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Quatrième Internationale
Marxisme vivant
Edito. L'Internationaliste n°73
Le coup d'état permanent
C'est sous ce titre qu'en 1964 F. Mitterrand avait rédigé un réquisitoire cinglant contre la Vème République. On sait ce qu'il est advenu en pratique, et de la Vème République et de la présidence de F. Mitterrand. L'entrée en fonction de N. Sarkozy, le 17 juin 2007, vient en quelque sorte donner « un coup de jeune » à la formule. Pour le reste, Sarkozy marche dans les pas de ses prédécesseurs. Et il marche si rapidement, qu'il pourrait même trébucher.

Représentant de la bourgeoisie, Sarkozy cherche à gagner de vitesse la montée du mécontentement ouvrier et jeune qui se fera inéluctablement - et brutalement - sentir sur le terrain de la lutte des classes. D'ici là, il compte avoir frappé fort et de façon irréversible, avec l'appui d'une « opposition » constructive, c'est-à-dire complice, et surtout avec la participation active de directions syndicales ouvrières et étudiantes ralliées à l'utopie réactionnaire d’un capitalisme - horizon indépassable - « régulé », « domestiqué ».

Aller vite. S'appuyer sur des commissions d'experts, pour empêcher tout débat ; déstabiliser « l'opposition », avec l'ouverture ; les journalistes, avec l'aide des patrons de la presse, aux ordres ; circonvenir le travailleur lambda, avec l'instrumentalisation des faits divers, avec des formules creuses et ambiguës ; amuser la galerie, avec les paillettes et le strass. Pendant ce temps, en coulisses, le Premier ministre, les ministres et la cour des conseillers bouclent, verrouillent les dossiers de remise en cause des acquis ouvriers et démocratiques. Voilà pour le style. Et n'allez pas le critiquer : Sarkozy est un démocrate ! C'est lui qui l'affirme.

Quand la très fausse gauche, ou bien un journaliste téméraire, lui fait timidement une remarque, la formule est toute prête : « mes prédécesseurs (ou l'opposition) l'ont fait ; pourquoi ne le ferais-je pas ? » Ou bien : « quand un tel le faisait vous ne disiez rien ; pourquoi me faite vous des reproches aujourd'hui ?». Le Fouquet's, les vacances chez Bush l'américain, ou aux frais de Bolloré « l'africain » : et alors ? Mitterrand faisait bien voyager sa seconde famille à bord des avions du GLAM… ! Silence dans les rangs.

Sarkozy en vacances aux USADécomplexé, incontestable et infaillible comme le pape ou le politburo de Staline, mais démocrate, c'est sûr, et près du peuple avec ça... Pour preuve, Sarkozy tutoie le prolo quand il visite une boîte, propose une rencontre pugilistique à un pêcheur du Guilvinec peu amène… et, nous dit-il, le jus d'orange de V. Putine lui donne mal à la tête...

Aller vite et frapper fort. Frapper fort avec le renforcement de l'Etat régalien. C'est, tout d'abord, le renforcement des pouvoirs répressifs : textes sur la récidive, textes contre les immigrés, fusion des RG et de la DST, rapprochement de la gendarmerie et de la police, création d'un super-GIGN, extension et renforcement des groupements d'intervention régionaux. En point de mire, la mise en place d'un ministère de la sécurité intérieure, après le ministère de « l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement » ; et de la honte.

La réforme de la carte judiciaire est en marche, menée au pas de charge par R. Dati : qui vole un œuf, vole un boeuf ; et réciproquement. Voilà l'orientation. Pour les jeunes en difficulté, l'encadrement militaire ; pour les récidivistes, la trique ; pour les délinquant sexuels, l'enfermement administratif à vie ; pour les voyous en col blanc, la dépénalisation du droit des affaires ; pour les corrupteurs, la légalisation du « lobbying ». Pour les patrons, le licenciement à l'amiable et la suppression de 63 conseils des prud'hommes sur 271 ; soit près d'un sur quatre ; pour commencer.

Mais ce n'est là qu'un amuse-bouche, en attendant le plat de résistance : un système judiciaire unifié (sans juridictions spécialisées) à l'américaine, où de gros cabinets d'avocats, de taille internationale, feraient la pluie et le beau temps, et se rempliraient les poches sans se préoccuper des justiciables ; où les juges seraient en définitive - et définitivement - soumis au pouvoir politique en place. Berlusconi en a rêvé, Sarkozy le fait. Entre-temps, ceux des avocats qui ont le culot de refuser la « réforme », sont-ils gazés et matraqués par les CRS, jusque dans les tribunaux.

Pour sa part, le « Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institution de la Vème République », présidé par cet ancien Premier ministre bien connu pour son humour, a accouché d’un volumineux rapport, « Une Vème République plus démocratique », qui prône une présidentialisation des institutions et un assouplissement de l'article 16 sur les pouvoirs spéciaux ; et ce, au prétexte que lesdits pouvoirs n'ont été utilisés qu'une seule fois, par de Gaulle.

Sur le volet institutionnel, notre démocrate sincère a programmé la ratification, par la voie parlementaire, du « mini-traité » de Lisbonne. Comme cela est en totale contradiction avec le rejet par voie référendaire du traité constitutionnel européen, l'ensemble de l'UMP de vociférer : mais les 53% de Sarkozy, en mai dernier, valent approbation de toutes ses décisions politiques, et ceux qui le contestent ne sont pas... des démocrates ! Nous y voilà revenus : la pratique plébiscitaire, le bonapartisme rampant, le coup d'Etat permanent. Ce que de Gaulle n'a pu achever, Sarkozy veut y parvenir : briser, durablement, toute idée de résistance à la volonté des capitalistes. Pour ce faire, il a besoin d'un appareil d'Etat « au carré ».

Lénine a défini l'époque de l'impérialisme comme celle de la réaction sur toute la ligne. Aussi, la bourgeoisie de ce pays s'attaque au moindre acquis ouvrier, en cherchant à briser le Code du travail et les conventions collectives, privatisant tout ce qui peut être rentable, démantelant les services publics, à commencer par la santé et l'éducation. La bourgeoisie tend à détruire y compris ce qu'elle a elle-même instauré, certes, le plus souvent sous la pression du mouvement ouvrier montant, comme la laïcité de l'école et de l'Etat.

Ainsi, l'Homme doit espérer, mais surtout pas dans la révolution socialiste : Dieu seul peut lui donner l'espoir dans un monde meilleur - après la mort, bien entendu -, ou dans la réussite individuelle - à Neuilly, par exemple -. Rien de nouveau, depuis Machiavel. Alors, Sarkozy, président d'une république réputée laïque, est fait chanoine honoraire par le pape des catholiques, Josef Ratzinger, alias Benoît XVI, chef d'Etat du Vatican par la grâce de Benito Mussolini, encore un grand démocrate, certainement...

Et puisqu'on parle mieux de Dieu entre démocrates modernes, entre tenants de la laïcité « positive » (ou « ouverte », aurait dit Jack Lang), Sarkozy va à Ryad. Pour lui, Ryad n'est ni Canossa, ni Damas. Là, pas de renoncement, ni de changement radical : il est N. Sarkozy, catholique, oeuvrant au rapprochement des religions. Alors, il prononcera 13 fois le mot « dieu » devant le Conseil consultatif saoudien, le parlement bidon du royaume le plus obscurantiste qui soit. Il vient demander l'aide de la monarchie wahhabite dans sa croisade contre les prolétaires, et signer quelques contrats au passage. C'est pour la bonne cause : celle du MEDEF et de la haute finance.

En effet, dans la tâche que lui a assignée la bourgeoisie, Sarkozy a besoin de l'appui sans faille des organisations religieuses pour tenir les travailleurs, les jeunes, les quartiers, les cités ; pour maintenir le calme et l'ordre, pour imposer la soumission. Les subventions sont prêtes. Là où le PCF, dans sa pratique contre-révolutionnaire, avait réussi tant bien que mal à canaliser, à endiguer les mécontentements, et à leur donner quelque apparence de dignité, aujourd'hui il n'y a plus rien. Plus rien, alors que la régression sociale, la pauvreté, la misère même, font des ravages. Les chiffres du chômage masquent difficilement la réalité de la précarité qui ronge ce pays, comme une lèpre invisible.

C'est une course de vitesse qui est engagée. Les promesses sur le pouvoir d'achat et l'emploi ont laissé place à la dure réalité : baisse d'impôts pour les plus riches et franchises médicales pour les plus malades ; attaques violentes contre les retraités et contre les fonctionnaires, des «privilégiés», en somme. Mais cette propagande abuse de moins en moins de monde et, alors que les frasques des spéculateurs s'étalent au grand jour, la vérité des prix commence à apparaître. Les bureaucrates syndicaux l’ont emporté en novembre 2007, mais ils ne l’emporteront pas toujours.

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