les prolétaires, et signer quelques contrats
au passage. C'est pour la bonne cause : celle
du MEDEF et de la haute finance.
En effet, dans la tâche que lui a assignée
la bourgeoisie, Sarkozy a besoin de l'appui
sans faille des organisations religieuses
pour tenir les travailleurs, les jeunes, les
quartiers, les cités ; pour maintenir le
calme et l'ordre, pour imposer la soumission.
Les subventions sont prêtes. Là où le PCF,
dans sa pratique contre-révolutionnaire,
avait réussi tant bien que mal à canaliser, à
endiguer les mécontentements, et à leur
donner quelque apparence de dignité,
aujourd'hui il n'y a plus rien. Plus rien,
alors que la régression sociale, la pauvreté,
la misère même, font des ravages. Les
chiffres du chômage masquent difficilement la
réalité de la précarité qui ronge ce pays,
comme une lèpre invisible.
C'est une course de vitesse qui est
engagée. Les promesses sur le pouvoir d'achat
et l'emploi ont laissé place à la dure
réalité : baisse d'impôts pour les plus
riches et franchises médicales pour les plus
malades ; attaques violentes contre les
retraités et contre les fonctionnaires, des
«privilégiés», en somme. Mais cette
propagande abuse de moins en moins de monde
et, alors que les frasques des spéculateurs
s'étalent au grand jour, la vérité des prix
commence à apparaître. Les bureaucrates
syndicaux l’ont emporté en novembre
2007, mais ils ne l’emporteront pas
toujours.
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